Michel Bitbol : de l’intérieur du monde; pour une philosophie et une science des relations

http://michel.bitbol.pagesperso-orange.fr/Interieur_du_Monde.html

http://actu-philosophia.com/spip.php?article282

Un livre qui illustre ces lignes de Brunschvicg, tirées de l’introduction au “Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale”:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός. Ce problème, s’il devait prendre dans le christianisme une forme de plus en plus aiguë, ne relève à son origine que de la seule philosophie. Notre tâche était d’en établir la portée et d’en expliquer les conséquences d’une façon assez nette et assez vive pour qu’il ne subsiste, dans l’esprit de nos lecteurs, ni obscurité ni incertitude, ou sur l’intention de notre travail, ou sur le sens de leurs propres réactions .”

Sauf que selon Michel Bitbol , Platon est un pôle de résistance culturelle occidentale à une conception relationnelle, non ontologique, de la réalité : page 235:

” l’adversaire, pour Platon comme pour Aristote, est un courant de pensée ancien, qui associe le mobilisme d’Héraclite au relativisme de Protagoras”

Michel Bitbol oppose à cela la philosophie bouddhique de la “voie moyenne ” de Nagarjuna.

Il existe une deux forts courants en philosophie, l’un platonicien et l’autre anti-platonicien comme l’observe Lévinas :

https://noesis.revues.org/6

Emmanuel Levinas a caractérisé à plusieurs reprises la philosophie contemporaine par un antiplatonisme de principe qu’Humanisme de l’autre homme discerne dans « la subordination de l’intellect à l’expression » ou encore dans l’inversion des rapports entre « le monde des significations », que Platon considérait dans son initialité, et « le langage et la culture qui l’expriment »

Cet antiplatonisme fait rage , on le reconnaît dans les imprécations de Mehdi Belhaj Kacem (contre Badiou), lorsqu’il ne craint pas d’accuser Platon de toutes les horreurs contemporaines : nazisme, khmers rouges, etc…

Et la page noire de Platon sur le site pourtant remarquable “L’amour de la Raison universelle” va dans le même sens :

http://www.willeime.com/Democrite-Platon.htm

Les lignes ci dessus de Lévinas opposent le plan des significations, plan idéal et spirituel , chez Brunschvicg Verbe intérieur ou Raison, chez Badiou plan en incise des “vérités universelles et éternelles” , au plan du langage et de la culture qui expriment ce “monde des significations” , qui est chez Brunschvicg le Verbe extérieur ou langage, chez Badiou le plan des corps et des langages, c’est à dire le plan vital que le matérialisme démocratique occidental considère comme le seul existant.

Rappelons aussi l’appréciation de Whitehead :

” toute la philosophie occidentale est une série de notes en bas de pages de Platon”

Mais la conception de Brunschvicg, opposant le Platon mythologue du “Timée” au Platon idéaliste mathématisant de “La République” , est complexe et nuancée :

https://horreurislamique.wordpress.com/le-platonisme-est-la-verite-de-la-philosophie/

Que la fonction de la pensée soit une fonction de résolution, qu’ elle s’exerce à l’aide de la science des nombres et des figures, et que de degré en degré elle parvienne à découvrir dans le tissu enchevêtré des phénomènes l’ordre des relations mathématiques, cette conception est, en un sens, le platonisme lui-mênme; et puisqu’elle est destinée à réapparaître dès le lendemain de la Renaissance pour devenir avec les Galilée, les Descartes et les Newton, la substance de la civilisation moderne, il est permis de croire que le platonisme est la vérité même de la philosophie.

Mais cette vérité i! a fallu vingt siècles de réflexion pour parvenir à la dégager dans la pureté de sa lumière; il a fallu que, la psychologie se substituant à a théologie et la critique au dogmatisme, la méthode d’analyse régressive que Platon avait introduite dans le domaine de la réflexion spéculative devînt la rmesure directe du progrès scientifique, et qu’elle se constituât ainsi comme une méthode indépendante, suffisante pour l’appropriation de la nature à l’esprit…..

….L’oeuvre positive de résolution, entrevue par Platon à un moment déterminé du processus dialectique, est donc loin de définir la forme sous laquelle la doctrine s’est effectivement constituée et s’est offerte à la discussion des premiers auditeurs de Platon. L’analyse idéaliste n’est qu’une démarche préparatoire à la connaissance supérieure qui atteint les principes de l’être et du savoir, et déduit de ces principes les hypothèses nécessaires aux combinaisons du calcul et aux relations métriques. Le platonisme suspend la partie technique de: la mathématique, le domaine positif de la science, à une dialectique qui les dépasse et qui leur est étrangère. Par là, non seulement son échec immédiat devenait inévitable; mais encore il était inevitable que cet échec fût tout autre chose que la ruine d’un système particulier, qu’il entraînat une éclipse séculaire de la philosophie à base mathématique. L’intellectualisme scientifique de Platon devra s’effacer devant l’intuitionisme grammatical; le sujet de la proposition, devenu l’être en tant qu’être, sera l’objet par excellence du savoir, au préjudice de l’idée en tant que nombre

La mentalité relationnelle aura donc dû attendre pour se manifester la ligne de démarcation du cartésianisme (“c’est de Descartes que date le retour au spiritualisme pur de Platon” dit Brunschvicg) et même encore quelques siècles au delà : l’occasion lui fut donnée au vingtième siècle par les deux découvertes qui manquaient à Platon (mais aussi à Nagarjuna, convenons en, et même à Brunschvicg, mort un an avant l’émergence en 1945 de la théorie des catégories) : la physique quantique et la mathématique des relations (insistant sur les morphisme sur plutôt que sur les objets) qu’est la théorie des catégories.

Et le fait que Badiou privilégié la théorie des ensembles est parallèle à son refus de “l’ontologie des relations” de Deleuze.

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