Une nouvelle interprétation de “There Will be blood”

La scène finale de “there Will be blood” , l’un des sommets du cinéma contemporain, est pour le moins énigmatique comme je l’avais noté dans d’anciens articles :

http://mathesis.blogg.org/i-drink-the-blood-of-lamb-a115764176

http://principiatoposophica.blogg.org/2008/04/

https://horreurislamique.wordpress.com/2013/01/13/la-scene-finale-de-there-will-be-blood/

Pourquoi Daniel Plainview le pétrolier richissime, qui a roulé dans la farine le prédicateur Eli Sunday aux abois, et le tient en sa merci,va t’il jusqu’à le tuer ?

Daniel Plainview est dans ce film le symbole du plan vital, en ce sens qu’il a passé toute sa vie à “lutter contre la nature” pour lui “arracher le précieux pétrole” , en risquant sa propre vie, comme on le voit au début du film. Or ce genre d’hommes, qui sont aussi nombreux parmi les “hommes de guerre” (correspondant à la caste des kshatriyas en Inde) ont tendance à ne pas avoir beaucoup d’estime pour les hommes plutôt liés aux “valeurs cléricales” , celles du plan spirituel, ceux que Julien Benda appelle les “clercs” : intellectuels, savants, moines, religieux, ascètes . Julien Benda place ce genre d’hommes au sommet de la hiérarchie humaine, et je pense qu’il a raison, puisque le plan spirituel est de valeur infinie et le plan vital de valeur nulle. De même René Guénon place l’autorité spirituelle (correspondant à la caste des brahmanes) au dessus du pouvoir temporel (caste des kshatriyas).Oui, les hommes voués aux valeurs charnelles du plan vital , à la mentalité réaliste, les hommes comme Daniel Plainview ont tendance à détester et mépriser les “clercs”, surtout s’ils décèlent en ceux ci des hypocrites et des imposteurs, comme c’est le cas dans le film avec Eli Sunday :ainsi s’explique l’inimitié qui court tout au long du film entre Daniel Plainview et Eli Sunday. Mais meme s’ils ne trouvent pas d’hypocrisie en eux, les “hommes du plan vital” qui sont aussi les hommes de la violence ont tendance à détester les clercs, les intellectuels, les religieux, ils voient en eux des lâches, des “planqués” des “froussards”; les hommes allemands qui revenaient de la guerre amers et frustrés par la défaite, et qui ont formé le gros des militants nazis dans les premiers temps, étaient des hommes comme cela, portés à détester les clercs, et ils avaient tendance à reporter cette haine sur les juifs assimilés (à tort) aux clercs, d’où l’irruption de l’antisémitisme nazi des années 30, qui a conduit aux catastrophes que l’on sait. Et là aussi cette haine était encore renforcée par le fait bien connu qu’il existe des juifs qui sont aux antipodes des valeurs cléricales, comme le savait très bien Marilyn Montoe lorsqu’après avoir connu ses premiers succès et alors qu’elle commençait à devenir célèbre, elle se félicita de ” n’avoir plus dorénavant à sucer des producteurs juifs pour obtenir des contrats”.Tout cela a résulté en la croyance pernicieuse implantée dans l’imaginaire occidental (et pas seulement lui) que tous les juifs se comportent ainsi de manière hypocrite, donnant des leçons de morale par devant et troussant les filles par derrière, et d’ailleurs le même genre de reproches est fait aux moines (paillards, forcément paillards) et plus généralement à ce que nous appelons ici, apres Julien Benda, les “clercs” fidèles aux valeurs de l’Esprit.

Donc l’animosité , devenant au fil de l’intrigue du film, de la haine meurtrière, de Daniel Plainview envers Eli Sunday (à un moment du film il lui dit qu’il l’enterrera) est expliquée. Mais pourquoi va t’il à la fin jusqu’au meurtre alors qu’il l’a vaincu à plates-coutures et humilié en le forçant à avouer son imposture (il l’oblige à dire très fort :” je suis un faux prophète et Dieu est une superstition”) et en le forçant à reconnaître qu’il est tombé dans la luxure et qu’il a d’énormes dettes. Alors pourquoi aller jusqu’à le tuer et bousiller ainsi sa propre existence ?

C’est ici que le schéma de l’Ouvert nous permet d’aller plus loin que par le passé et de mieux comprendre ce qui se passe..
Daniel Plainview a gagné bien sûr, mais gagné selon les critères du monde, du plan vital , qui sont les seuls d’ailleurs qu’il reconnaît.. Or si l’hypothèse que nous faisons ici (qui est d’ailleurs maintenant un peu plus qu’une hypothèse, tellement elle trouve de confirmations un peu dans tous les domaines) est juste, à savoir : que le plan vital est de valeur nulle, alors que seul le plan spirituel vaut infiniment et peut justifier une existence humaine, les hommes voués au plan vital comme Plainview doivent avoir de ce fait un obscur pressentiment, surtout lorsqu’ils deviennent vieux et que la lutte pour gagner n’est plus là pour leur donner l’appétit de vivre et d’agir. Dans le film le signe de cela est évidemment l’alcoolisme pathologique de Daniel Plainview, qui pourrait expliquer aux yeux de spectateurs un peu simplistes son passage à l’acte brutal et meurtrier.

Plainview a gagné, bien sûr, mais il n’est pas “tranquille” et il n’a pas la certitude complète que l’autre ne lui est pas “supérieur” , qu’il n’a pas, malgré les révélations qu’il vient de faire sur ses turpitudes, un “séjour” dans un “refuge divin” qui le rendrait infiniment plus “heureux” que Plainview lui même dans ce morne séjour terrestre qui ne lui apporte plus qu’ennuis et “gueules de bois” jour après jour. Comment aurait il une telle certitude ? Seule la voie philosophique cartésienne , celle du cogito, permet de l’acquérir et Plainview se situe aux antipodes de l’attitude philosophique . C’est cette profonde insatisfaction , que lui laisse le “monde”, qui explique sa rage meurtrière, associée certes à l’énorme quantité d’alcool qu’il a bue. Il veut vaincre Eli aussi dans son domaine “religieux” (ou plutôt pseudo-religieux et sectaire car c’est cela qu’est vraiment Eli Sunday, bien pire qu’un escroc, mais quelqu’un qui se dupe fondamentalement lui même) et c’est pour cette raison qu’il lui crie à la fin d’un ton dément en lui lançant des quilles pour le blesser :

I am the third revelation

C’est moi la troisième révélation, pas toi!

Maintenant que l’on regarde cette scène extraordinaire par sa noirceur satanique :

Mais l’on peut aussi voir ce chef d’œuvre en streaming gratuit,ici :

http://www.film-streaming.co/there-will-be-blood-streaming.php#

Et bien sûr nous comprenons parfaitement la dernière phrase prononcée par Plainview : “I am finished” qui peut se traduire de deux façons :

“J’ai fini (de vivre)”

Ou bien:

“Je suis fini” aveu de la finitude propre au plan vital..

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