“Nous tâcherons demain d’armer la Sagesse”

C’est le thème du très bel exposé de Raymond Aron le 27 janvier 1945 devant la société française de philosophie, pour la commémoration de Léon Brunschvicg qui était mort le 18 janvier 1944:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/07/nous-tacherons-demain-darmer-la-sagesse/

Il y a des changements par rapport à ce qui est indiqué dans cet ancien article : on ne trouve plus le numéro de 1945 de “La revue de métaphysique et de morale” (avec de nombreux articles sur Brunschvicg, puisque ce numéro lui est consacré)sur Gallica, mais dans Astor où l’on peut s’inscrire gratuitement : on se voit alors attribuer un “Shelf” où l’on peur mettre en réserve jusqu’à trois articles différents pour les lire et les relire à loisir, pour y ranger un nouvel article il faut en supprimer l’un des trois, mais on pourra toujours l’y remettre par la suite.
Ce discours , intitulé “La philosophie de Léon Brunschvicg (pages 127 à 140 du numéro 1/2 janvier-avril 1945 de la Revue de métaphysique et de morale) fut composé par Raymond Aron durant l’année 1944 alors qu’il se trouvait à Londres, dans les rangs de la Résistance, pendant que Sartre et Simone de Beauvoir attendaient que la déplorable situation de la FRANCE occupée s’arrange par une opération du Bon Dieu, sans prendre aucun risque, à part peut être celui des maladies sexuellement transmissibles avec toutes ces filles très jeunes et inexpérimentées qu’ils draguaient en buvant des pots aux terrasses parisiennes. L’opposition entre Sartre et Raymond Aron est célèbre, elle dura jusqu’à leur mort au début des années 80, ils s’étaient connus à Normale dont ils étaient élèves à la même époque fin des années 20 tournant des années 30 , il y avait là :Sartre, Beauvoir, Nizan, Aron. Ils suivirent tous les cours de Brunschvicg, mais seul Aron eut envers ce Sage une attitude admirative, tout en reconnaissant qu’il était incapable de vérifier par lui même les aspects scientifiques de la pensée brunschvicgienne, les trois autres étaient méprisants et moqueurs envers les aspects idéalistes de cette pensée, qui selon eux était un legs des conceptions bourgeoises des possédants opprimant les ouvriers et les “hypnotisant” avec ces “beaux rêves de l’esprit et du spirituel”. Seulement en juin 1940 ce fut Brunschvicg âgé de 71 ans qui dut fuir Paris, laissant sa belle bibliothèque qui fut pillée, parce qu’il était né d’une famille “israélite” comme on disait alors, Sartre et Nizan étaient enrôlés comme soldats, Sartre s’en sortit sans encombres, mais Nizan, le grand-père d’Emmanuel Todd , fut tué à Dunkerque; quant à Simone de Beauvoir elle regarda le défilé des Allemands vainqueurs et confie dans les “Mémoires d’une jeune fille rangée” le trouble érotique que provoqua en elle le spectacle de tous ces jeunes hommes forts, beaux et au teint hâlé par le soleil sur les routes de FRANCE.
Revenons à ce beau texte de Raymond Aron dont j’avais recopié cet extrait:

« pas plus que le philosophe (i e Brunschvicg) les Français ne regrettent d’avoir préféré la paix à la guerre; ils ne se lasseront pas de répéter avec lui que la méditation de la guerre pour la guerre, qui nous détourne et nous divertit de nous mêmes, demeure aussi courte et stérile que la méditation de la mort.

Ils ne se lasseront pas de répéter avec lui que la liberté politique, comme l’étendue intelligible de Malebranche, est le lieu des esprits, un et indivisible.

d’où il résulte que la démocratie s’impose.

« nous sommes embarqués, mais avec la nécessité d’agir dans le cadre de la démocratie et de courir le risque que la démocratie court et fait courir à l’humanité«

en vérité la France ne regrette et ne regrettera rien de ce qu’elle a espéré, rien de ce qu’elle a voulu.

La leçon qu’elle a bien apprise, qu’elle n’est pas prête d’oublier, c’est que les fous tirent aujourd’hui de l’art de gouverner et de la science de détruire des ressources illimitées.

Nous tâcherons demain d’armer la sagesse

mais nous ne laisserons pas prescrire les valeurs humaines que Brunschvicg enseigna et dont il fut le vivant modèle »”

Raymond Aron est, comme toujours, lucide, vertu qu’il a hérité de Brunschvicg :il sait que la démocratie fait courir un risque énorme à l’humanité . Ce risque c’est celui de ne pas répondre comme il le faudrait, c’est à dire par la fermeté et la violence, aux Nazis en 1938, et actuellement après 2001 à l’Islam qui est le nouveau nazisme . Avec fermeté mais avec intelligence et lucidité ce qui n’a pas été le cas de l’Amérique de Bush en 2002-2003 avec la guerre contre Saddam Hussein dont nous payons aujourd’hui le prix (comme nous payons le prix de l’intervention militaire française en Lybie dont l’idée fut soufflée à Sarkozy par cet imposteur, ce faux philosophe qu’est Bernard-Henri Lévy). Armer la Sagesse ne veut pas dire lui mettre des œillères .
Ici , il me semble que nous pouvons citer la Bible , qui gardait certainement plus d’importance aux yeux de Raymond Aron qu’à ceux de Brunschvicg :Livre des Proverbes :

http://saintebible.com/proverbs/4-5.htm

Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence; N’oublie pas les paroles de ma bouche, et ne t’en détourne pas.

Ce verset est cité en introduction du grand film ” IF” de Lindsay Anderson, sur le désarroi de la jeunesse estudiantine en Angleterre à la fin des années 70

Et aussi le verset 9:10

http://saintebible.com/proverbs/9-10.htm

Le commencement de la sagesse, c’est la crainte de l’Eternel; Et la science des saints, c’est l’intelligence.

L’examen du texte hébreu s’impose :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft2804.htm

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft2809.htm

il révèle que les mots hébreux traduits par “Sagesse” et “Intelligence” sont les deux noms kabbalistique de Sephiroth : Hokmah et Binah , appartenant respectivement au pilier de la Miséricorde et à celui de la Rigueur de l’Arbre des Sephitoth qui n’est rien de plus qu’un graphe mathématique:

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mais je n’ai aucune considération pour la Kabbale , trop souvent contaminée par des poisons occultistes et “magiques” et aux mains de charlatans comme le “rabbi” Berg, Maître (en TOUS les sens du terme sans doute) de cette cruche de Madonna.
“Intelligence” désigne selon moi la conscience intellectuelle analytique à l’œuvre dans les sciences, et “Sagesse” la Sainte Sophia que recherche la philosophie (comme d’ailleurs à mon avis l’Alchimie mais je ne suis pas très au courant) à savoir, en les termes de Marie Anne Cochet, en qui j’ai plus confiance qu’en TOUS ces ignorants de Rabbins et de Prophètes :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/tag/marie-anne-cochet/

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/03/03/brunschvicgcochet-2-lesprit-humain-saisi-a-sa-source-la-plus-pure/

https://horreurislamique.wordpress.com/2013/08/17/la-vie-de-lesprit-se-developpe-dans-un-present-eternel/

« Platon et Spinoza sont nos contemporains car ce qui fut chronologique dans leurs écrits n’est plus que la poussière déposée par le temps sur un tableau de maître.

Nous l’écartons sans peine et contemplons l’éternelle beauté du tableau« .

…« Du présent éternel, lieu de l’esprit, au présent chronologique, lieu des corps, se poursuit ce mouvement de va et vient, courant spirituel, tour à tour créateur et destructeur des formes, qui marque positivement la différence entre la science et la philosophie.
Car la science connaît son objet en le dissolvant, mais la philosophie écarte aussi bien les débris de cette dissolution que les embryons des formes renaissantes et s’unit exclusivement au mouvement spirituel qui ne se sert des formes qu’il crée que pour prendre sur elles l’élan qui les détruira en les dépassant. » (Marie Anne Cochet : commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg, Bruxelles, 1937)
La Sagesse c’est la conscience de ce Présent éternel (ou plutôt internel, terme qui à ma préférence) qui est celui du plan spirituel-internel, monde des Idées par opposition au monde des corps et des psychés qui est le “plan vital-ontologique” , et les versets des Proverbes que j’ai cités nous disent que cette conscience ne peut naître que de la pensée rationnelle scientifique .
Quant à la “crainte de l’Eternel ” qui est “commencement de la Sagesse” là encore l’examen des mots hébreux est très révélateur :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft2809.htm

“Commencement” traduit le mot hébreu “Tehillat-Hokmah” :

תְּחִלַּת

Ce que je remarque tout de suite est qu’il ne s’agit pas du mot “Reschit” qui est aussi traduit par “commencement ” au verset 1 du livre de “Genèse” de la Bible où il serait mieux traduit par “Principe”, donc sans référence à un “commencement” d’ordre temporel . Mes connaissances en hébreu biblique ne sont pas très étendues et j’avoue que je “sèche ” sur le mot “Tehillat”
On le retrouve dans le texte du verset 1.2 du prophète “Osée”:

http://www.persee.fr/doc/rscir_0035-2217_1999_num_73_2_3486

Où il est traduit par le mot grec :

Αρχη

qui, si je ne m’abuse, évoque aussi la notion de Principe et est aussi employé pour traduire le verset 1 de Genèse . On trouve aussi “Tehillat” dans “Tehillat HaChem” (où HaChem = “Le Nom” désigne “Dieu, le Seigneur” pour les “croyants” mais l’on sait ce que j’en pense):

http://www.espacesarah.com/librairie-francaise/prieres/prieres-journalieres/sidour-tehilat-hachem-hebreu-francais.html
(Mais je me demande s’il s’agit bien du même “Tehillat” et non pas d’un autre mot avec un

Heh = 5 = ה

au lieu d’un

Heth =8= ח

, je pense qu’il vaut mieux en rester à Osée où c’est indubitablement le même mot . Il me semble que l’on peut rattacher ce mot à une racine “HL” qui évoque les notions de “se réjouir” et de “danse” (mais encore une fois je ne garantis rien, je ne suis pas un hébraïsant expert)
En tout cas la racine avec un heh renvoie à l’idée de “glorifier” elle se retrouve dans le mot alléluia qui vient de l’hébreu et veut dire “Louez , glorifiez Dieu”:

http://www.interbible.org/interBible/ecritures/mots/2008/mots_080509.html

Le texte du psaume 150 contient ce mot et il s’écrit bien avec un heh = 5:

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft26f0.htm

הַלְלוּ-יָהּ Louez le Seigneur

Le début du livre “Osée” est par lui même intéressant et surprenant :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft1301.htm

2 Lorsque l’Eternel commença à s’adresser à Osée, il lui dit: “Va, unis-toi à une femme prostituée, et [qu’elle te donne] des enfants de prostituée, car ce pays se prostitue vraiment en délaissant l’Eternel.

La “prostitution” renvoie ici à mon avis à des rapports purement “charnels” donc au pur renouvellement des générations qu’est le “plan vital” sans aucun souci du plan spirituel.. seulement, et c’est là le problème avec la Bible, tout cela est mêlé à des considérations “religieuses collectives” où “Dieu” a été au fil du Temps assimilé à un Être qu’il faut craindre et révérer .

Prenons par exemple ce qui est traduit par “Éternel” dans “crainte de l’Eternel”:c’est le fameux Tétragramme “imprononçable” YHWH traduit généralement par Yahweh avec l’idée d’un “Dieu ” qui dit de lui même :”Je suis celui que je suis” “Ehyeh Asher Ehyeh” dans le verset 3:14 de l’Exode :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Noms_de_Dieu_dans_le_judaïsme

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0203.htm

Il y a bien ici une notion “ontologique” liée à la racine hébraïque :

היה Hayoh

Qui veut dire “être ” et c’est justement pourquoi le site traduit la réponse de “Dieu” à Moise dans le verset 3:14 : “Je suis l’Etre invariable” c’est à dire l’Eternité sans changement , selon la conception que s’en fait le “monde”; seulement quel sens cela peut il avoir? Tout dans le monde naturel change, évolue , ce qui est sans changement c’est ce qui est mort!

Je propose ici une autre compréhension, inspirée du livre de Marie Anne Cochet:

Le Tétragramme sacré des juifs croyants , qui n’a pour moi rien de sacré , et peut donc faire l’objet d’une analyse intellectuelle et philosophique :

יהוה = YHWH

Désigné ce que Marie Anne Cochet appelle le “Présent éternel de la réflexion” et qui est ce qui est appelé dans mon blog le “plan spirituel-internel”:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/la-vie-de-lesprit-et-le-present-eternel/

« Du présent éternel, lieu de l’esprit, au présent chronologique, lieu des corps, se poursuit ce mouvement de va et vient, courant spirituel, tour à tour créateur et destructeur des formes, qui marque positivement la différence entre la science et la philosophie.
Car la science connaît son objet en le dissolvant, mais la philosophie écarte aussi bien les débris de cette dissolution que les embryons des formes renaissantes et s’unit exclusivement au mouvement spirituel qui ne se sert des formes qu’il crée que pour prendre sur elles l’élan qui les détruira en les dépassant.

Seule la philosophie idéaliste brunschvicgienne comprend donc (à mon avis) correctement ce qu’est “Dieu” ou le Tétragramme sacré imprononçable YHWH ( au sens masqué depuis trois mille ans par les métaphysiques de l’Etre) , qui n’est pas un “Etre invariable” mais une Idée “internelle” : le Présent internel de la Réflexion, accessible à tout être humain , faisant l’effort ascétique de dés-incarnation (qui n’est en aucun cas suicide) , de libération de la conscience vis à vis du plan vital et de son orientation vers le monde des Idées.
En ramenant la Sagesse à l’Internel-spirituel, lieu de Présent internel des Idées, c’est à dire à l’intériorité réflexive de la conscience intellectuelle universelle que tout être humain, quelle que soit son genre, sa “religion” , sa “race ou tribu”, son langage d’origine, peut trouver en lui même , à condition qu’il ou elle consente à faire les efforts immenses requis par l’ascèse de dés-individuation et de dés-incarnation, j’ai conscience d’avoir ré,pondu à l’appel de Raymond Aron en 1945 et d’avoir armé la Sagesse contre les fausses compréhensions pseudo-religieuses des textes dits “sacrés ” (Bible) et d’avoir ainsi agi pour défendre la véritable démocratie qui n’a rien à voir avec les élections, mais consiste en la situation équivalente vis à vis du Présent internel de l’Esprit de TOUS les êtres humains incarnés quelle que soit leur position sur “l’échiquier de l’être” ( c’est à dire dans l’extériorité del’Espace-temps) :

http://la-pensee-du-jour.blogspot.fr/2013/04/lechiquier-de-letre-omar-khayyam.html?spref=fb

“Pour parler clairement et sans paraboles,
Nous sommes les pièces du jeu que joue le Ciel;
On s’amuse avec nous sur l’échiquier de l’être,
Et puis nous retournons, un par un, dans la
boîte du Néant.

Mais les poètes et les mystiques, comme Omar Khayyam, se trompent , car ” affirmer l’être ou le Néant n’est possible que depuis l’immanence spirituelle qui est la condition, la racine, de toute affirmation: 0je citerai encore une fois Marie Anne Cochet page 56-57 du “Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg”:

Cette affirmation se présente d’abord comme l’acte immanent à TOUS les Temps et à TOUS les espaces. Il les contient par les deux termes du lieu, ici, et du moment, maintenant, mais ces deux termes restent en lui dépouillés de toute spécification et dans le Temps qu’ils engendrent et dans l’espace qu’ils ordonnent. Ils sont l’acte du présent éternel, qui reste présent justement parce qu’il est éternel. Cette affirmation toujours en acte manifeste l’immanence de l’esprit;c’est le seul acte purement spirituel que nous puissions atteindre. Aucune matérialisation ne peut le réaliser, mais rien ne peut se réaliser sans lui, qui ne dépende de lui, fût ce le néant ou Dieu.Dire :tout est néant, détruit l’idée même de néant, par le verbe affirmatif. Dire :tout est Dieu ou Dieu est tout, détruit l’infinité de l’idée divine en la suspendant à l’affirmation dont elle dépend, qui la crée, n’est pas créée par elle, et la dépasse

La Sagesse est armée si elle est comprise comme suspendue à cette affirmation INFINIE : et c’est ce qui vient d’être fait ici (armer la Sagesse).

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