#CochetBrunschvicg 5 : la Révélation philosophique

Nous avions vu dans l’article 3 de ce hashtag qu’il y a deux aspects de l’immanence :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/21/cochetbrunschvicg-3-les-deux-aspects-de-limmanence/

Hashtag #CochetBrunschvicg qui élabore en quelque sorte le socle de ce que j’entends édifier ici, à savoir une nouvelle science que j’appelle “internelle” et qui serait, au monde spirituel des Idées, ce que la physique mathématique (qui, selon Léon Brunschvicg, a représenté au 17ème siècle européen un “déplacement dans l’axe de la vie religieuse”), est au “monde”, au plan vital, à l’espace-temps. C’est donc, par l’élaboration de cette “nouvelle science” qui donnerait accès aux Idées de la même façon que Hubble permet d’observer les galaxies les plus lointaines et aux confins de l’Univers, une rénovation et une Révolution religieuse qui est visée ici : je pense que je n’ai pas besoin de justifier la nécessité d’une telle Révolution, si du moins l’humanité veut survivre. Mais le veut elle ? Comme le dit Patrick Buisson, l’humanité est quasiment détruite par le nihilisme impulsé par les “destructeurs” et “déconstructeurs” de toutes sortes qui ont en commun le fait de récuser la Verticalité , à savoir le plan spirituel, la branche verticale de La Croix, celle de l’éternité qui croise la branche horizontale, celle du monde, au centre qui est l’Instant qui fulgure, l’éclair , la “porte étroite”. Or il est impossible pour les humains de vivre si ce n’est pour quelque chose qui les dépasse:la Verticalité justement . À la suite de Brunschvicg , à qui je dois tout, je refuse le mot et la notion de “Transcendance” généralement associée à l’idée de Dieu-Un dans une pensée se voulant “religieuse” mais qui ne l’est pas car elle est incapable d’obéir aux réquisits du “religere” , l’une des étymologies du mot “religion”, qui désigne l’aspect vertical de la compréhension du Réel-Un (intelligibilité se trouvant dans la philosophie et dans la science) s’opposant à l’aspect horizontal du “religare” (relier les humains par l’obéissance , purement sociale, à une Loi prétendue divine) . Comme le montre Brunschvicg, l’éternité , la Verticalité , ne peut pas être conçue comme Transcendance, mais comme immanence radicale, “transcendance vers l’intérieur” si l’on veut qui est l’Esprit :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/21/cochetbrunschvicg-3-les-deux-aspects-de-limmanence/

…il est malaisé de décider si l’armée des vivants peut avoir l’espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée Bergson, de « culbuter la mort« ; mais, puisque le salut est en nous, n’est il pas assuré que l’armée des esprits débouche dans l’éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d’éternité sa stricte signification d’immanence radicale ?

Il y a cependant dans la phrase ci dessus une sorte de “provocation” (à la réflexion) de Brunschvicg , car si je vois très bien le sens des mots “armée des vivants”, en revanche je peine à saisir le sens des mots :”armée des esprits” , sauf à admettre qu’il s’agit d’un “décalque” formel des mots “armée des vivants”. Ce qui caractérise en effet l’esprit, l’immanence radicale, c’est l’unité complète et complètement réalisée qui est le plus haut achèvement que puisse se fixer l’humanité . S’il y avait “des esprits” , comme s’expriment les “spiritualistes occultistes” réfutés par Kant dans “Rêves d’un visionnaire”, cela voudrait dire qu’il est possible de penser à une unification plus complète, sous la forme d’un Un séparé et transcendant, de penser une Perfection plus haute que la perfection Absolue, pensée qui est justement réfutée par Marie Anne Cochet dans son livre, à la suite de Brunschvicg.

Rappelons aussi ce que dit André Simha dans “Un manifeste pour l’autonomie” :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/22/individuation-universel-et-liberte-le-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/

Page 50 André Simha précise la véritable nature de cet esprit qui est puissance de comprendre qui fait éclater nos chaînes :
Il n’y a rien à chercher dans l’esprit au delà de l’unité
“C’est le fondement infondé de l’esprit : celui ci n’a pas à chercher la raison de sa volonté d’unité , il est unification” et page 50 aussi cette indication claire sur la notion d’esprit individuel :

S’il y a un écart entre un esprit et l’unité, c’est qu’il s’agit précisément d’un esprit individuel et c’est parce que l’individualité exclut la pureté et la perfection de l’unité achevée.

Voilà pourquoi le salut promis par les (pseudo)-religions sous la forme d’une éternité de l’âme “après la mort” est une superstition inepte: de plus ce serait une perpétuation à l’indéfini de la négation , puisque “toute détermination est négation” .mais Attar, un mystique soufi, nous le dit très bien :

L’ombre se perdit dans le soleil et voilà tout

La loi d’unité , caractérisée par André Simha comme indiquant à l’humanité sa vocation la plus haute, m’évoque la “Loi suprême” d’Hoené Wronski (1776-1853):

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Josef_Hoëné-Wronski

Wronski, auquel je consacre plusieurs autres blogs fixe comme but suprême de sa philosophie Absolue la réalisation des sept réalités suprêmes de l’humanité:

https://balzacwronskimessianisme.wordpress.com/2012/04/11/diagrammes-de-la-loi-de-creation-de-wronski/

Le messianisme, cette union finale de la philosophie et de la religion, qui, comme telle, constitue, d’une part, la philosophie absolue, et de l’autre, la religion absolue, c’est-à-dire, le paraclétisme, annoncé par Jésus-Christ, doit produire et accomplir les sept réalités fondamentales de l’homme, savoir: 1° ) Il doit fonder péremptoirement la vérité sur la terre, et réaliser ainsi la philosophie absolue. 2° ) Il doit, suivant l’Écriture-Sainte, accomplir la religion révélée, et réaliser ainsi la religion absolue, le paraclétisme. 3°. ) Il doit, suivant des principes à priori, réformer et établir définitivement les sciences. 4°.) Il doit, conformément aux lois augustes de la liberté de l’homme, expliquer l’histoire. 5°. ) Il doit, pour faire cesser l’actuelle tourmente politique des nations, découvrir le but suprême des États. 6°. ) Il doit, par la spontanéité propre de la raison, fixer les fins absolues de l’homme. 7°. ) Enfin, il doit, en vue de ces fins augustes, dévoiler les destinées respectives des différentes nations.

Ce qui n’est rien d’autre que notre programme ici, projet de construction d’une “nouvelle Science internelle” qui permettra de raisonner en métaphysique avec la même certitude absolue qu’en géométrie…

Il résume cela en les mots hébreux, résumant eux mêmes l’Evangile et toute la philosophie :

אם תבקשׁנה תמצאנה

ce qui signifie :

Cherchez et vous trouverez

(À celui qui frappe, on ouvrira)

Seulement les modernes pharisiens refusent d’ouvrir l’accès au Royaume des “cieux” , au plan spirituel, ils veulent confiner l’humanité au “plan vital” et au désespoir. Complot? Non ! Ils ne peuvent pas faire autrement et croient sincèrement être les “émancipateurs” dont l’humanité a besoin, “faisant le travail de Dieu” comme clamait le président de Goldman-Sachs et comme Soros doit aussi le croire…Ils sont eux mêmes des désespérés nihilistes qui sont incapables de “renoncer à la mort” , c’est à dire aux anciens rêves d’une survie individuelle de l’âme après la mort pour l’éternité , et cherchent une “solution finale” à leur détresse , une fin du monde et de leur souffrance “non dans un murmure mais dans un Bang”. Et c’est bien ce qui risque de se produire si l’Occident nihiliste et pharisien, continue à agresser la Russie..Wronski, tout en ne perdant pas une occasion de “remercier la France pour l’avoir accueilli” caractérisait l’hybride du peuple français comme destruction (déjà à l’époque) de ce qui seul peut nous sauver :la Vérité !il y a, on doit le reconnaître, une cynique manie française de plaisanter à propos de tout, qui est insupportable (non, je ne parle pas ici des attentats contre Charlie Hebdo, car l’islam n’est absolument pas respectable, étant lui même destruction de tout ce qui est Haut et Idéal, et c’est un devoir moral de blasphémer les grotesques superstitions islamiques) et Wronski pensait que les peuples slaves hériteraient de l’Avenir, car eux seuls restaient à l’écart de cette tendance pernicieuse et destructrice des peuples de “l’Europe occidentale civilisée” qui aujourd’hui a tout contaminé (que dirait il des élections américaines actuelles qui se jouent sur des histoires de pénis et de vagins?).Il aura fallu attendre un siècle après la mort de Wronski et deux guerres mondiales, pour que cette tendance destructrice puisse se donner libre cours sous le nom de “déconstruction”, ce qui a été rendu possible par la complète remise en cause des idéaux philosophiques de la Troisième République considérés comme responsables de l’aveuglement collectif face au danger de guerre..parmi ces idéaux celui de la laïcité qui n’est autre que la séparation entre plan vital et plan spirituel : ” rendez à César ce qui est à César, et à dieu ce qui est à Dieu”, et aussi : “La vérité vous rendra libres”, ou encore, comme le dit André Simha page49-50 du “Manifeste pour l’autonomie”:

Brunschvicg donne à la loi morale, telle que Kant en a dégagé la forme, une portée qui dépasse le champ de la raison pratique, puisqu’elle tient à la loi d’unité qui selon lui destine l’homme en orientant toute action humaine décisive vers la vérité. Notre destinée supérieure étant l’effort perpétuellement renouvelé vers la vérité, c’est par la loi d’unité prescrite par la volonté que non seulement la vérité, mais aussi la beauté et la moralité se produisent dans le monde

Il me semble que cette loi d’unité , qui dépasse la “loi morale” de Kant, correspond à ce que Wronski appelle “loi suprême “:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5701525j.r=Philosophie+de+la+technie+algorithmique.langEN

Préface par Christian Godin

ainsi que ce extrait de “La totalité ” de Christian Godin portant sur la “loi suprême” et son fameux symbole imaginé par Wronski:

https://propedeutiquemessianique.wordpress.com/2016/10/19/la-loi-supreme-de-wronski-dans-la-totalite-de-christian-godin/

Sans oublier l’étude de forme plus mathématique de Banach (en allemand):

https://apodictiquemessianique.wordpress.com/2016/10/19/banach-sur-la-loi-supreme-de-wronski/

Revenons maintenant aux articles 2 et 3 du hashtag où nous avions analysé les deux aspects de l’immanence observés par Marie-Anne Cochet:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/18/cochetbrunschvicg-2-genese-du-plan-vital-ontologique/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/21/cochetbrunschvicg-3-les-deux-aspects-de-limmanence/

C’est ici qu’il faut chercher l’origine de la dualité des plans, vital et spirituel, qui fonde le principe de laïcité (puisque Caroline Fourest vient de publier “Le génie de la laïcité”), origine que se situe dans la constatation “Cela est” qui résulte du choc de l’extériorité sur les sens, qui représentent la périphérie de notre organisation connaissante : si la physique, et donc la philosophie , en était resté là , avant le “déplacement dans l’axe de la vie religieuse” consistant en l’avènement d’une physique mathématique au 17 eme siècle européen, il n’y aurait pas eu de science et le “monde des Idées” serait resté une fantasmagorie mythique voire mystique. Cela signifie aussi que la mathématique en serait resté au topos Set des ensembles, cadre initial de la physique (puisqu’un semble est une catégorie sans flèches, sans relations). Mme Cochet explique très bien page 80 la différence des deux démarches : scientifique et mystique, correspondant aux deux aspects de l’immanence : l’aspect sensible qui est vie; l’aspect intellectuel qui est Esprit. Là aussi se trouve la raison de la divergence de la philosophie française en deux lignées signalée par Badiou : ligne rationaliste (Descartes, Malebranche, Brunschvicg, et finalement Badiou s’inclut dans cette ligne, mais je n’en suis pas aussi sûr que lui) et ligne vitaliste (Bergson, Deleuze)
Marie Anne Cochet précisé, ce que nous avons déjà vu dans l’article 3:

“Elle (l’immanence) est aussitôt perdue qu’atteinte par le mystique, pour lequel toute réalité connaissable s’efface, et sitôt possédée qu’atteinte par l’intellectuel, qui adhère par la conscience à la puissance de l’esprit. Dans les deux cas, l’individu est éliminé : consumé par l’ardeur du désir et de l’amour pour le mystique; absorbé dans le désir de connaissance pour le philosophe. Ici chaleur et là, lumière. Ces deux résultats sont bien souvent confondus. Mais leurs procédés d’expansion sont différents et suffisent à les opposer . L’action du mystique se propage par la passion, le sentiment, et invoque le mystère; l’action du penseur se propage par la réflexion, le jugement, l’expérience , et poursuit la connaissance claire, dégagée de la sensibilité. Le premier cherche la vérité dans sa joie; le second met sa joie dans la seule vérité ”
C’est alors qu’elle aborde la méthode platonicienne, aussi privilégiée par Brunschvicg (et Badiou, mais avec certaines ambiguïtés):

La conversion des déterminations vers leur source, de conditions en conditions, jusqu’à l’actualisation immanente et inconditionnelle est d’ailleurs la méthode platonicienne et le fait de poser la réminiscence comme condition et direction de cette recherche qualifie cette philosophie d’immanente et non de transcendante. Le dialogue du Parménide est peut être l’expression philosophique la plus forte de tous les temps de l’unité indivisible et conditionnée présente éternellement à la pensée , sans laquelle aucune pensée n’existerait, puisque toute pensée comme tout être sont formés et liés en eux aussi Bien qu’entre eux, et par laquelle toute pensée et tout être connaissent leur éternité participante, puisque, nous l’avons dit, l’imminence étant éternelle, l’éternité devient immanente à l’intelligence qui l’a retrouvé dans sa conversion vers sa source.

Selon l’expression parfaite de Brunschvicg lui même, dans le Parménide, l’unité de l’un s’oppose à l’être de l’un; ce n’est donc pas en son être que l’homme peut se connaître, mais dans l’unité qui lié son être et sa pensée, son être, passagèrement, sa pensée, éternellement. Les mythes platoniciens eux-mêmes sont tous, sans exception, des images de la conversion des jugements extérieurs inhérents à la périphérie des sens aux jugements intérieurs de l’esprit.

La révélation philosophique est intérieure à l’esprit et l’intériorité constitue l’immanence

. Cette pureté d’actualisation est parfois entrevue par les poètes, comme nous en trouvons trace chez Paul Valéry :
“À ce point pur je monte et m’accoutume ” : ceci est le mot de la sensation cosmique sublimée. Mais voici les expressions de l’intelligencequi discerne les deux atteintes de l’immanence:

“Parfois je pense et parfois je suis”(Choses tues).il es remarquable qu’ici l’être est distingué de la connaissance;qu’implicitement l’être est rejeté sur la sensibilité et la pensée sur la pure connaissance. Et dans un autre texte :
“L’homme pense donc je suis” dit l’univers (Moralités)

Advertisements
This entry was posted in Anthroposophie, Cochet-Brunschvicg, DIEU, Europe, Léon Brunschvicg, Ouvert : dualité plan vital-plan spirituel, Philosophie, Physique, Plan vital-plan spirituel, Religions, Science, mathesis, Science-internelle and tagged , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.