Vincente Minnelli : “The bad and the beautiful” (Les ensorcelés 1952)

J’avais déjà donné ce lien (russe!) pour voir ce film somptueux , en vo sous titres français:

https://m.ok.ru/video/91119684314

La musique joue souvent un grand rôle dans les films, “North by northwest” ou “Psycho ” d’Hitchcock nous fascineraient ils autant sans leur générique haletant ?

Une musique composée par Bernard Herrmann , le compositeur attitré d’Hitchcock, qui a aussi composé la si belle musique de “Taxi driver” en 1975 (il est mort avant la sortie du film).

Pour Minnelli c’est David Raksin le compositeur attitré: il a fait aussi la musique de “15 jours ailleurs”

http://www.allmusic.com/album/two-weeks-in-another-town-original-motion-picture-soundtrack-mw0000439391

Et aussi la musique de “Laura” d’Otto Preminger en 1944: cette dernière a d’ailleurs une histoire émouvante, racontée dans le “making of” sur le DVD du film:
Raksin était en retard et comptait sur le week end pour se rattraper, surtout qu’avec Preminger cela ne plaisantait pas! or le samedi matin il reçoit une lettre d’un avocat l’informant que sa femme demandait le divorce..
Or Raksin était follement amoureux de sa femme, eh oui! Cela arrive, même si cela surprendra certainement les “émancipés” contemporains contmpteurs du “mariage bourgeois” ( sauf du mariage pour tous). Il passa le week end dans un désespoir absolu, mais ne se suicida pas, et, plus étonnant à Hollywood qualifiée par Douglas Sirk de “capitale de la saoûlographie”, il ne but pas une goutte d’alcool. Et le dimanche soir il se mit au piano et composa cette musique teintée de douce et nostalgique mélancolie, qui est devenue classique:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Les_Ensorcelés

Venons en maintenant au film “Les ensorcelés”

https://m.ok.ru/video/91119684314

réalisé en 1952, six ans avant “Comme un torrent” et dix ans avant ” 15 jours ailleurs” ( qui est aussi avec Kirk Douglas) où il est fait allusion à certaines scènes des ” Ensorcelés”. The Bad , c’est Jonathan Shields (Kirk Douglas ) qui est plus qu’un producteur car il s’intéresse de très près à la mise en scène é à l’écriture (du scénario). Un homme animé d’une farouche volonté d’indépendance et s’il veut réussir à tout prix dans tout ce qu’il entreprend, c’est d’abord par volonté d’indépendance, pour que personne ne soit son maître. The beautiful, c’est les trois “belles âmes” qui végétaient dans leur médiocrité avant que Jonathan n’intervienne dans leur vie et ne les pousse à se dépasser , et ainsi à sortir de leur train-train tranquille et casanier. Ils lui en veulent pour cela, et ne se rendent pas compte que grâce à lui ils ont connu une brillante réussite professionnelle et sociale:
-Fred Amiel était un “homme à tout faire” du cinéma qui voulait passer derrière la caméra: Shields l’a encouragé à le faire, mais, restant réaliste, ne lui a pas confié directement la réalisation d’un film à gros budget qui était né d’une idée de Fred. Aussi ce dernier, rancunier, l’accusé de lui avoir “volé son idée et son projet

– Georgia Lorrisson (Lana Turner) est la fille d’un grand acteur qui n’a jamais su vraiment s’occuper d’elle, elle végète dans l’alcool et la débauche, voulant imiter son père. Shields, ému par sa détresse, l’engage pour etre la vedette d’un film, mais Georgia, doutant profondément d’elle meme, multiplie les incidents, les absences et les provocations, se jetant au cou de Shields par pure bravade. Mais celui ci ne cède pas et tient bon , pour faire de Georgia la “star” qu’elle mérite d’être à ses yeux. Georgia s’aperçoit qu’elle l’aime et devient plus docile. Le film est une grande réussite et lance la carrière de Georgia. Celle ci, amoureuse, et ne voyant pas Shields à la soirée de gala du film, se rend chez lui pour le trouver dans les bras d’une actrice cynique qui déclare : “There are no great men , There are only men….Georgia You are business, I am company ” Effondrée et furieuse Georgia s’enfuit au volant de sa voiture , cherchant l’accident mais n’y réussissant pas…elle en voudra toute sa vie à Shields qui pourtant l’a libérée de l’idolâtrie de son père et révélée à elle même, lui permettant de faire une grande carrière.

-James Bartlow est un intellectuel, professeur et écrivain à ses heures, affligé d’une épouse très jolie, mais mièvre (“southern belle” dit on aux USA) qui l’empêche de se concentrer sur son travail d’auteur. Aussi quand Shields invite le couple à Hollywood pour que Bartlow écrive le scénario d’un film inspiré d’un de ses livres, voit il tout de suite ce qui se passe et il utilise les grands moyens : pour que la belle virginie ne laisse son époux assez tranquille , il lui colle dans les pattes un Don Juan argentin, homme à femmes et bellâtre , sans le dire à Bartlow. Cela marche du tonnerre, les deux amoureux filent au Mexique en avion pour obtenir le divorce et pouvoir se marier. Seulement l’avion se crashé et ils meurent. Bartlow est profondément endeuillé ,mais Shields le force à se ressaisir et à continuer à travailler d’arrache pied. Plus tard, Shields se trahira dans un moment d’inattention et Bartlow, comprenant qu’il a été joué lui en voudra à mort. Mais sans Shields aurait il eu le Pulitzer ?

Nous avons donc un homme energiqué qui connaît les ressorts permettant de manipuler les autres pour qu’ils donnent le meilleur d’eux mêmes dans le travail. Un homme qui tient farouchement à son indépendance, et qui sait, puisqu’il est un psychologue hors pair, que l’amour n’est qu’une escroquerie psychique et refuse de s’y laisser enfermer. Un méchant donc…

Et face au méchant trois gentils lâches, roulés et bernés par les autres, ou par la vie, qui si Le méchant ne les brusquait pas un peu, s’enliser aient comme tant d’autres dans la médiocrité d’une existence conformiste…

Oui un très grand film

Advertisements
This entry was posted in Cinéma, Philosophie and tagged , , , . Bookmark the permalink.