“Le bleu du ciel” (1935) : les pieds maternels; Georges Bataille et Simone Weil

Dans ce roman, Lazare représente Simone Weil que Bataille rencontrait souvent à cette époque :

http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1479

“Les jugements sur elle sont intrigués et contradictoires. Raymond Aron, comme d’habitude, est raisonnable : « Elle ignorait apparemment le doute, et si ses opinions pouvaient changer, elles étaient toujours aussi catégoriques. » Mauriac la canonise. Blanchot, bizarrement, la suppose influencée par la Kabbale juive. Cioran la trouve d’un orgueil sans précédent, insiste lui aussi sur ses origines juives et son antijudaïsme alors qu’elle serait « un Ezéchiel ou un Isaïe féminin », et conclut, de façon effarante, sur le fait qu’elle avait « autant d’énergie, de volonté et d’acharnement qu’un Hitler ». Gombrowicz est insolite : « A travers sa présence auprès de moi, qui va croissant, croît également la présence de son Dieu. » Ignazio Silone prédit qu’on mesurera son importance dans cinquante ans. Levinas, à juste titre, souligne sa « cécité foncière à l’égard du judaïsme biblique ». Georges Bataille, qui l’a bien connue, au point de faire d’elle un personnage terrible d’un de ses romans, Le Bleu du ciel, est sans doute le plus pénétrant :

« Elle séduisait par une autorité très douce et très simple, c’était certainement un être admirable, asexué, avec quelque chose de néfaste, un Don Quichotte qui plaisait par sa lucidité, son pessimisme hardi, et par un courage extrême que l’impossible attirait. Elle avait bien peu d’humour, pourtant je suis sûr qu’intérieurement elle était plus fêlée, plus vivante qu’elle ne croyait elle-même… Je le dis sans vouloir la diminuer, il y avait en elle une merveilleuse volonté d’inanité : c’est peut-être le ressort d’une âpreté géniale, qui rend ses livres si prenants… »

Simone Weil avait été l’élève d’Alain et de Brunschvicg, avec qui “cela s’était mal passé” et pourtant elle hérita de lui (sans doute) un platonisme absolu à la hauteur duquel Badiou est incapable de parvenir:

Simone Weil vit dans l’absolu, elle résiste à toutes les définitions. Elle semble penser comme elle respire,forme brève, ramassée, rapide, électrique, souffle vital. Son corps l’embarrasse, elle voudrait contempler la lumière et le bien pur comme si elle n’était plus là, laissant Dieu et le monde, enfin, face à face.Elle est juive, elle n’aime pas le Dieu de l’Ancien Testament, le Christ, dit-elle, l’a « prise », elle est emportée par une mystique de tous les instants, lit et relit Platon dans le texte comme s’il s’agissait d’une expérience personnelle (fulgurantes spéculations sur le Timée), mais aussi Eschyle et Sophocle, les Pythagoriciens, la Bhagavad-Gita (qu’elle médite en sanscrit à Londres, à l’hôpital), les troubadours, le bouddhisme zen, et bien d’autres choses encore, mais surtout Platon et encore Platon. Impossible de ne pas devenir platonicien avec elle, c’est l’absolu de la métaphysique, « la porte du transcendant », le réel lui-même. Du même mouvement, elle cumule des calculs mathématiques et cosmologiques, s’abîme dans les nombres, revient à son expérience intérieure portée aux limites de l’attention. Absence d’humour ? Pas sûr :

« Quantité de vieilles demoiselles qui n’ont jamais fait l’amour ont dépensé le désir qui était en elles sur des perroquets, des chiens, des neveux ou des parquets cirés. »
Freud ? Un renversement incomplet de Platon. Marx ?

« La grande erreur des marxistes et de tout le dix-neuvième siècle a été de croire qu’en marchant tout droit devant soi on monte dans les étoiles. »”
Ce devait être ce qu’elle pensait de Brunschvicg, le méprisant pour son “scientisme” (et si c’est le cas, elle se trompait totalement)
en marchant tout droit devant soi on ne quitte pas le plan vital, le monde…”elle semble penser comme elle respire” est une belle formule pour exprimer cette évidence : en voici un , un être humain, qui a de toute évidence fait le saut dont nous parlons ici sans cesse ( mais ce qu’on sait faire, on n’en parle pas) : le saut, le vol , “envol du seul vers le Seul”, du plan vital au plan spirituel, où la respiration est la pensée.

La suite du lien parle de son rapport au “Bleu du ciel”:

“Georges Bataille fait la connaissance de Simone Weil en 1931 au temps du « Cercle communiste démocratique » de Boris Souvarine, et pendant sa collaboration à la revue La Critique sociale. Weil, née en 1909, est alors très jeune et a peu écrit (on ne trouve son nom qu’au n° 11 de La Critique sociale en mars 1934, en introduction à un texte de Machiavel [2]. Bataille, de son côté, publie dès cette époque des textes fondamentaux comme La notion de dépense (n° 7, janvier 1933) ou Les structures psychologiques du fascisme (n° 10, novembre 1933, et 11, mars 1934 [3]).
En 1934 et 1935, Bataille écrit un roman, Le Bleu du ciel qu’il ne montre qu’à quelques amis et ne publiera dans son intégralité que plus de vingt ans plus tard, en 1957 (chez Jean-Jacques Pauvert). Simone Weil, qui n’a alors que vingt-cinq ans, y est décrite dans le personnage de Lazare. Lazare, « figure de l’antirésurrection », et, « sous couvert d’activisme révolutionnaire », « pure mécanique sacrificielle » écrit Sollers dans Une prophétie de Bataille [4].”

Boris Souvarine, ancien compagnon de Lénine, qui avait été l’amant de Colette Peignot, l’amie de Simone Weil, avant Bataille:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/07/05/colette-peignot-et-simone-weil/

“Ainsi Lazare serait Simone Weil. Il y a, littérairement, à cela peu de doute [5]. Chaque portrait fait d’elle l’évoque, aussi peu gratifiants soient-ils ; l’étrange fascination morbide qu’elle avait le pouvoir d’exercer sur Bataille resurgit ici de la façon la plus traumatisée et (mais on ne l’a pas assez remarqué) la plus respectueuse : « je me demandai un instant si elle n’était pas l’être paradoxalement le plus humain que j’eusse jamais vu [6]. » Simone Weil, que Bataille a connue au Cercle communiste démocratique, il ne fait pas de doute qu’il l’a vue beaucoup en 1934. Et sans doute retrouve-t-on quelque chose des conversations qui purent être les leurs [7]. Qu’elle fût sale, Bataille y insiste de façon désobligeante, nul ne l’ignorait : elle l’était au point qu’elle fut renvoyée par les paysans qui l’employaient, ceux-ci lui ayant reproché de ne jamais changer de vêtements et de ne pas se laver les mains pour traire les vaches. Que son militantisme ouvrier (son militantisme actif, s’entend) pût prêter à rire, cela ne fait pas de doute non plus ; son courageux engagement auprès des Républicains espagnols (elle passa en Espagne le 8 août 1936) ne lui acquit pour tout fait d’armes qu’un grossier ébouillantement du pied dans une bassine d’huile de cuisine (elle eut beau supplier de faire plus, d’aller au combat, sa myopie encouragea ses camarades — sceptiques, sans doute — à la cantonner dans un rôle idéologique [8]). Mais il y a plus exact encore : il est vrai qu’à l’été 1933 (conformément à ce qu’indique Le bleu du ciel) Simone Weil était à Barcelone ; elle y était avec Aimé Patri [9]. Il est vrai, aussi insolite que ce puisse paraître, qu’elle fréquenta la Criolla [un bordel que fréquentaient « tantes et lesbiennes » de Barcelone. A.G.]. Il est vrai enfin (c’est Patri qui le raconte, comme le fait Michel dans Le bleu du ciel) qu’elle lui demanda de lui enfoncer des épingles sous les ongles, en guise d’entraînement aux tortures .Ces deux faits suffiraient à identifier sans équivoque aucune Simone Weil sous le nom de Lazare”

Les premières pages du roman, sous le titre “Le mauvais présage” après le préambule londonien orgiaque en compagnie de Dirty, sont consacrées à Lazare :

“Pendant la période de ma vie où je fus le plus malheureux, je rencontrai souvent- pour des raisons peu justifiables et sans l’ombre d’attrait sexuel-une femme qui ne m’attira que par un aspect absurde, comme si ma chance exigeait qu’un oiseau de malheur m’accompagnât dans cette circonstance. Quand je revins de Londres en Mai, j’étais égaré et dans un état de surexcitation, presque malade…je rencontrai “l’oiseau de malheur” le plus souvent que je pouvais…
– qu’est ce qu’il y a ?
– je deviendrai fou
– mais pourquoi ?
– je souffre
– que puis je faire ?
– rien
– vous ne pouvez pas me dire ce que vous avez?
– je ne crois pas
– télégraphiez à votre femme de revenir. Elle n’est pas obligée de rester à Brighton?
– non, d’ailleurs elle m’a écrit. il vaut mieux qu’elle ne vienne pas
– sait elle l’état dans lequel vous êtes ?
– elle sait aussi qu’elle n’y changerait rien”
Troppmann décrit à cette fille qu’il considère comme laide et comme un “oiseau de malheur”, le “monstrueux tourment qui le ravage” : l’obsession de la nécrophilie (le lien du sexe et de la mort est bien connu). Il lui parle aussi de Dirty:

“Je racontai ma vie entière à cette vierge. Raconté à une telle fille (qui, dans sa laideur, ne pouvait endurer l’existence que risiblement, réduite à une rigidité stoïque), c’était d’une impudence dont j’avais honte. » (p. 404)
Mais il y a « pire » (le narrateur est à Londres ; il raconte à Lazare son « impuissance » avec Dirty que son indécence même (sa pure indécence) inhibe) :

« — Qu’est-ce que vous voulez dire ?
— […] Quand j’ai été à Prüm la retrouver, il était convenu qu’il n’arriverait plus rien du même genre, mais à quoi bon… Vous ne pouvez pas imaginer à quel degré d’aberration il est possible d’arriver. Je me demandais pourquoi j’étais impuissant avec elle, et pas avec les autres. Tout allait bien quand je méprisais une femme, par exemple une prostituée. Seulement, avec Dirty, j’avais toujours envie de me jeter à ses pieds. Je la respectais trop, et je la respectais justement parce qu’elle était perdue de débauches… Tout cela doit être inintelligible pour vous… ”

. Après ces pages de début viennent celles titrées “Les pieds maternels dont j’entends ici “fixer quelques vertiges” car quand j’ai lu le livre, il y a fort longtemps( et j’ai déjà dit que c’est un livre corrosif, que l’on ne devrait pas ouvrir si l’on a moins de 50 ans) ce sont ces pages qui m’ont le plus touché, à cette époque lointaine (et plus que touché), pas celles sur Lazare (je ne connaissais pas les œuvres de Simone Weil à l’époque) ni les pages “scandaleuses” qui à l’époque étaient un peu du Chinois ou du sanskrit pour moi; je vais donc retranscrire ici quelques uns de ces extraits des “pieds maternels” et expliquerai ensuite, si je peux, où je veux en venir (à supposer qu’on puisse vouloir en venir quelque part, ce qui serait contraire d’ailleurs à toute la démarche du roman):

Je rencontrai Lazare moins souvent.
Mon existence avait pris un cours de plus en plus déjeté.Je buvais des alcools ici ou là, je marchais sans but précis, et finalement je prenais un taxi pour rentrer chez moi; alors, dans le fond du taxi, je pensais à Dirty perdue, et je sanglotais. Je ne souffrais même plus, je n’avais plus la moindre angoisse, je ne sentais plus dans ma tête qu’une stupidité achevée, comme un enfantillage qui ne finirait plus. Je m’étonnais des extravagances auxquelles j’avais pu songer-je pensais à l’ironie et au courage que j’avais eus- quand je voulais provoquer le sort:de tout cela, il ne me restait que l’impression d’être une sorte d’idiot,tres chant peut être , en tout cas risible.

Je pensais encore à Lazare et, chaque fois, j’avais un sursaut. A la faveur de ma fatigue, elle avait pris une signification analogue à celle de la banderole noire qui m’avait effrayé à Vienne. A la suite des quelques paroles désagréables que nous avions échangées sur la guerre, je ne voyais plus seulement dans ces présages sinistres une menace concernant mon existence, mais une menace plus générale, suspendue au dessus du monde.Sans doute il n’existait rien de réel qui justifiât une association entre la guerre possible et Lazare, qui au contraire, prétendait avoir en horreur tout ce qui touche à la mort: pourtant, tout en elle, sa démarche saccadée et somnambulique, le ton de sa voix, la faculté qu’elle avait de projeter une sorte de silence, son avidité de sacrifice, contribuaient à donner l’impression d’un contrat qu’elle aurait accordé à la mort. Je sentais qu’une telle existence ne pouvait avoir de sens que pour des hommes, et pour un monde, voués au malheur. Un jour, une clarté se fit dans ma tête, et je décidais aussitôt de me débarrasser des préoccupations que j’avais en commun avec elle. Cette liquidation inattendue avait le même côté risible que les reste de ma vie…

Sous le coup de cette décision, pris d’hilarité, je suis parti à pied de chez moi. J’échouai, après une longue marche, à la terrasse du café de Flore. Je me suis assis à la table de gens que je connaissais mal. J’avais l’impression d’être importun, mais je ne m’en allais pas. Les autres parlaient, avec le plus grand sérieux, de chaque chose qui était arrivée et dont il était utile d’être informé. ils me paraissaient tous d’une réalité précaire et le crâne vide. Je les écoutais pendant près d’une heure sans dire plus de quelques mots. Je suis allé ensuite boulevard du Montparnasse dans un restaurant à main droite de la gare: je mangeai là, à la terrasse, les meilleures choses que je pouvais demander et je commençai à boire du vin rouge, beaucoup trop. A la fin du repas, il était très tard, mais un couple arriva, la mère et le fils. La mère n’était pas âgée, encore séduisante et mince, elle avait une désinvolture charmante:cela n’avait pas d’intérêt, mais , comme je songeais à Lazare, elle me parut d’autant plus agréable à voir qu’elle semblait riche….

…ensuite je quittai le restaurant, croyant être de bonne humeur, mais, marchant dans une rue déserte, ne sachant où aller, je commençai à sangloter, sans pouvoir m’arrêter ; j’ai marché si longtemps que j’arrivais très loin, dans la rue où j’habite…..au lieu d’entrer chez moi, je revins délibérément sur mes pas. J’arrêtai un taxi, et me fis conduire au bal Tabarin. Au moment même où j’entrai, une quantité de danseuses à peu près nues étaient sur la piste: plusieurs d’entre elles étaient jolies et fraîches .Je m’étais fait installer au bord de la piste (j’avais refusé toute autre place), mais la salle était comble, et le plancher sur lequel ma chaise se trouvait , était surélevé : cette chaise était ainsi en porte-à-faux : j’avais le sentiment que, d’un instant à l’autre, je pouvais perdre l’équilibre et m’étaler au milieu des filles nues qui dansaient. J’étais rouge, il faisait très chaud, je devais éponger avec un mouchoir déjà mouillé la sueur sur ma figure et il m’était difficile de déplacer mon verre d’alcool de la table à ma bouche. Dans cette ridicule situation, mon existence en équilibre instable sur une chaise devenait la personnification du malheur: au contraire les danseuses sur la piste inondée de lumière étaient l’image d’un bonheur inaccessible.

L’une des danseuses était plus élancée et plus belle que les autres;elle arrivait avec un sourire de déesse, vêtue d’une robe de soirée qui la rendait majestueuse. A la fin de la danse elle était entièrement nue, mais , à ce moment, d’une élégance et d’une délicatesse peu croyables: la lueur mauve des projecteurs faisait de son corps nacré une merveille d’une pâleur spectrale. Je regardais son derrière nu avec le ravissement d’un petit garçon comme si de toute ma vie je n’avais rien vu d’aussi pur, d’aussi peu réel, tant il était joli….je quittai la salle. j’errai d’un café à une rue, d’une rue à un autobus de nuit; sans en avoir eu l’intention je descendais de l’autobus, et j’entrai au SPHYNX. Je désirai l’une après l’autre les filles offertes en cette salle au tout-venant; je n’avais pas l’idée de monter dans une chambre:une lumière irréelle n’avait pas cessé de m’égarer.Ensuite j’allai au Dôme et j’étais de plus en plus affaissé. Je mangeai une saucisse grillée en buvant du champagne doux. C’était réconfortant, mais bien mauvais. A cette heure tardive, dans cet endroit avilissant, il restait un petit nombre de gens, des hommes moralement grossiers, des femmes âgées et laides…j’arrêtais un taxi et , cette fois, je me fais conduire chez moi. Il était plus de quatre heures du matin, mais, au lieu de me coucher et de dormir, je tapai un rapport à la machine toutes portes ouvertes.
Ma belle-mère, installée chez moi par complaisance (elle s’occupait de la maison en l’absence de ma femme) se réveilla. Elle m’appelait depuis son lit à travers la porte de sa chambre:
-Henri..Edith a téléphoné de Brighton vers onze heures. Elle a été très déçue de ne pas vous trouver.
J’avais en effet dans ma poche depuis la veille une lettre d’Edith. Elle me disait qu’elle téléphonerait ce soir là après dix heures, et il fallait que je sois un lâche pour l’avoir oublié…..Ma femme que j’avais honteusement délaissée me téléphonait d’Angleterre par inquiétude; pendant ce temps, l’oubliant, je traînais ma déchéance et mon hébétude dans des endroits détestables. Tout était faux, jusqu’à ma souffrance. J’ai recommencé à pleurer tant que je pus. Mes sanglots n’avaient ni queue ni tête.
Le vide continuait. Un idiot qui s’alcoolise et qui pleure, je devenais cela, risiblement. Pour échapper au sentiment d’être un déchet oublié, le seul remède était de boire alcool sur alcool. J’avais l’espoir de venir à bout de ma santé, peut être même d’une vie sans raison d’être ”

Bien! Je crois que le panorama global est déjà suffisamment en place!
Le bal Tabarin était un cabaret célèbre, une sorte d’institution depuis 1904, où les “demi-mondaines” recrutaient leurs clients:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Bal_Tabarin

Le sphynx était une maison close:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Sphinx_(maison_close)

qui connut le même destin que les autres en 1946.Par contre le bal Tabarin , quartier général des officiers allemands de 40 à 44, ne fut détruit qu’en 1966. Il est aujourd’hui remplacé par un Carrefour Market, ce qui symbolise de façon dérisoire notre époque méprisable.
Cette même époque où les différentes “autorités” tentent de manipuler la population, redevenue dirait on “dangereuse” en lui donnant , via l’opium footballistique, un sentiment frelaté d’unité avec son “équipe nationale” . Encore ai je été réconforté d’apprendre ce matin que “nous” avions perdu, car sinon à quelle scènes délirantes n’aurions nous pas assisté, comme en 1998? Le laquais des zélites qui se fait passer pour notre Président se préparait même, toute honte bue, à en tirer les “dividendes politiques”aussi devrait il, s’il avait une seule once d’honnêteté, démissionner car les dividendes cla doit marcher dans un sens comme dans l’autre.

image

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/28/occupation-1940-1944-les-annees-erotiques/

Que fait Bataille ici (en ces pages singulièrement, et dans tout le livre)? Il nous montre un homme, qui selon l’ignoble expression reçue, “fait la vie” et se livre au meme sentiment frelaté d’unité que les imbéciles du Champ de Mars hier soir, mais avec ce qu’il est convenu d’appeler les “menus plaisirs de Paris” vantés par les “communicants” aux touristes du monde entier ( à commencer par l’armée américaine aux G I’s en 1944 en leur promettant des filles françaises pas farouches s’ils réussissaient à dépasser le seuil sanglant des plages normandes)
Mais comme dit Sollers Bataille est moins grossier (et il n’irait sans doute pas à Carrefour Market s’il vivait encore) :

http://www.philippesollers.net/Bataille.html

En 1957, à propos du Bleu du ciel, Bataille s’explique très clairement : “Le verbe vivre n’est pas tellement bien vu, puisque les mots viveur et faire la vie sont péjoratifs. Si l’on veut être moral, il vaut mieux éviter tout ce qui est vif, car choisir la vie au lieu de se contenter de rester en vie n’est que débauche et gaspillage. A son niveau le plus simple, Le Bleu du ciel inverse cette morale en décrivant un personnage qui se dépense jusqu’à toucher la mort à force de beuveries, de nuits blanches, et de coucheries. Cette dépense, volontaire et systématique, est une méthode qui transforme la perdition en connaissance et découvre le ciel d’en-bas.

Nous avons donc bien ici un projet de connaissance, voire de gnose, qui entend découvrir un “ciel imprévu “, une souveraineté, dans ou plutôt à travers l’analogie “d’en bas” de ce que nous appelons ici (sans mauvais jeu de mots) la FENTE ou l’OUVERT(ure). Tout cela évoque la “divine comédie” ivre de Malcolm Lowry :”Under the volcano” adapté de façon très belle en 1984 par John Huston pour ce qui est je crois son dernier film. Seulement, kabbale ou pas (Lowry feint de découvrir que le mot hébreu “SOD” signifie à la fois les mystères ésotériques et l’ivresse alcoolique) j’ai bien peur que Nougaro ne nous ait déjà prévenus :” nul ciel n’est à voir dedans ” (à savoir dans la fente) :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/07/07/philippe-sollers-sur-bataille/

Et d’ailleurs la vision hier soir sur Arte du chef d’œuvre de Costa Gavras “Le Capital” me confirme dans cette certitude : Le Gestell et Goldman Sachs (qui vient d’embaucher Barroso) utilisent la transgression (chère à Bataille comme à Mehdi Belhaj Kacem enrôlé lui comme petit soldat de BHL à la “Règle du jeu”) pour ce qu’ils appellent le “travail de Dieu” ( dixit Blankfein) à savoir “apurer les comptes” (bancaires):les parcours de Marc Tourneuil -Gad El Maleh mené par le bout du nez par là top modèle ‘,”noire” qu’il finira par violer dans un vaste limousine garée dans une rue de New York est assez éclairant.
https://horreurislamique.wordpress.com/2012/11/27/le-capital-film-de-costa-gavras/

Je refuse donc tout net de chercher un raccourci vers les cieux en bradant mon beau projet au Dôme , puisque celui ci reste ouvert à Montparnasse , en buvant du champagne doux (beurk). Quant à Simone Weil je suis persuadé que Bataille n’a rien compris à celle qu’Alain appelait la “martienne” .. Ce n’est pas un reproche qui pourrait comprendre un tel personnage ? Brunschvicg non plus, sans doute (mais l’incompréhension était réciproque)

Reste que “ce blasphème de 1942” ne saurait profiter, comme la transgression sexuelle , au Gestell bancaire ou pas :

http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1479

“L’homme est un animal social, et le social est le mal. Nous ne pouvons rien à cela, et il nous est interdit d’accepter cela, sous peine de perdre notre âme. Dès lors la vie ne peut être que déchirement. Ce monde est inhabitable. C’est pourquoi il faut fuir dans l’autre. Mais la porte est fermée. Combien il faut frapper avant qu’elle s’ouvre. Pour entrer vraiment, pour ne pas rester sur le seuil, il faut cesser d’être un être social. »
Et encore, ce qui vaut plus que jamais pour aujourd’hui :

« Une nation comme telle ne peut être objet d’amour surnaturel. Elle n’a pas d’âme. C’est un gros animal. »

Nous sommes de gros animaux avalés par un énorme animal et participant à cet engloutissement avec un consentement plus ou moins conscient et sinistre. Nous aimons la vie artificielle et les projecteurs, pas la lumière.

« Tout ce qui est sans valeur fuit la lumière. On peut se cacher sous la chair. A la mort, on ne peut plus. On est livré nu à la lumière. C’est là, selon les cas, enfer, purgatoire ou paradis. »
Simone Weil est réaliste, elle veut l’impossible :

« L’impossibilité est l’unique porte vers Dieu. »”

Qu’il me soit permis de rappeler ces liens sur celui qui l’a semble t’ils mieux comprise: le mathématicien Laurent Lafforgue:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/06/03/simone-weil-et-la-mathematique/

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/06/16/simone-weil-et-la-mathematique-suite-la-sphere-et-la-croix/

Inutile de préciser laborieusement à quelle autre dualité renvoie celle de la sphère et de la croix (splendide livre de Chesterton, qui trouve des harmoniques chez Raymond Abellio)

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