Platon : la République Livre VI 484a-511e

C’est ici, sur l’excellent site Remacle :

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep6.htm#449

Platon est au centre d’une polémique , accusé par les tenants du Gestell et de la pseudo-démocratie d’être l’origine (philosophique ) du fascisme, des camps de la mort nazis, des khmers rouges, c’est ce que soutient par exemple Mehdi Belhaj Kacem dans “Après Badiou” , MBK qui émarge maintenant chez Bernard Henri Lévy (les cocktails doivent y être meilleurs que chez Badiou et puis doit y avoir des tas de filles!) , mais un excellent et tout à fait respectable (plus que Bernard Henri Lévy en tout cas) site comme “L’amour de la Raison universelle” dit le même genre de choses (Platon comparé à un Taliban!):

http://www.willeime.com/Democrite-Platon.htm

et avec des arguments philosophiques, faisant appel à Karl Popper.

Lévinas quant à lui discerné une tendance à l’ Antiplatonisme dans la philosophie moderne :

https://noesis.revues.org/6

Du côté platonicien, vous avez Badiou qui se revendique d’un “Platon pour notre temps”, d’ailleurs Alain Badiou a consacré un labeur acharné à son livre récent, qui est sans doute l’un de ses plus importants :

La République de Platon

dont , comme d’habitude, il est plus facile de trouver sur le web la traduction en anglais que la version française (aisée à trouver en librairie), voici ce document pdf en anglais:

http://www.arcadetheory.org/wp-content/uploads/2014/02/PlatoRepublicBadiou.pdf

Nos amis américains universitaires (donc intellectuels de gauche, multiculturalistes, etc.. Etc..)sont pris d’une véritable frénésie, quand il s’agit de Badiou!

Badiou est un helléniste émérite et a commencé par relire le texte de Platon dans sa version originale, mais il s’agit d’autre chose que d’une traduction. On lira avec intérêt l’article de l’excellent site “La question du latin” à ce propos:

Traduire (5) : La République de Platon d’Alain Badiou

L’extrait que nous lisons dans cet article (484-511) correspond aux chapitres 10 et début du 11 du livre de Badiou , livre dont le cœur consiste en les quatre chapitres 9, 10, 11 et 12 , tout au moins pour les recherches entreprises ici qui portent sur les relations entre mathématiques et philosophie: pour les vrais “badiolistes” c’est évidemment l’Idée communiste qui est la plus importante chez le “Grand homme”, et donc il faut adjoindre aux quatre chapitres précédents les chapitres 13 et 14 portant sur les formes “pré communistes” de gouvernement, les deux dernières étant la démocratie qui mène inéluctablement à la tyrannie, comme nous commençons à nous en parce voir en Europe (en France, Allemagne et Angleterre surtout) . Je n’ai jamais caché mon anticommunisme primaire et virulent, mais je refuserai toujours de m’associer aux procès en sorcellerie intentés à Badiou pour lequel j’éprouve une grande admiration, même si son obsession de dédouaner l’Islam de toute culpabilité dans le terrorisme et de vilipender Israël ou “l’Occident blanc” me mettent souvent en colère . En tout cas je suis d’accord, n’en déplaise à Mehdi Beljaj Kacem et à ses nouveaux Maîtres : “La règle du jeu” de Bernard Henri Lévy (très éloignée hélas de celle de Jean Renoir), Sarkozy et l’industrie pornographique (puisqu’il ne cesse de répéter que l’apparition de la pornographie numérique avec Internet a changé les conditions de la philosophie, et pourquoi pas de la science pendant qu’on y est ?), je suis d’accord avec l’importance cruciale qu’accorde Badiou à Platon “pour notre temps” et à la République parmi les œuvres de Platon
un point de vue qui est aussi celui de Brunschvicg selon lequel le platonisme est la vérité de la philosophie:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/05/25/le-platonisme-est-la-verite-de-la-philosophie/

et qui retient surtout la République comme œuvre représentant l’idéalisme platonicien, notamment dans l’introduction au “Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale”:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme.

et cette “opposition décisive” mène à celle entre les deux mentalités, celle d’avant la ligne de démarcation des Temps qui est le cartésianisme et le “déplacement dans l’axe de la vie religieuse” qu’est la naissance de la science moderne (c’est à dire de la science, sous la forme d’une physique mathématique, apres la physique aristotélicienne ) au 17 éme siècle européen:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également.

Et l’opposition des deux mentalités, idéaliste-scientifique et réaliste-primitive renvoie à la dualité des plans : spirituel et vital-ontologique, qui constitue le fondement des recherches engagées ici, et aussi à mon avis le thème fondamental du platonisme en tant qu’il est la vérité de la philosophie (la Caverne de Platon n’est autre que le Plan vital).
Pour comprendre ce qu’est ce thème fondamental , il faut lire et étudier soigneusement le début du “Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale” de Brunschvicgqui est fort heureusement disponible sur le web:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1.html

et surtout touchant au platonisme le chapitre premier “Découverte de la Raison pratique”(lisons la section II consacrée à l’œuvre de Platon)

Le “problème qui donne naissance à l’œuvre platonicienne ” nous rappelle quelque chose, à nous autres Européens qui vivons 25 siècles plus tard, en ne considérant la science qu’ont créée nos ancêtres il y a quatre siècles que comme une source d’enrichissement et de distractions, sans limites et non pas pour ce qu’elle est en réalité , un moyen de renforcer la pensée dans la recherche de la vérité et pour améliorer l’âme en somme pour faciliter le parcours de la conscience du plan vital au plan spirituel:

“Tel est le problème qui donne naissance à l’œuvre platonicienne. Les termes en sont admirablement précisés par un texte central de l’Apologie : « Quoi, cher ami, ne cesse de répéter Socrate à chacun de ses concitoyens, tu es Athénien, tu appartiens à une cité qui est renommée la première pour sa science (σοφία) et sa puissance ; et tu n’as pas honte de consacrer tes soins à ta fortune pour l’accroître le plus possible, et à ta réputation et à tes honneurs, tandis que la pensée (φρόνησις), la vérité, tandis que l’âme qu’il s’agirait d’améliorer sans cesse, tu ne leur donnes aucun soin, tu n’y penses même pas. » (29 d e.)”

Ravalais l’a dit de façon plus compacte :

“Science sans conscience n’est que ruine de l’âme”

Et l’Occident subira sans doute, et pour les mêmes raisons , le destin d’Athènes . D’ailleurs , ne peut on pas comparer la France, pays de Descartes (qui rend possible le retour à la spiritualité pure de Platon) , à Athènes , les USA à Rome et les peuples musulmans aux barbares qui vont bientôt saccager l’Empire romain ?
Brunschvicg est plus précautionneux, c’était avant 1940:

Et une fois de plus aura-t-il été vrai que l’oiseau d’Athènes prend son vol seulement à la tombée de la nuit. Du moins, pour nous modernes, et si nos trois siècles de civilisation doivent être autre chose qu’une trêve illusoire entre deux retours de « Moyen Age », aucune leçon ne sera plus précieuse à recueillir que l’effort accompli par Platon pour fournir à l’humanisme rationnel de Socrate les points d’appui qui lui manquaient, en passant du Dialogue à la Dialectique, de la loi positive à la justice idéale.

Et les lignes suivantes apparaissent comme une ordonnance et une prescription du médicament “Platon” établie par le docteur Brunschvicg (un bien meilleur médecin de l’âme que Badiou, à ce que je pense) à l’intention de notre temps aussi bien que pour le temps d’Athènes, et des ” socratiques”(qui ont fait l’objet de la section I):

Ce qu’il faut donc, c’est susciter dans la cité un amour fervent pour les valeurs spirituelles : φρόνησις, ἀλἡθεια, ψυχή, sans pourtant accentuer le divorce entre la vie politique, livrée par l’affaissement des mœurs démocratiques aux intrigues des tribuns ou des tyrans, et la vie morale, fondée sur la conscience que l’individu prend de sa puissance d’affranchissement intérieur. C’est à quoi les socratiques ne pouvaient réussir. Chez Antisthène comme chez Aristippe, l’aspiration à l’autonomie se retourne, contre l’intention de Socrate, jusqu’à ébranler et l’autorité de la loi scientifique qui établit entre les esprits une liaison interne et solide, et le crédit de la loi politique qui maintient l’ordre dans les communautés établies, tandis que Xénophon rétrograde jusqu’au stade théologico-militaire, dont l’empire perse lui avait offert l’image, abaisse le jugement de la raison sous le double conformisme de la tradition religieuse et de l’institution sociale.

Et la phrase suivante peut être exactement transposée à notre temps, en remplaçant “Athènes” par “France” et peut être “enseignement socratique” par “enseignement brunschvicgien”:

“Platon se refuse à poser ainsi l’alternative. Au point de départ de sa pensée, il y a cette intuition profonde et prophétique : le salut d’Athènes et l’intérêt de la civilisation sont inséparables. Athènes ne peut être régénérée que par des homme capables de faire servir aux disciplines de la vie collective la certitude incorruptible de la méthode scientifique ; d’autre part, le progrès de spiritualité auquel l’enseignement socratique avait ouvert la voie, se trouvera tout d’un coup arrêté du jour où Athènes sera dépouillée de son indépendance, où le monde antique cessera de recevoir le rayonnement de son génie”

Nous n’avons pas le droit de nous suicider selon ce que Zemmour appelle le “suicide français” , il y va de beaucoup plus que de simples maillots de bains intégraux sur les plages (burkinis? Pas burkinis? ) et de questions identitaires : il y va de la civilisation et de l’universel: le salut d’Athènes (de la France) et l’intérêt de la civilisation sont inséparables. Si l’on est vraiment persuadé, comme je le suis, de cela, alors nous ne devons refuser aucun des efforts nécessaires pour devenir de tels humains , capables de régénérer Athènes (la France) en “faisant servir aux disciplines de la vie collective la certitude incorruptible de la méthode scientifique “; et ces efforts absolument nécessaires pour sauver la civilisation , c’est à dire l’humanité (et d’une manière tout autre que dans un film hollywoodien avec Bruce Wisllis) ils sont maintenant bien balisés :

-lire le livre de Badiou , en particulier le chapitre 11 (“qu’est qu’une Idée ?”) et 12 (” des mathématiques à la dialectique”) et en même temps faire ce qu’a fait Badiou lui même, c’est à dire relire la République dans le texte Grec originel (le site Remacle est bien pratique pour cela, puisqu’il suffit de cliquer sur “texte grec” puis sur “traduction française” pour passer de l’un à l’autre (il est vrai qu’il faut avoir étudié le grec, ce qui est mon cas et remonte à très loin).

-mais il faut commencer par étudier soigneusement le commentaire de Brunschvicg en section II du premier chapitre du “Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale” beaucoup plus fiable que Badiou puisque celui ci refuse par principe toute utilisation du mot (obscène depuis 1945) “idéalisme” et s’en tient à la “dialectique matérialiste”, ce qui le force à quelques contorsions assez réjouissantes…

Ce sont les livres VI et VII , portant sur la théorie de la connaissance , qui sont cruciaux dans la République, comme le résume ces lignes de Brunschvicg:

“De l’entretien initial avec Thrasymaque jusqu’au mythe qui en est la conclusion, la République parcourt le même cercle de pensée que le Gorgias. Mais la doctrine morale et politique, au lieu d’être exposée pour elle-même, est rattachée au centre lumineux de la dialectique. D’une part, en effet, Platon lui donne pour base la hiérarchie des fonctions psycho-physiologiques qui est aussi une hiérarchie des classes sociales : dans la Cité, comme dans l’individu, la souveraineté de l’intelligence est à l’origine de l’harmonie qui constitue la justice. D’autre part et surtout, l’explication de l’intelligence est liée à une théorie de la connaissance, présentée dans les livres VI et VII, sous une forme exceptionnellement nette et didactique. Quatre degrés de la connaissance se succèdent : 1) εἰκασία; 2) πίστις; 3) διάναια; 4) νόησις. De chacun des termes à celui qui le suit dans l’ordre de la gradation ascendante, le rapport est rigoureusement le même. Or le rapport entre 1) et 2) est facile à dégager sans équivoque : 1) aura pour objet l’image des arbres dans l’eau ; tandis que 2) sera la perception des arbres eux-mêmes. Dès lors, puisqu’il y a encore deux étages au-dessus de cette connaissance qui s’attache aux objets sensibles, il faut concevoir que ces objets sensibles ne sont à leur tour que des images, des reflets, d’objets non sensibles, d’idéaux intelligibles, ces idéaux se disposant d’ailleurs selon deux plans dont le premier 3) sera lui-même le reflet, l’image de l’autre 4).
Sur 3), le livre VII de la République contient d’amples indications : il s’agit de la pensée mathématique, telle qu’elle s’exerce effectivement depuis les découvertes des pythagoriciens dans les domaines de l’arithmétique et de la géométrie, de l’astronomie et de la musique. Pour le vulgaire (et Socrate, tout au moins le Socrate de Xénophon , était du vulgaire sur ce point), ces sciences se jugent selon leur utilité pratique. Mais cette conception est tournée en ridicule dans la République : l’arithmétique et la géométrie ont une toute autre destinée que d’aider les marchands dans leur commerce ou les stratèges dans la manœuvre des armées ; elles élèvent l’âme au-dessus des choses périssables en lui faisant connaître ce qui est toujours : elles l’obligent à porter en haut son regard, au lieu de l’abaisser, comme on le fait d’habitude, sur les choses d’ici-bas. (VII, 527 b.) Encore Platon n’emploie-t-il ces métaphores que pour avoir l’occasion d’insister sur leur sens métaphorique. Dans la considération de l’astronomie, enfin, la doctrine livre son secret, par l’antithèse qu’elle établit entre le réalisme de la matière et l’idéalisme de l’esprit, entre la valeur de la transcendance cosmique et la valeur de l’intériorité rationnelle. La dignité de l’astronomie n’est pas dans la supériorité locale de ses objets : « Tu crois donc que si quelqu’un distinguait quelque chose en considérant de bas en haut les ornements d’un plafond, il regarderait avec les yeux de l’âme et non avec les yeux du corps ?… Qu’on admire la beauté et l’ordre des astres dont le ciel est orné, rien de mieux ; mais comme après tout ce sont des objets sensibles, je veux qu’on mette ces objets bien au-dessous de la beauté véritable que produisent la vitesse et la lenteur réelles dans leurs rapports réciproques et dans les mouvements qu’ils communiquent aux astres, selon le vrai nombre et selon toutes leurs vraies figures. » (529 b, d.) Platon insiste encore d’une manière particulièrement significative dans le Phèdre : « Celui qui a le courage de parler de la vérité selon la vérité, doit chercher à la fois en dehors du ciel et au delà de la poésie, ce qui existe sans aucune forme visible et palpable, objet de la seule intelligence par qui l’âme est gouvernée. » (247 c).
L’indépendance que la rigueur de la démonstration mathématique assure au contenu de la science par rapport à la représentation sensible, n’épuise pas la capacité de l’intelligence à pénétrer dans le domaine de l’esprit. La réflexion sur la méthodologie mathématique montre que la déduction y est suspendue à des hypothèses, et que le raisonnement consiste en définitive à faire la preuve de son accord logique avec ces déterminations initiales. Dès lors, le plan de la science, exactement limité comme le plan du dialogue socratique chez Xénophon, à l’hypothèse et à la conséquence (ὁμολογία, VII, 533 b), laisse sans solution définitive le problème de la vérité. C’est simplement par respect pour l’usage (VII, 533 c) qu’arithmétique ou géométrie seront considérées comme des sciences, puisqu’elles procèdent à partir de conceptions du nombre et de l’espace, posées immédiatement, sans garantie de leur exactitude, sans défense contre les attaques, impuissantes par suite à rendre compte de leur propre valeur. Un tel savoir est encore une sorte de rêve, où n’apparaît que l’ombre du savoir véritable . Et ainsi, comme nous avons passé de l’imagination des reflets d’objets à la perception des objets eux-mêmes, et des objets-sensations aux relations mathématiques, il faut que par un dernier effort nous nous élevions au-dessus des relations mathématiques pour parvenir au plan de la Dialectique, où elles trouveront leur fondement et leur justification.”

A signaler quelques notes en bas de page du site Remacle

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep6.htm

Qui éclairent pas mal d’obscurités :

La note 437 qui cite un tableau dans le livre de J Adam :”The republic of Plato”, livre qui est accessible ici sur Archive:

https://archive.org/details/republicplato01adamgoog

“Adam (tome II, p. 60 n.) résume dans le tableau suivant les correspondances établies entre le soleil et l’idée du Bien:

“tñpow õratñw

tñpow nohtñw

Soleil

Idée du Bien.

Lumière

Vérité

Objets de la vue (couleurs)

Objets de la Connaissance. (idées).

Sujet voyant

Sujet connaissant.

Organe de la vue (œil)

Organe de la connaissance.

Faculté de la vue

Faculté de la raison

Exercice de la vue

Exercice de la raison nñhsiw, gnÇsiw, ¤pist®mh).

Aptitude à voir

Aptitude à connaître.”

Le tableau ne sort pas très bien en copié collé, reportez vous à la note 437 du site Remacle

La note 439, elle , cite Alfred Fouillée :”La philosophie de Platon” tome 1 et 2, qui est sur Gallica :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k255800f

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k255801t

“De même que le soleil n’est pas la génération, puisqu’il en est la source, le Bien n’est pas l’essence, puisqu’il en est le principe. Ce qui donne est, en effet, autre que la chose donnée, et supérieur à elle » en dignité et en puissance ». On pourrait dire que le mot essence désigne ici la participation à l’être pur, i. e. au principe causa sui Žrx¯ Žnupñyetow, 510 b). Comp. la subtile distinction qu’établit A. Fouillée entre l’oésÛa et l’eänai (La Philosophie de Platon, tome II, p. 105 sqq.). Le mot être pris dans son sens général ou dans son sens exact est impropre à désigner la réalité des idées. Quelle est donc l’expression qui désignera le mieux cette réalité? «Ce sera celle – écrit Fouillée – qui exprime non pas l’existence en général, mais l’existence déterminée et douée de qualités positives, différentielles et essentielles : c’est l’essence, ² oésÛa. Tout ce qui a existence a essence par sa participation aux Idées, qui sont les essences mêmes. Le terme d’essence ne désignera donc pas pour nous l’existence abstraite, mais la réalité de l’Idée (pp. 106-107). » Et plus loin: «L’essence… est quelque chose d’intermédiaire entre l’être indéterminé et l’être absolument déterminé. Ce dernier est bien supérieur à l’essence, mais non à l’existence, car il est au contraire dans l’acception la plus absolue de ce terme. » Aussi, dans le passage en question de la République, « Platon ne dit pas que le Bien soit supérieur à l’être. Dans la phrase précédente, en parlant des Idées, il avait rapproché les deux mots d’être et d’essence: mais, en parlant de l’Idée suprême, il ne retire que le second terme, comme impliquant encore quelque imperfection. Le premier seul lui reste dans toute sa simplicité, et aussi dans sa compréhension infinie (pp. 108-109).”

La note 442donne un schéma géométrique (Figure 1)des quatre facultés spécifiées plus haut dans le passage de Brunschvicg:

“La ligne doit être divisée de manière que l’on ait (voy. fig. 1)

image

image

Et continue :

“Le segment correspondant aux originaux du monde visible est donc égal au segment correspondant aux notions mathématiques (nohtŒ inférieurs), ce qui infirme l’hypothèse de Steinhart et d’Adam, car, d’après Platon, les objets de la di‹noia sont bien plus clairs que ceux de l’aàsyhsiw. D’autre part, on ne peut admettre que l’auteur de la République ait ignoré cette conséquence de la division qu’il indique, car cette division n’est autre que celle qui permet de construire une moyenne proportionnelle à deux grandeurs données AG et GB. Si l’on adopte l’hypothèse proposée dans la note précédente, l’égalité des segments DG’ et GE peut être interprétée ainsi: Les notions mathématiques mesurent exactement les originaux du monde visible. De la sorte, c’est simplement l’ordre de gauche à droite des segments de la ligne AB, et non leur longueur, qui indique le degré relatif de clarté et de vérité des objets auxquels ils correspondent”

Enfin la note 449 porte sur la dianoia

“SUR LES NOTIONS MATHÉMATIQUES OU DIANOÉTIQUES. – Le lecteur se demandera sans doute pourquoi les notions mathématiques ont été rangées dans une autre classe que celle des idées pures. A cette question il a été donné des réponses diverses. Pour G. Milhaud (Les Philosophes Géomètres de la Grèce), les notions mathématiques sont, dans la philosophie platonicienne, les notions scientifiques par excellence. Sans doute Platon affirme-t-il que la connaissance mathématique est l’objet de la di‹noia et non de la nñhsiw; mais c’est que, dans ce passage, il n’envisage pas la con-naissance mathématique pure. Et d’ailleurs, il a soin d’ajouter :noèn oék àsxein perÜ aétŒ dokoèsÛ soi, kaÛtoi nohtÇn öntvn metŒ Žrx°w,(511 d). La seule chose qui manque donc à la connaissance mathématique pour qu’elle soit rigoureusement scientifique, c’est un fondement indépendant, qui ne soit pas posé : Žnupñyetow. Mais quand l’âme, s’élevant jusqu’à la dialectique, a saisi ce fondement suprême, et redescend ensuite jusqu’aux notions mathématiques, elle leur communique toute leur vérité. Ainsi donc la géométrie n’est du domaine de la di‹noia que par son côté pratique, et si l’on n’éclaire pas ses principes à la lumière de la dialectique. – L’explication n’est pas absolument convaincante, car les hypothèses qu’emploie le dialecticien doivent, elles aussi, trouver leur confirmation dans un principe anhypothétique. On ne voit donc pas pourquoi Platon aurait rangé les hypothèses du mathématicien dans une classe inférieure. D’autre part, au VIIe livre, Socrate tout en reconnaissant l’utilité pratique de la géométrie, se moque de ceux qui la cultivent uniquement en vue de cette utilité. Il est évident qu’il ne considère point de tels hommes comme de vrais savants, et par conséquent qu’il ne fait point entrer les applications des mathématiques dans le domaine de la science (voy. 527 a).Si donc Platon divise le monde intelligible en deux parties, c’est que, pour lui, les nohtŒ inférieurs sont nettement distincts des nohtŒ proprement dits. Mais sur quoi se fonde une pareille distinction? D’après Rodier (Etudes de Philosophie grecque : Les Mathématiques et la Dialectique dans le système de Platon, p. 37 et suiv.), qui s’inspire d’Aristote (Métaph., M. 6), sur le fait que les nohtŒ inférieurs, ou concepts mathématiques, sont de simples possibles; d’après Gomperz (Les Penseurs de la Grèce, tome II, p. 505) sur cette observation qu’ils sont irréductibles à des éléments parfaitement simples qui, seuls, pourraient être regardés comme des idées. L’une et l’autre de ces opinions enferme, à notre sens, une part de vérité.
Remarquons d’abord que la marche de la dialectique est double : ascendante et descendante, ou, autrement dit, synthétique et analytique. Au point culminant de la synthèse, par la vertu de l’idée du Bien, les hypothèses se transforment en certitudes; l’analyse du dialecticien part donc de vrais principes, et non d’hypothèses érigées en principes. Maintenant, pouvons-nous ramener la méthode mathématique à la méthode dialectique? En d’autres termes les mathématiques utilisent-elles à la fois la synthèse et l’analyse – cette dernière pour confirmer ou infirmer les opérations de la première? Il ne le semble pas. Elles partent en effet de notions qu’elles développent par voie déductive, de figures dont elles recherchent les propriétés. Le géomètre, par exemple, ne s’élève pas à l’idée du triangle par voie synthétique : il part du triangle, qu’il suppose donné, pour en déduire les propriétés. Il n’a recours qu’à l’analyse; tout ce qu’il démontre est implicitement contenu dans l’hypothèse qui lui sert de point de départ. De même le logisticien, qui étudie les propriétés des nombres, suppose donnée la série naturelle formée par l’addition de l’unité à l’unité, puis à la dyade, etc…. Mais de telles hypothèses peuvent être multipliées à l’infini (les mathématiques modernes nous en fournissent la preuve); elles sont donc de simples possibles. Or la nécessité mathématique, comme Aristote l’a bien vu, est une nécessité ¤j êpoy¡sevw. Ainsi, tant en raison de leur caractère strictement analytique que de la nature de leurs hypothèses, les mathématiques n’occupent que le second rang dans le domaine de la connaissance rationnelle, le premier revenant à la dialectique, science complète et parfaite. Les notions qu’elles utilisent ne sont donc pas des idées pures, mais des images de ces idées mêlées à des représentations sensibles (notions mixtes).Reste une dernière question à résoudre. Si les notions mathématiques reflètent des idées pures, elles ont leurs archétypes dans le domaine des réalités éternelles, et ces archétypes, comme les autres, peuvent être connus par la dialectique. Le carré des géomètres, par exemple, a son archétype dans l’idée du carré dont il n’est qu’une image affaiblie. Mais les géomètres sont obligés d’étudier l’archétype dans sa copie, à cause de l’impossibilité où ils sont de l’étudier en lui-même. D’où vient donc cette impossibilité? A cela on peut répondre :
1° Que les archétypes mathématiques sont absolument simples et déterminés par la pure relation, et non par la figure ou le nombre (nous prenons ce mot dans son sens technique et non dans son sens dialectique);
2° Qu’ils forment, dans le monde des idées, une classe spéciale d’êtres que nous ne pouvons saisir directement par intuition intellectuelle. Le dialecticien peut parler du carré en soi, mais ne le peut connaître intuitivement, comme il connaît le beau par exemple. Il suit de là que s’il était possible de réduire les notions fondamentales des mathématiques à des éléments parfaitement simples (v. g. la notion de fonction dans l’analyse moderne) la connaissance dianoétique se ramènerait à la connaissance dialectique. En des écrits postérieurs à la République Platon a tenté pareille réduction, mais il semble avoir aperçu son impossibilité, qui est réelle, et qui tient à la nature même des objets de la di‹noia. Aussi bien la division établie dans la République est-elle pleinement justifiée. Cf. notre Introduction, p. XL IV, n.”

Il y a donc des Idées qui ne sont pas mathématiques

Je n’ai pas besoin d’insister sur l’extrême importance de cette note 449, elle correspond à ce passage du texte de Platon:

Tu sais donc qu’ils se servent de figures visibles (447) et raisonnent sur elles en pensant, non pas à ces figures mêmes, mais aux originaux qu’elles reproduisent; leurs raisonnements portent sur le carré en soi (448) et la diagonale en soi, non sur la diagonale qu’ils tracent, et ainsi du reste; des choses qu’ils modèlent ou dessinent, et qui 510e ont leurs ombres et leurs reflets dans les eaux, ils se servent comme d’autant d’images pour chercher à voir ces choses en soi qu’on ne voit autrement que par la pensée (449). 511
C’est vrai.
Je disais en conséquence que les objets de ce genre sont du domaine intelligible, mais que, pour arriver à les connaître, l’âme est obligée d’avoir recours à des hypo­thèses : qu’elle ne procède pas alors vers un principe – puisqu’elle ne peut remonter au delà de ses hypothèses – mais emploie comme autant d’images les originaux du monde visible, qui ont leurs copies dans la section inférieure, et qui, par rapport à ces copies, sont regardés et estimés comme clairs et distincts (450).
Je comprends que ce que tu dis s’applique à la géométrie 511b et aux arts de la même famille.
Comprends maintenant que j’entends par deuxième division du monde intelligible celle que la raison même atteint par la puissance de la dialectique, en faisant des hypothèses qu’elle ne regarde pas comme des principes, mais réellement comme des hypothèses, c’est-à-dire des points de départ et des tremplins pour s’élever jusqu’au principe universel qui ne suppose plus de condition; une fois ce principe saisi, elle s’attache à toutes les conséquences qui en dépendent, et descend ainsi jusqu’à la conclusion sans avoir recours à aucune donnée sensible, mais aux seules idées, par quoi elle procède, et à quoi 511c elle aboutit (451).
Je te comprends un peu, mais point suffisamment – car il me semble que tu traites un sujet fort difficile; tu veux distinguer sans doute, comme plus claire, la connaissance de l’être et de l’intelligible que l’on acquiert par la science dialectique de celle qu’on acquiert par ce que nous appelons les arts (452), auxquels des hypothèses servent de principes; il est vrai que ceux qui s’appliquent aux arts sont obligés de faire usage du raisonnement et non des sens : pourtant, comme dans leurs enquêtes 511d ils ne remontent pas vers un principe, mais partent d’hypothèses, tu ne crois pas qu’ils aient l’intelligence des objets étudiés, encore qu’ils l’eussent avec un principe; or tu appelles connaissance discursive, et non intelligence, celle des gens versés dans la géométrie et les arts semblables, entendant par là que cette connaissance est intermédiaire entre l’opinion et l’intelligence.

Comme d’habitude nous pouvons vérifier que c’est Brunschvicg qui nous tire d’embarras :

20. Arrivé au seuil de la Dialectique, l’historien de Platon éprouve une embarras extrême. Il est visible que, dans son œuvre écrite, Platon a mis autant de soin à en dissimuler le ressort intime qu’à en célébrer les vertus, à peu près comme fera Descartes pour sa Géométrie. L’objet de la dialectique platonicienne, c’est ce que nous avons pris l’habitude d’appeler Idées. Qu’est-ce que Platon entendait par Idées ? La terminologie employée pour la théorie de la connaissance dans la République, la manière dont les degrés de la hiérarchie se superposent les uns aux autres, suggèrent que l’Idée serait comme la réalisation suprême de la réalité, l’être par excellence dont ce que le vulgaire, ce que le savant lui-même, appelle réalité, ne serait qu’une dégradation. On serait conduit alors à définir l’Idée par le substantif qui exprime l’entité de l’existence, réalisé lui-même à part des choses que l’on peut saisir dans l’expérience commune. Il y a d’un côté l’ οὐσία, de l’autre côté ce dont il y a οὐσία.
Telle est l’interprétation d’Aristote, pour laquelle il renvoie explicitement au Phédon (Métaphysique, A, 9, 991 b 1), et qui lui permet d’« envoyer promener » Platon et son rationalisme dans un monde d’abstractions formelles et de concepts transcendants dont il espère bien qu’ils ne redescendront jamais. Mais, sans avoir à épiloguer sur la loyauté intellectuelle, ou sur la capacité, d’Aristote, il est difficile de lui faire crédit pour attribuer à Platon une doctrine que Platon lui-même a pris soin d’examiner et d’écarter dans la première partie du Parménide : « Celui de nous qui, de quelque autre, est esclave, ce n’est assurément pas de ce suprême maître en soi, de l’essence-maître, qu’il est esclave… Les réalités qui sont nôtres n’ont point leur efficace sur les réalités de là-haut, et celles-ci ne l’ont point davantage sur nous. » (133 d, e, trad. Diès, 1923, p. 66.) Autrement dit, l’interprétation des idées en termes de transcendance aboutit à contredire son intention en laissant en face l’un de l’autre sans rapport et sans communication le monde qu’il s’agissait d’expliquer, et le monde qui devait servir à expliquer.

C’est à dire que se pose ici le difficile problème , que nous avons localisé dans l’élément neutre de Wronski , moyen terme entre élément -etre et élément-savoir, du rapport entre plan vital et plan spirituel , qui doit bien être autre chose qu’une chimère , si la “déraisonnable efficacité des mathématiques” (en physique) doit être expliquée.
J’ai dit souvent que Badiou doit beaucoup à Brunschvicg, sans jamais le reconnaître ni le nommer (car ce serait se vouer au Diable, à l’idéalisme qui régnait avant 1945 sur la philosophie française ) . Voici d’où sort la thèse fondatrice de “L’être et l’événement” en 1988:

L’Un n’est pas

( une interprétation du Parménide de Platon certes)

Une telle difficulté n’est pas insurmontable sans doute suivant Platon, mais à la condition de dépasser le niveau de représentation auquel s’arrête le réalisme lorsqu’il imagine les idées sur le modèle des choses, alors qu’au contraire il faudrait partir des idées pour comprendre les choses ; et en effet, c’est à ce progrès de l’intelligence que va s’efforcer l’exercice dialectique qui remplit la dernière partie du Parménide, jeu abstrus qui a été de tout temps l’effroi des philologues et la joie des philosophes. En matière de jeu, Platon propose d’appliquer la méthode éristique de Zénon d’Élée, encore développée et aiguisée, au thème fondamental de l’éléatisme, à l’identité de l’Être et de l’Un. Mais, en réalité, il retourne la position du problème. Il ne confère pas l’Unité à l’Être : c’est l’Un qui devient le sujet du jugement. Que signifie donc l’affirmation de l’Un ? Elle signifie deux choses différentes, et dont les conséquences apparaîtront inverses l’une de l’autre : ou l’affirmation de l’Unité de l’Un ou l’affirmation de l’Être de l’Un. D’où une double série de raisonnements dont la subtilité déconcerte, mais qui ne font qu’exprimer, que développer, dans la griserie triomphante de la découverte et de la certitude, une évidence immédiate : l’Être, ajouté à l’Un, comme un prédicat qui lui serait extérieur et transcendant, introduit la dualité, par suite la contradiction, dans ce qui a pour définition essentielle d’être un, tandis que la relation de l’Unité à l’Un maintient l’affirmation de l’Un dans la sphère de l’implicite et de l’immanent, lui interdit comme une altération de son identité radicale avec soi-même toute manifestation au dehors, toute production de ce qui serait autre que le même, fût-ce la perception, la dénomination, la connaissance même. Conclusion qui se confirme par un système curieux d’équivalence entre la position de l’Être de l’Un et la négation de l’Unité de l’Un, entre la position de l’Unité de l’Un et la négation de l’Être de l’Un.
L’identité de l’Être et de l’Un, sous la forme brutale où l’Éléatisme l’avait introduite, est donc brisée : d’où résulte pour la dialectique la possibilité d’une double orientation. Il devient possible, après le Parménide, d’entrevoir une doctrine de l’Être, qui, loin de se renfermer dans le cadre rigide et stérile de l’identité avec soi-même, donne naissance à ce que M. Robin appellera une « nouvelle participation » . Par un coup de force, qui, à l’égard de l’éléatisme, est une sorte de parricide , « on contraindra le non-être à être » ; ainsi, en réintégrant la contrariété dans le monde des Idées, on surmonterait la contradiction : chaque Idée aurait une zone délimitée, à partir de laquelle s’établirait la communication avec les autres Idées et sur laquelle se fonderait le discernement des affirmations et des négations de compatibilité, des jugements légitimes ou illégitimes.
Mais cette « nouvelle participation », intérieure à la doctrine de l’Être, fait ressortir par contraste les caractères que Platon attribue à la doctrine de l’Un, et sur lesquels il paraît n’avoir pas cessé d’insister dans son enseignement oral, témoin l’anecdote transmise par Aristoxène de Tarente. Platon avait annoncé qu’il parlerait sur le bien ; « les auditeurs se pressaient dans l’espoir d’entendre parler de ce qui est le bien pour les hommes : fortune, santé, force, en un mot, le bonheur parfait ; mais ce furent des discours sur les mathématiques, sur les nombres, sur la géométrie et l’astronomie, avec cette conclusion que le Bien est l’Un ; paradoxes qui laissèrent l’auditoire déconcerté, qui en mirent même une partie en fuite » . Or, il est à remarquer que la première partie de la leçon coïncide exactement avec le VIIe livre de la République ; et s’il nous manque la conclusion qui nous aurait permis d’atteindre le sommet de la pensée platonicienne, du moins il n’est pas téméraire d’y rattacher les allusions du VIe livre à cette idée du bien qui est « en puissance et en antiquité » au delà de l’ οὐσία (509 B).
La portée d’un semblable texte est capitale. Il signifie que ce n’est ni le réalisme du transcendant ni le mysticisme de l’ineffable qui ont amené Platon à reculer l’Idée suprême par delà le plan de l’ οὐσία comme par delà le plan de la connaissance ; c’est au contraire, directement appuyé sur la positivité des sciences mathématiques, le rationalisme de la vérité. La connaissance est vraie en tant qu’elle se réfère à un objet qui existe ; et cette existence n’est objet de vérité qu’en tant qu’elle est un aspect, et un aspect seulement, de l’acte où la vérité s’établit. Être et connaître, en effet, ne sont rien sans un principe de corrélation qui est leur source commune, supérieure par conséquent à chacune des deux fonctions dont elle fonde la correspondance. Ce principe, c’est l’Un, c’est-à-dire l’Unité unifiante, dont la lumière solaire est le symbole, puisque d’elle dérive la double série de propriétés grâce auxquelles l’œil voit et les choses sont vues. (VI, 509 b.)

Aristote envoyait promener Platon et son rationalisme , Brunschvicg , sans le connaître et soixante ans à l’avance envoie promener Badiou et les présupposés (voire préjugés ) de son séminaire sur l’Un de 1983-84:
“En 1983-84 j’avais,en m’appuyant sur Descartes, Platon et Kant, médité sur l’Un, concept dont j’entendais montrer qu’il devait être déchu de sa prépondérance métaphysique , pour être ramené à une opération que j’ai appelée le compte-pour-un”c’est à dire que comme beaucoup d’autres il entendait “jeter le ciel en terre” , faire choir le plan spirituel sur le plan vital .

Seulement on ne peut pas faire taire Brunschvicg, il faudrait pour cela le nommer :

21. L’élan de pensée qui conduit du Gorgias à la République demeure conforme à l’inspiration de l’humanisme socratique. Le primat de l’Idée n’a pas pour cause la présentation à l’âme d’un objet qui serait en soi et qu’elle contemplerait passivement en demeurant elle-même à son propre niveau : il correspond à l’épanouissement de la raison pratique, telle que Socrate l’a découverte avec ses caractéristiques d’intériorité spirituelle et de dynamisme spontané ; il marque le terme du mouvement dialectique où l’âme travaille pour s’approfondir soi-même, pour se purifier à sa source, en soumettant à une révision incessante le jugement qu’elle avait jadis porté dans telle ou telle occasion, à propos de tel ou tel objet particulier. Ce progrès, dit Platon, manifeste la puissance qui est en nous (τὴν ᾽ενοῦσαν ἑκάστου δύναμιν ἐν τῇ ψυχῇ, VII, 518 c) ; il implique la convergence de toutes les formes de notre activité, que l’usage commun répartit en facultés d’ordre divers, mais qui doivent toutes se réunir, se maintenir et se fortifier réciproquement afin que l’âme tout entière devienne instrument de vérité, comme le corps tout entier devient instrument de lumière, en aidant les yeux à regarder de face leur objet : (VII, 518 c). Le progrès de la spiritualité platonicienne — c’est-à-dire sans doute de la spiritualité tout court — est fondé sur une conversion de l’âme, qui est une conversion à l’intelligence .

La pureté de la doctrine trouve une confirmation décisive dans le discours de Diotime, que rapporte le Socrate du Banquet. Aucune occasion meilleure de faire leur part aux prétendues lumières de sentiment ou aux traditions mystiques. Or, ici comme dans le passage du Phèdre que nous avons rappelé, Platon se plait à faire démentir la forme à laquelle s’arrêtent les lecteurs distraits, par le fond, qui est d’une souveraine clarté : « L’amour passe par tous les degrés jusqu’au terme suprême de l’initiation. Il s’élève de la beauté d’un corps, puis à la beauté des âmes, enfin à celle des actions humaines et des lois. Mais remarquons qu’au-dessus de toutes ces beautés, Platon place encore les belles sciences, τὰ καλὰ μαθήματα (211 c) et au-dessus de ces sciences elles-mêmes le dernier terme, qui est appelé lui aussi μάθημα (211 c). C’est la science du beau qui est la beauté même .
Voici donc, dans le platonisme, un premier élément de doctrine, ou, si l’on préfère, un premier rythme de pensée : une ascension dialectique vers la thèse inconditionnelle, vers l’Unité sans hypothèse, à laquelle sont suspendues les hypothèses de la science, qui est la condition tout à la fois de la vérité pour la connaissance, de la réalité pour l’objet connu. De ce premier élément, de ce premier rythme, en découle immédiatement un second.
En effet, la hiérarchie des degrés de la connaissance, considérée d’un seul point de vue spéculatif, laisse l’impression d’une continuité régulière. Or l’idéalisme platonicien est un idéalisme pratique. Le sujet de la connaissance n’en est pas le théâtre, on ne peut même pas dire que par rapport à elle il soit comme l’artisan, qui demeure extérieur, « transcendant », à son œuvre ; mais il se transforme avec elle et par elle : ce qui signifie qu’il ne saurait être question, chez Platon, d’une âme définie à titre absolu comme substance ou cause en soi. La vie de l’âme dépend de la qualité du développement spirituel ; son état, sa valeur, sa destinée, changent du tout au tout selon le degré de connaissance où elle parvient. Dès lors, la dialectique intellectuelle est indivisiblement dialectique morale et politique, dialectique religieuse ; dès lors aussi, le mouvement d’ascension vers la thèse demande un effort pour triompher d’opposisions constantes, pour surmonter des antithèses radicales. Il y a dans la δόξα platonicienne un commencement de synthèse intellectuelle qui l’apparente à l’affirmation rationnelle, qui permet de la présenter comme une préparation au jugement de vérité. Mais cela ne veut nullement dire que la relation entre la δόξα et la νόησις se retrouve entre les âmes éprises de l’une ou de l’autre, entre les philodoxes et les philosophes. (Rép., V, 480 a.) La nature intermédiaire de l’amour correspond à une ambiguïté fondamentale, qu’il faut résoudre, en fixant le sens de l’orientation intellectuelle : passer de l’ombre à la lumière comme le prisonnier qui sort de la caverne, ou retourner de la lumière à l’ombre. (VIII, 518 d.)”

C’est l’Un séparé ou Transcendant qui doit être déchu et rejeté dans les ténèbres extérieures où il y aura des grincements de dents ( ceux des victimes de la violence aveugle et fanatique des esclaves du dieu” de la sourate 112) , mais ramener l’Un à une opération signifie simplement se placer du côté des marchands et des traders vilipendés au chapitre 12 du livre de Badiou “La république de Platon” par le personnage Amantha assimilant tout cela au “fétichisme du nombre”. A cette tentation dangereuse réplique André Simha dans son “Manifeste pour l’autonomie”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/22/individuation-universel-et-liberte-le-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/01/24/brunschvicgintroduction-un-manifeste-pour-lautonomie/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/07/brunschvicgintroduction-suite-du-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/

En montrant page 49 que Brunschvicg donne à la loi morale de Kant une portée qui dépasse le champ de la raison pratique :” la loi d’unité qui selon lui destine l’homme en orientant toute action humaine décisive vers la vérité”.Notre destinée supérieure étant l’effort perpétuellement renouvelé vers la vérité, c’est par la loi d’unité prescrite par la volonté que non seulement la vérité , mais aussi la beauté et la moralité, se produisent dans l’univers :il n’y a donc aucun progrès, aucune valeur, qui ne relève de cette loi suprême: “Il n’y a rien à chercher dans l’Esprit au delà de l’unité”

Cette “loi suprême” est sans doute ce que Wronski appelait du même nom , sous un vêtement mathématique qui est d’ailleurs complètement dépassé aujourd’hui :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5701525j.r=Philosophie+de+la+technie+algorithmique.langEN

Or à quoi assistons nous de nos jours, avec les sophismes infâmes de la propagande “islamiquement correcte” ? À rien d’autre qu’à une tentative de faire déchoir cette loi d’unité , loi et principe suprême de toutes les lois et principes, du plan spirituel de l’Idée au plan vital, politique : ” si vous critiquez l’islam vous faites le jeu de DAESH et des terroristes, vous provoquez la désunion de la population française qui doit rester unie face à la haine et au danger”
D’ailleurs ils sont en train d’utiliser cette stratégie pour condamner tous les maires “racistes” qui interdisent le port du Burkini sur les plages. Comme on le sait le Burkini est un merveilleux instrument de libération des femmes. Et puis en condamnant le Burkini, vous provoquez la désunion, la scission entre celles qui le portent et celles qui ne le portent pas….Shame on You! C’est ainsi que la loi suprême d’unité qui soutient le monde se retrouve … À la plage ou à la piscine…mais au fait pourquoi ce beau raisonnement ne marche t’il pas pour faire sortit nos amis nudistes de leur honteux apartheid ? Parce qu’eux ils ne sont pas subventionnés par Soros qui ne doit pas avoir envie de montrer ses fesses à Cannes!

Cela ne m’étonnerait d’ailleurs nullement que l’on voit bientôt Badiou se fendre d’un article pour voler au secours du Burkini, comme il l’avait fait pour défendre le voile intégral contre la loi “raciste”

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