Appropriation et pensée ontologique

J’ai déjà cité cet article de Charles Singevin dans la “Revue de métaphysique et de morale” janvier-mars 1967, pages 1-34:

http://www.jstor.org/stable/40900978?Search=yes&resultItemClick=true&searchText=Singevin&searchText=de&searchText=l&searchText=’Etre%20à%20l’&searchText=Un&searchUri=%2Faction%2FdoBasicSearch%3FQuery%3DSingevin%2Bde%2Bl%2527Etre%2B%25C3%25A0%2Bl%2527Un%26amp%3Bacc%3Doff%26amp%3Bwc%3Don%26amp%3Bfc%3Doff%26amp%3Bgroup%3Dnone&seq=1#page_scan_tab_contents

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Charles Singevin a aussi écrit “Essai sur l’Un” un livre épuisé depuis longtemps:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/16/pensee-selon-letre-et-pensee-selon-lun/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/25/le-platonisme-est-la-verite-de-la-philosophie/

Au début de l’article “De l’Etre à l’Un” il donne une présentation claire de la “pensée de l’Etre” de Heidegger. J’avais déjà cité le début de cet article mais je n’arrive plus à me souvenir où je l’avais fait: cela tournait autour du fait
Qu’il y a une présence du Néant, du Non-être au fondement de toute manifestation: cette présence paradoxale se révèle dans une tonalité affective telle que l’angoisse. Mais le Néant n’est pas rien du tout, il est l’horizon sur lequel tout ce qui est ou apparaît se profile.
Le Néant sera selon la formule de Heidegger “das Nichthafte des Seienden” ce que Singevin traduit par “ce qui met l’étant en puissance de néant”
le néant est la vérité de l’être C’est de cette vérité que l’homme rentre en possession, dit Heidegger, lorsqu’il a cessé de se représenter l’étant comme un objet. Se représenter (vorstellen) l’étant comme un objet, le poser devant comme objet (ob-jectum, vorstellt) consiste à le faire être pour nous, par rapport à nous, à ne pas le laisser être dans son être propre, cela consiste à l’appareil leur (Gestell) à se l’approprier..
Ici le mot “appropriation” est prononcé et nous reporte avec ce que dit Mehdi Belhaj Kacem de l’instinct d’appropriation(notamment du temps et de l’espace) qui caractérise l’animal et surtout l’animal humain :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/04/13/ce-qui-cloche-chez-mehdi-belhaj-kacem-la-transgression-et-linexistant/
“L’homme est l’animal ultra-appropriateur parce qu’il est l’animal de l’astuce proto-scientifique”(MBK)
Mais l’interprétation de la pensée de Heidegger par Singevin conduit à une conception un peu différente : cette présence du néant ( néant parce qu’il n’est rien d’étant puisqu’il est l’horizon sur lequel apparaissent les étants) se révèle dans l’angoisse, qui “dirime l’étant” , et qui signifie le nivellement dans une même insignifiance de tout ce qui est intra mondain (nihilisme) : rien n’importe, ce qui veut dire que rien n’importe plus que le rien. Le pur Rien est l’objet de l’ontologie.
“Que la pensée, parce qu’elle est toujours pensée de quelque chose, se transcende toujours vers l’étant, n’implique pas que l’on valorise ce monde strictement objectif que les sciences de la nature se donnent comme corrélat.” Ne pas laisser être, dans l’appropriation, l’étant dans ce qu’il a de plus propre, d’inéchangeable, d’irremplaçable, conduit à ne plus envisager l’étant que par sa valeur d’usage ou d’échange: sa valeur économique, ce qui renforce encore le nihilisme entraîné par l’angoisse dirimante qui nivelle tout dans la même insignifiance . Le destin de la pensée ontologique , que nous appelons ici “pensée selon l’Etre” et dont nous trouvons le mathéma μαθημα, en suivant Badiou, dans la mathématique des ensembles, le destin de cette pensée ontologique est le nihilisme .
“Mais”, continue Singevin, expliquant Heidegger, “c’est sur une expérience plus profonde que l’expérience scientifique que les sciences de la nature se construisent, se constituent leur objet. Leur validité elle même est fondée dans cette expérience, elles peuvent l’oublier, pas l’oblitérer ou la périmer . Or l’expérience de l’étant dans son etre, dans le laisser être de son être propre, ne s’accomplit que sur le fond de la vérité de l’être qui est le néant . Elle est familiarité du néant. Voilà ce que sait au fond, d’un savoir absolu, toute pensée, mais précisément, elle l’oublie, parce qu’elle est d’abord une pensée de l’étant, qu’elle ne perçoit l’être et la vérité de l’être que dans l’étant et par l’étant et que l’étant, s’il ne peut se montrer que sur l’horizon de l’être , obnubile, recouvre cet horizon dans le mouvement même où il le découvre.” Singevin fait ici allusion,en le citant, à ce que Heidegger nomme “oubli de l’être” en lequel il voit le destin de l’Occident affairé à l’entreprise du Gestell , Arraisonnement universel, et qui sombre dans le nihilisme comme nous le vérifions hélas tous les jours dans l’actualité.
Cela c’est la pensée de Heidegger et je ne pense pas que Singevin la partage puisqu’il écrit “Essai sur l’Un” et ” de l’être à l’Un”. Je me sépare ici de cette pensée, plus que ne le fait Badiou et d’une autre façon, mais bien sûr pas comme le font les idiots utiles du “matérialisme émocratique” et du Gestell occidental, ceux qui tentent en ce moment de déclencher une guerre en Europe contre la Russie.
Je m’ en sépare à cause de ces quelques lignes de Léon Brunschvicg que j’ai si souvent citées parce qu’elles ont complètement bouleversé mon existence et m’ont sauvé du désespoir et de la mort (pour le moment). Elles sont extraites du chapitre 5, “Dieu” du dernier livre écrit par Brunschvicg et terminé en novembre 1943, deux mois avant sa mort, ” Héritage de mots, héritage d’idées” , titre où se trouve déjà inscrite la rigoureuse discrimination (ce mot choque ? Je sais, c’est pour ça que je me délecte à l’utiliser) entre mots ( langages, Verbe extérieur, logos propherikos, monde, plan vital ) et idées( logos endiathetos, Verbe Intérieur ou Raison, plan spirituel ou monde des Idées):

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/heritage_de_mots.html

Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où,

passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène.

Ici c’est du “Dieu des philosophes et des savants, reconnu par la Raison désintéressée” qu’il parle, et il a raison de citer au début du chapitre 5 Jules Lagneau pour son “Cours sur Dieu”: la pensée de Brunschvicg doit beaucoup à Lachelier et Lagneau, pour ne citer que ces deux philosophes français du 19eme siècle.
Ce Dieu n’est pas une personne que l’on peut prier ou invoquer, et qui interviendrait dans le cours de l’histoire : il est juste la condition par laquelle il y a des vérités absolues, qui naissent grâce à l’activité spirituelle humaine. Au fond, ce Dieu peut être identifié au plan spirituel, ou plutôt à cette présence dans notre conscience qui fait que nous sommes capables, si nous le voulons librement (c’est même la seule occasion où notre volonté est libre, pour en revenir au débat d’hier) de nous libérer des chaînes du plan vital et de nous orienter vers le plan spirituel.L’errance du peuple d’Israel sorti de l’esclavage en Eypte et se dirigeant vers la Terre Promise offre une image symbolique collective , dans la Bible, de ce parcours de l’âme humaine. Mais comme d’habitude on a rabaissé le symbole en le prenant à la lettre du plan vital, de la Terre. Ce qui a déclenché le ressentiment des autres peuples, non hébreu, et la naissance de manipulations pseudo-religieuses comme le Coran rédigé d’après les lectionnaires nazaréens :

http://www.lemessieetsonprophete.com

http://www.missa.org/forum/showthread.php?668-Les-vrai-origines-de-l-islam-et-du-Coran

http://www.salve-regina.com/salve/Le_mystère_des_origines_de_l’Islam_enfin_éclairci

https://horreurislamique.wordpress.com/lislam-et-le-coran-sont-le-resultat-dune-manipulation-et-dune-imposture-que-revele-la-recherche-moderne-en-islamologie/

Cela a aussi permis l’éclosion de sectes malfaisantes comme le sabbataisme et le frankisme.

Bref dans ce que Heidegger appelle “néant” (qui est l’horizon sur lequel se profilent les étants lors de leur manifestation ou apparition et qui est peut être ce que Guénon appelle “non manifesté” j’espère trouver ce qui pour moi sera le Tout :le plan spirituel, le Verbe intérieur ou Raison universelle des esprits (nom donné par Malebranche au Christ). Mais si le monde dont parle Singevin en expliquant Heidegger colle bien à ce que nous appelons ici “plan vital” le plan spirituel ne saurait être un horizon.
Essayons de progresser en donnant une correspondance mathématique à l’oubli de l’être puisque la pensée ontologique a comme cadre mathématique la théorie des ensembles.Nous admettons et adoptons la thèse de Badiou selon laquelle la mathématique enesembliste axiomatisée par Zermelo-Fraenkel ZF est l’ontologie, pensée de l’êetre en tant qu’être qui se révèle être la théorie du multiple pur, multiple de multiples de multiples , mathématiquement la théorie des ensembles. Ce qu’il y a ce sont les ensembles: un étant est un ensemble, qui peut appartenir à un ou d’autres ensembles, et ses éléments sont d’autres ensembles (multiplicités) qui lui appartiennent Le néant est l’ensemble vide:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Ensemble_vide

ou ordinal zéro sans aucun élément et tous les ordinaux peuvent être construits en tissant le vide, comme le montre l’Etre et l’événement : l’ensemble à un élément, 1 est le singleton du vide, {0}, qui a comme seul élément l’ensemble vide, puis l’ordinateur 2 a comme éléments l et l’ensemble vide {1, 0} etc..etc..

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Nombre_ordinal

Tout est tissé de vide. Cela ressemble fort au “néant comme vérité de l’être” vu plus haut maintenant que signifie dans ce cadre l’oubli de l’être? Cela ne peut vouloir dire que ceci : la pensée en reste à l’étant , à l’élément x d’un ensemble A:

X ∈ A

sur lequel elle se fixe, en oubliant son être, c’est à dire l’ensemble dont il est un élément . Que faudrait il pour qu’elle n’oublie pas l’être ? Il faudrait que l’ensemble A soit un étant, un élément de A sur lequel la pensée puisse se fixer. Seulement c’est un interdit de la théorie des ensembles : aucun ensemble ne peut être élément de lui même, sinon on aboutit au paradoxe de Russell :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Russell

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/15/la-strategie-de-badiou-pour-demontrer-linexistence-du-tout/

Et Badiou construit sa doctrine de l’événement, cœur radioactif du badiolisme, en prenant comme matheme de l’événement cette entité paradoxale et proscrite par l’ontologie d’un ensemble s’appartenant à lui même. Nous voyons donc que la pensée de l’événement , fondement de celle de la temporalité humaine et de l’histoire, se présente comme un remède à l’oubli de l’être. Notons qu’à cause du même argument qui proscrit l’événement il ne peut y avoir d’ensemble de tous les ensembles:tous les ensembles pris ensemble forment une classe, et cette classe est une catégorie si l’on y adjoint comme flèches les applications (fonctions) entre ensembles

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Classe_(mathématiques)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Théorie_des_ensembles_de_von_Neumann-Bernays-Gödel

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Catégorie_des_ensembles

Nous voyons donc que l’oubli de l’être, si l’on admet comme moi la thèse de Badiou selon laquelle le cadre mathématique de l’ontologie est la théorie ZF des ensembles, l’oubli de l’être est l’interdiction de l’ensemble de tous les ensembles : la pensée d’une telle entité abstraite (ou plutôt idéale, je préfère) nous oblige à quitter la théorie axiomatique de Zermelo-Fraenkel ZF pour celle des classes de NBG ( Von Neumann, Bernays, Godel ) et pour celle des catégories qui est le deuxième cadre mathématique que nous distinguons:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/03/15/les-deux-theories-mathematiques-privilegiees-par-badiou-topoi-et-ensembles-correspondant-aux-deux-plans-vital-ontologique-et-spirituel/

(Les topos sont des catégories) ce qui est pour nous le signe de deux pensées radicalement différentes :
-pensée selon l’être correspondant au plan vital-ontologique et au cadre de la théorie des ensembles

-pensée selon l’Un correspondant au plan spirituel et au cadre mathématique de la théorie des catégories et des topos.

Attention les deux théories mathématiques : ensembles et catégories sont des pensées,des constructions tissées d’idées, et ne se situent donc pas sur le plan vital, mais sur le plan spirituel, monde des Idées et des vérités universelles et éternelles . La théorie des ensembles est fort spirituelle, tout autant que celle des catégories, elle correspond simplement à la pensée selon l’être qui est adéquate au plan vital-ontologique.

L’oubli de l’être résulte donc simplement de la Mathesis, des axiomes de la théorie des ensembles et des lois de la logique. Mais puisque nous parlons d’une autre pensée, non ontologique, pensée de l’Un ou plutôt selon l’Un, ne pourrai elle donner lieu à un “oubli de l’Un” qui nous permettrait de trouver un autre mathème pour un autre événement que celui de Badiou ?
La réponse est

OUI

De même que l’ontologie mathématique, la théorie des ensembles, proscrit l’existence d’un universel concret ( appellation de David Ellerman pour désigner un universel participant à lui même) , d’un ensemble élément de lui meme, et d’un ensemble de tous les ensembles ( ces trois interdits sont un seul et le même) , de même l’hénologie ou HENOSOPHIA mathématique proscrit l’existence d’une catégorie interne à elle même, voir :

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/05/01/une-categorie-interne-a-elle-meme/
Nous n’avons pas encore étudié la notion de catégorie interne à une autre cat’gorie, mais cela ne saurait tarder car j’en ai besoin pour mes travaux spéculatifs à la recherche d’un cadre mathématique rigoureux pour la théorie de l’Ouvert…j’ai de grandes ambitions pour ce blog et je veux en faire émerger une nouvelle science “philosophique”, qui sera bien plus étendue que la physique tout en l’englobantet en employant les mêmes méthodes rigoureuses, et elle pourra découvrir la fameuse TOE (“theory of everything” , “théorie de Tout” ) que la physique cherche comme son Saint GRAAL, mais qu’elle ne saurait trouver parce qu’elle ignore le plan spirituel et restreint son objet à la physis, au plan vital’ à l’ordre de la matière.
Venons en à l’oubli de l’Un en expliquant sommairement ce que une catégorie interne à une autre catégorie:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Théorie_des_catégories

https://ncatlab.org/nlab/show/internal+category

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Internal_category

Définir une catégorie “classique” revient à définir la collection O de ses objets et la collection M de ses morphismes ou flèches, et ces deux collections sont en général des ensembles ( ce peut être des classes, c’est à dire des collections “trop grandes pour etre un ensemble”) c’est à dire des objets de la catégorie des ensembles Ens ( les classes aussi forment une catégorie) . Outre ces deux ensembles (ou classes) il faut en plus donner des fonctions (des morphismes dans la catégorie Ens donc) :
Une flèche O —-> M associant à chaque objet son morphisme-identité
Deux flèches M—-> O assignant à chaque morphisme son objet-source et son objet-cible
Et une fleche M x M ——> M indiquant comment deux flèches qui se suivent se composent pour n donner une autre

Et ces flèches et collections forment des diagrammes commutatifs pour représenter les propriétés ( comme l’asssociativité de la composition des morphismes) voir la page du nlab donnée ci dessus.
Maintenant ce processus peut être généralisé à n’importe quel autre catégorie que Ens, en prenant pour collections d’objets et de morphismes des objets dans cette catégorie plus générale et en les liant par des flèches de cette catégorie plus générale, formant des diagrammes commutatifs comme ceux de la page du Nlab ci dessus.
Maintenant l’oubli de l’Un peut se comprendre comme plus haut l’oubli de l’être tel que je l’ai expliqué dans le cadre de la théorie des ensembles : un étant est un ensemble qui appartien à un autre et c’est cela son “être ” , cet ensemble plus large (pouvant être le plus large possible, ensemble de tous les ensemblesqui en fait ne peut exister) dont l’étant est un élément . Pour que l’être ne soit pas oublié il faudrait qu’il devienne un étant, un élément de lui meme, de l’ensemble qu’il est qui devrait donc s’appartenir à lui même, or c’est impossible en théorie des ensembles car conduisant au paradoxe de Russell.
De même les catégories sont le cadre pour la pensée de l’Un , une catégorie unifié les structures qui en sont les objets en les reliant par des flèches, ainsi une catégorie est un cadre pour unifier un système d’objets qui sont ses objets et là aussi la pensée qui se fixe sur un des objets peut “oublier” la catégorie totale et donc “oublier l’Un” en oubliant le cadre de l’unification .
Pour prendre un exemple, un mathématicien occupé par un problème particulier en topologie fixera son esprit sur l’espace topologique particulier où se situe son problème, et oubliera les autres espaces topologiques et surtout la catégorie Top des tous les espaces topologiques qui les unifie. Qu’est ce qu’il faudrait pour que la pensée n’oublie pas ainsi la catégorie totale? Il faudrait que celle ci devienne visible avec tout ce qui assure le système d’unification qu’elle est, c’est à dire que devienne visible, parmi les autres objets , avec les deux objets de “tous ses objets” et “tous ses morphismes ” accompagnés par le système de diagrammes commutatifs montrant comment elle unifie ses objets, tel que je viens de l’expliquer à propos des “catégoriesest internes” : en un mot il faudrait que la catégorie totale devienne interne à elle mêmepour qu’il n’y ait pas oubli de l’Un. Or comme nous l’avons vu c’est impossible, proscrit par la mathématique des catégories, et le lien que j’ai donné ci dessus démontre cela..c’est un peu dur à suivre car ce lien n’est pas issu d’un article scientifique mais d’un dialogue sur la “mailing list” des catégories. Là encore l’oubli de l’Un s’ensuit des mathématiques elles mêmes, et on peut penser à former un matheme de l’événement d’un autre genre que celui de Badiou : un tel événement serait constitué par la forme pure (diagrammatique) d’une catégorie interne à elle même et ce serait un remède à l’oubli de l’Un, ce suprême danger de la pensée . Cela pourrait être vu comme un “événement du plan spirituel” de la même manière qu’un ensemble élément de lui meme est la matheme d’un événement historique, comme l’affirme Badiou.

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