L’insoutenable légèreté de l’être : pour Daniel Day Lewis

Daniel Day Lewis est reconnu comme l’un des plus grands acteurs mondiaux, à la fois pour son immense talent que pour l’énorme travail qu’il déploie pour chacun de ses rôles, la lecture de sa page Wikipedia est intéressante :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Daniel_Day-Lewis

On y apprend que son père a composé ce très beau poème à l’occasion de sa naissance :

“Welcome to earth, my child!
Joybells of blossom swing.
We time-worn folk renew
Ourselves at your enchanted spring,
As though mankind’s begun
Again in you

This is your birthday and our thanksgiving[n 1] »

Cet homme possède une sorte de lumière intérieure qui étincelle sur son visage :

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et l’extraordinaire performance qu’il a accomplie dans “There Will be blood” consiste en ce qu’il a réussi à éteindre cette lumière, comme il était nécessaire pour incarner le personnage satanique de Daniel Plainview.. Attention ici “satanique” ne veut pas dire “serviteur de Satan” (qui n’est qu’une entité imaginaire) mais “entièrement voué au plan vital” d’ailleurs ces vers célèbres et magnifiques de Milton, qui décrivent “Satan” prenant possession de son domaine l’enfer, dépeignent en fait le plan vital :

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Le_Paradis_perdu/Livre_I

“souverain pouvoir le jeta flamboyant, la tête en bas, de la voûte éthérée ; ruine hideuse et brûlante : il tomba dans le gouffre sans fond de la perdition, pour y rester chargé de chaînes de diamant, dans le feu qui punit : il avait osé défier aux armes le Tout-Puissant ! Neuf fois l’espace qui mesure le jour et la nuit aux hommes mortels, lui, avec son horrible bande, fut étendu vaincu, roulant dans le gouffre ardent, confondu quoique immortel. Mais sa sentence le réservait encore à plus de colère, car la double pensée de la félicité perdue et d’un mal présent à jamais, le tourmente. Il promène autour de lui des yeux funestes, où se peignent une douleur démesurée et la consternation, mêlées à l’orgueil endurci et à l’inébranlable haine.

D’un seul coup d’œil et aussi loin que perce le regard des anges, il voit le lieu triste dévasté et désert : ce donjon horrible, arrondi de toutes parts, comme une grande fournaise flamboyait. De ces flammes point de lumière ! mais des ténèbres visibles servent seulement à découvrir des vues de malheur ; régions de chagrin, obscurité plaintive,où la paix, où le repos, ne peuvent jamais habiter, l’espérance jamais venir, elle qui vient à tous ! mais là des supplices sans fin, là un déluge de feu, nourri d’un soufre qui brûle sans se consumer.

Tel est le lieu que l’éternelle justice prépara pour ces rebelles ; ici elle ordonna leur prison dans les ténèbres extérieures ; elle leur fit cette part trois fois aussi éloignée de Dieu et de la lumière du ciel, que le centre de la création l’est du pôle le plus élevé. Oh ! combien cette demeure ressemble peu à celle d’où ils tombèrent !”

Des vers ténébreux qui se situent aux antipodes de ceux, lumineux, composés par le père Cecil de Daniel Day Lewis à la naissance de son fils en 1957, ce qui permet de mesurer le travail qu’a dû accomplir l’acteur pour incarner Daniel Plainview, qui représente son exact opposé:

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“L’insoutenable légèreté de l’être” que j’ai pu voir lundi sur Arte, est l’adaptation cinématographique en 1988 du roman de Milan Kundera, auteur admiré et considéré comme très important par Alain Finkielkraut :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Insoutenable_Légèreté_de_l%27être_(film)

La “légèreté” évoque “L’homme sans gravité” de Charles Melman , ainsi d’ailleurs que les antiques fables sur la “pesée des âmes” après la mort , qui n’ont qu’un sens symbolique:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Pesée_des_âmes

Dans le film et le livre, Tomas, joué par Daniel Day Lewis , est partagé entre deux femmes qui représentent la légèreté (celle du plaisir sans engagement) pour Sabina, et la gravité pour Tereza. Le roman, comme le film, est une sorte de réflexion sur la notion de kitsch, considéré comme un voile hypocrite :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Insoutenable_Légèreté_de_l%27être

“Le titre s’explique par une légèreté qui est parfois insoutenable lorsque mise en contraste avec la lourdeur du destin. Selon Kundera, en Occident, on vit dans un monde de la légèreté, celle-ci devenant insoutenable, au contraire des Soviétiques, qui eux étaient d’une telle gravité qu’ils en étaient ridicules. Après s’être plutôt concentré sur la gravité dans La Plaisanterie, Kundera se concentre ici sur la dichotomie entre la légèreté et la pesanteur.

Le kitsch
« Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable[1]. »

On trouve une critique du Kitsch qui est « la station de correspondance entre l’être et l’oubli ». Le Kitsch, soit ce qui est beau et 100 % acceptable, est par conséquent très artificiel et on n’en retrouve que par le biais de manipulations artistiques ou autres.

Kundera le définit comme un voile de pudeur que l’on jette sur la merde de ce monde. Il est utilisé par toutes les grandes idéologies, il existe le « kitsch catholique, protestant, juif, communiste, fasciste, démocratique, féministe, européen, américain, national, international[2]. ».

Le contraire du kitsch se définit par le doute. À la fin du roman on peut voir une antithèse de sens entre le doute de Tereza sur le fait que Tomas soit heureux et le fait qu’il se trouve dans une maison banale. On retrouve dans leur vie nouvelle une forme de cliché.”

Seulement les lignes ci dessus sont tres ambiguës, comme est ambigu l’esprit de ces années là (1968, la guerre froide) qui a engendré l’absurdité contemporaine, celle des années 2003-2016, venant après le prétendu nouvel ordre mondial surgissant de la prétendue “fin de l’Histoire” coïncidant avec la prétendue “fin de la guerre froide”
Cette légèreté de l’être n’est autre que la fadeur où manquent selon Hegel “le sérieux, la douleur , la patience et le travail du négatif“:

http://jef-safi.net/spip/spip.php?article347

http://www.memoireonline.com/02/11/4249/m_Anthropologie-de-la-violence-chez-Hegel3.html

Le plan de l’Idée n’est pas “un voile pudique” que l’on jette sur “la merde de l’existence”, c’est à dire sur ce qui est essentiellement inacceptable dans le plan vital lorsqu’il est considéré abstraitement, c’est à dire séparé arbitrairement du plan spirituel.

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