Goethe :le serpent vert; l’or, la lumière et la parole

Le texte traduit en français du conte “Le serpent vert” est ici:

http://psychanalyse-paris.com/816-Le-serpent-vert.html

Autre traduction:

http://www.arbredor.com/ebooks/SerpentVert.pdf

Une présentation et un résumé du conte se trouve ici :

http://infodoc.blog.free.fr/index.php?post/2014/02/06/Le-Serpent-Vert

L’essentiel : Le serpent vert se sacrifie volontairement pour le bien commun en se transformant en pont afin que les deux amoureux puissent se rejoindre. Tous sont régénérés. Le pays est unifié grâce à un nouveau roi qui épouse Lilia (Fleur de Lys) libérée de son enchantement.

Le conte met en scène la rencontre impossible de deux jeunes gens vivant au sein d’un monde divisé par un fleuve. La jeune fille, atteinte d’un maléfice, ne peut être touchée par aucun être vivant sans provoquer leur mort. Le jeune homme, désespéré, cherche à l’enlacer, et meurt. Il faudra la mobilisation de personnages très divers pour ramener celui-ci à la vie et permettre son mariage avec la jeune fille: un serpent vert, deux feux follets, un passeur, un vieux sage et son épouse. Ceux-ci vont réveiller quatre rois qui attendent leur heure de longue date dans un temple enfoui au cœur d’une montagne. Les temps étant révolus, le temple sort de terre, le jeune homme est sacré roi, et le monde est réuni par le sacrifice du serpent, qui se transforme en pont entre les deux rives réunissant l’Orient et l’Occident.

Le Fleuve est évidemment l’Ouvert:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/a-propos-de-ce-blog-plan-vital-et-plan-spirituel-dans-leur-dualite-qui-est-louvert/

les deux rives sont le plan vital et le plan spirituel, le thème du conte est l’unification, qui est aussi celui de ce blog. Mais attention, méfions nous des mots, l’Islam cherche aussi l’unification en islamisant par la violence l’humanité et en la soumettant à sa “loi” tribale la Sharia..

L’Orient et l’Occident ne sont pas conçus dans ce blog au sens géographique, mais temporel et métaphysique comme les deux “régions” séparées par la ligne de démarcation des Temps qui est le cartésianisme :

https://lhommeoccidental.wordpress.com/la-ligne-de-demarcation-des-temps-2/

Ce qui les sépare est aussi le “déplacement dans l’axe de la vie religieuse” lors de la naissance de l’ancienne moderne:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. »”

Au fond, cette ligne de partage des Temps n’est autre que l’Ouvert compris historiquement : elle coïncide aussi avec les trois oppositions fondamentales de Brunschvicg dans “Raison et religion”:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

Je ne vais pas donner ici une interprétation du conte dans sa globalité mais me contenter d’y chercher des idées dans l’optique de la “nouvelle science” cherchée ici:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/10/cette-nouvelle-science-internelle-cherchee-ici-ne-serait-ce-pas-la-tgd-de-matti-pitkanen/

science qui doit prendre la forme mathématique, comme la physique, car si toutes les Idées ne sont pas mathématiques:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/17/platon-la-republique-livre-vi-484a-511e/

toutes doivent être associées à un “mathème” permettant d’en parler hors de la confusion des “logoi” propres au plan vital où règne l’instinct ; “Words!words! Words !” comme disait Hamlet….

Le serpent devra se sacrifier pour devenir le pont unissant les deux plans. Mais c’est un symbole de la Terre, du plan vital, et c’est à ce titre qu’il est appelé à se sacrifier ; les feux follets sont “cousins” du serpent, mais opposés à lui comme la verticale l’est au plan horizontal, comme l’axe vertical de l’Internité (plutôt qu’ éternité) de l’Instant à l’axe horizontal de la perpétuité temporelle dans la Croix :

Notre cousin, lui dirent-ils, bien que vous soyez de la ligne horizontale, cela n’y fait rien : nous ne sommes cousins qu’en apparence ; voyez en effet (ici les deux flammes s’allongèrent en pointe, aux dépens de la largeur, autant qu’il leur fut possible), voyez comme cette longueur svelte nous va bien, à nous autres seigneurs de la ligne verticale. Sans vous offenser, mon ami, dites-nous quelle famille peut se vanter de cet avantage… Depuis qu’il existe des feux follets, aucun ne s’est encore assis ni couché. »”

Il est affamé de l’or que lui accordent avec prodigalité les feux follets:

Dans cet embarras, il demanda bien vite si Leurs Seigneuries ne pourraient lui apprendre d’où provenait cet or brillant qui était tombé récemment dans la fente du rocher : il soupçonnait que c’était une pluie d’or qui tombait directement du ciel. Les feux follets se secouèrent en riant, et firent pleuvoir autour d’eux une quantité de pièces d’or. Le serpent se jeta dessus pour les avaler.

« Régalez-vous, notre cousin, lui dirent les gentils seigneurs, nous pouvons vous en servir davantage. »

Ils se secouèrent quelques fois encore, avec une grande vivacité, en sorte que le serpent ne pouvait qu’à peine avaler assez vite la précieuse nourriture. Son éclat augmentait visiblement ; il brillait d’une manière vraiment admirable, tandis que les feux follets étaient devenus assez maigres et petits, sans perdre toutefois le moins du monde leur joyeuse humeur.

parce que l’or représente dans la symbolique alchimique du conte la perfection qui ne peut venir “sur terre” (sur le plan vital) qu’en provenance du plan internel; or le Serpent est l’élément évolutif du plan vital (comme le prouve son sacrifice à la fin) est il désire cette perfection représentée par l’or.
Mais venons en à cet énigmatique dialogue avec la statue d’un des rois:

A peine le serpent avait-il considéré cette vénérable image, que le roi se mit à parler et dit :

« D’où viens-tu ?
– Des cavernes où l’or demeure, répondit le serpent.
– Qu’y a-t-il de plus beau que l’or ? dit le roi.
– La lumière.
– Qu’y a-t-il de plus agréable que la lumière ?
– La parole. »

Le conte établit ici une relation d’ordre qui n’est pas univoque :”plus beau” n’est pas la même chose que “plus agréable” ( autre traduction :” plus réconfortant”) .
L’or en tant que symbolisant l’ultime perfection accessible à l’humanité renvoie à la Teleiosis de Wronski ou Échelle Sainte de Jacob:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/26/correspondance-de-louvert-avec-les-idees-de-wronski/

dont nous avons découvert le mathème comme une série infinie de foncteurs de la “Higher topos theory”:
Nous identifions ce que Wronski nomme Teleiosis à Dieu, c’est à dire le “Dieu des philosophes et des Savants” , racine des valeurs universelles se trouvant dans la conscience uniquement, non pas un Etre transcendant comme dans l’idolâtrie du monothéisme abrahamique, dont la pire des formes se trouve dans le Coran,( alors qu’il est possible d’interpréter la Bible de façon non matérialiste comme symbolisant la montée (possible) de tout humain du plan vital -Égypte vers le plan internel-Israel ).mathématiquement nous identifions donc Dieu aux foncteurs montant de Set vers CAT Et par généralisation, puisque Set est un 1-topos et CAT un 2-topos, nous définissons une Idée mathématique , dans le cadre de la “Higher topos theory” de Jacob Lurie, à savoir une série infinie de foncteurs montants de (n-1)-topos en n-topos et ainsi de suite , un mathème de ce que nous appelons l’Echelle Sainte de Jacob et qui est pour nous le mathème de Dieu ( qui est la condition de possibilité en nous de quitter l’animalité du plan vital pour “monter” vers les “mondes supérieurs”)

Encore faut il caractériser plus précisément ces foncteurs et pour cela poursuivre l’étude de Jacob Lurie.

La lumière est , spirituellement et symboliquement, l’intelligibilité universelle, c’est à dire à la Mathesis: dans la physique du plan vital elle est liée au mur absolu des vitesses que ne peut dépasser aucun corps ayant une masse ou alors il “reculerait dans le passé”, ce qui évoque le lien entre pensée (le temps) et l’extériorité (l’espace). La globalité de la Mathesis , donc de l’intelligibilité, peut être associée dans la théorie des catégories à la notion de catégorie interne à une autre catégorie:

https://ncatlab.org/nlab/show/internal+category

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/04/internal-categories-theorie-des-categories-internes/

qui est le cadre d’une autre Interdiction absolue semblable à celle, dans le plan de l’universel abstrait, d’un ensemble qui serait élément de lui même. Cet Interdit proscrit une catégorie interne à elle même:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/05/01/une-categorie-interne-a-elle-meme/

Par un coup de force semblable à celui d’Alain Badiou, qui fait d’un ensemble élément de lui même le mathème de ce qu’il appelle un “Événement”, la nouvelle science internelle cherchée ici fera de toute catégorie interne à elle même le mathème de l’unique événement pensable sur le plan spirituel : la naissance du Christ-Logos en l’homme. Nouvelle piste de réflexions pour la “science recherchée” qui vient évidemment prendre la place de la métaphysique, achevée dans la technique selon Heidegger .
Cf Angelus Silesius:

http://croire.la-croix.com/Definitions/Fetes-religieuses/Noel/Meditations-de-Noel/Angelus-Silesius-Il-faut-qu-en-toi-Dieu-naisse


Christ serait-il né mille fois à Bethléem,
S’il n’est pas né en toi, c’est ta perte à jamais. (I, 61) …

Tu dois l’être en retour

Dieu s’est fait homme en toi ; si tu ne te fais Dieu,
Tu moques sa naissance et te ris de sa mort. (I, 124) …

La Sagesse

La Sagesse a plaisir d’être avec ses enfants.
Pourquoi donc ? O merveille ! Elle-même est un enfant. (I, 165) …

Pourquoi Dieu est-il né ?

Mystère impénétrable ! Dieu s’est perdu Lui-même,
Et, pour ce, veut en moi être enfant nouveau-né. (I, 201) …

Le Royaume des Cieux est aux enfants

Chrétien, si tu peux être enfant du fond du cœur,
Dès cette terre est tien le Royaume des cieux. (I, 253) …

Enfant et Dieu

Enfant et Dieu, c’est un : si tu m’appelles enfant,
Tu as reconnu Dieu en moi et moi en Dieu. (I, 255) …

La Déité et l’humanité

L’éternelle Déité doit tant aux hommes
Que, sans eux, Elle aussi perd cœur, courage et sens. (I, 259) …

Le meilleur est d’être un enfant

Puisque Dieu même, le plus grand, s’est fait petit,
Tout mon désir sera d’être comme un enfant. (III, 25) …

Le ciel se fait terre

Le ciel s’abaisse, il vient à nous et se fait terre ;
Quand, s’élevant, la terre sera-t-elle ciel ? (III, 111) …

En toi naît le Fils de Dieu

Homme, si tu t’y prêtes, Dieu engendre en toi
Son Fils à tout instant, aussi bien qu’en son trône. (V, 252) …

Le seul délice de Dieu

Donner naissance est bienheureux. Le seul délice
De Dieu est d’engendrer son Fils éternellement. (VI, 132) …

Comment avoir part au délice de Dieu

Dieu est le plus haut délice. Pour y goûter,
Pénètre dans la naissance du Fils de Dieu. (VI, 133)

Ce blog est à la rigueur accessible à ceux qui refusent en bloc la mathématique. Mais ceux qui ne reconnaissent pas la différence abyssale entre Islam et christianisme, je ne peux rien pour eux…

Maintenant qu’elle est cette “parole” qui est plus réconfortante que la Lumière ? C’est évidemment le Verbe et dans le cadre de la “nouvelle science” ce ne peut être que le Verbe mathématique:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/03/23/le-verbe-mathematique-est-bien-le-verbe-interieur-propre-a-elever-lame-humaine-au-plan-spirituel-ordre-de-lesprit/

C’est aussi l’intelligibilité et le Christ-Logos, mais alors que le Lumière renvoie à la vision donc à la racine du mot ” théorie” ( dans le verbe grec signifiant voir) ainsi qu’à celles du mot idée ( eidos) et savoir ( οιδα je saisqui est la parfait de οραω je vois) la parole renvoie à l’ouïe et à l’hébreu Dabar דבר ainsi qu’à shma’ שמע = écouter comme dans le Shma’ Israel Écoute Israël :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Chema_Israël

Ou à Ishmael qui veut dire “celui qui écoute Dieu” alors qu’Israel, nom donné à Jacob apres la lutte contre l’Ange veut dire “celui qui combat Dieu” . Là encore un abîme…
Lumière et parole traduisent donc l’opposition entre Occident théorique ,”Grec” et platonicien, et Orient ” qui écoute” , entre sémites et japhétiques . Mais cela est plus complexe qu’il n’y paraît car à l’intérieur même des Sémites nous avons l’opposition entre Israel et Ismael.. Toute cette complexité aura donc son mathème. Est ce que cela permettra de mettre fin à l’antisémitisme, qui n’est pas du tout la haine des sémites mais du seul Israel? J’en doute!

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