#CochetBrunschvicg 8 : la vie de la pensée c’est la conversion incessante vers l’unité de l’Esprit

Il est impossible de surestimer les découvertes du dernier article de ce hashtag:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/23/cochetbrunschvicg-7-dissolution-de-lhumanite-dans-lesprit/

qui entre parenthèses constituent déjà le socle rudimentaire de la future “science internelle du monde spirituel des idées” , avec cette idée de décrire ce plan par le même modèle mathématique que l’univers , l’Espace Temps dans la Relativité générale : une variété différentielle riemannienne (c’est à dire la généralisation aux dimensions supérieures de la notion de surface, comme une sphère, dans l’espace à tous dimensions), et le “Je suis, j’existe” de Descartes qui est pour Mme Cochet le “Cela est” du choc de la conscience par l’extériorité est interprété dans ce schéma comme point de tangence entre les deux variétés: celle de l’Espace Temps, du monde, étudiée par la Relativité générale et celle , hypothétique, modélisant le plan spirituel. Bien sûr cela n’ira pas tout seul car ce point “ici et maintenant” n’est valable que pour un sujet conscient humain :pour un autre sujet il n’a pas le même sens. Ne serait ce pas là le sens de la fin énigmatique de Kafka “Le gardien” , cet homme qui se présente pour entrer dans le Palais de la Loi et qui, bloqué par le “gardien du seuil” devant une porte, passe toute sa vie à attendre que la porte s’ouvre et que l’accès à la Loi lui soit accordé. Devenu très vieux, sentant que sa mort est proche, il demande au gardien :”comment se fait il que personne d’autre que moi ne se soit présenté? pourtant tout le monde désire connaître la Loi, non?”et le gardien lui répond “c’est parce que cette porte n’était faite que pour toi. Maintenant je m’en vais et je ferme la porte”

Le gardien n’était autre qu’un aspect de lui même, qui s’interdisait d’entrer en se “projetant” dans le futur et en créant ainsi le Temps chronologique obstacle de nature seulement psychologique qui nous empêche d’entrer. Certaines observations de Krishnamurti peuvent aussi être comprises, il me semble, de cette manière.

Revenons au texte de Mme Cochet page 86-87, à cette “marche de la pensée vers l’esprit qui constitue la dissolution de l’humanité dans l’esprit”. Tout arrêt dans cette progression serait une sorte de mort:

“Poèmes ou découvertes, aussi bien que concepts , sont des arrêts provisoires dans la spiritualisation, et leur fixité comme leur rigidité serait mortelle à la pensée des hommes”

Et le texte se poursuit ainsi:

Une seule forme d’art détruirait l’art aussi bien qu’une vérité dogmatique détruit la vérité. Le corps s’immobilise dans la mort. La pensée, dans l’incessant mouvement réflexif qui la convertit sans arrêt vers l’unité de son intériorité spirituelle, reproduit le mouvement circulaire du sang qui part du cœur et retourne au cœur pour maintenir la vie. Pas plus que le mouvement du cœur, le mouvement de la pensée ne peut s’immobiliser sans mourir, mais la pensée n’est pas enclose dans un corps particulier et mortel. Elle se propage de générations en générations, mouvement de flux et de reflux, gestes des mondes, gestes des corps, geste des astres, sans lequel tout s’évanouit :
“L’homme pense donc je suis” dit l’univers.

La science trace son chemin déterminé à travers le passé, par la conversion réflexive des actions, et des événements, pour atteindre l’avenir. Elle est tout d’abord prévision du retour des évènements étudiés, parce qu’elle n’en a retenu que ce qui pouvait revenir. C’est là son premier stade, celui du déterminisme. Mais lorsqu’elle atteint son point le plus haut, elle transporte la réflexion de l’événement, du rythme apparentiel saisi par les sens, à la structure interne de ce rythme saisi par l’esprit seul. Elle mène alors à la dissolution de l’événement donné et à sa récréation sur le plan humain.
C’est parce que la science pure reste très étrangère à la pensée moyenne, qui n’en retient que les applications, c’est aussi parce que la passion du connaître voile aux savants eux mêmes les conséquences de leurs investigations de plus en plus hardies et profondes, qu’on ne se rend pas compte du passage actuel de la période de construction de l’univers à la période de dissolution de ce même univers.

À partir de là commence page 89 le passage extraordinaire sur le “dialogue mathématique entre la masse et la lumière ” que j’ai déjà signalé, dans un article précédent:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/14/cochetbrunschvicg-4-le-dialogue-entre-la-masse-et-la-lumiere/

“le dialogue mathématique, et physique (mais physique, bien au delà et CONTRE les sens), ce dialogue actuel entre la masse et la lumière, soit, entre la pesanteur et le mouvement, qui est lutte primordiale et interne sous tous les aspects de la densité du réel, ce dialogue, cette lutte, ce duel, sont aux confins existentiels de notre univers, parce qu’ils n’utilisent pas seulement les éléments, comme le docile déterminisme, qui se pliait à leur rythme donné, mais les transforment. Or l’univers transformé par l’homme transformera l’homme à son tour par le retour naturel des forces à leur source spirituelle; et il est impossible de prévoir le résultat de cette double transformation dans laquelle l’humanité est maintenant engagée tout entière

Qui affirme que notre époque , encore maintenant en 2016, est une époque de transition, comme le disait déjà Hegel de la sienne dans la préface à la “Phénoménologie de l’esprit”:

http://alain.feler.pagesperso-orange.fr/guy/Preface.html

11- Ce n’est du reste pas difficile de voir que notre époque est une époque de naissance et de transition vers une nouvelle ère. L’esprit a rompu avec le monde antérieur de sa présence et de sa représentation, et il s’apprête à l’enfouir dans le passé, et à travailler à se refaçonner. Certes il n’est jamais en repos, mais pris dans un mouvement toujours en progrès. Mais de même que pour l’enfant après une longue gestation silencieuse le premier souffle rompt avec cette progressivité d’une avancée seulement quantitative, – un bond qualitatif – et maintenant l’enfant est né, de même l’esprit qui se forme mûrit lentement et silencieusement vers la nouvelle façon, détache parcelle après parcelle de la construction de son monde passé, dont le vacillement ne se signale que par des symptômes isolés; l’insouciance et aussi l’ennui qui s’insinuent dans l’existant, le pressentiment imprécis d’un inconnu, sont des symptômes de l’approche d’autre chose. Cet effritement progressif, qui ne changeait pas l’apparence de l’ensemble, est interrompu par l’avènement, un éclair, qui installe d’un coup la figure du monde nouveau.

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