Fritz Lang : Dr Mabuse, les deux films du cinéma parlant, en 1933 et 1960

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Hier soir Arte repassait le dernier film de Fritz Lang, datant de 1960 : “Le diabolique docteur Mabuse” que l’on peut voir gratuitement (pour l’instant ! Profitez en vite!) ici , sous un faux titre (“le testament du Dr Mabuse” date de 1933, c’est le dernier film allemand réalisé par Fritz Lang avant sa fuite aux USA lors de l’arrivée au pouvoir des nazis):

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Diabolique_Docteur_Mabuse

Le titre allemand se traduit littéralement par “les mille yeux du docteur Mabuse” , ce qui renvoie aux caméras dont “il” a truffé tous les endroits propices de l’hôtel Luxor de Berlin, à la clientèle riche et huppée, qu’il épie sur des écrans de télévision depuis une installation au sous-sol datant des temps de la Gestapo. Mais Mabuse est mort au début des années 30, et le film nous montre même sa tombe ,il est mort dans la clinique où il était enfermé après s’être fait passer pour fou lors de son arrestation, et ceci constitue l’histoire du “Testament du Dr Mabuse” sorti en 1933, et c’est son fils, fasciné par la nature messianique de la personnalité de Mabuse (qui sous ce rapport rappelle Hitler) qui n’était pas un simple “génie du crime” mais voulait “faire sombrer ce monde pourri dans le chaos”. Dans le film de 1960, le successeur du Dr Mabuse se partage, comme d’habitude , entre deux personnages : le docteur Jordan, directeur d’une clinique psychiatrique, et le devin-médium Cornelius . On ne voit guère comment un personnage tel que Mabuse pourrait avoir un fils et cette assertion du Dr Jordan est peut être symbolique. Car sa fascination rappelle étrangement celle du Dr Baum, directeur de la clinique où est enfermé Mabuse considère comme fou, où il consacre son temps à écrire en signes mystérieux sur des pages innombrables:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Testament_du_docteur_Mabuse

Tout le film tourne autour de la figure énigmatique du Dr Mabuse qui est interné et qui a apparemment perdu la raison. Dans l’asile où il se trouve, il ne fait rien d’autre qu’écrire sans arrêt des notes quasi incompréhensibles que le Pr Baum rassemble consciencieusement pour essayer de percer à jour le génie de Mabuse.

En parallèle, des crimes sont commis apparemment sans raison par des groupes terroristes auxquels appartient Tom Kent, un homme qui vient de sortir de prison après quatre ans pour avoir tué son amie et son meilleur ami. N’ayant pas trouvé de travail, dil devient membre de cette organisation terroriste dont on apprend peu à peu qu’elle est dirigée par Mabuse. Il a rencontré Lili dont il est tombé amoureux et il regrette d’avoir intégré cette organisation. Il est pris d’un dilemme, entre continuer cette activité et rompre avec Lili ou tout avouer à Lili et quitter l’organisation.

C’est là que l’on découvre la dimension totalitaire de l’organisation dirigée par Mabuse :

– Les lois sont définitives, il n’est pas envisageable qu’il y ait des dissidents, et s’il y en a, ils sont accusés de trahison et condamnés à mort (c’est la sentence prononcée contre Kent et Lili, même s’ils parviennent à y échapper).

– Les ordres sont donnés non pas par une personne (que l’on ne voit jamais) mais par une voix qui s’exprime d’abord derrière un rideau, puis, quand le rideau tombe, par l’intermédiaire d’un haut-parleur (ce motif apparaît à deux reprises). Voir, à ce propos, l’analyse qu’en propose Zizek dans The Pervert’s Guide to Cinema. Cette réduction du chef à une voix a comme effet de rendre impossible l’identification et la localisation de la personne, donc d’augmenter l’effet de terreur.

– Les crimes perpétrés le sont apparemment sans raison. Dans l’entretien qu’il a avec le Pr Baum, l’esprit de Mabuse explicite l’intention : il s’agit de créer un climat de terreur et de déstabiliser la population pour, in fine, asseoir l’empire absolu du mal.

On en revient finalement à la figure du Dr Mabuse : pendant longtemps, il n’est qu’une voix qui donne les ordres. Une aura fantastique flotte autour de lui, car on apprend vite qu’il est interné et devenu fou, mais, malgré tout, c’est lui qui est la source des attentats. Après un temps, il décède, et c’est là que le film tombe dans le merveilleux : l’esprit de Mabuse accompagne et possède le Dr Baum qui devient l’instrument de Mabuse pour exécuter ses actes. Mais la fin du film rend le statut de Mabuse encore plus problématique puisque le Pr Baum devient lui-même fou et réitère les gestes initiaux de Mabuse interné. L’esprit de Mabuse se réincarne-t-il génération après génération dans un nouvel individu ? Est-il le principe du mal qui demande juste à s’incarner dans des individus historiques.

« Le succès du Docteur Mabuse fit faire à Lang Le Testament du docteur Mabuse, dans lequel la parabole politique était plus que manifeste, puisque le héros, devenu la chose de Mabuse prisonnier, accomplissait les volontés de ce maître criminel. La référence à Mein Kampf, écrit en prison par Hitler, était tellement claire que le film fut interdit par Goebbels et que Lang, à qui ce dernier avait proposé le poste de réalisateur officiel du parti nazi, quitta l’Allemagne en 1933. » (Patrick BRION, « Fritz Lang », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 janvier 2016)

Dans les deux films du parlant, en 1933 et 1960, Mabuse possède une stature messianique et démoniaque dont on ne retrouve que les traces dans les deux films de l’époque du muet, en 1922, où Mabuse est certes un “génie du crime” mais ne vise que son propre profit : il entend créer, dans le film de 1933, au moyen de la Terreur et du chaos mondial, un “Empire du Crime et du Mal Absolu” “Herrschaft des Verbrechens” qui rappelle les formes modernes et historiques du Mal, notamment DAESH. J’avais d’ailleurs écrit un article en ce sens:

https://horreurislamique.wordpress.com/2014/09/14/daesh-isis-eiil-isil-herrschaft-des-verbrechens/

Où je signalais aussi deux vidéos faisant le rapprochement avec les totalitarismes nazi et bolchevique:

Ainsi qu’avec les banksters modernes, et le chaos des crises financières comme celle de 2008:

Geoges Soros rappelle certains traits de Mabuse, mais l’on peut dire la même chose de Greenspan ou des actuels directeurs de banques centrales , qui sont responsables de la déplorable politique des taux très bas, voire négatifs, risquant de provoquer un jour une crise globale, comme beaucoup d’économistes sérieux commencent à s’en douter .

Voici le lien pour voir le “Testament du Docteur Mabuse” (1933), en allemand sous titré en dialogues français :

La scène de la fin où le Moi” du Dr Baum est littéralement remplacé par celui de Mabuse, et où on le voit sur le lit de mort du démon du crime déchirer les notes laissées par son “Maître intérieur” , est une scène absolument extraordinaire , et d’ailleurs la dernière phrase, prononcée par le commissaire Lohmann parlant à son assistant :” viens! Un simple commissaire n’a plus rien à faire ici” est assez révélatrice du sens apocalyptique de ce film, à mon avis le plus grand de ceux de Fritz Lang

On me pardonnera j’espère de donner ma propre interprétation de cette Figure:je ne surprendrai personne en révélant que je la trouve certes fascinante, effrayante et maléfique. Mabuse est selon moi l’opposé du Christ, l’Anti-Christ, le symbole du plan vital en personne, alors que le Christ , Raison universelle des esprits, symbolise le plan spirituel de l’Un-Bien. C’est là la raison pour laquelle aucun des deux ne saurait avoir de descendance physique , mais cette explication est duale : le Christ, symbole “universel concret” de l’Esprit, ne peut ni ne doit rien avoir en commun avec “le monde” de la génération et donc aussi de la mort. Par contre Mabuse est, incarne le monde , “plan vital”, aussi ne saurait il prendre sa place comme les autres hommes dans la suite des générations humaines. Et je ne suis pas loin d’être poussé, contre mon gré vous pouvez me croire, à dire la même chose d’Hitler.

Je l’ai déjà dit, mais soyons conscient que quelqu’un qui est vraiment “spirituel” ne peut jamais mettre en accusation le monde et la vie, ou bien l’Homme ou l’humanité. C’est Satan-Méphistophélès qui dans “Faust ” de Goethe se charge de cet office, comme dans le “Livre de Job” d’ailleurs. Rappelons nous aussi les propos de Brunschvicg à la fin de ” Introduction à la vie de l’Esprit”:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/20/la-seule-vraie-religion/

Et dés lors, ce que nous avons dit de l’univers, il faut le dire aussi de la vie.

La vie est bonne absolument bonne, du moment que nous avons su l’élever au dessus de toute atteinte, au dessus de la fragilité, au dessus de la mort.

La vraie religion est le renoncement à la mort;

elle fait que rien ne passe et rien ne meurt pour nous, pas même ceux que nous aimons; car de toute chose, de tout être qui apparaît et qui semble disparaître, elle dégage l’idéal d’unité et de perfection spirituelle, et pour toujours elle lui donne un asile dans notre âme »

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