Michelangelo Antonioni : Zabriskie point (1970)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Zabriskie_Point_(film)

On peut voir le film entièrement à l’œil (en anglais) en 12 vidéos, que l’on trouve sur YouTube en tapant les mots clés ” Zabriskie point part 1″ etc… jusqu’à “part 12”:(ou alors dans la marge à droite de l’écran)

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Malheureusement la “part 5” n’a pas de son , or c’est la plus bouleversante car elle montre l’étudiant , Mark , “empruntant” un avion de tourisme sur l’aéroport de L A et quittant la ville empoisonnée des anges vers le désert où il rencontrera Daria (Daria Halprin), secrétaire intérimaire, esclave elle aussi du Gestell, et aussi en fuite en quelque sorte…

La fin de la “part 4” montre l’envol de Mark aux commandes de cet avion “emprunté”:

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Il ramènera l’avion à L’os Angeles et sera tué par la police désireuse de l’arrêter voir la “part 11”:

Apprenant sa mort , Daria désespérée voudra le venger et le film finira sur une gigantesque explosion dont on ne sait pas très bien si elle est réelle, ou si c’est une imagination de Daria:

Une explosion à haute teneur fantasmatique où l’on voit tout un conglomérat d’objets divers de la “société de consommation” s’élever dans le ciel bleu de la Californie…

Que signifie tout ceci? Il n’y a pas dans le cinéma de Michelangelo Antonioni , qui est de portée plus métaphysique que sociologique, de “baisse de pression” et la plupart des critiques n’ont rien compris à ce chef d’œuvre sublime, pas plus d’ailleurs qu’à Blow up (1966) ou à Profession reporter (1975)

Les films du début des années 60 (L’avventura, l’Eclipse) étaient d’ordre plus psychologique donc plus à la portée de l’intellect du critique moyen , qui n’a jamais volé très haut.. le sens général de l’ouvre résidait dans “l’incommunicabilité des êtres “, c’est à dire au fond ce qu’on appelle maintenant “solitude de l’homme et de la femme modernes” . Avec “Blow un” cela change et l’on se trouve devant un “film policier métaphysique” qui en a désarçonné plus d’un. “Zabriskie point” a été compris comme révélant le mauvais état de la société américaine (drogue, contestation de la guerre, tensions raciales) voire, comme sur la page Wikipédia, la “libération sexuelle de ces années là” …why not? Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre, et il est quand même assez ridicule de voir la fameuse libération sexuelle des ancêtres déboucher aujourd’hui sur les galipettes de Clinton, les provocations de Trump et les viols en série des rues de nos villes envahies par une population venue d’ailleurs et qui ne désire aucune “libération” de cet ordre. Le “Zabriskie point” est cet endroit du désert où la vie devient tout simplement impossible, un peu comme au début de “Gravity” l’espace à 600 km au dessus de la Terre. Les scènes de sexe dans le désert (où d’autres couples nus et enlacés apparaissent d’une manière fort peu réaliste) signifient que le règne du “plan vital” s’impose partout, de par sa nature même, y compris là où c’est impossible à cause des conditions physiques. Quant à l’explosion finale, elle témoigne du profond ressentiment qu’éveille le plan vital devenu lors des années 60 la “société de consommation hégémonique, pure accumulation quantitative capitalistique et multiplicité hétérogène d’objets (“Les choses ” dira Georges Perec dans son roman ayant ce titre et datant de ces années là) . Un ressentiment, une haine qui cede maintenant la place au “désir frustré d’Occident” que décele Badiou chez les masses du tiers monde, et par lequel il explique les attentats dans un tour de force lui permettant de ne jamais observer le rôle (évident) de l’idéologie islamique.

L’envol de Mark au dessus de L’os Angeles et vers le désert me rappelle cette phrase de Whitehead au début de “Process and reality”
“La généralisation imaginative en métaphysique est semblable au vol d’un avion”.

Le vol au dessus du désert signifie donc clairement l’essai de surmonter l’interdiction de vol édictée par le plan vital et d’aboutir, apres l’errance au désert , au plan spirituel, ce qui est aussi,me semble t’ol, le sens de la Torah. Seulement cela ne fonctionne pas parce qu’il s’agit de l’Amérique des années 60 et non pas de l’Egypte de la période biblique, et les deux personnages faisant l’amour dans le sable ne se doutent pas qu’ils sont ainsi “récupérés” par le plan vital, qui signifie aussi la mort. D’où l’explosion rêvée de la fin, qui veut en finir avec cette “accumulation” d’objets et d’étants : trop d’être étouffe et tue!

La “vraie vie” n’a en tout cas guère été clémente pour les deux acteurs,(des non professionnels) Mark Fréchette et Daria Halprin, qui avaient visiblement été marqués par le film , ce qui est d’ailleurs une confirmation du fait que cette histoire vise plus que la sociologie pure et simple…. aussi les accusations d’anti-américanisme sont elles ridicules, presqu’autant que les roucoulades de la page Wikipédia sur la “révolte sexuelle” des personnages, inspirée par “l’idéal hippie : “Make love not War”…

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mark_Frechette

Mark et Daria ont rejoint une secte communautaire dirigée par le musicien-gourou Mel Lyman , secte assez semblable à la “Famille” de Charles Manson responsable de l’horrible assassinat en 1969 de l’épouse de Roman Polanski, Sharon Tate, et de plusieurs de ses invité(e)s.

Quelle belle destinée pour les jeunes adeptes de la “libération sexuelle” fleurs dans les cheveux ambiance joint entre les lèvres (à moins que ce ne soit autre chose qu’un joint) et “Make love not War” ou bien “Peace and love” comme on dit aujourd’hui, mais j’avoue que je ne m’y connais guère en “libération” moi c’était plutôt le cognac que le joint, et je suis plutôt un (grand) névrosé qu’un “libéré” ( c’est à dire un psychotique ou un obsédé à la Robert Rochefort). J’ai tendance à croire qu’assassiner tout un groupe de personnes dans une villa, sous l’emprise de drogues, n’est guère un indice de liberté et d’amour…

Daria a très vite pris ses distances avec la “communauté ” de Mel Lyman , elle a fini par épouser l’acteur Dennis Hopper (Easy Rider, L’ami américain) mais cela n’a pas duré :

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Mel_Lyman

par contre Mark Fréchette y est resté et en 1973, il a été arrêté au cours d’un hold-up commis avec deux autres membres de la secte. Il est mort en prison en 1975, écrasé par un haltère alors qu’il faisait de la musculation au gymnase de la prison.

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