Colette Peignot et Simone Weil

Colette Peignot est la “Laure” de Georges Bataille , poétesse peu connue morte de la tuberculose en 1938 à 35 ans:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Colette_Peignot
Son amitié avec Simone Weil pourra en surprendre beaucoup , mais comme le dit ce blog:

http://perceval.over-blog.net/article-les-annees-trente-simone-weil-de-beauvoir-et-colette-peignot-2-110898940.html

C’est l’ascèse qu’elles ont en commun , la volonté de sainteté et de pureté.”Laure” a pu être appelée “Sainte de l’abîme” en référence au poème de Nerval:

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/gerard_de_nerval/artemis.html

Recherche qui se traduit différemment pour chacune de ces deux individualités :

“Peut-être est-il osé de rapprocher celle qui provoque anonymement les hommes dans les trains de nuit, avec son amie « la vierge rouge ». Leur point commun serait l’ascèse. Ne partagent-elles pas une même conception de la souffrance ( comme valeur cognitive) et, au fond, cette volonté d’être des « parfaits » face aux « pharisiens »”

“Parfaits” est un terme propre aux cathares , comme je l’ai rappelé ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/24/demonstration-rigoureuse-de-la-coherence-et-de-la-verite-absolues-du-christianisme/

C’est ce que ne comprendront jamais les bobos, ou bourgeois contemporains, profiteurs de la mondialisation des trente dernières années, qui se la jouent “anticonformistes” en passant une annonce de rencontre dans le Nouvel Obs : que la “licence” et la “débauche” les plus effrénées rejoignent la chasteté la plus rigoureuse dans une même exigence gratuite de pureté absolue .”Gratuite”,mot encore plus incompréhensible aux bourgeois par la naissance ou par l’esprit, qui ne conçoivent pas que quelque chose existe sans visée ni rétribution : car c’est la loi d’airain ou de fer du plan vital que celle de l’équilibre des comptes et des bilans. “Tout travail mérite salaire” et tout service oblige à récompense : ce qui est perdu sur terre doit être rendu au centuple au ciel, au fond telle est aussi le fond de la notion de sublimation. Seulement Colette Peignot, elle, n’en a cure de toutes ces belles théories comptables, élaborées par des Messieurs très assurés d’eux mêmes .

Et bien entendu on ne peut pas parler de ce qui unit ces deux femmes “pour la vie” , vie qui fut bien courte pour l’une comme pour l’autre, si l’on ignore Georges Bataille et l’un de ses récits de ces années là , de l’avant guerre disons : “Le bleu du ciel”, où Simone Weil fait son apparition sous le nom de “Lazare”. Un livre qui est d’ailleurs un noeud de personnages et de destins différents Car Bataille l’a écrit en pleine séparation d’avec sa femme Sylvia qui plus tard rencontrera et épousera Lacan . Sylvia qui est l’actrice du beau film de Jean Renoir “Partie de campagne” (1936):

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/05/28/jean-renoir-partie-de-campagne-1936/

Dans “Le bleu du ciel” Sylvia apparaît comme Edith.

C’est l’une des œuvres de Bataille qui rend le plus mal à l’aise, y compris l’auteur lui même qui aurait voulu empêcher toute parution du livre, à cause de ses “monstrueuses anomalies”: mais raconter, en rendant l’histoire poignante, les évolutions dans Paris d’un “idiot qui s’alcoolise et qui pleure dans les toilettes” , un type entouré de femmes au surplus, dont son amoureuse “Dirty” (Dorothea) qui partage tous ses excès et qu’il ne retrouvera qu’à la fin pour faire l’amour dans un cimetière n’est ce pas là la plus monstrueuse de ces “anomalies” ? Anomalie pour qui au fait ? Car si le personnage de Bataille (amant de Colette Peignot) renvoie , par sa femme Sylvia, à Lacan, il permet aussi d’évoquer Sartre, qu’il connaissait très bien et qui le considérait comme un “mystique ” : autant dire que les deux tristes personnages qui ont dérangé l’adolescence de Bianca Bienenfeld, voir l’article précédent :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/07/05/bianca-lamblin-nee-bienenfeld-memoires-dune-jeune-jeune-fille-derangee/

n’auraient sans doute pas compris grand chose à la volonté de sainteté par l’Abime (qui était peut être la même chez Biancaa?) de Colette Peignot ni à sa “relation” avec Bataille . La page Wikipedia sur celui ci est, pour une fois, très complète :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Georges_Bataille

On vous dit tout!

“Depuis son arrivée à Paris, Bataille s’est peu à peu lancé dans une débauche qui étonne son ami Leiris. Courant de maison close en maison close, « il a substitué le bordel à l’église[47] »…

En 1927, il rencontre Sylvia Maklès, juive roumaine née en France, actrice issue de l’académie Charles Dullin, qu’il épouse le 20 mars de l’année suivante. Il continue à fréquenter les boîtes et les bordels « avec sa femme ou sans elle ? De toutes les femmes avec lesquelles il vécut, Bataille a fait des complices. Il est douteux que la première qu’on lui connaît ne le fût pas aussi. […] Non qu’il fût moins amoureux. […] Bataille le débauché est aussi sentimental. Qui plus est, il ne sera pas le seul que séduira le charme considérable de Sylvia Bataille…
..Bataille fait dire crûment à Louis Trente, auteur pseudonyme de Le Petit : « Je me suis branlé nu, dans la nuit, devant le cadavre de ma mère », scène qui réapparaît dans Le Bleu du ciel…
..Bataille s’était épris d’une prostituée, Violette, qu’il voulait sortir de sa condition, mais il ne la revit plus après plusieurs visites car elle avait été déplacée. Cet épisode secret a été livré dans un entretien de Michel Surya avec Diane Bataille (née Diane de Beauharnais Kotchoubey) qui précise que Bataille avait dépensé la presque totalité de l’héritage de sa mère pour faire sortir Violette…

Certes, Bataille commémore Nietzsche (mort le 3 janvier 1889), comme l’ont fait les précédents, mais de façon tragique. Bataille est un peu plus profondément descendu dans l’horreur de la mort chaque jour provoquée : Colette Peignot est morte »

Le sens de l’Acéphale est l’invocation de la mort, et autour de cette mort, doivent se réunir des hommes et des femmes pénétrés d’une terreur si profonde que rien désormais ne peut les séparer[99]. » Mais bientôt Bataille n’est plus que chagrin devant la maladie de sa compagne Colette Peignot, connue sous le pseudonyme de Laure [note 10]. Il est entouré par quelques rares amis pendant l’agonie de la jeune femme : « La douleur, l’épouvante, les larmes, le délire, l’orgie, la fièvre puis la mort sont le pain quotidien que Laure a partagé avec moi, et ce pain me laisse le souvenir d’une douceur redoutable, mais immense[100] ». Bataille a rencontré Laure en 1931 alors qu’elle vivait avec Boris Souvarine. Il en devient le compagnon en 1935 alors qu’il ne reste à la jeune femme, atteinte de tuberculose, que trois années à vivre. « En 1935, la tuberculose était en elle assez forte pour qu’il ne fût pas déjà trop tard, pour que rien ne pût empêcher son progrès. Il reste à Laure trois années à vivre. Trois années qu’ils ont vécu ensemble[101]. » La mort de Laure eut lieu le 7 novembre 1938 à huit heures quinze le matin. Elle a mis en présence deux clans : d’un côté Bataille et ses amis, de l’autre la famille Peignot, très chrétienne, qui espérait un retour des mécréants dans le giron de l’Église. Lors de son agonie, tous se demandent s’il va faire un signe de croix, les uns avec espoir, les autres avec crainte. Leiris fera un signe de croix à peine esquissé, mais Bataille reste ferme sur ses positions agnostiques, et quand il est interrogé sur la possibilité d’une cérémonie religieuse, affirme que « si jamais on poussait l’audace jusqu’à célébrer une messe, il tirerait sur le prêtre à l’autel[102] ».”

“La famille Peignot tres chrétienne” qui attend juste un retour des mécréants sous la forme d’un signe de croix…j’adore!
Alors que Colette a été violée adolescente par un ecclésiastique et que de là vient son profond désespoir… Voir aussi , de moi mais non dédicacé :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/24/la-vie-de-georges-bataille-au-tournant-des-annees-40/

Oui, “Le bleu du ciel ” est un récit qui m’a profondément troublé, il devrait être interdit de lire cela avant 50 ans.. J’en avais “fixé quelques vertiges” ici :

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/05/21/le-bleu-du-ciel-de-georges-bataille/

“Je traînais ma déchéance et mon hébétude dans des endroits détestables. Tout était faux, jusqu’à ma souffrance. J’ai commencé à pleurer tant que je pus : mes sanglots n’avaient ni queue ni tête.
Le vide continuait. Un idiot qui s’alcoolise et qui pleure, je devenais cela risiblement. Pour échapper au sentiment d’être un déchet oublié le seul remède était de boire alcool sur alcool. J’avais l’espoir de venir à bout de ma santé, peut-être même au bout d’une vie sans raison d’être. J’imaginais que l’alcool me tuerait mais je n’avais pas d’idée précise. Je continuerai peut-être à boire, alors je mourrais ; ou je ne boirai plus… Pour l’instant, rien n’avait d’importance. »”

Ou bien

“La terre sous ce corps, était ouverte comme une tombe, son ventre s’ouvrit à moi comme une tombe fraiche.Nous étions frappés de stupeur, faisant l’amour au dessus d’un cimetière étoilé. Chacune des lumières annonçait un squelette dans une tombe, elles formaient ainsi un ciel vacillant, aussi trouble que les mouvements de nos corps mêlés.
Elle devint hideuse, je compris que j’aimais en elle ce violent mouvement. Ce que j’aimais en elle était sa haine, j’aimais sa laideur imprévue, la laideur affreuse que la haine donnait à ses traits. »

ou la scène de la fin :

“Elle disparut avec le train.
J’étais seul sur le quai. Dehors il pleuvait à verse. Je m’en allai en pleurant. Je marchais péniblement. […] J’arrivai à l’extrémité du hall: j’entendis un bruit de musique violent, un bruit d’une aigreur intolérable. Je pleurais toujours. De la porte de la gare, je vis de loin, à l’autre extrémité d’une place immense, un théâtre bien éclairé et, sur les marches du théâtre, une parade de musiciens en uniforme: le bruit était splendide, déchirant les oreilles, exultant. J’étais si surpris qu’aussitôt, je cessai de pleurer. Je n’avais plus envie d’aller aux cabinets. Sous la pluie battante, je traversai la place vide en courant. Je me mis à l’abri sous l’auvent du théâtre.
J’étais devant des enfants en ordre militaire, immobiles, sur les marches de ce théâtre: ils avaient des culottes courtes de velours noir et de petites vestes ornées d’aiguillettes, ils étaient nu-tête; à droite des fifres, à gauche des tambours plats. Ils jouaient avec tant de violence, avec un rythme si cassant que j’étais devant eux le souffle coupé. Rien de plus sec que les tambours plats qui battaient, ou de plus acide, que les fifres. Tous ces enfants nazis (certains d’entre eux étaient blonds, avec un visage de poupée) jouant pour de rares passants, dans la nuit, devant l’immense place vide sous l’averse, paraissaient en proie, raides comme des triques, à une exultation de cataclysme: devant eux, leur chef, un gosse d’une maigreur de dégénéré. avec le visage hargneux d’un poisson (de temps à autre, il se retournait pour aboyer des commandements, il râlait), marquait la mesure avec une longue canne de tambour-major. D’un geste obscène, il dressait cette canne, pommeau sur le bas-ventre (elle ressemblait alors à un pénis de singe démesuré, décoré de tresses de cordelettes de couleur); d’une saccade de sale petite brute, il élevait alors le pommeau à hauteur de la bouche. Du ventre à la bouche, de la bouche au ventre, chaque allée et venue, saccadée, hachée par une rafale de tambours. Ce spectacle était obscène. Il était terrifiant: si je n’avais pas disposé d’un rare sang-froid, comment serais-je resté debout regardant ces haineuses mécaniques, aussi calme que devant un mur de pierre. Chaque éclat de la musique, dans la nuit était une incantation, qui appelait à la guerre et au meurtre. Les battements de tambour étaient portés au paroxysme, dans l’espoir de se résoudre finalement en sanglantes rafales d’artillerie: je regardais au loin…une armée d’enfants rangée en bataille. Ils étaient cependant immobiles, mais en transe. Je les voyais, non loin de mol, envoûtés par le désir d’aller à la mort. Hallucinés par des champs illimités où, un jour, ils s’avanceraient, riant au soleil: ils laisseraient derrière eux les agonisants et les morts.
A cette marée montante du meurtre, beaucoup plus acide que la vie (parce que la vie n’est pas aussi lumineuse de sang que la mort), Il serait impossible d’opposer plus que des vétilles, les supplications comiques de vieilles dames. Toutes choses n’étaient-elles pas destinées à l’embrasement, flamme et tonnerre mêlés, aussi pâle que le soufre allumé, qui prend à la gorge, Une hilarité me tournait la tête: j’avais, à me découvrir en face de cette catastrophe une ironie noire, celle qui accompagne les spasmes dans les moments où personne ne peut se tenir de crier, La musique s’arrêta: la pluie avait cessé. Je rentrai lentement vers la gare: le train était formé. Je marchai quelque temps, le long du quai, avant d’entrer dans un compartiment; le train ne tarda pas à partir. FIN”

Je n’approuve pas plus que Sartre les thèses de Bataille sur l’érotisme comme nostalgie de la “continuité perdue” . seulement, Sartre et Beauvoir, avec leur honteux comportement, sont pour moi les aïeux des “libertins” bobos modernes qui calculent et escomptent les plaisirs qu’ils pourront tirer d’une péripétie. Que nous soyions des “êtres discontinus” et ne le supportions plus, soit! Mais il doit y avoir un chemin de pensée pure qui nous ramène à l’Un ( la continuité retrouvée) sans pour cela passer par les bordels ou les cimetières .. mais je dois le reconnaître “le bleu du ciel” qui se passe dans le Paris des années 1935 m’a profondément déstabilisé.. il était sans doute nécessaire d’en passer par là

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