“Il y a une femme là dessous” s’écria Porbus

Le nom “Mabuse” signifie “de Maubeuge” et ce fut le surnom du peintre Jean Gossaert (1478-1532):

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Jan_Mabuse

Ce nom de peintre apparaît dans la nouvelle de Balzac “Le chef d’œuvre inconnu” où il est le Maître, l’initiateur artistique de Frenhofer :

https://horreurislamique.wordpress.com/il-y-a-une-femme-la-dessous/

“Jeune homme, lui dit Porbus en le voyant ébahi devant un tableau, ne regardez pas trop cette toile, vous tomberiez dans le désespoir.

C’était l’Adam que fit Mabuse pour sortir de prison où ses créanciers le retinrent si longtemps. Cette figure offrait, en effet, une telle puissance de réalité, que Nicolas Poussin commença dès ce moment à comprendre le véritable sens des confuses paroles dites par le vieillard. Celui-ci regardait le tableau d’un air satisfait, mais sans enthousiasme, et semblait dire « J’ai fait mieux ! »

— Il y a de la vie, dit-il. Mon pauvre maître s’y est surpassé ; mais il manquait encore un peu de vérité dans le fond de la toile. L’homme est bien vivant, il se lève et va venir à nous. Mais l’air, le ciel, le vent que nous respirons, voyons et sentons, n’y sont pas. Puis il n’y a encore là qu’un homme ! Or le seul homme qui soit immédiatement sorti des mains de Dieu, devait avoir quelque chose de divin qui manque. Mabuse le disait lui-même avec dépit quand il n’était pas ivre…..”

Pour le peintre Frenhofer , qui est ici la voix de Balzac, son Créateur, “la mission de l’art n’est pas de copier la Nature, mais de l’exprimer” . L’artiste est un poète (du verbe grec signifiant “faire, créer”)non un copiste, un démiurge, rival du Créateur :c’est pour cette raison que Mabuse tente de peindre un Adam, le seul “homme” qui ne soit pas né d’une femme, mais ait été fait directement par “Dieu”:dans notre terminologie cela signifie qu’Adam n’appartient pas au plan vital , à la suite des générations humaines , parce qu’il en est le premier “échelon” . C’est aussi pour cette raison que le Christ est appelé le “Nouvel Adam”. Mabuse tentant de refaire la création se heurte à un échec. Mais le plus beau est à venir, quelques lignes plus loin…dans toute œuvre de Balzac vient un “moment de lecture”, parfaitement repérable, que l’on pourrait appeler le “sommet” ou “acmé” de l’œuvre, où le style de Balzac enregistre une sorte d’envolée que certains critiques desséchés appellent son “charabia”, mais où les vrais admirateurs reconnaissent l’intervention dans l’œuvre du monde de l’En Haut, du “plan spirituel” . Voici le passage correspondant dans “Le chef d’œuvre inconnu”:

“Eh ! bien, le voilà ! leur dit le vieillard dont les cheveux étaient en désordre, dont le visage était enflammé par une exaltation surnaturelle, dont les yeux pétillaient, et qui haletait comme un jeune homme ivre d’amour. —— Ah ! ah ! s’écria-t-il, vous ne vous attendiez pas à tant de perfection ! Vous êtes devant une femme et vous cherchez un tableau. Il y a tant de profondeur sur cette toile, l’air y est si vrai, que vous ne pouvez plus le distinguer de l’air qui nous environne. Où est l’art ? perdu, disparu ! Voilà les formes mêmes d’une jeune fille. N’ai-je pas bien saisi la couleur, le vif de la ligne qui paraît terminer le corps ? N’est-ce pas le même phénomène que nous présentent les objets qui sont dans l’atmosphère comme les poissons dans l’eau ? Admirez comme les contours se détachent du fond ! Ne semble-t-il pas que vous puissiez passer la main sur ce dos ? Aussi, pendant sept années, ai-je étudié les effets de l’accouplement du jour et des objets. Et ces cheveux, la lumière ne les inonde-t-elle pas ?… Mais elle a respiré, je crois !… Ce sein, voyez ? Ah ! qui ne voudrait l’adorer à genoux ? Les chairs palpitent. Elle va se lever, attendez.”

Frenhofer le mystique de la création voit : mais les autres , grands peintres pourtant, ne voient rien qu’un incompréhensible chaos de couleurs et de formes, une véritable “muraille de peinture”:

“Apercevez-vous quelque chose ? demanda Poussin à Porbus.

— Non. Et vous ?

— Rien.

Les deux peintres laissèrent le vieillard à son extase, regardèrent si la lumière, en tombant d’aplomb sur la toile qu’il leur montrait, n’en neutralisait pas tous les effets. Ils examinèrent alors la peinture en se mettant à droite, à gauche, de face, en se baissant et se levant tour à tour.

— Oui, oui, c’est bien une toile, leur disait Frenhofer en se méprenant sur le but de cet examen scrupuleux. Tenez, voilà le châssis, le chevalet, enfin voici mes couleurs, mes pinceaux.

Et il s’empara d’une brosse qu’il leur présenta par un mouvement naïf.

— Le vieux lansquenet se joue de nous, dit Poussin en revenant devant le prétendu tableau. Je ne vois là que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture.”

Mais brusquement le miracle se produit : en regardant mieux, et surtout en faisant jouer le “regard intérieur”, le regard non plus tourné vers une prétendue extériorité “objective”, qui est l’illusion-Maya que nous livre le “plan vital”, pour mieux nous duper et nous emprisonner, ils voient brusquement leur apparaître un “délicieux pied de femme, mais un pied vivant” . Il faut goûter ici le style de Balzac, pour comprendre en quoi ce passage de quelques lignes est véritablement le sommet de la nouvelle “Le chef d’œuvre inconnu” : ce pied vivant (pas ” semblant vivant” mais véritablement vivant, quoique d’une vie autre que la vie triviale, ordinaire, d’une vie que l’on pourrait appeler “inspirée”) leur semble “échappé à une incroyable, lente et progressive destruction

Quelle est cette destruction ? C’est celle du regard “réaliste” , animé par l’instinct propre à l’illusion vitale (sexuelle, notamment, s’agissant des figures féminines dans l’art) qui interdit aux hommes ordinaires de voir la véritable beauté qui est celle des “Idées” à l’œuvre derrière la main de l’artiste : il reste quand même une trace de ceci dans les définitions traditionnelles de la “beauté” qui font appel à la notion de “symétrie” , notion mathématique s’il en fût. Dans la nouvelle de Balzac, ce regard “réaliste” impuissant à saisir la partie “divine” du tableau, qui est celle des “idées” , en provenance du “plan spirituel”, ce regard froid et objectif est celui de Nicolas Poussin qui va “dégriser” Frenhofer et le pousser au désespoir et à la destruction de son ouvre(il mourra au cours de la nuit après avoir brûlé ses tableaux):

“deux peintres laissèrent le vieillard à son extase, regardèrent si la lumière, en tombant d’aplomb sur la toile qu’il leur montrait, n’en neutralisait pas tous les effets. Ils examinèrent alors la peinture en se mettant à droite, à gauche, de face, en se baissant et se levant tour à tour.

— Oui, oui, c’est bien une toile, leur disait Frenhofer en se méprenant sur le but de cet examen scrupuleux. Tenez, voilà le châssis, le chevalet, enfin voici mes couleurs, mes pinceaux.

Et il s’empara d’une brosse qu’il leur présenta par un mouvement naïf.

— Le vieux lansquenet se joue de nous, dit Poussin en revenant devant le prétendu tableau. Je ne vois là que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture.

— Nous nous trompons, voyez ?… reprit Porbus.

En s’approchant, ils aperçurent dans un coin de la toile le bout d’un pied nu qui sortait de ce chaos de couleurs, de tous, de nuances indécises, espèce de brouillard sans forme ; mais un pied délicieux, un pied vivant ! Ils restèrent pétrifiés d’admiration devant ce fragment échappé à une incroyable, à une lente et progressive destruction. Ce pied apparaissait là comme un torse de quelque Vénus en marbre de Paros qui surgirait parmi les décombres d’une ville incendiée.

Il y a une femme là-dessous, s’écria Porbus en faisant remarquer à Poussin les couches de couleurs que le vieux peintre avait successivement superposées en croyant perfectionner sa peinture.

Les deux peintres se tournèrent spontanément vers Frenhofer, en commençant à s’expliquer, mais vaguement, l’extase dans laquelle il vivait.

— Il est de bonne foi, dit Porbus.

Oui, mon ami, répondit le vieillard en se réveillant, il faut de la foi, de la foi dans l’art, et vivre pendant longtemps avec son œuvre pour produire une semblable création. Quelques-unes de ces ombres m’ont coûté bien des travaux. Tenez, il y a là sur la joue, au-dessous des yeux, une légère pénombre qui, si vous l’observez dans la nature, vous paraîtra presque intraduisible. Eh ! bien, croyez-vous que cet effet ne m’ait pas coûté des peines inouïes à reproduire ? Mais aussi, mon cher Porbus, regarde attentivement mon travail, et tu comprendras mieux ce que je te disais sur la manière de traiter le modelé et les contours. Regarde la lumière du sein, et vois comme, par une suite de touches et de rehauts fortement empâtés, je suis parvenu à accrocher la véritable lumière et à la combiner avec la blancheur luisante des tons éclairés ; et comme par un travail contraire, en effaçant les saillies et le grain de la pâte, j’ai pu, à force de caresser le contour de ma figure, noyé dans la demi-teinte, ôter jusqu’à l’idée de dessin et de moyens artificiels, et lui donner l’aspect et la rondeur même de la nature. Approchez, vous verrez mieux ce travail. De loin, il disparaît. Tenez ? là il est, je crois, très remarquable.

Et du bout de sa brosse, il désignait aux deux peintres un pâté de couleur claire.

Porbus frappa sur l’épaule du vieillard en se tournant vers Poussin : — Savez-vous que nous voyons en lui un bien grand peintre ? dit-il.

— Il est encore plus poète que peintre, répondit gravement Poussin.

Là, reprit Porbus en touchant la toile, finit notre art sur terre.

— Et de là, il va se perdre dans les cieux, dit Poussin.

— Combien de jouissance sur ce morceau de toile ! s’écria Porbus.

Le vieillard absorbé ne les écoutait pas, et souriait à cette femme imaginaire.

Mais, tôt ou tard, il s’apercevra qu’il n’y a rien sur sa toile, s’écria Poussin.

— Rien sur ma toile, dit Frenhofer en regardant tour à tour les deux peintres et son prétendu tableau.

— Qu’avez-vous fait ! répondit Porbus à Poussin.”

Ce regard “réaliste” de Poussin, qui provoque la catastrophe finale, pourrait être nommé “agnostique”: je me réfère ici aux travaux de Raymond Abellio qui accorde lui aussi une grande importance à Balzac et parle à ce sujet de “transfiguration ” : il invente aussi dans “La structure absolue” une nouvelle théorie de la connaissance qui permet de sortir de la dichotomie entre sujet et objet prétendument “extérieur” : deux autres acteurs apparaissent, le monde et l’organe des sens concerné (si c’est la vue, l’objet vu s’enlève sur fond de “monde”).

image

La “pensée selon l’Un”, propre au “plan spirituel” ( alors que la pensée ordinaire “objective” et orientée selon l’axe sujet-objet est propre au plan vital) cherchée ici est analogue à la transfiguration du monde cherchée par Abellio et qu’il décele dans Balzac en qui il ne voit pas plus que moi un auteur réaliste ou un “peintre de la société” : Abellio donne un sens “gnostique” à son œuvre et à sa pensée, qu’il oppose au regard “réaliste” et “agnostique”, regard qui est celui de Nicolas Poussin (jeune) dans “Le chef d’œuvre inconnu”.
Ce que Nicolas Poussin nomme “

rien

” quand il dit que “tôt ou tard Frenhofer s’apercevra qu’il n’y a rien sur sa toile” correspond à ce que nous appelons ici “plan spirituel” et à ce que Badiou ajoute “en incise”, en exception à la loi rigoureuse du “compte”, du marché, du “matérialisme démocratique”:

Il n’y a que des corps et des langages” (qui équivaut dans notre terminologie à : “il n’y a que le plan vital” ) et Badiou ajoute :
sinon qu’il y a des vérités éternelles

ce que nous pourrions appeler”axiome cartésien” de Badiou : la société moderne agnostique (et qui s’en vante, alors qu’elle n’ose pas se proclamer “athée” cela ferait sans doute trop intolérant et islamophobe!) traite cela (qui est justement le plus important puisque c’est le ciel “où va se perdre l’art de Frenhofer” comme le dit dédaigneusement Nicolas Poussin) comme “

rien

” et elle a raison selon son propre code (celui du plan ontologique ) car à la question “qu’est ce qu’il y a?“il faut répondre (comme Quine il me semble le faisait)

Tout


Et en dehors de tout, qu’est ce qu’il y a ? Rien!

“Tout” c’est à dire : tout ce qui est , c’est à dire la totalité des “étants” , du plan vital-ontologique , à quoi correspond en mathématiques la totalité des ensembles, qui n’est pas un ensemble mais une classe de Von Neumann-Bernays-Godel, c’est à dire quelque chose de “plus grand” que tout ensemble possible, sinon on se heurte au paradoxe de Russell:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Russell

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Théorie_des_ensembles_de_von_Neumann-Bernays-Gödel

et qui , en prenant pour morphismes les applications (fonctions) entre ensembles, peut être organisé en une catégorie qui est aussi un topos, le topos des ensembles Set, qui est d’ailleurs aussi un cas particulier de topos de Grothendieck, la catégorie des foncteurs de C vers Set :

[c, Set]

En prenant pour C la catégorie triviale réduite à un seul objet.
La théorie des catégories et des topos ne s’embête pas trop avec ces histoires de “multiplicités trop grandes pour être un ensemble” , normal, elle est la version en mathématiques de la “pensée selon l’Un” qui selon Brunschvicg est seule adéquate à Dieu, alors que la pensée ontologique du “Dieu qui est” se heurte au refus de l’Esprit, elle n’est donc pas concernée par les problèmes ou apories (insolubles) du multiple pur .

“l’art qui se perd dans les cieux” de Frenhofer, élève de Mabuse, ne se limite pas à la peinture, il a son correspondant en philosophie, qui est Wronski (1776-1853) que Balzac a connu, en mathématiques avec Grothendieck, et en littérature avec Balzac lui même. J’ai parlé de ces passages de quelques lignes ou pages, repérables dans chaque œuvre balzacienne ( romans ou nouvelles) où le style se fait nerveux, apocalyptique et que j’appelle le “sommet” de l’œuvre concernée, ainsi pour les “Illusions perdues”, dont j’ai parlé à propos du film récent sur Jérôme Kerviel, personnage indubitablement balzacien:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/24/loutsider-lhistoire-de-jerome-kerviel-portee-au-cinema/

Le “sommet” , ou plutôt l’Abîme, se trouve dans ce passage extraordinaire (extraordinairement désespéré) où Lucien compose des chansons “libertines” pour toucher un peu d’argent, a côté du cadavre pas encore froid de sa maîtresse adorée Coralie . Que voit on apparaître là ? Le plan vital, le monde, en personne!c’est cela si l’on veut la définition de ces “sommets” dont j’ai parlé : Balzac décrit certes des scènes du monde, mais brusquement le spectacle devient “trop” : trop affreux, trop angoissant, trop plein d’énergie pure et d’amour (il y a aussi des “sommets” lumineux, ceux des œuvres mystiques , chez Balzac) et le style change en relation avec la scène décrite, on peut dire que ce qui apparaît là est “plus que la scène offerte à nos yeux de lecteurs, c’est le “plan vital” en sa totalité qui apparaît et donc aussi le plan spirituel ( dans le passage des “Illusions perdues” c’est D’Arthez un des personnages les plus nobles et lumineux de “La comédie humaine”).
Dans “Une double famille” aussi le “sommet” est très reconnaissable :

https://cosmospirituel.wordpress.com/2012/11/20/balzac-une-double-famille/
C’est le moment où le comte de Granville , qui vient de découvrir que sa maîtresse le trompe avec un misérable escroc qui profite d’elle et de ses enfants (qui sont ceux du comte, marié par ailleurs, d’où ce titre de “double famille” ), avise un mendiant et lui offre quelques pièces “mais à condition que ce soit pour s’enivrer, se bagarrer et donner du travail à la police”:

“En ce moment, le comte et le médecin étaient arrivés au coin de la rue de la Chaussée-d’Antin. Un de ces enfants de la nuit, qui, le dos chargé d’une hotte en osier et marchant un crochet à la main, ont été plaisamment nommés, pendant la révolution, membres du comité des recherches, se trouvait auprès de la borne devant laquelle le président venait de s’arrêter. Ce chiffonnier avait une vieille figure digne de celles que Charlet a immortalisées dans ses caricatures de l’école du balayeur.

— Rencontres-tu souvent des billets de mille francs, lui demanda le comte.

— Quelquefois, notre bourgeois.

— Et les rends-tu ?

— C’est selon la récompense promise…

Voilà mon homme, s’écria le comte en présentant au chiffonnier un billet de mille francs. Prends ceci, lui dit-il, mais songe que je te le donne à la condition de le dépenser au cabaret, de t’y enivrer, de t’y disputer, de battre ta femme, de crever les yeux à tes amis. Cela fera marcher la garde, les chirurgiens, les pharmaciens ; peut-être les gendarmes, les procureurs du roi, les juges et les geôliers. Ne change rien à ce programme, ou le diable saurait tôt ou tard se venger de toi.

Il faudrait qu’un même homme possédât à la fois les crayons de Charlet et ceux de Callot, les pinceaux de Téniers et de Rembrandt, pour donner une idée vraie de cette scène nocturne.

Voilà mon compte soldé avec l’enfer, et j’ai eu du plaisir pour mon argent, dit le comte d’un son de voix profond en montrant au médecin stupéfait la figure indescriptible du chiffonnier béant. Quant à Caroline Crochard, reprit-il, elle peut mourir dans les horreurs de la faim et de la soif, en entendant les cris déchirants de ses fils mourants, en reconnaissant la bassesse de celui qu’elle aime : je ne donnerais pas un denier pour l’empêcher de souffrir, et je ne veux plus vous voir par cela seul que vous l’avez secourue…

Le comte laissa Bianchon plus immobile qu’une statue, et disparut en se dirigeant avec la précipitation d’un jeune homme vers la rue Saint-Lazare »

Dans ce genre de passages, on peut affirmer que l’art de Balzac “se perd dans les cieux” : nous ne sommes plus au monde, nous sommes comme transportés dans une fusée interplanétaire et par le hublot, nous contemplons notre monde la Terre (le “plan vital”) et ses horreurs, ou bien ses cimes mystiques, comme dans “Seraphita” ou “Jésus Christ en Flandre”:

https://horreurislamique.wordpress.com/balzac-la-resurrection-de-leglise-prostituee/

En tout cas dans “Le chef d’œuvre inconnu” ,qui a été adapté au cinéma par Jacques Rivette sous le titre “La belle noiseuse”:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Belle_Noiseuse

Le regard froid , agnostique et distancié de Poussin provoque la catastropha finale :

“Frenhofer contempla son tableau pendant un moment et chancela.

Rien, rien ! Et avoir travaillé dix ans !

Il s’assit et pleura.

— Je suis donc un imbécile, un fou ! je n’ai donc ni talent, ni capacité, je ne suis plus qu’un homme riche qui, en marchant, ne fait que marcher ! Je n’aurai donc rien produit.

Il contempla se toile à travers ses larmes, il se releva tout à coup avec fierté, et jeta sur les deux peintres un regard étincelant.

— Par le sang, par le corps, par la tête du Christ, vous êtes des jaloux qui voulez me faire croire qu’elle est gâtée pour me la voler ! Moi je la vois ! cria-t-il, elle est merveilleusement belle.

En ce moment, Poussin entendit les pleurs de Gillette, oubliée dans un coin.

— Qu’as-tu, mon ange ? lui demanda le peintre redevenu subitement amoureux.

— Tue-moi ! dit-elle. Je serais une infâme de t’aimer encore, car je te méprise. Je t’admire et tu me fais horreur. Je t’aime et je crois que je te hais déjà.

Pendant que Poussin écoutait Gillette, Frenhofer recouvrait sa Catherine d’une serge verte, avec la sérieuse tranquillité d’un joaillier qui ferme ses tiroirs en se croyant en compagnie d’adroits larrons. Il jeta sur les deux peintres un regard profondément sournois, plein de mépris et de soupçon, les mit silencieusement à la porte de son atelier, avec une promptitude convulsive. Puis, il leur dit sur le seuil de son logis : — Adieu, mes petits amis.

Cet adieu glaça les deux peintres. Le lendemain, Porbus, inquiet, revint voir Frenhofer, et apprit qu’il était mort dans la nuit, après avoir brûlé ses toiles.

On peut appeler un tel regard “critique” dans le sens le plus étroit du terme, mais peut on l’appeler “rationaliste”? La conception de la Raison (et donc du rationalisme) qui est défendue ici est celle d’une Raison universelle des esprits, quasiment religieuse, inspirée de Malebranche où la Raison est identifiée au Verbe-Christ. En aucun cas ce ne saurait être la “raison d’ entendement” limitée au plan vital et à l’objectif minable de s’enrichir en étant plus malin que les autres. j’ai perdu toutes mes illusions sur l’Islam le jour où un musulman m’a sorti la perle suivante :

“La raison c’est ce qui nous sert à mettre notre pantalon à l’endroit le matin”

C’était lors d’une discussion sur un forum Caramail, en 1999 ou 2000!!

Je crois vraiment que l’Islam donne à ses adeptes un tour d’esprit réaliste, limité au monde et à l’ordre de la vie : Dieu est envisagé de façon réaliste comme un Etre Tout Puissant qui gouverne Tout, qui doit être aimé pour ses bienfaits matériels et naturels et conçus pour permettre la vie (nourriture, eau) . Par contre l’esprit européen , inspiré en partie par le christianisme est idéaliste, non réaliste, sauf depuis la dégénérescence moderne au 19eme siècle et surtout apres 1945. Ainsi s’explique la tolérance des “zélites” européennes (profondément matérialistes et anti-spirituelles) envers l’islam : ces gens là veulent se débarrasser de l’héritage chrétien, et ils n’en savent même pas la raison! ce qui se passe en ce moment en Europe, est de l’ordre du démoniaque avec ce mépris des “zélites” envers les électeurs anglais ou autrichiens accusés de “racisme” ( ben voyons! Quand on veut noyer son chien on dit qu’il a la rage) .. Et toute cette morale “humanitaire” dégoulinante! Alors qu’ils ne visent que leur propre pouvoir et leur propre intérêt ! Mais îls échoueront ! Ils échoueront par ce qu’il n’y a pas que le plan vital, pas seulement “des corps et des langages” ! Il y a aussi les Idées et les Vérités éternelles! Ah mes petites zélites moralisatrices, vous vous heurterez toujours à des gens comme moi! Vous avez fait Sciences Po et l’ENA ? J’en suis fort aise, moi j’ai fait Polytechnique à la grande époque, j’ai pu y suivre les divins cours d’analyse de Laurent Schwartz qui avait connu Grothendieck et travaillé avec lui :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Laurent_Schwartz_(mathématicien)

https://webusers.imj-prg.fr/~leila.schneps/grothendieckcircle/ikonikoff.pdf

Autant dire que j’ai un peu voyagé dans les mondes de l’esprit, certainement plus que vous les Alain Minc et autres imposteurs! Vous ne me faites pas peur, bande de minables!

Ah pourquoi suis je né à cette époque de déréliction, et pas au temps de Balzac, Galois et Wronski !

Ceux qui vivaient à cette époque sont “raflés dans le Néant”, ils ne sont plus que poussière dans des cercueils! Mais les personnages, imaginaires seulement pour vous, les assis, créés par ce Démiurge de Balzac, eux vivent à jamais et je peux vivre au milieu d’eux! Pas besoin de machine à explorer le Temps, j’ai mes bouquins moi !

Mais cessons ces jérémiades lyriques et revenons à Mabuse : est ce intentionnellement que Norbert Jacques, l’écrivain luxembourgeois , qui a créé le personnage de Mabuse et inspiré les films de Fritz Lang , a utilisé ce nom, se référant ainsi à la nouvelle de Balzac?
Il n’y aurait rien de surprenant à cela :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Norbert_Jacques

Et ce d’autant plus qu’il existe dans l’œuvre balzacienne un fort attrait vers le “roman noir” et les sociétés secrètes comme dans”Melmoth réconcilié” ou bien l’ensemble de romans connu comme “l’Histoire des Treize”:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_Treize

Norbert Jacques en tant qu’écrivain devait connaître l’œuvre de Balzac , et j’ai trouvé plusieurs sites selon lesquels c’est plus qu’une probabilité:

http://www.implications-philosophiques.org/actualite/une/thanatofictions-1/

https://books.google.fr/books?id=ILFxLd6pSfAC&pg=PA68&lpg=PA68&dq=norbert+jacques+mabuse+Balzac&source=bl&ots=-Ts0CyPJCN&sig=1gikIHDxeMV7mS-SIQNl1Hsrkc0&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj3mo2-itfNAhWmO5oKHWBACAYQ6AEIKTAG#v=onepage&q=norbert%20jacques%20mabuse%20Balzac&f=false

et selon cette page Wikipedia c’est une certitude:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Docteur_Mabuse

“Une autre spécificité de Mabuse dans la galerie des méchants est sa tendance à une certaine auto-destruction. Certains analystes suggèrent du reste que, bien que N. Jacques ait invoqué le pseudonyme d’un peintre comme nom choisi pour son héros

mais il a pu connaître ce peintre ailleurs que dans Balzac.. Certes!

En tout cas cette tendance à l’autodestruction (qui est propre au plan vital) se retrouve dans le personnage de Frenhofer qui brûle ses toiles à la fin de la nouvelle.

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