Jean-Michel Le Lannou :” Un temple pur” ( Léon Brunschvicg lecteur de Spinoza)

Le texte de cet article remarquable est ici en version intégrale:

http://books.openedition.org/psorbonne/212?lang=fr

La raison seule doit être reconnue comme émancipatrice. Léon Brunschvicg l’affirme en s’opposant à la critique du rationalisme, à celle de l’universalité dénoncée comme abstraite, par les philosophies de la vie et le mouvement de « retour au concret » qui se développent en cette fin de xixe siècle1. Être libre, c’est être gouverné par la raison seule. Mais de quoi précisément émancipe-t-elle ? Que signifie raison seule ? Comment et par qui la puissance de la raison est-elle énoncée ? – Par Spinoza.

2Léon Brunschvicg se reconnaît idéaliste, déclare son insatisfaction à l’égard du criticisme, et se dit spinoziste. N’est-ce pas paradoxal ? Que fait donc Spinoza dans l’idéalisme ? Qui y devient-il ?”

Un début en fanfare qui rappelle plusieurs thèmes mentionnés ici depuis le début.

Prenons le temps de savourer le caractère inouï de ce commencement :

Seule la raison doit être reconnue comme émancipatrice

En aucun cas les puissances de la vie (instinct, sentiment, intuition) ne peuvent nous émanciper, nous libérer, faire de nous des êtres libres… Etre libre ce n’est pas faire ce que l’on veut comme on veut, même si cela choque l’entourage ce n’est pas se différencier des autres, c’est en toutes circonstances obéir à la raison et à elle seule. La raison est universelle, elle nous dit toujours ce qu’il faut faire et contrairement à ce que l’on pourrait penser elle ne nous dit pas toujours de désobéir “À Rome fais comme les Romains” , ce que répète sans cesse Éric Zemmour, est une maxime typiquement rationnelle , bien proche du “Caute” ( “sois prudent”) de Spinoza. Certes il faut lutter contre les préjugés, mais ils n’existent que lorsque quelques uns veulent universaliser et absolutiser ce qui est simplement un équilibre local du plan vital, un compromis trouvé au cours de siècles de coexistence. Ainsi par exemple dans certaines contrées arabo-musulmanes les femmes ont coutume de se couvrir les cheveux, alors que sur certaines plages scandinaves (comme d’ailleurs dans certaines tribus africaines ou amérindiennes) les jeunes gens vaquent nus sans que cela embête personne. Où serait le préjugé ? Il consiste à prétendre qu’un mode de vie possède un sens universel, qu’il s’agit d’un Commandement de Dieu à toute l’humanité comme le proclame l’Islam en citant des versets de son écriture mensongère le Coran. La Raison veut qu’une femme musulmane installée dans un pays comme la Suède évite de sortir les cheveux couverts d’un voile, ou bien qu’une suédoise expatriée dans un pays arabo-musulman évite, pour des raisons évidentes (risques de viol) de se montrer seins nus sur la plage. Rien de ce qui concerne les habitudes du plan vital (coutumes alimentaires, vestimentaires, etc..) ne peut être dit “universel” ou “voulu par Dieu ” : les interdits alimentaires des juifs ou des musulmans ne concernent qu’eux seuls, ce sont des coutumes tribales qui se sont implantées sur des siècles, et non pas des commandements divins.

Au cours des années 70 en Occident “émancipé” (notamment sexuellement) l’anticonformisme, comme on disait, est devenu un véritable conformisme, il fallait montrer tout le temps que l’on était pas “un petit bourgeois étriqué” et certains salauds ont meme persuadé des filles intimidées par les exigences de la “libération révolutionnaire” de devenir leur maîtresse ou celle de leurs amis ou bien de participer à des orgies collectives pour prouver qu’elles étaient “libérées”!!!

Mais la liberté n’a rien à prouver!

Et elle n’a rien à voir avec le fait de montrer ou non ses seins..ou de coucher ou non avec plusieurs hommes ou femmes, voire hommes et femmes…la liberté se situe sur le plan spirituel, pas sur le plan vital ou jamais elle ne pourra exister..
Rudolf Steiner dit aussi que la liberté concerne le domaine du “penser”. …
La raison est émancipatrice parce qu’elle et elle seule permet la conversion véritable, conversion de la conscience l’orientant vers le plan spirituel et la détournant de ses intérêts individuels, c’est à dire de l’attitude ordinaire propre au plan vital; à ce titre la raison ne saurait être la raison d’entendement (” Verstand”) qui aide à devenir plus malin que les autres et à mieux “réussir dans la vie” en employant les techniques des “experts en communication” et autres “spin doctors”. La Raison est la Raison universelle des esprits de Malebranche, identifiée par lui au Christ-Logos.
L’universalité abstraite est, comme nous l’avons vu dans le dernier article,associée à la pensée ensembliste propre au plan ontologique-vital, à la pensée selon l’être plutôt qu’à la pensée selon l’Un:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/03/15/les-deux-theories-mathematiques-privilegiees-par-badiou-topoi-et-ensembles-correspondant-aux-deux-plans-vital-ontologique-et-spirituel/

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/deux-universalismes-concret-categorique-henologique-et-abstrait-ensembliste-ontologique/

Mais que signifie l’idéalisme en philosophie , c’est à dire la primauté donnée au plan de l’Idée sur le plan ontologique?

“3Que signifie tout d’abord pour Brunschvicg être idéaliste ? Tout autant qu’une doctrine, c’est une attitude éthique qui se constitue, en particulier dans les œuvres de J. Lachelier, que Brunschvicg reconnaît comme son maître, et de J. Lagneau, comme l’affirmation de la liberté de la pensée

4Pour cet idéalisme, dans l’horizon duquel l’œuvre de Brunschvicg se développe, la pensée s’exerce comme libération visant à se défaire de toute subordination à l’égard de la particularité. Par la dénonciation d’un exercice initialement contradictoire et entravé, elle entend surmonter sa soumission première à la nature3. L’idéalisme s’identifie principiellement à la contestation du réalisme, donc de l’adhésion au fini. Il est également, comme antikantisme, le refus de restreindre la pensée à l’exercice en lequel elle demeure inégale à soi. Son exigence en ce sens serait mieux nommée spiritualisme, car la pensée véritable, adéquate à sa propre exigence, pensée totale et identique à ce qu’elle pense, est l’Esprit .Le principal problème dans cette perspective devient, pour Lachelier en particulier, de rendre compréhensible le passage de la pensée finie, ou asservie, à la pensée libre. Comment le produire ? Comment excéder réellement la particularisation ?”

Il s’agit donc de bien plus que d’une théorie : du choix libre d’une attitude, d’un engagement éthique, d’une conversion radicale à l’Esprit. Il s’agit, selon les termes et les concepts de Jean Michel Le Lannou, d’un refus de l’acquiescement de la pensée au fini, propre au plan vital.
Les deux lignes de front de la philosophie , thématisé es par Badiou, sont évoqués au début de l’article : il s’agit de la ligne rationaliste , celle de Brunschvicg, qui remonte à Descartes, Malebranche et Spinoza, et qui s’oppose à la ligne vitaliste ( Bergson, Deleuze). Badiou se réclame de la ligne rationaliste, mais peut être à tort puisqu’il engage une polémique contre le “vieil idéalisme chrétien” (formule de François Nicolas, l’un de ses admirateurs) et puisqu’il se réclame de “l’idée communiste” et du matérialisme dialectique , il endosse l’universalisme abstrait ensembliste et donc pour finir refuse de reconnaître le plan spirituel , encore moins la primauté de celui ci sur le plan vital-ontologique. Le dernier grand représentant de la ligne rationaliste est donc Brunschvicg, plus ses disciples comme Jean Cavaillès et Albert Lautman, morts hélas pendant la guerre pour Résistance et ses continuateurs contemporains : Le Lannou et André Simha.

J’ai d j’ai signalé ce remarquable exposé sur “La Puissance de l’Idée” de Mr Le Lannou en 2009 lors du colloque “De Brunschvicg à Bachelard”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/25/expose-de-jean-michel-le-lannou-sur-brunschvicg-la-puissance-de-lidee/
Où il déroule la liste des objections de la conscience rationnelle à tout acquiescement au fini, c’est à dire au plan vital . Mais cet exposé se termine par un avertissement sur l’impossibilité de “définitiser” la conscience pour la rendre Totale.
Une objection similaire est elevée ici :

Cependant ne sommes-nous pas essentiellement cette particularité ? N’est-elle pas réelle et même seule réalité ? Ne sommes-nous pas toujours tel individu particulier ? N’est-elle pas le tout de ce que nous expérimentons ? Comment donc, et c’est une seule tâche, peut-on montrer que nous ne nous réduisons pas à cela, et que la pensée peut se libérer ?

À celui qui venait le trouver en lui demandant de le libérer, Ramana Maharshi répondait invariablement : ” qui t’a enchaîné ?” La réponse que ce Sage voulait que le disciple trouve lui même était : “c’est moi même qui suis mon propre geôlier ” ou, en termes théoriques :”c’est l’ego particulier et particularisât eut qui est la source de toute insatisfaction et de tout enfermement ”

Cependant ici nous sommes dans la pensée philosophique occidentale, que je privilégie comme on a pu le remarquer , même si Spinoza a pu être caractérisé comme “mi-oriental” à cause de ses origines hébraïques .
Certes l’individuation, la particularité individuelle est dénoncée comme obstacle à la pensée libre mais c’est seulement les conditions propres au plan vital qui sont jugées négativement: le vrai séjour de la Pensée est le plan spirituel, non pas le plan vital où elle ne rencontre qu’insatisfaction et “finitisation”

Il faut tout d’abord comprendre le surgissement de l’insatisfaction à l’égard de la pensée finie. Qu’est-ce qui l’anime ? Qu’est-ce qui nous assure, ne serait-ce que de manière initiale, que se défaire de la particularité ne conduit pas à se supprimer ? Rien d’autre que l’exigence même de la pensée. Elle seule peut nous révéler qu’il y a en nous plus que l’individuel, cela qui ne se réduit pas à lui, et qui tend à l’excéder. Qu’est-ce qui se manifeste en nous comme excès, outrepassement de toute restriction ? La seule pensée. En et par elle se présente, de manière il est vrai indirecte, l’infini qui ne peut s’enclore dans la particularité, cela qui ne peut ni s’individuer, ni s’approprier. L’idéalisme se fonde ainsi dans et par l’identification de cet infini, en sa détermination et son statut véritable, comme pensée.

9Par elle nous découvrons qu’il y a dans le fini plus que lui, et dans le particulier cela qui ne peut y consentir. La pensée libre comme telle ne saurait consentir à la limitation. Son exigence produit en nous une décisive disproportion. Elle manifeste ainsi sa véritable « nature », c’est-à-dire précisément qu’elle n’est « renfermée dans aucune borne ».

10Découvrir la présence en moi de la pensée, qui est constitutivement exigence de la vérité, ne s’exerçant que comme refus de sa particularisation, c’est reconnaître son dynamisme. À quoi celui-ci conduit-il ? À quoi mène cette délimitation qui la constitue ? Comment donc être fidèle à son exigence ? Quelle modification de notre existence la pensée vraie impose-t-elle ? Elle n’enjoint rien d’autre que de déployer toutes les conséquences de sa puissance, c’est-à-dire qu’elle exige d’être libérée de sa soumission initiale et factuelle à la particularité.
comme d’habitude c’est Brunschvicg qui fait ici la lumière, notamment ce passage de Descartes, généralement ignoré (ou passé sous silence ?) car cela n’irait pas avec le rationalisme médiocre que l’on confond généralement avec le cartésianisme :

j’ai en moi premièrement la notion de l’Infini que du fini, de Dieu que de moi même

Ce qui rejoint cette “présence en moi de la pensée” dont parle JM Le Lannou
La fidélité à l’exigence de la pensée de faire éclater toute limitation passe ainsi par un processus de purification quasi-alchimique , que nous avons caractérisé ici comme “ascèse vitale”:

Ce processus sera ainsi une « œuvre d’affranchissement et de purification » Pour Brunschvicg, cette exigence n’est pas originairement politique, mais bien éthique et religieuse. Ce n’est cependant pas une simple augmentation du savoir, qui laisserait être celui qui pense en son identité initiale, qui est en question, il s’agit ici d’une modification effective. Le surgissement de la pensée opère une rupture de notre « identification » première. Étant en nous l’exigence de se libérer, et pour cela de surmonter la prétention à la subordonner, elle nous impose de cesser de nous réduire à la particularité, toujours comme telle passionnelle, donc de nous défaire de ce qui l’entrave.

Pour Brunschvicg cette exigence n’est pas originairement politique, mais éthique et religieuse: c’est là la différence fondamentale avec Badiou qui parle lui aussi de “fidélité à une vérité détachée d’ un événement fondateur” mais qui ne voit qu’il reste dans le registre politique c’est à dire du plan vital

http://www.contretemps.eu/archives/alain-badiou-politique-verite

Avec l’idéalisme de Brunschvicg nous sommes dans le registre quasiment initiatique , celui de la conversion ou “metanoia” mais sans jamais quitter celui, sévère et rationaliste, de la philosophie . Nous sommes proches de certaines formulations de Steiner avant 1900, mais pas question de se laisser aller aux rêveries théosophiques:

Pour restituer la pensée à elle-même, il faut la détacher de la particularité que nous sommes. Pour cela, une seule nécessité : cesser d’être un individu, et donc refuser de demeurer celui qui, par ce qu’il désigne comme son « être », l’asservit et en contredit le processus. Ce changement n’est possible que par une mutation réelle de notre existence. Avec Spinoza, Brunschvicg vise non la simple postulation théorique de la libération, mais son effectuation véritable. La question est donc directement pratique. Cesser d’être un individu clos sur lui-même étant la condition de cette libération, que « faire » pour ne plus se réduire à cette individualité ? Comment s’universaliser ?

La limitation à laquelle on refuse de consentir n’est pas essentielle. Cette particularité n’est en vérité qu’une simple restriction, et non une finitude constitutive. Le comprendre conduit à refuser de demeurer cette entrave qui arrête le dynamisme du vrai. Se défaire de la particularité permet non seulement de cesser d’entraver la puissance de la pensée, mais encore conduit à s’identifier à elle en son activité infinie : « L’homme ne peut concevoir l’idéal spirituel sans participer à lui, sans s’identifier à lui », souligne Brunschvicg . Puisque « notre destinée est de tendre à l’unité » , nous devons opérer cette identification. Nous ne sommes fidèles à l’exigence de la pensée qu’en refusant de « la soumettre aux catégories de l’extériorité » , sachant que seul ce qui relève de l’extériorité, en particulier notre individualité, est limité. Ce processus de désindividualisation, donc d’intériorisation, constitue ainsi la détermination propre du progrès spirituel. En et par lui, s’effectue un mouvement de « dédoublement perpétuel » tant individuel que collectif, qui par l’éducation « régénère le monde » La puissance de la pensée s’atteste ainsi dans le progrès qui est « une ascension de l’être lui-même, un approfondissement de son essence qui transforme la nature de cette essence même »

“Toute détermination est négation” : nous sommes conduits à Spinoza par l’exigence même de la pensée. Refuser l’individuation, c’est refuser que l’individu que je suis (sur le plan vital-ontologique) empiète sur mon droit à la complète liberté sur le plan spirituel de la pensée. Ce n’est pas “faire comme si je n’étais plus moi mais un autre ce qui serait proche du suicide. certes la tentation existe, elle fait l’objet du chef d’œuvre de Michelangelo Antonioni : “Profession reporter” (1975) :

https://horreurislamique.wordpress.com/2014/09/30/profession-reporter-dantonioni/

https://horreurislamique.wordpress.com/2013/12/10/deux-films-majeurs-dantonioni-en-vostfr-le-desert-rouge-et-profession-reporter/

Pour expliciter le statut de la pensée, pour en comprendre la puissance, Brunschvicg s’adresse donc à l’œuvre de Spinoza. Sa présence est constante dans son œuvre, non seulement dans son premier ouvrage, mais aussi dans tous ses textes. Pourquoi Spinoza ? Parce qu’il nous propose une « philosophie de l’activité » . L’Éthique expose la restitution de la pensée à sa véritable puissance, libérée de l’extériorité, de la limitation, et en général de toute subordination. Son processus, le « progrès de la dialectique spinoziste » , n’est restreint par rien, et surtout pas par un être ou une substance particulière, qui serait l’opacité d’une âme irréductible à l’idée. Spinoza donc, parce que selon Brunschvicg il est la philosophie même, « l’activité intellectuelle prenant conscience d’elle-même […] voilà ce que c’est que la philosophie »
Le véritable idéaliste, c’est ainsi Spinoza, et non pas Kant. Dans l’œuvre de Kant, Brunschvicg dénonce l’insuffisance de l’« unité abstraite », et ce au nom de l’exigence de l’« unité parfaite de la réalité totale » . Il conteste surtout l’absolutisation de la scission qui interdit en son principe même la pleine affirmation de la pensée. Cette entrave réside dans l’impossibilité tant théorique que pratique d’une « identification complète » entre forme et matière , dans une « inadéquation à l’affirmation » . Tout à l’opposé, Brunschvicg recherche « un jugement pratique qui soit non seulement nécessaire par sa forme, mais encore réel par sa matière » . Pour y accéder, il faut donc d’abord « se départir de l’universalité abstraite »

La scission de la pensée se manifeste par une double extériorité : à l’égard de sa puissance propre, ainsi que du réel. Brunschvicg conteste donc la division entre pensée finie et intuition. Par cette opposition, la pensée serait vouée à la seule « légalité formelle », c’est-à-dire à n’être qu’une « science formelle qui tourne autour des choses », « sans pénétrer dans l’intimité » du réel . Ce savoir « purement externe des choses » , Brunschvicg le comprend non comme la manifestation d’une finitude constitutive, mais comme une simple limitation de fait, qui peut et doit être surmontée

Si Spinoza explicite les conditions du « progrès de l’autonomie spirituelle » , il n’est cependant pas le seul à l’exposer. Brunschvicg, le plus souvent, désigne ensemble Platon, Spinoza et Fichte, dont les « thèses, [sont] identiques sous des terminologies différentes ».D’où vient cette unité ? De ce qu’« à travers les différences de leur vocabulaire et de leur style, [ils] fournissent au problème de la modalité du jugement une solution identique » . Fondamentalement, ils identifient de manière similaire la pensée véritable au « jugement de pure intériorité », thème central de la thèse de 1897, La modalité du jugement.

Dans l’œuvre de Spinoza cependant, s’exposent de manière privilégiée tant le processus réel de la pensée que la clarification de ses conditions. L’Éthique est ainsi, originairement, une « doctrine de la liberté » . Brunschvicg pose que « la thèse fondamentale de l’idéalisme moderne […] se dégage adéquatement dans l’Éthique » ; en ce sens « le type du spiritualisme absolu […] c’est le spinozisme » , « cet unique système de spiritualisme radical qu’est le système de Spinoza » .Comment comprendre ici cette appellation de « spiritualiste » ? Sous son aspect critique, elle désigne un antimatérialisme et un antiréalisme.
En quoi positivement Spinoza est-il idéaliste ? En ce qu’il a « mené jusqu’au bout l’exclusion des postulats de la métaphysique traditionnelle » , c’est-à-dire du « réalisme des concepts logiques, matérialisme des facultés de l’âme, représentation anthropomorphique de la finalité, substantialité du moi, extériorité de Dieu » (ibid.). Sa radicalité provient de ce que, « ayant éliminé dans l’interprétation du cogito toute survivance du réalisme substantialiste, il établit une transparence parfaite de l’âme à l’idée » .En cela Brunschvicg s’oppose nettement à l’interprétation de Lagneau, pour qui la pensée de Spinoza constitue un « pur réalisme », ou même une « sorte de chosisme

Pourquoi certaines personnes sont elle tentées ou s’adressent elles aux diverses disciplines ésotériques ou initiatiques comme l’anthroposophie ou le yoga tantrique ou le soufisme? Bien sûr il y a souvent un attrait pour le mystère et l’exotisme, mais la raison principale est que ces personnes sont lassées de ce qui leur apparaît comme “encore des théories abstraites” : ce qu’elles recherchent c’est quelque chose qui va enfin changer leur vie concrètement . Elles désertent donc la philosophie et la science,not nous avons vu que la Mathesis nous apprend beaucoup sur ce qu’est l’universalité abstraite dont nous devons selon Brunschvicg nous départir pour parvenir à “un jugement pratique qui soit non seulement nécessaire par sa forme, mais encore réel par sa matière », c’est à dire pour sortir d’un formalisme étouffant et stérile auquel se réduit pour la plupart de ces personnes la Mathesis.
Comme cet article est déjà long, je poursuivrai l’examen de la note de JM Le Lannou dans un autre article..

Advertisements
This entry was posted in Europe, Léon Brunschvicg, Ouvert : dualité plan vital-plan spirituel, Philosophie, Plan vital-plan spirituel, Spinoza, Théorie des ensembles (set theory), Théorie des topoi (topos theory) and tagged , , , , , , , , . Bookmark the permalink.