Le western, version cinématographique naturelle du plan vital

J’ai déjà mis en lumière le sens profond du chef d’œuvre de Fred Zinneman : “High Noon” (“le train sifflera trois fois” 1952) selon la première opposition fondamentale décrite par Brunschvicg entre “Moi vital” et “Moi spirituel”:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/26/brunschvicgraisonreligion-exemple-3-des-oppositions-fondamentales-high-noon-de-fred-zinneman-1952/

Cette opposition fondamentale, qui fait l’objet du chapitre 1 de “Raison et religion” (1939):

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

et qui conditionne les deux autres oppositions fondamentales ( entre le monde imaginaire de l’instinct vital et sexuel et le monde véritable révélé par les théories de la physique mathématique : relativité, quantas, et entre le Dieu seulement humain des idolâtries se prétendant “religions” et le Dieu divin qui est celui des philosophes et des Savants) est expliquée ici:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

J’ajoute que je me suis déjà expliqué sur ma transformation de la terminologie originelle de Brunschvicg (qui parle de Moi vital et de Moi spirituel et non pas de plan vital et de plan spirituel) qui n’est dangereuse qui si l’on n’est pas conscient de ce danger, qui peut aboutir aux conceptions idolâtres de différentes sectes “New Age” comme par exemple l’anthroposophie de Rudolf Steiner (dont le cas, analysé par les excellents José Dupré et Grégoire Perra, nous servira ici en quelque sorte de “laboratoire de pensée” pour voir ce qu’il faut éviter de faire si l’on se réclame de l’idéalisme philosophique afin de ne pas tomber, ce qui est le semble y il le danger qui guette l’idéalisme, dans les grossières superstitions qui sont à la base des croyances à un “autre monde” : monde spirituel, monde intelligible, ou “monde où est transportée l’âme séparée du corps lors de la mort physique”, que ce soit le paradis, le purgatoire ou l’enfer , enfer que nous connaissons déjà puisque ce n’est rien d’autre que le plan vital où nous avons notre existence durant cette vie).
Brunschvicg nous a déjà prévenus contre ce genre d’idolâtries pseudo-religieuses bien mieux que je ne saurais le faire : “il n’y a pas de monde intelligible, en dehors de l’effort d’intelligibilité d’un humain individuel” et André Simha dans son “Manifeste pour l’autonomie” :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/

“l’acte de comprendre a en lui-même sa propre lumière et celle du monde; et en se comprenant lui-même et en comprenant qu’il ne peut compter que sur lui-même il découvre le sens de la liberté. l’idée vraie est cet acte lui-même , sa réflexivité et sa liberté définiront le domaine propre de la philosophie. Plus précisément, dans la mesure où l’idée vraie à une vie dans l’histoire de la connaissance, il s’agira pour une philosophie de la liberté effective de remonter de l’œuvre infinie d’intelligence qu’est la connaissance scientifique à l’action et aux exigences de l’esprit qui l’anime. Aussi Léon Brunschvicg ne peut il concevoir la philosophie que comme une entreprise réflexive sans cesse instruite par les progrès de la rationalité scientifique

En d’autres termes, la philosophie doit faire preuve d’humilité ( ce que le christianisme de Malebranche pourrait lui enseigner mieux que les arguties de Marx , ou de Derrida ou de Badiou ou même de Mehci Belhaj Kacem et de son nouveau Maître Bernard Henri Lévy ou de Zizek , qui toutefois en bon européen de l’Est est moins acharné à la destruction du legs chrétien que le reste de la bande) et suivre modestement le cortège de la Science et de la Mathesis universalis, sans tenter de les devancer dans son hybris, dénoncée aussi par le Grand Finkielkraut insulté gravement par Badiou.

http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20151112.OBS9357/lettre-ouverte-a-alain-finkielkraut.html

Résumons les lignes d’André Simha par ” l’existence humaine à un sens, qui est de découvrir le sens de la liberté” . Ces lignes éclairent sans doute le secret de la catastrophe du grand Rudolf Steiner après 1900, catastrophe d’où sort l’anthroposophie, décrite par José Dupré dans :”Rudolf Steiner, l’anthroposophie et la liberté”:

http://www.conscience33.fr/anthroposophie%20_Rudolf%20Steiner_L_anthroposophie%20et%20la%20liberte.html

Le livre de Dupré répond à l’angoissante question suivante : comment se fait il que l’auteur de “La philosophie de la Liberté” en 1894 n’ait pas pu s’empêcher en 1900 de se laisser influencer en 1900 par la théosophie de l’illuminée Helena P Blavatskyet son âme damnée Annie Besant, et de leur emprunter leurs balivernes réincarnation notes, puis les années suivantes de “mordre dans l’énorme gâteau chrétien” en adoptant les mythes (ou plutôt impostures” du pseudo-Denys l’Aréopagite sur les hiérarchies célestes : anges, archanges, Trônes, dominations etc… on connaît la chanson! L’explication tient en un mot :paresse mentale, recul devant l’extrême difficulté de la “voie sèche”, l’abrupte voie de la “philosophie de la liberté” qui est celle de l’immanence absolue de l’esprit (certains diront “solitude glaciale” celle qui a englouti Nietzsche que Steiner admirait tant). C’est toujours la même chose qui était arrivée aussi à Edith Stein l’élève juive prodigieusement douée de Husserl (juif aussi), juive athée , elle se convertit au catholicisme en 1921 ( Husserl lui s’était converti au protestantisme en 1886 à 27 ans) rentre au Carmel devant l’interdiction d’enseigner qui lui avaient adressée les nazis, devient Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix , ce qui ne l’empêchera pas d’être envoyée à Auschwitz en tant que juive et d’y mourir en 1942 :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Edith_Stein

Entendons nous bien : je ne suis pas digne de délier les lacets de chaussures de Rudolf Steiner encore moins d’embrasser les doigts de pieds de l’héroïque Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix. “La Sainte de l’Abîme est plus sainte à mes yeux ” il s’agit indubitablement de deux géants de l’Esprit. Simplement j’essaye d’interpréter des expériences de pensée et puisque j’ai parlé de Husserl (bien forcé si je parle d’Edith Stein) je voudrais évoquer l’appel lancé par celui ci, qui fut le Maître d’Edith Stein en philosophie, appel à l’héroïsme de la Raison au début de la krisis, “Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale” . Ce me semble être le seul héroïsme dont nous avions besoin dans le domaine de la Pensée, seul important à mes yeux puisque je me réclame de l’idéalisme en philosophie, et seul à même de nous permettre de résister aux tentations du monde spirituel où virevoltent les hiérarchies célestes, c’est à dire en fait suprême séduction du plan vital, “séduction de la mort et de la maladie” disait Thomas Mann pour situer les aventures de la chair et de l’esprit de son héros Hans Castorp dans “La montagne magique” qui peut s’interpréter comme le choix entre les deux plans : plan vital des Lumières avec Settembrini, ou plan X avec le jésuite Naphta ( je me refuse absolument à associer le plan spirituel à Naphta, qui d’ailleurs se suicide à la fin, or le suicide est indiscutablement la marque de l’emprise du plan vital et de la Volonté déchaînée)..bref il s’agit d’une œuvre hermétique, comme le dit son auteur lui meme en avant-propos. En tout cas, céder aux facilités de hiérarchies célestes me semble un exemple parfait de ce que dit Brunschvicg sur la théologie des intermédiaires du thomisme par opposition à la métaphysique augustinienne du Verbe, qui permet le retour(hélas provisoire, comme on le comprend aujourd’hui) de l’Occident à la spiritualité pure de Platon grâce à Descartes:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

Ce n’est donc pas un hasard, non seulement si le cartésianisme concorde, à l’intérieur même de l’Église, avec le mouvement qui marque la revanche de la théologie augustinienne du Verbe sur la théologie thomiste des intermédiaires, mais si avec le Traité théologico-politique et l’Éthique la voie royale de la spiritualité s’est trouvée définitivement ouverte. Peut-être le souvenir de certains Marranes, chez qui les frontières de culte entre juifs et catholiques tendaient à s’effacer au profit de la communauté de sentiment, avait-il contribué à détacher Spinoza de tout préjugé particulariste.

Mais revenons au western, qui, si de par sa nature même il dépeint le plan vital sans aucun des aménagements de la civilisation, comme la loi, la police ou la justice, peut aussi montrer des individualités choisissant librement la voie de l’héroïsme de la gâchette, sinon de la raison

.. J’ai parlé au début de cet article de “High Noon” qui est un chef d’œuvre rare , “Le dernier train de Gun Hill” est susceptible à peu près de la même interprétation : Kirk Douglas est shérif marié à une femme indienne qui est violée et tuée par deux voyous faisant partie de la bande de son ancien ami Craig Belden (Anthony Quinn):

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_Train_de_Gun_Hill

La bourgade où vit Belden est en dehors de sa juridiction de shérif, mais Matt Morgan (Kirk Douglas) ira jusqu’au bout, au mépris de sa propre vie et des sentiments qui peuvent subsister pour son vieil ami : il obéit à une obligation supérieure à la justice humaine qu’il représente et qui lui commanderait plutôt de passer par le shérif légitime de la ville de Belden, un escroc qui est aux ordres de la bande, et donc de renoncer. Mais Morgan n’a pas le droit de renoncer ,

Il doit

tout comme Gary Cooper dans “High Noon” doit s’opposer au mépris de sa propre vie aux quatre tueurs, alors même que les “autorités” lui demandent de ne “pas faire de vagues” et de quitter la ville pour rejoindre sa belle nouvelle épouse quaker jouée par Grâce Kelly.

Le second film, qui date de 1959, est cependant inférieur en tout au chef d’œuvre de Zinneman en 1952, et d’abord parce le motif de Kirk Douglas est moins pur que celui de Gary Cooper : il s’y mêle des motivations du plan vital, vengeance de sa femme violée, etc…Par contre dans “Le train sifflera trois fois” Gary Cooper n’a subi aucune agression de la part des gangsters qui veut combattre, sa femme qu’il vient d’épouser l’attend pour qu’ils partent s’établir dans une nouvelle contrée vivre heureux, les notables de la ville eux mêmes le supplient de partir et ce n’est même pas la fierté et le sentiment de l’honneur qui lui commandent de rester, c’est quelque chose de plus haut : le plan spirituel et son “TU DOIS”. Ainsi “High Noon” nous présente donc comme les autres westerns une vision implacable du “plan vital”, comme la tragédie grecque soit dit en passant, mais aussi de l’interaction du plan spirituel et de son exigence absolue avec la conscience du héros du film joué par Gary Cooper. C’est donc un western comme il y en a peu, cela est dû à la personnalité exceptionnelle du réalisateur Fred Zinneman

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fred_Zinnemann

https://indiebum.wordpress.com/2008/07/01/retrospective-the-fcinema-of-fred-zinnemann/

un “idéaliste” (mais pas au sens théorique -philosophique utilisé ici) et un “homme de gauche” véritable (c’est à dire pas comme les vauriens gauchistes actuels, les français surtout, “No border” ou “antifascistes” de Nuit debout)qui s’est opposé courageusement à Mac Carthy, et d’ailleurs la fin du film , où Gary Cooper jette son étoile de shérif dans la poussière, a fait scandale, mais elle signifie simplement que ce qui oblige le personnage à risquer sa vie est plus haut que son simple devoir professionnel de shérif.
En tout cas “High Noon” peut être considéré comme une allégorie de ce que Zinneman appelait “l’urgence du combat pour préserver la civilisation” : contre le maccarthysme et contre la renaissance du nazisme (sa famille était morte dans les camps)

John Sturges, réalisateur du “Dernier train de Gun hill” a aussi réalisé Ok Corral ainsi que le célèbre “Les sept mercenaires” ( The magnificence seven) inspiré des “Sept Samouraï” où le plan vital est représenté par les paysans et par les bandits qui les agressent pour leur voler leurs récoltes. Quant au plan spirituel il est représenté par les sept mercenaires dont le vieux sage du village dit à la fin: “les cultivateurs sont comme la terre qui subsiste toujours, alors que vous, vous êtes comme le vent qui surgit on ne sait d’où , se précipite sur un village puis s’en va et disparaît définitivement” il retrouve ainsi les formulations bibliques de l’Ecclésiaste (Qohelet):

https://bible.catholique.org/l-ecclesiaste-qohelet/4504-chapitre-1

“Vanité des vanités! dit l’Écclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.
3 .Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil?
4 Une génération passe, une génération vient, et la terre subsiste toujours.”

Et Yul brinner, le chef des mercenaires dit à son ami Steve Mac Queen : ” ce sont eux, les paysans, qui gagnent toujours, et nous, nous perdons toujours”

Tout simplement parce que les paysans représentent le plan vital dont l’essence est le gain, la victoire, alors que l’essence du plan spirituel est la perte, le soustractif dont parle Badiou..seulement les mercenaires ne représentent pas fidèlement le plan spirituel, ils sont le symbole de la voie des Kshatriyas, les guerriers, voie nommée au Japon le Bushido, et René Guénon a raison, à mon sens, de dire que seule la voie purement intellectuelle, nommée en sanskrit “Jnana yoga” mène à la Vérité . Telle est l’explication du fait que dans les westerns et les films de guerre le plan spirituel n’est pas représenté fidèlement en général.
Mais il est un autre film, un autre western , de Georges Stevens en 1953, qui permet d’illustrer ces quelques idées : “l’homme des vallées perdues” ( Shane) avec Alan Ladd, ancienne star d’Hollywood dans les années 40 (“La clé de verre”, “Le dahlia bleu”) qui supporta mal de vieillir et mourut en 1964 à 50 ans dans l’alcool .

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Homme_des_vallées_perdues

Là encore Shane, ancien “homme de main” représente, mais de manière impure propres à l’Ouest américain, le ” plan spirituel” sous le biais de la voie du “Kshatriya” qui est aussi bien celle du tueur à gages Wilson (remarquable Jack Palance) et par opposition aux familles des paysans qui eux incarnent le plan vital. D’ailleurs il est intéressant d’écouter le père de famille, Joe Starrett, quand il “sermonne” les autres cultivateurs qui veulent quitter le pays, il leur dit en substance :
“Ne partez pas..c’est une bonne terre où vous et vos enfants pourrez vivre heureux, Dieu a créé cette terre pour des gens comme vous qui travaillez dur afin que vos enfants puissent vivre libres et honnêtement en travaillant cette terre” C’est là le Dieu du plan vital, dieu créateur des religions traditionnelles seulement ici vient, tirée de la Bible aussi, la réflexion de l’Ecclésiaste :

“Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil?
4 .Une génération passe, une génération vient, et la terre subsiste toujours.
5 .Le soleil se lève, le soleil se couche, et il se hâte de retourner à sa demeure, d’où il se lève de nouveau”

Et cette critique dissolvante de l’Ecclésiaste s’attaque aussi à la Sagesse :

“J’ai examiné toutes les oeuvres qui se font sous le soleil: et voici, tout est vanité et poursuite du vent.
15 .Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.
16 .Je me suis dit en moi-même: voici que j’ai accumulé et amassé de la sagesse, plus que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem, et mon coeur a possédé amplement sagesse et science.
17 .J’ai appliqué mon esprit à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j’ai compris que cela aussi est poursuite du vent.
18 .Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.”
L’Ecclésiste est une sorte de “trou noir” littéraire situé dans la Bible et dont aucune lumière ne réchappe!

J’entrais ceci de la page Wikipedia du film ” l’homme des vallées perdues”:

“Le film est un archétype du western avec un héros solitaire. Nul ne sait d’où vient ce héros (Shane), nul ne sait où il va ; vêtu d’une tenue de cow-boy, de couleur beige, Alan Ladd incarne le mythe du cow-boy redresseur de torts, opposé à une figure du mal absolu : Jack Palance, filiforme, vêtu de noir, évoquant « quelque chose de venimeux ». Il sauve la veuve et l’orphelin sans aucune condition. Toutefois, il est aussi permis de trouver à ce ‘ héros ‘ quelque chose de grotesque et de risible : sa panoplie à franges semble sortir d’un Disneyworld et il est toujours trop bien coiffé. L’effet est voulu, Shane est le perdant de la partie quoiqu’il advienne. La victoire revient à la famille Starett parce qu’ils sont posés, eux, qu’ils ont une fonction, une utilité dans le monde contemporain lors que Shane appartient, lui, à une race obsolète qui s’éteint après n’avoir jamais été vraiment utile.”

Là encore on ne peut que noter la ressemblance avec les propos de Yul Brinner à la fin des “Sept mercenaires”:
” les paysans gagnent toujours, et nous, nous perdons toujours”

Seulement cette “utilité sociale” dont parle la page est attaquée, corrodée, comme au vitriol, par la critique de l’Ecclésiaste.. Que les paysans honnêtes et droits de l’Ouest ne devaient pas lire de bon cœur.

Le film de Georges Stevens ” Shane” nous montre donc les deux plans : plan vital des cultivateurs honnêtes agressés par les tueurs de Ryker dans la guerre propre au plan vital pour l’appropriation des terres et des ressources, plan spirituel représenté imparfaitement par Shane et son pistolet, le redresseur de torts solitaire et sans femme (donc ne participant pas à l’œuvre propre au plan vital : travailler en étant utile à la société et engendrer des enfants en se mariant) mais il nous montre cela, ce film, sous l’angle de vision du plan vital . Deux signes de cela :
À la fin, Shane dit à l’enfant :”J’ai cru pouvoir rompre avec mon passé en vivant avec vous et en travaillant la terre comme vous les cultivateurs, mais c’est impossible : un homme ne peut pas rompre avec son passé”

Cela c’est la “sagesse” biaisée du plan vital et on en trouve la trace aussi dans l’Ecclésiaste quand il affirme qu’il n’y a “rien de nouveau sous le Soleil ” (le Soleil, c’est le symbole du plan spirituel et ce qui est “sous le Soleil” c’est le plan vital):

Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera; et il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
10 .S’il est une chose dont on se dise: “Vois, c’est nouveau!”, cette chose a déjà existé dans les siècles qui nous ont précédés”

Mais cette conclusion est réfutée par la naissance en Europe de la science moderne, “changement d’axes de la vie religieuse ” (dit Brunschvicg) qui introduit de l’absolument nouveau “sous le Soleil” , dans la connaissance humaine et son histoire..
Et individuellement un homme peut changer radicalement et totalement en se tournant vers l’Idée du “Bien au delà de l’Etre” de Platon (comme le dit Badiou dans sa lettre ouverte à Finkielkraut, seulement Badiou l’athée communiste matérialiste revendiqué ne s’aperçoit pas qu’ici il fait l’apologie de l’Esprit que par ailleurs il nie ) et c’est la bonne nouvelle de la possibilité de la seconde naissance que nous apporte l’Evangile de Jean dans le dialogue de Jésus et Nicodeme:

http://www.universdelabible.net/lire-la-segond-21-en-ligne/jean/3.1-21/

“Or, il y avait parmi les pharisiens un homme du nom de Nicodème, un chef des Juifs. 2 Il vint de nuit trouver Jésus et lui dit: «Maître, nous savons que tu es un enseignant envoyé par Dieu, car personne ne peut faire ces signes miraculeux que tu fais si Dieu n’est pas avec lui.»
3 Jésus lui répondit: «En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, personne ne peut voir le royaume de Dieu.»
4 Nicodème lui dit: «Comment un homme peut-il naître quand il est vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le ventre de sa mère et naître?» 5 Jésus répondit: «En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
6 Ce qui est né de parents humains est humain et ce qui est né de l’Esprit est Esprit.
7 Ne t’étonne pas que je t’aie dit: ‘Il faut que vous naissiez de nouveau.’ 8 Le vent souffle où il veut et tu en entends le bruit, mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va. C’est aussi le cas de toute personne qui est née de l’Esprit.»
9 Nicodème reprit la parole et lui dit: «Comment cela peut-il se faire?»
10 Jésus lui répondit: «Tu es l’enseignant d’Israël et tu ne sais pas cela!
11 En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. 12 Si vous ne croyez pas quand je vous parle des réalités terrestres, comment croirez-vous si je vous parle des réalités célestes?

13 Personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme [qui est dans le ciel].
14 »Et tout comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut aussi que le Fils de l’homme soit élevé
15 afin que quiconque croit en lui [ne périsse pas mais qu’il] ait la vie éternelle.
16 En effet, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.
17 Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
18 Celui qui croit en lui n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
19 Et voici quel est ce jugement: la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leur manière d’agir était mauvaise.”
( dans ces lignes extraordinaires, le “ciel” est évidemment le plan spirituel, le monde est le plan vital, et la vie éternelle est la “vie internelle” dans l’immanence radicale à la conscience et son intériorité)
Noter que ce que dit Jésus de l’homme qui est né de l’Esprit ressemble fort à ce que dit le vieux sage des “Sept mercenaires” à propos des mercenaires qu’il compare à un vent violent, ou bien à ce qui est dit de Shane l’aventurier dans la page Wikipedia de “l’homme des vallées perdues” :” on ne sait pas d’où il vient ni où il va”

Et cette seconde naissance consiste en l’entrée dans le plan spirituel (“Royaume de Dieu”) par la mort au monde (au plan vital) voir cette page tirée des œuvres de Brunschvicg :

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/le-salut-est-au-prix-dune-seconde-naissance-qui-seule-ouvre-le-royaume-de-dieu/

Le second signe qui montre que “L’homme des vallées perdues” voit la réalité sous l’angle de vision prédominant du plan vital se situe dans l’opposition tranchée entre les hommes et les femmes, le masculin enclin à la violence et à dégainer le colt pour faire triompher la cause du bien et le féminin enclin à la conciliation pour éviter justement la violence . La femme de Joe Starrett, Marian (jouée par Jean Arthur) qui ne laisse pas Shane indifférent et que Shane ne laisse pas indifférente, se désole de voir les deux hommes (Shane et Joe son mari) vouloir résister au Mal par la violence et de voir son enfant, Joey, fasciné par Shane et son pistolet, les admirer et les suivre. Elle leur dit qu’ils sont fous et qu’elle désire partir en laissant la ferme, plutôt que de résister en utilisant le droit du revolver, le seul droit que connaissait l’Ouest des “westerns”.
Or la différence entre hommes et femmes ne concerne que le plan vital, pas le plan spirituel, et toute spiritualité qui absolutise cette différence sexuelle en édictant des voies spirituelles différentes pour les hommes et les femmes est une spiritualité contaminée par le plan vital, dont il faut se méfier. J’ajoute que la guerre des sexes qui fait rage de manière inévitable actuellement entre les hommes et les femmes, trouve son origine sur le plan vital et ne peut être résolue que lorsque les hommes aussi bien que les femmes se tourneront en masse vers le plan spirituel, mais de manière réelle, pas par l’intermédiaire de “religions” comme l’Islam qui sont incapables de transcender le plan vital et trompent leurs adeptes en leur présentant un version illusoire du plan spirituel comme “paradis” , éternité de délices promise aux pieux “après” la mort , en somme un analogon du plan vital maquillé en plan spirituel…

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