Selon Quentin Meillassoux le poème de Mallarmé “Un coup de dés” cacherait un code numérique secret

Quentin Meillassoux explique sa théorie dans son livre “Le nombre et la sirène ” , que l’on peut trouver sur Scribd et lire en format pdf (taper sur Google les mots clés :” Quentin Meillassoux le nombre et la sirène Scribd”) comme on peut y trouver aussi “Après la finitude” , d’ailleurs les deux livres défendent la même thèse philosophique , celle de la “mort de Dieu” qui est aussi un thème privilégié de Badiou : ce qui est nécessaire, c’est qu’il y ait seulement la contingence, et non pas les vieilles idoles de l’ancienne métaphysique, que Badiou entend aussi détrôner (l’Un surtout, contre lequel il est très remonté)

J’ai déjà parlé du livre précédent de Quentin Meillassoux “Après la finitude”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/16/quentin-meillassoux-apres-la-finitude-essai-sur-la-necessite-de-la-contingence/

Quentin Meillassoux s’explique aussi, à propos de Mallarmé, sur cette vidéo de conférence :

Où il s’entretient avec le journaliste du Nouvel Observateur Éric Aeschinmann, voir aussi :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110929.OBS1387/suis-je-convaincu-par-le-mallarme-de-meillassoux.html

https://muse.jhu.edu/article/580496

http://www.fabula.org/actualites/q-meillassoux-le-nombre-et-la-sirene-un-dechiffrage-du-coup-de-des-de-mallarme_46195.php

http://www.philomag.com/les-livres/fiche-de-lecture/le-nombre-et-la-sirene-1644

Le mieux et le plus aisé pour se mettre au courant de l’énorme travail de Meillassoux est de visionner la vidéo donnée ci dessus, elle dure 1 heure 30 et on y apprend des tas de choses passionnantes sur les poètes français du 19eme siècle, notamment que beaucoup étaient persuadés que la mission sacrée de la Poésie était de fonder une nouvelle religion universelle, après la destruction du christianisme par la Révolution française, ils faisaient reproche à Wagner d’avoir usurpé cette “mission” qui était celle de la Poésie, non de la musique. On y apprend ainsi que Lamartine affirmait explicitement que sa mission “donnée par Dieu” était de créer une nouvelle religion poétique et disait “qu’il était le Messie”, et se vantait de ses “origines arabes” , Victor Hugo aussi pensait de même. Mallarmé aussi, et il a très mal vécu l’apparition en 1887 du “vers libre” , voulant rester fidèle à la forme traditionnelle (alexandrins, sonnets, rimes) sans doute à cause de sa passion pour les Nombres et leur “ésotérisme”.

Quentin Meillassoux passe ensuite au célèbre poème “un coup de dés” qu’il décrit comme formé de trois propositions principales à teneur philosophique comme nous allons le voir de par notre propre analyse de ce poème qui est une véritable cathédrale de mots, de graphismes (la forme, la taille des lettres a une grande importance et varie tout au long du texte, qui ressemble à celui d’une oeuvre musicale ) et d’idées:
1 “Un coup de dés jamais n’abolira le hasard”
2 “Rien n’aura eu lieu que le Lieu”
3 “Toute pensée émet un coup de dés”

Avec en plus un grand nombre d’incises qui mettent en scène une histoire : celle du naufrage d’un bateau gouverné par un “Maître ” qui se noie et se demande, devant la perspective de sa disparition, s’il doit lancer les deux dés qu’il tient en sa main. A la fin apparaît au ciel une constellation de sept étoiles qui tiendra lieu désormais, après le naufrage, d’orientation vers le Nord. Un Nombre mystérieux est aussi évoqué et appelé “l’unique Nombre qui ne peu pas etre un autre”, Nombre nécessaire donc ou symbolisant la nécessité . Meillassoux s’attache à ce nombre , il démontre que Mallarmé, féru de numérologue, a dissimulé un code secret dans son poème, code que Meillassoux déchiffre ce qui lui permet de montrer que “l’unique nombre ” est 707 , nombre total de mots du poème jusqu’à “sacre ” qui est suivi de sept mots jusqu’à la fin; le nombre zéro encadré de deux nombres “sept” symbolise le Néant , seul “Dieu” auquel “croyait” Mallarmé qui pensait que “nous ne sommes que de vaines formes de matière c’est à dire de Néant”
Au final le Néant n’est cependant pas victorieux ; le sept rejaillit “à neuf” , en un nouveau sept, apres le zéro central. La “mort de Dieu” consiste en ce que Dieu est remplacé par le hasard et l’impasse de tout Sens,(c’est la fin des Grands Récits progressistes, marxiste ou chrétien -biblique) l’être ,idole de la métaphysique ( que Badiou veut conserver, puisqu’il garde l’ontologie), est détrôné au profit du “Peut être ”

Voir ici le résumé de l’entretien de Meillassoux et d’Eric Aeschimann:

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110928.OBS1316/le-coup-de-des-enfin-decode.html

Meillassoux, influencé par Badiou, ne veut pas “balancer par dessus bord” l’Absolu parce que ce serait une caution donnée au relativisme moderne, c’est à dire au Nihilisme qui est le résultat de ce que Badiou appelle le “matérialisme démocratique” auquel il oppose le “matérialisme dialectique ” et non pas comme ce blog “l’idéalisme critique mathématisant” de Léon Brunschvicg.
Il ne reste à Meillassoux comme solution , s’il ne veut pas larguer l’Absolu et s’il veut prendre en compte les incontournables résultats de la science , que de dire “l’Absolu, c’est le hasard, la contingence” , ce qu’Einstein refusait lorsqu’il disait , dépité par la découvertes de la physique quantique “Je refuse d’envisager que Dieu puisse jouer aux dés” , avait il lu le poème de Mallarmé?
Il est intéressant d’expliciter les raisons qu’invoque Meillassoux pour “garder l’Absolu”, ce qui le conduit à jeter aux orties l’idéalisme kantien “transcendantal” (il n’y a que “l’être-pour-nous” ce qu’Alexandre Kojeve l’athée hégélien et stalinien résumera en “on ne peut parler que de l’être-dont-on-parle”) : c’est que sinon le relativisme conduirait à l’arbitraire c’est à dire à la fin de toute raison :” toutes les pensées se valent , vous pouvez croire ce que vous voulez”, c’est à dire à mon avis à la victoire définitive de ceux qui sont prêts à tuer tous ceux qui refusent de croire en la meme croyance qu’eux : à l’islamisation totale et définitive de l’humanité .
Mais ici un sentiment de honte terrible m’étreint, celle d’avoir parlé de toutes ces choses (Meillassoux, Aeschimann, Lamartine) en oubliant le principal, “la chose même “: le poème de Mallarmé, qui l’un des textes les plus beaux de toute la littérature…

Le voici, avec l’introduction de Valéry:

https://math.dartmouth.edu/~doyle/docs/coup/cover/cover.html

Mais cette version manque de l’introduction de Mallarmé lui même et dés variation de forme et de taille du texte, véritable graphisme “musical”

Voici la version de Gallica qui corrige ces défauts:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71351c/f1.image

Et voici la version de Wikisource, celle parue en 1914, bien après la mort de Mallarmé en 1898, qui contient une autre caractéristique significative dont je ne sais pas à qui elle est dûe , c’est une sorte de grille s’échelonnant sur 37 degrés, grille répétée dix fois:

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Un_coup_de_dés_jamais_n’abolira_le_hasard

Or 37 est un nombre premier très particulier pour les études numérologiques bibliques, c’est ainsi le nombre de “Grandes Lettres “de la Torah (et même du Tanakh car ces grandes lettres apparaissent aussi dans les autres livres, Job, Psaumes, Proverbes, prophètes) (les Grandes lettres dites “rabbaty” sont des lettres hébraïques anormalement grandes, ainsi la lettre Beith qui commence la Genèse, et donc la Torah , ou la lettre VAV =6 située exactement au milieu du texte du Lévitique) :

https://arithmosophia.wordpress.com/2012/02/17/les-grandes-lettres-du-tanakh-sont-au-nombre-de-37/

Raymond Abellio (1907-1986) , de son vrai nom Georges Soules , le polytechnicien hors normes (il y en a, ils ne sont pas tous devenus généraux massacreurs de leurs propres soldats comme Nivelle ou présidents de banques, voire de la République, il y en a même un qui est devenu curé m’a t’on dit) retrouve l’importance de ce nombre 37 dans son livre “Introduction à une théorie des nombres bibliques: essai de numérologue kabbalistique” écrit en compagnie du rabbin Charles Hirsch , il lui consacre les six pages de son annexe 1 “sur le sens du nombre 37” où il dit :

“Présidant invisiblement à la cohérence des calculs, le nombre 37 a pu, de surcroît , nous fournir une idée du jeu de l’invisible dans le déroulement de ce que , dans le visible, nous appelons “événements” .

Bien entendu , au vu d’une telle importance, la question qui vient aussitôt à l’esprit est : pourquoi 37 de préférence à un autre nombre ? Cette question est naïve dans ses termes pour autant qu’elle implique une régression à l’infini ”
Ici Abellio oppose sa méthode circulaire et sphérique ou transcendantale qu’il affirme liée à la phénoménologie de Husserl à la naïveté des conceptions scientifiques qu’il admire cependant (ne serait ce que de par sa formation à Polytechnique en 1927 , bien différente de celle de Sartre et Raymond Aron à Normal Sup vers la même époque ) naïveté qui s’oppose comme la ligne droite à la circularité “ésotérique” de la philosophie de l’Interdépendance universelle qui est celle d’Abellio ( la chose à expliquer et celle qui explique sont interdépendantes , tout est dans tout, et la science officielle passe son temps , pour simplifier les calculs et les rendre possibles à dire le sempiternel “aux facteurs négligeables près”) . Je ne cache d’ailleurs pas que mon idée d’une nouvelle science internelle, tout autant mathématisée que la physique, doit beaucoup à mes lectures d’Abellio, qui admirait la “science de l’esprit” de Rudolf Steiner et a terminé sa vie, paraît il, en lisant sans cesse l’Ethique de Spinoza..
Poursuivant dans l’Annexe 1 ” sur le sens du nombre 37″ Abellio rattache 37 au “sénaire -septénaire ” qui est au fondement de sa doctrine sur les nombres bibliques par la relation :

37 = 1 + 36 = 1+ 6 2

qu’il complexifie à la fin dans l’anneau des entiers gaussiens de forme a + bi , a et b étant des entiers relatifs , c’est à dire positifs ou négatifs
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Entier_de_Gauss

où i est le nombre unité “imaginaire” i= Racine carrée de (-1)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Unité_imaginaire

Abellio rappelle que 37 nombre premier donc indécomposable dans N, se décompose dans l’anneau des entiers de Gauss Z[i] sous la forme :

37 = (1+ 6i ) x ( 1 -6i)

Et affirme que le nombre 1+6i est “propre à remplir pleinement la fonction de légitimation de 37 par le sénaire -septénaire)

Pour Mallarmé 7 symbolise Dieu et pour Balzac dans “Louis Lambert” :

“3 et 7 sont les plus grands nombres spirituels”

D’ailleurs 3×7 = 21 qui est le nombre triangulaire de rang 6:

1+2+3 +… +6 = 21

Une autre relation prégnante est :

27x 37 = 999
Car elle permet à Abellio de mettre en correspondance ses méthodes “kabbalistiques” et “numérologiques” avec la théorie algébrique des nombres, un petit plus ´ dû à Polytechnique par rapport aux livres de kabbale achetés dans les librairies “ésotériques”.
En effet la méthode d’Abellio pour étudier un nombre consiste à calculer ce qu’il appelle sa valeur secrète vs qui est la somme des nombres de 1jusqu’à ce nombre, grâce à la formule bien connue pour calculer les nombres triangulaires:

vs(n)= n(n+1)/2

Exemple pour 685:

vs(685)= 234955
D’où il tire, comme un lapin du chapeau : 234+955= 1189
Or cela n’est rien d’autre que raisonner et calculer selon l’arithmétique dite modulaire, des congruences modulo 999:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Arithmétique_modulaire

C’est à dire que l’on divise par 999 et on s’occupe du résidu, du reste dans cette division
Or: 234955 = 235x 999 + 190 (190 est le résidu modulo 999)

et 1189 par 1+ 189 aboutit aussi à 190 ce qui n’est autre que calculer son résidu modulo 999:

1189 = 999 + 190

De même pour un nombre à deux chiffres calculer la somme des ses chiffres (ce qui est appeler “somme théosophique” ou “réduction théosophique” dans les livres de “numérologiques occulte) revient à raisonner modulo 9, dans l’anneau z/9Z , ainsi :

67 conduit à 6+ 7 = 13 et 13 à 1+3 = 4

Or 4 est le reste dans la division de 67 par 9 :

67= 7×9 + 4

L’algèbre montre que Z/nZ est un anneau si n est non premier et un corps (anneau où tout élément possède un inverse pour la multiplication ) si n est un nombre premier

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Anneau_(mathématiques)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Anneau_ℤ/nℤ

Et la relation 999= 27x 37

Implique que raisonner modulo 999 revient à raisonner dans le produit cartésien de l’anneau Z/ 27Z (anneau modulo 27) et du corps Z/37Z (c’est un corps car 37 est premier)

De plus 27 est le cube de 3 donc les calculs modulo 27 se ramènent en dernière instance à ceux dans le corps modulo 3 :
Z /3Z
3 et 7 sont les plus grands nombres spirituels, mais alors qu’est leur agrégation 37 ?
De surcroît :

vs (37) = 703
Venant après vs(36) = 666

Et 37×73= 2701 valeur du premier verset de la Torah avec les valeurs des lettres de la Gematria classique (Abellio donne aux lettres des valeurs différentes)

Dans lac annexe 3 Abellio retrouve ce même nombre 37 comme nombre total des lettres de l’alphabet hébraïque en comptant les lettres doubles (pouvant se prononcer de deux façons) dont le Schin : il y a 22 lettres,plus cinq qui prennent une forme spéciale lorsqu’elles sont à la fin du mot, plus dix doubles : au total 37 lettres, autant que les lettres rabbaty ou “Grandes lettres”.
Toutes les spéculations ci dessus, ne valent rien face à la splendeur et à la Beauté étrangers divines de ce poème dont voici un échantillon choisi (mais je n’arrive pas, par copier/coller à rendre la structure du texte, qui, comme Mallarmé le précise dans sa préface, évoque une partition musicale):

Abîme

blanchi
étale
furieux
sous une inclinaison
plane désespérément

D’aile

La sienne Avance retombée d’un mal à dresser le vol
par

1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17avance retombée d’un mal à dresser le vol
18 et couvrant les jaillissements
19 coupant au ras les bonds
20
21
22très à l’intérieur résume
23
24l’ombre enfouie dans la profondeur par cette voile alternative
25
26jusqu’adapter
27à l’envergure
28
29sa béante profondeur en tant que la coque
30
31d’un bâtiment
32
33penché de l’un ou l’autre bord
34
35
36
37

1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21accompli en vue de tout résultat nul
22humain
23
24N’AURA EU LIEU
25une élévation ordinaire verse l’absence
26
27QUE LE LIEU
28inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l’acte vide
29abruptement qui sinon
30par son mensonge
31eût fondé
32la perdition
33
34dans ces parages
35du vague
36en quoi toute réalité se dissout
37

Et aussi ces lignes :

“EXCEPTÉ
à l’altitude
PEUT-ÊTRE
aussi loin qu’un endroit
4
5fusionne avec au delà

13vers
14ce doit être
15le Septentrion aussi Nord
16
17. UNE
CONSTELLATION

19froide d’oubli et de désuétude
20pas tant
21qu’elle n’énumère
22sur quelque surface vacante et supérieure
23le heurt successif
24sidéralement
25d’un compte total en formation

On notera qu’en face de la graduation 37 figurent seulement deux portions de texte: DU FOND D’UN NAUFRAGE et N’ABOLIRA

De meme en face de la graduation 1 figurent seulement deux portions de texte :

LE MAÎTRE Hors d’anciens calculs

Et

C’ÉTAIT LE NOMBRE

Or 37 ——-> 3+7 = 10 = 1

De même pour 19, nombre qui obsède les “allumés du Coran”…de meme pour 73 ..ce sont les trois nombres premiers à deux chiffres qui ont cette propriété d’être congrus à 1 modulo 9 …

Je donne le lien pour Igitur , autre Grand Oeuvre de Mallarmé, où les dés sont aussi lancés :

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Igitur

Dont il me semble que ces vers infirment les analyses de Meillassoux:

Alors son moi se manifeste par ceci qu’il reprend la Folie : admet l’acte, et, volontairement, reprend l’Idée, en tant qu’Idée : et l’Acte (quelle que soit la puissance qui l’ait guidé) ayant nié le hasard, il en conclut que l’Idée a été nécessaire.

— Alors il conçoit qu’il y a, certes, folie à l’admettre absolument : mais en même temps il peut dire que, par le fait de cette folie, le hasard étant nié, cette folie était nécessaire. À quoi ? (Nul ne le sait, il est isolé de l’humanité.)

Mais confortent les miennes qui vont venir .. Car on pardonnera au “pauvre personnage” que je suis de revenir ici , après toute cette Beauté , au “coup de dés” ou Pensée qui signe lc’aventure d’esprit qu’est ce blog , c’est à dire, sans doute, Néant plutôt que “compte total en formation”:

V.
IL SE COUCHE AU TOMBEAU

ou les dés — hasard absorbé

Sur les cendres des astres, celles indivises de la famille, était le pauvre personnage, couché, après avoir bu la goutte de néant qui manque à la mer. (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du château ?) Le Néant parti, reste le château de la pureté.

On ne pourra pas ne pas admettre qu’il y a dans ce “coup de dés” deux plans :
1 Celui de ce qui arrive au Maître, hors d’anciens calculs, où la manœuvre avec l’âge oubliée

Et ce qui arrive au Maître est le Naufrage

En le Lieu où rien n’aura eu lieu que le lieu …tres inférieur clapotis

Et ce lieu est le lieu, le monde, le tombeau , là où sont les cendres des ancêtres la mer furieuse contemplée depuis le rivage par Lucrèce : “Suave mari magno” , tout ce qui a lieu, ce qui arrive , se produit et qui n’est rien en dehors du pur lieu puisque rien n’aura eu lieu que le lieu, l’endroit qui fusionne avec
2 au delà , le château de la pureté, (une fois le Néant parti, Néant qui est la race et sa pureté , succession des générations, plan vital) , plan de l’ Idée qui aura bien dû être nécessaire, “circonstances éternelles” , ou Présent éternel (c’est toujours ici et maintenant) qui accompagne le lancement des dés, l’Acte

1 est le plan de la race, de la famille : plan vital “sur les cendres des astres, celles indivises de la famille, était le pauvre personnage, couché, après avoir bu la goutte de néant qui manque à la mer. (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du château ?) Le Néant parti, reste le château de la pureté.”

2 est le palais d’Idées, Xanadu : plan spirituel, Unique Nombre , Pensée qui émet un coup de dés , où se mire une antique Idée, depuis longtemps morte, Dieu

“Depuis longtemps morte, une antique idée se mire telle à la clarté de la chimère en laquelle a agonisé son rêve, et se reconnaît à l’immémorial geste vacant avec lequel elle s’invite, pour terminer l’antagonisme de ce songe polaire, à se rendre, avec et la clarté chimérique et le texte refermé, au Chaos de l’ombre avorté et de la parole qui absolut Minuit.”

Entre les deux , entre terre (ou plutôt mer ) et ciel :

l’Abîme

blanchi
étale
furieux
sous une inclinaison
plane désespérément
D’aile

Formule du naufrage :

À peu près ce qui suit :
Minuit sonne — le Minuit où doivent être jetés les dés. Igitur descend les escaliers, de l’esprit humain, va au fond des choses : en « absolu » qu’il est. Tombeaux — cendres (pas sentiment, ni esprit), neutralité. Il récite la prédiction et fait le geste. Indifférence. Sifflements dans l’escalier. « Vous avez tort » nulle émotion. L’infini sort du hasard, que vous avez nié. Vous, mathématiciens expirâtes — moi projeté absolu. Devais finir en Infini. Simplement parole et geste. Quant à ce que je vous dis, pour expliquer ma vie. Rien ne restera de vous — L’infini enfin échappe à la famille, qui en a souffert, — vieil espace — pas de hasard. Elle a eu raison de le nier, — sa vie — pour qu’il ait été l’absolu. Ceci devait avoir lieu dans les combinaisons de l’Infini vis-à-vis de l’Absolu. Nécessaire — extrait l’Idée. Folie utile. Un des actes de l’univers vient d’être commis là. Plus rien, restait le souffle, fin de parole et geste unis — souffle la bougie de l’être, par quoi tout a été. Preuve.”

Édification de la Science Absolue (le Livre auquel le monde des cendres indivises, de la race pure doit aboutir ): Minuit (et pourquoi pas le Grand Midi ?)

“C’est le rêve pur d’un Minuit, en soi disparu, et dont la Clarté reconnue, qui seule demeure au sein de son accomplissement plongé dans l’ombre, résume sa stérilité sur la pâleur d’un livre ouvert que présente la table ; page et décor ordinaires de la Nuit, sinon que subsiste encore le silence d’une antique parole proférée par lui, en lequel, revenu, ce Minuit évoque son ombre finie et nulle par ces mots : J’étais l’heure qui doit me rendre pur.”

Un sépulcral naufrage ! Faute de quelque perdition haute (en plein ciel ) tout l’Abîme vain éployé :

“A la nue accablante tu
Basse de basalte et de laves
A même les échos esclaves
Par une trompe sans vertu

Quel sépulcral naufrage (tu
Le sais, écume, mais y baves)
Suprême une entre les épaves
Abolit le mât dévêtu

Ou cela que furibond faute
De quelque perdition haute
Tout l’abîme vain éployé

Dans le si blanc cheveu qui traîne
Avarement aura noyé
Le flanc enfant d’une sirène.”

Mais “le vent, la brise marine, se lève… Il faut tenter de vivre”

“La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !”

Mais il faut que les dés soient lancés ..au tombeau ! Dans des circonstances éternelles, depuis le ciel

“Alors son moi se manifeste par ceci qu’il reprend la Folie : admet l’acte, et, volontairement, reprend l’Idée, en tant qu’Idée : et l’Acte (quelle que soit la puissance qui l’ait guidé) ayant nié le hasard, il en conclut que l’Idée a été nécessaire.

— Alors il conçoit qu’il y a, certes, folie à l’admettre absolument : mais en même temps il peut dire que, par le fait de cette folie, le hasard étant nié, cette folie était nécessaire. À quoi ? (Nul ne le sait, il est isolé de l’humanité.)

Tout ce qu’il en est, c’est que sa race a été pure : qu’elle a enlevé à l’Absolu sa pureté, pour l’être, et n’en laisser qu’une Idée elle-même aboutissant à la Nécessité : et que quant à l’Acte, il est parfaitement absurde sauf que mouvement (personnel) rendu à l’Infini : mais que l’Infini est enfin fixé.

“Par cela nous avons existé, par cela seul, Qui n’est point consigné dans nos nécrologies, Ni dans les souvenirs que drape l’araignée bienfaisante, Ni sous les sceaux que brise le maigre notaire, Dans nos chambres vides. ”

T. S. Eliot

La terre vaine.. Terre gaste

http://www.apresvillenoise.free.fr/nouveau/doss/maq_TV1.PDF

https://enjambeesfauves.wordpress.com/2013/02/01/burnt-norton-i-ts-eliot/

“Le temps présent et le temps passé
sont tous deux présents peut-être dans le temps futur
et le temps futur contenu dans le temps passé.
Si tout temps est éternellement présent
tout temps est irrémissible.
Ce qui aurait pu être est une abstraction
qui ne demeure un perpétuel possible
que dans un monde de spéculation.
Ce qui aurait pu être et ce qui a été
tendent vers une seule fin, qui est toujours présente.
Des pas résonnent en écho dans la mémoire
le long du corridor que nous n’avons pas pris
vers la porte que nous n’avons jamais ouverte
sur le jardin de roses. Mes paroles font écho
ainsi, dans votre esprit.
__________________Mais à quelle fin
troublent-elles la poussière d’une coupe de roses,
qu’en sais-je ?
___________D’autres échos
habitent le jardin. Les suivrons-nous ?
Vite, dit l’oiseau, vite, trouve-les, trouve-les
au détour de l’allée. Par le premier portail,
dans notre premier monde, allons-nous suivre
le leurre de la grive ? Dans notre premier monde,
ils étaient là, dignes et invisibles,
se mouvant sans peser parmi les feuilles mortes,
dans la chaleur d’automne, à travers l’air vibrant,
et l’oiseau d’appeler, en réponse
à la musique inentendue dissimulé”


Mon ami le sang affolant le coeur. L’épouvantable audace d’un instant de faiblesse. Qu’un siècle de prudence ne saurait racheter. Nous avons existé par cela, cela seul. Qui n’est point consigné dans nos nécrologies.

Mais que voulons nous donc, nous autres les aéronautes de l’Esprit ? Voulons nous donc franchir la mer?
Plonger à la recherche de l’Anneau ? De l’unique Nombre, de la goutte de Néant qui manque à la mer?
Rédimer l’épouvantable audace d’un instant de faiblesse, le sang affolant le cœur?

Il ramassait du sable en sa main indignée ;
Et contre un ciel d’airain le lançant à poignée,
Comme l’insulte au front que l’on veut offenser,
Il eût voulu tenir son cœur pour le lancer !

Mais ô mon cœur, entends le chant des matelots

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Page:Nietzsche_-_Aurore.djvu/418

Nous autres aéronautes de l’esprit

. — Tous ces oiseaux hardis qui s’envolent vers des espaces lointains, toujours plus lointains, — il viendra certainement un moment où ils ne pourront aller plus loin, où ils se percheront sur un mât ou sur quelque aride récif — bien heureux encore de trouver ce misérable asile ! Mais qui aurait le droit de conclure qu’il n’y a plus devant eux une voie libre et sans fin et qu’ils ont volé si loin qu’on peut voler ? Pourtant, tous nos grands initiateurs et tous nos précurseurs ont fini par s’arrêter, et quand la fatigue s’arrête elle ne prend pas les attitudes les plus nobles et les plus gracieuses : il en sera ainsi de toi et de moi ! Mais qu’importe de toi et de moi ! D’autres oiseaux voleront plus loin ! Cette pensée, cette foi qui nous anime, prend son essor, elle rivalise avec eux, elle vole toujours plus loin, plus haut, elle s’élance tout droit dans l’air, au-dessus de notre tête et de l’impuissance de notre tête, et du haut du ciel elle voit dans les lointains de l’espace, elle voit des troupes d’oiseaux bien plus puissants que nous qui s’élanceront dans la direction où nous nous élancions, où tout n’est encore que mer, mer, et encore mer ! — Où voulons-nous donc aller ? Voulons-nous franchir la mer ? Où nous entraîne cette passion puissante, qui prime pour nous toute autre passion ? Pourquoi ce vol éperdu dans cette direction, vers le point où jusqu’à présent tous les soleils déclinèrent et s’éteignirent ?

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