Comprendre ce qu’est le Mal pour ne pas se mettre à son service

Une réponse philosophique à la question de savoir ce qu’est le mal a déjà été apportée ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/04/01/le-mal-radical-selon-kant-consiste-a-orienter-son-ame-sa-conscience-vers-le-plan-vital-plutot-que-vers-le-plan-spirituel/

mais une réponse se trouve aussi dans l’excellent article “Un temple pur” de Jean Michel La Lannou que j’ai longuement commenté ici , en deux articles :

http://books.openedition.org/psorbonne/212?lang=fr

“Si de fait nous nous éprouvons d’abord enfermés dans notre particularité, si nous la maintenons, et par l’amour de soi nous l’absolutisons même, cette adhésion n’est cependant en rien inéluctable, nous pouvons défaire cette illégitime clôture. Le mal, qui consiste toujours à « vouloir juger l’idéal par la réalité » (EP2 192), qui donc revient à nier, ou à soumettre à l’impuissant que nous sommes la puissance spirituelle, n’est pas un destin.

En somme, le mal consiste à soumettre le plan spirituel aux normes de jugement émanant du plan vital. Le mal est donc lié aux conditions de l’existence humaine incarnée ( de l’existence sur le plan vital) , il y est lié inéluctablement en ce qui concerne sa possibilité , mais pas nécessairement en ce qui concerne son effectivité : il n’ est pas possible à l’être humain d’exister autrement que dans les conditions de l’existence incarnée, dans le monde, “en une âme et un corps” et engendré par un père et une mère ; mais il lui est possible de ne pas se complaire dans cette situation en ne se complaisant pas dans l’attitude réaliste qui est celle des peuples inférieurs vivant avant la ligne de démarcation des Temps, le cartésianisme et comme le dit Jean-Michel Le Lannou :

“43L’on peut donc affirmer que l’individu n’est rien d’autre que l’impuissance de la pensée. Il est constitué par elle, et sa clôture sur soi en est l’effet nécessaire. Il est ainsi « l’homme dont la conscience s’arrête aux limites de sa propre représentation spatiale » (PC 177). Plus encore que sa servitude, il réalise la contradiction de la pensée. Celle-ci ne s’exerce ici que limitée, ou référée à cette individualité. La puissance propre de la pensée, particularisée par ce sujet, est ainsi attribuée à l’être fini que je suis, comme l’une de ses déterminations.

44Pour ceux qui affirment que la pensée se définit par cette restriction, cette inversion ne demeure pas simplement factuelle. Le réalisme fait croire qu’elle aurait pour condition d’exercice précisément la réalité de l’individualité qui s’en pose sujet. Dans et par cette confusion, c’est la plus grave méprise qui est opérée, celle qui en définit la puissance par cela même qui l’entrave. Telle est l’illusion par excellence, l’on en vient à imaginer que pour s’exercer la pensée aurait besoin de cette entrave. Telle est la contradiction de son exercice impuissant qui donne pour sa condition, c’est-à-dire pour continuer à la subordonner, et donc continuer à pouvoir s’en désigner « sujet », ce qui en vérité en contredit l’exercice véritable. En un sens, cette faiblesse réalise et absolutise sa propre condition, en faisant comme si la pensée trouvait son origine et sa puissance dans la réalité et la liberté d’un individu la précédant et la supportant.

45Comment rompre cette illusion ? Comment non seulement en comprendre la fausseté, mais encore faire l’épreuve de l’irréalité de cette clôture ? Que faire donc pour cesser de nous réduire à cette illusoire individualité ?

46Une « opposition fondamentale » (PC 176) se présente à nous : laisser perdurer l’impuissance de la conscience, ou bien rompre, demeurer ignorant, ou œuvrer pour devenir sage. C’est ainsi, « dans le scolie final », souligne Brunschvicg, que « Spinoza dévoile l’inspiration maîtresse de l’Éthique » (EP2 45). Si de fait nous nous éprouvons d’abord enfermés dans notre particularité, si nous la maintenons, et par l’amour de soi nous l’absolutisons même, cette adhésion n’est cependant en rien inéluctable, nous pouvons défaire cette illégitime clôture.”

L’époque où nous vivons est l’époque de la possibilité du Mal Absolu, nous en prenons maintenant conscience à chaque fois que nous écoutons les informations. Mais nous qui vivons après la ligne de démarcation, après l’émergence de la science et de la philosophie cartésienne , nous avons la possibilité de comprendre que nous ne devons pas laisser entraver la Pensée, le plan spirituel, par les conditions du plan vital, c’est à dire les conditions de l’individualisation; ce n’est pas un Dieu créateur , Parfaitement Connaisseur qui a fait en sorte que le Mal Absolu se manifeste justement à cette époque et que nous ne soyions pas soumis à des exigences de résistance au Mal au dessus de nos possibilités, mais tout cela s’explique plutôt par la célèbre citation du poète Holderlin:

“Là où est le plus grand danger, là croît aussi la plante qui sauve”

Cette “plante qui sauve” n’est autre que l’attitude idéaliste, consistant à accorder la primauté au plan spirituel sur le plan vital,attitude d’après la ligne de démarcation des Temps:

https://lhommeoccidental.wordpress.com/la-ligne-de-demarcation-des-temps-2/

Ici le danger le plus grave serait d’avoir une fausse vision et une fausse évaluation du plan spirituel, en régressant aux conceptions de ce plan qui étaient propres aux époques d’avant la Ligne et qui considéraient que ce plan est accessible “après la mort” aux “âmes” des “Justes”.
Rappelons que Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie, disait que “ce n’est pas moi qui pense, c’est la Pensée universelle qui s’exerce à travers moi” . Il y avait donc une attitude juste à la base de sa pensée d’avant 1894, meme si apres 1900 et sa contamination par la théosophie l’anthroposophie est bel et bien devenue une secte, ce qu’elle est toujours à l’heure actuelle.

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