Easy rider (1969) : la scène du voyage au LSD dans le cimetière

Le film complet est là (mauvaise qualité, en anglais non sous titré):

Ainsi qu’ici:

http://www.filmcomplet.tv/11354-easy-rider.html

Mais la scène la plus importante à mon sens est celle où les deux “bikers” , après avoir été lynchés de nuit par des “locaux” du Deep south, un lynchage à coups de matraques au cours duquel leur ami avocat libéral (Jack Nicholson) a été tué. Il avait eu le temps de leur donner l’adresse d’un bordel sympa à la Nouvelle-Orléans. Ils s’y rendent pour honorer son souvenir, et rencontrent deux prostituées (jouées par Toni Basil et Karen Black, qui joueront ensuite en 1970 dans “Five Easy pieces “, aussi avec Jack Nicholson, un film que j’ai vu dimanche et qui est un chef d’œuvre) . Ils sortent pour assister au festival de Mardi gras et se retrouvent au cimetière pour boire, faire l’amour et partager des pilules de drogue (LSD je pense) que les deux amis ont avec eux. S’ensuit une scène délirante qui est ici, qui commence par une voix féminine récitant le credo chrétien “Je crois en Dieu, mort sur La Croix et ressuscité le troisième jour, etc..). C’est bien là la première profération, deux mille ans avant Badiou, de la “mort de Dieu”!

Une scène au cours de laquelle chacun des protagonistes poursuit une sorte de monologue difficilement compréhensible. Wyatt (Peter Fonda) parle avec une statue de Pierre en s’adressant à elle comme à sa mère et lui tient des propos ambigus d’amour et de haine en même temps.

https://en.m.wikiquote.org/wiki/Easy_Rider

Wyatt [while tripping on LSD] Oh Mother why didn’t you tell me? Why didn’t anybody tell me anything?…What are you doing to me now?…Shut up!…How could you make me hate you so?…Oh God, I hate you so much

Il faut savoir , ce que j’ai appris en lisant les sites sur le film, que Peter Fonda ici ne jouait pas : sa propre mère s’était suicidée alors qu’il avait 10 ans…

Les deux femmes tiennent aussi un monologue :

“Prostitutes: [while tripping on LSD] I’m going to die. I’m dead…Do you understand?…Oh dear God, please let it be. Please help me conceive a child…I’m right out here out of my head…Please God, let me out of here. I want to get out of here…You know what I mean…You wanted me…You wanted me ugly didn’t you? I know you johns – I know you johns

Bref aucune intersubjectivité , chacun et chacune se réfugie en soi même, alors qu’il devrait y en avoir dans l’amour , qui devrait être dépassement de ce “soi même” qui est notre prison :

http://www.bartleby.com/201/1.html

Datta: what have we given?
My friend, blood shaking my heart
The awful daring of a moment’s surrender
Which an age of prudence can never retract
By this, and this only, we have existed 405
Which is not to be found in our obituaries
Or in memories draped by the beneficent spider
Or under seals broken by the lean solicitor
In our empty rooms
DA 410
Dayadhvam: I have heard the key
Turn in the door once and turn once only
We think of the key, each in his prison
Thinking of the key, each confirms a prison
Only at nightfall, aetherial rumours 415
Revive for a moment a broken Coriolanus
DA
Damyata: The boat responded
Gaily, to the hand expert with sail and oar
The sea was calm, your heart would have responded 420
Gaily, when invited, beating obedient
To controlling Hands

Dayadhvam (=” soyez compatissants” brihad Aranyaka Upanishad)
J’ai entendu la clef tourner une fois, une seule fois dans la serrure
Chacun dans sa prison pense à la clef
Confirmant ainsi qu’il est en prison

Mon propos ici est de dire que la drogue ne libère en aucune façon, et n’aide aucunement dans la recherche spirituelle, pas plus que le sexe ou bien l’alcool, la pire des drogues. Or c’était le leitmotiv de cette époque ” libère toi de la médiocrité des “square guys” , les bourgeois conformistes” ou le détestable “free your mind , your ass will follow” (ils auraient aussi bien pu remplacer mind par ass et vice-versa).

Jerry Rubin a écrit un livre dont le titre était “Chute libre” il conseillait à ses lecteurs de “se mettre en chute libre”. Mais lui avait un mol oreiller pour amortir sa chute, à moins que ce ne soit un parachute doré (celui de l’argent de Papa). Il a fini, dans les années 80, comme “yuppie”, au service de Wall Street …et du nouvel ordre mondial de Reagan et Thatcher.. comme c’est pitoyable…

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Jerry_Rubin

Le symbole de cette attitude de “chute”, symbole des pacifistes, est la Rune bien connue , mais dont je ne me rappelle même plus le nom:

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Elle possède une certaine analogie avec l’arcane 16 de la Tour (ou la “Maison-Dieu”) du Tarot:

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https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Peace_and_love
D’une manière générale, toute personne voulant s’engager dans la recherche spirituelle, c’est à dire de la Liberté, de l’autonomie, ferait mieux de se tenir à distance de tout ce qui peut provoquer une addiction, une dépendance.
Certes il n’est pas suffisant de pouvoir faire ce que l’on veut, de ne devoir obéir à personne, pour être libre. Car encore faudrait il être libre de vouloir , ne pas etre asservi à ses instincts, et c’est ce qui arrive dans la drogue, dans l’amour sexuel et dans l’alcool. Lorsque vous êtes dépendant, ce n’est plus vous qui prenez les décisions concernant votre vie, et surtout votre pensée…
je me souviens d’avoir lu dans la revue “Planète ” au cours des années 60, un article écrit par un ou une artiste qui avait tenté un voyage au LSD , en se faisant assister par des amis médecins (car pour certains, le voyage s’est mal terminé, ils se sont défénestrés après avoir eu des hallucinations effrayantes, des araignées géantes leur fonçant dessus par exemple). Cette personne décrivait un bonheur total, certes mais cela se terminait par l’enfermement derrière les barreaux d’une prison, dont elle avait conscience (c’était un intellectuel réflexif ou une intellectuelle) qu’ ils symbolisaient les côtes et os de sa cage thoracique, qui lui apparaissait ainsi pour la première fois comme une prison pour son “Soi” réel). C’est ça la drogue et seulement ça.
D’ailleurs Wyatt (le plus spirituel des deux) en est conscient lorsque le dernier soir avant la fin tragique où ils trouvent la mort, il répond à Billy qui le joint aux lèvres lui dit :” We did it…on a réussi on est riches.. on va pouvoir se retirer en Floride”

We blew It.. on s’est perdus, on a tout raté

Une prison de la drogue, ou de la liberté des instincts, encore pire que celle de la vie (conformiste, bourgeoise, travailleuse, conforme au plan vital) Comme le dit si bien Jean Michel Le Lannou:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/25/jean-michel-le-lannou-un-temple-pur-leon-brunschvicg-lecteur-de-spinoza/

La raison seule doit être reconnue comme émancipatrice. Léon Brunschvicg l’affirme en s’opposant à la critique du rationalisme, à celle de l’universalité dénoncée comme abstraite, par les philosophies de la vie et le mouvement de « retour au concret » qui se développent en cette fin de xixe siècle1. Être libre, c’est être gouverné par la raison seule.

La raison est libératrice parce qu’elle est notre seule boussole (Kant), notre seul moyen d’orientation dans la forêt profonde où nous sommes perdus selon Descartes, (forêt qui est le plan vital) :

Marcher en forêt avec Descartes

http://www.laviedesidees.fr/Le-nouveau-guide-Descartes.html

En aucun cas, la drogue (et l’alcool est la pire des drogues) ni le sexe ne peuvent nous libérer du plan vital ni de notre masque (“Persona”) : au contraire, ils nous y enferment…
Alors je sais, il y a Rimbaud et le dérèglement de tous les sens… il y un grand poète au vingtième siècle qui a tenté de suivre cette voie, il est mort misérablement: Roger Gilbert Lecomte. On peut aussi citer Malcolm Lowry

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Roger_Gilbert-Lecomte

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Auteur:Roger_Gilbert-Lecomte

http://www.causeur.fr/poesie-roger-gilbert-lecomte-31688.html

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Malcolm_Lowry

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