Rudolf Steiner : CREDO (1888) le monde des Idées est la source mère et le principe de toute existence

Rudolf Steiner (1861-1925) et l’anthroposophie, discipline mêlant philosophie, occultisme (Steiner lui meme prononce souvent ce mot) et science (une science appelée “goethéenne” s’opposant fortement à la physique mathématique newtonienne et que l’on peut, me semble t’il, rapprocher de la phénoménologie, fondée vers la même époque par Husserl) sont très importants du point de vue de ce blog parce qu’ils peuvent nous servir, en quelque sorte, de “laboratoire” où procéder à des “expériences de pensée” consistant en “collisions d’idées et de théories” (exactement comme des collisions de particules à grande vitesse dans les accélérateurs de particules) afin de comprendre les dangers spirituels que nous courons en ne respectant pas le “principe de précaution” que nous donne Léon Brunschvicg : se ternir prudemment derrière la “caravane scientifique” qui avance majestueusement malgré les aboiements des chiens quels qu’ils soient (irrationalistes, occultistes, “religieux”,libertins et anarchistes, scientologie sur, Hare Krishna ou autres timbrés,communistes rattrapés par la maladie infantile du communisme qu’est le gauchisme, sans oublier les “belles âmes” innombrables qui voient de l’eurocentrisme partout).A vouloir jouer les “aventuriers de l’esprit” on risque des més-aventures, mais le danger majeur que nous encourons est celui de raconter des bêtises , ce qui après tout n’est pas si terrible, surtout lorsqu’on examine ce qui se dit sur les “réseaux sociaux”. Le problème avec Rudolf Steiner c’est que lorsqu’il s’est mis à déconner à plein tube, à partir de 1900, sous l’influence des théosophes de Blavatsky, il a entraîné , parce que c’était un génie exceptionnel doué d’une culture et d’une puissance de travail peu communes, un grand nombre de personnes avec lui, et cela dure encore..cela dit on peut penser qu’il a peut être rendu un grand service à ces personnes en leur évitant de se laisser tenter par d’autres “aventures collectives” comme le nazisme, après la guerre de 1914-18, ou bien le marxisme, ou bien de nos jours l’islam.
On dispose de plusieurs textes de Steiner datant d’avant 1900 et la rencontre avec la théosophie, dont le principal et le plus célèbre est “Philosophie de la liberté” en 1894:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Philosophie_de_la_liberté

À lire ici :

http://anthroposophie.doc.pagesperso-orange.fr/pdf/PhiloLib_RS_GC_1923.pdf

“L’individualisme éthique” (formule de Steiner lui même) consiste pour l’homme à etre à la hauteur du plan spirituel en devenant libre et autonome et en devenant créateur de valeurs (c’est aussi le sens de l’œuvre de Nietzsche, que Steiner admirait énormément et en lequel il voyait “un homme en lutte contre son temps”)
Mais il y a d’autres textes dont ce Credo : l’individu et le Tout que l’on peut lire ici :

https://themasters6.files.wordpress.com/2015/10/credo-steiner.pdf

Il est aussi paru dans le petit recueil publié par “Triades” :”Morale et liberté” dont on peut lire le début ici :

http://www.editions-triades.com/IMG/pdf/morale_liberte.pdf

Le “Credo” s’y trouve en entier à partir de la page 13 , précédé par un texte de Steiner : “La Nature et nos idéaux” à propos d’un poème de Marie Eugenie Delle Grazie , “Natur” qui est ici en allemand traduit ensuite en anglais:

http://wn.rsarchive.org/Articles/GA030/English/MP1983/NatIde_natur.html

Dans le recueil des éditions Triades il est traduit en français à la fin, dans les Notes.
Ces deux textes très beaux, de 1886 et 1888 respectivement :”la Nature et nos idéaux” et “Credo” sont entièrement platoniciens, et représentent le véritable sens de la pensée de Steiner qui connaît son plein (et dernier) développement en 1894 dans “La philosophie de la liberté”, en attendant la régression spirituelle de 1900 avec l’infection de cette pensée idéaliste et platonicienne par la théosophie de Blavatsky et Annie Besant sans oublier le pédophile Leadbater:

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Talk:Charles_Webster_Leadbeater

(Il a le droit d’être gay, mais satisfaire ses pulsions avec des adolescents est un crime)

Extrait de “La Nature et nos idéaux” :

Ce n’est pas dans leur existence temporelle mais dans leur réalité intérieure que réside la perfection des choses. Les idéaux de notre esprit sont un monde en soi qui doit aussi s’affirmer pour lui-même et qui n’a rien à gagner par le concours d’une Nature bienveillante

Ce “monde en soi des Idéaux et des Idées de notre esprit” est ce que l’anthroposophie nommera “monde spirituel” mais qu’elle peuplera d’entités spirituelles imaginaires qu’elle empruntera au livre “Les hiérarchies célestes ” du pseudo-Denys conFondu par une mystification chrétienne avec Denys l’Aréopagite :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Pseudo-Denys_l%27Aréopagite

Mais l’origine de la catastrophe de 1900 se trouve peut être dans les quelques lignes de 1886 citées plus haut : il n’y a pas de perfection, ni d’infériorité des choses, sauf par la grâce des entités mathématiques de notre physique . La perfection est une Idée, qui n’est donc pas “de ce monde” comme dit la sagesse populaire . La seule intériorité est celle de l’esprit humain, “les choses” est une manière de nommer le plan vital-ontologique , qui est le monde, par contre le monde spirituel, ou “royaume des cieux” se trouve dans l’intériorité de notre esprit humain et c’est là le seul “monde spirituel” qui puisse être nommé et recherché. Ici se trouve peut être en germe une tendance déplorable de l’anthroposophie qui perle de deux voies : une voie vers l’intériorité de notre esprit, voie qui est associée à l’esprit “sémitique” et une voie consistant à percer le voile qui cache ce qui se trouve derrière les phénomènes naturels, associée par Steiner aux peuples européens. Mais cette seconde voie n’est autre que la physique mathématique , pas besoin de créer une nouvelle discipline de pensée pour cela, et cette physique est tout autant le résultat de notre investigation de notre intériorité spirituelle que, par exemple, les plus grandes œuvres d’art de l’humanité. Mais Steiner s’obstine à considérer qu’il y a deux voies qui rencontrent deux seuils différents : le seuil de l’intériorité , qu’il faut traverser en “franchissant” , en quelque sorte, la mémoire, pour parvenir à la véritable intériorité, en parcourant une voie que Steiner appelle, si je me souviens bien, “mystique” et une autre voie orientée vers l’observation des phénomènes naturels dits “extérieurs” où la conscience rencontre un autre seuil qu’il lui faut là aussi franchir, ce seuil est caractérisé comme une “limite de la connaissance de la Nature” et le texte important de Steiner sur ce sujet s’appelle justement “Les limites de la connaissance de la nature”:

http://www.editions-novalis.com/Catalogue/Clivres/limites-connaissance.html

Lire aussi ce texte de Lucio Russo qui touche au même sujet :

http://www.triarticulation.fr/AtelierTrad/TDK/LR170914.pdf

Et qui montre que l’idéalisme de Steiner se rapproche plus de celui de Brunschvicg que de celui de Hegel : il repose sur l’activité du penser , et non sur le concept qui est déjà un résultat.

Les limites existent bel et bien , elles sont le fait de la Nature et non de la pensée, ainsi il y a des limites à l’énergie que nous pouvons mettre en œuvre pour “casser” des particules, et l’on ne peut pas observer des quarks à l’état “isolé” ou les casser en constituants plus petits.

http://www.cvc.u-psud.fr/spip.php?article147

Mais comme le dit Brunschvicg en citant Malebranche “nous avons toujours du mouvement pour aller plus loin” : grâce à notre force-de-pensée, observable dans les théories scientifiques ; quant au seuil de l’intériorité son franchissement mène à l’âme telle que la dépeint Brunschvicg :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

“ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. ”

en d’autres termes ,il importe de ne pas surimposer le plan vital, ordre de la matière et de la vie, sur le plan spirituel .
Et ce sera le péché contre l’Esprit, impardonnable donc, commis par l’anthroposophie apres 1900, lorsqu’elle osera déployer un monde transcendant d’entités spirituelles à la place de l’immanence radicale qui est l’Esprit , le Soi conscient qui se sait comme Esprit, à partir de livres comme “Théosophie” donc, qui a été écrit bien avant 1923 , en 1904 il me semble, même si l’édition suivante date de 1923:

http://anthroposophie.doc.pagesperso-orange.fr/pdf/Theosophie_RS_EP_1923.pdf

et si l’introduction s’appuie sur le dernier exposé de “La doctrine de la science” par Fichte, en 1813 en citant cette phrase :

“Ma doctrine implique un organe de perception intérieur tout nouveau, par lequel se révèle un monde inconnu à l’homme ordinaire”

Sauf que j’ai acheté hier le texte de l’exposé de Fichte en 1813 édition EPISTEME, sous la direction de Marc Marcuzzi, et que ce texte très difficile débuté ainsi :

Voir dans sa naissance le savoir, le Savoir Un, Universel et Absolu, donc le voir naître de quelque chose qui n’est absolument pas savoir, mais qui est ce dont il y a conscience

Fichte a inspiré Wronski, le Savoir de Fichte correspond à l’élément-Savoir de Wronski et à notre plan spirituel, et “ce dont il y a conscience” c’est l’élément-être, le plan vital-ontologique : et Fichte poursuit :

Principe n’est pas principiat. Ils se disjoignent absolument . Complètement séparés.
Ce dont il y a conscience = être.La doctrine de la science n’est pas doctrine de l’être. Elle n’en est une que par malentendu. La plus célèbre des doctrines de l’être est celle de Spinoza

Ce dont parle Fichte ici, c’est de l’Ouvert , la FENTE, le Saint Calice du Royaumes-des-Esprits, MATRIX RELOADED, la scission qui disjoint plan vital et plan spirituel.

Alors attention je ne dis pas que Steiner ment, l’éditeur dans mon exemplaire acheté hier dit que “le texte du manuscrit dont nous disposons, est très lacunaire” , il se peut que Steiner ait disposé d’une autre version.

Sur la catastrophe de 1900 le livre à lire est celui de l’anthroposophe dissident José Dupré:
“Rudolf Steiner, l’anthroposophie et la liberté”

http://www.conscience33.fr/anthroposophie%20_Rudolf%20Steiner_L_anthroposophie%20et%20la%20liberte.html

Voir aussi ce site tout à fait honnête et non sectaire, qui donne beaucoup de liens:

http://jf.bizzart.biz/Sommaire.html

J’accorde une très grande importance à José Dupré et lui ai consacré un blog “La vie de l’Esprit et la question religieuse” (titre d’un de ses livres, tous à lire) :

https://laviedelesprit.wordpress.com/tag/jose-dupre/

mais c’est dans le cadre de ce blog que cette œuvre sera examinée, ainsi que celle de Steiner avant 1900 , qui reste à mon avis d’une importance cruciale pour tirer l’humanité hors du marécage “matérialiste” où je la vois s’enliser jour après jour…

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