#CochetBrunschvicg 10: “Maîtres et possesseurs de la Nature”, le rôle crucial de la Science

Les lignes qui vont être lues et commentées ici, forment la fin, ou à peu près, du Capitre II du livre de Marie-Anne Cochet , chapitre qui se concentre sur la thèse de 1897 de Brunschvicg : “La modalité du jugement” en y trouvant la première expression de la conversion spirituelle comme retour du concept à la conception, avant d’en étudier ensuite les mouvements spécifiques dans la mathématique, la causalité physique et le développement de la conscience , ce qui oriente notre méditation vers trois autres ouvrages de Brunschvicg:

– “Les étapes de la philosophie mathématique” (1912) (le plus important sans doute):

https://archive.org/details/lestapesdelaph00brun

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/04/04/brunschvicg-les-etapes-de-la-philosophie-mathematique/

http://scans.library.utoronto.ca/pdf/9/33/lestapesdelaph00brun/lestapesdelaph00brun.pdf

http://quod.lib.umich.edu/u/umhistmath/AAN8827.0001.001/603?rgn=full+text;view=pdf

– L’expérience humaine et la causalité physique (1922):

https://archive.org/details/lexpriencehumain00brun

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-lexperience-humaine-et-la-causalite-physique/

Une étude de Piaget sur ce livre:

http://www.fondationjeanpiaget.ch/fjp/site/textes/VE/JP_24_EtudCrit_Brunsch.pdf

– et enfin “Le progrès de la conscience dans la philosophie occidentale” (1927) en deux volumes:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1.html

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/progres_conscience_t2.html

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-progres-de-la-conscience-dans-la-philosophie-occidentale-tomes-i-et-ii/

Ce texte qui va être étudié ici prend directement la suite de celui sur le “dialogue mathématique de la masse et de la lumière” , voir l’article 4 de ce hashtag:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/14/cochetbrunschvicg-4-le-dialogue-entre-la-masse-et-la-lumiere/

Nous avions vu que l’humanité tout entière est engagée , à NOTRE époque de seuil et qui peut être qualifiée, pour plusieurs raisons, d'”apocalyptique” , dans une transformation qui est comme le choc en retour de la transformation de l’univers par l’homme occidental et la technique qu’ il a héritée de la science moderne créée par lui au 17ème siècle européen, Science moderne qui peut donc être nommée “européenne” comme le fait Husserl dans son dernier livre “La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/husserl-depraz-la-crise-de-lhumanite-europeenne-et-la-philosophie/

https://www.academia.edu/10194529/Husserl_s_Crisis_of_the_European_Sciences_and_Transcendental_Phenomenology._An_Introduction

https://archive.org/details/HusserlscrisisOfTheEuropeanSciences

https://www.marxists.org/reference/subject/philosophy/works/ge/husserl.htm

Je vais enfoncer le clou, mais il importe de bien comprendre ce qui arrive : le monde , l’humanité est en crise, c’est peu de le dire, et cette crise est d’abord celle de l’humanité occidentale, qui n’est autre que l’extension au monde entier de l’humanité européenne héritière de la mutation scientifique et philosophique survenues au 17ème siècle avec Galilée, Descartes , Spinoza et Newton. L’origine de cette crise , qui, avant d’être économique, est humaine, se situe dans les immenses pouvoirs que la Science à donné à l’être humain, et dont il a été tenté de se servir et d’abuser parce que ces pouvoirs n’ont pas été accompagnés d’un progrès spirituel à leur mesure. Si , comme le dit fort justement Bergson, “l’univers est une machine à faire des dieux” , alors , comme on peut le constater TOUS les soirs au JT, les humains ne sont pas (encore) devenus des dieux, qui seuls pourraient ne pas mésuser des immenses pouvoirs sur la Nature dont ils sont détenteurs grâce à la Science européenne (c’est à dire créée par l’homme européen, et non pas, pour mettre les points sur les i, par l’homme africain, asiatique, musulman, hindouiste, bouddhiste ou israélite). Tout ce que je viens de dire est exprimé dans le mythe de Faust (ainsi, si l’on veut , que dans le mythe juif du Golem), Oswald Spengler ayant raison de dire que l’homme occidental se confond avec l’homme faustien, ou, si l’on préfère, que le destin de l’homme occidental, et avec lui de l’humanité, est le destin de Faust. C’est aussi exprimé par la célèbre pensée de Rabelais:

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

UN avertissement que l’on dirait adressé à nous, qui vivons au début du Troisième millénaire….

Rabelais dont l’existence se situe pourtant juste avant la mutation scientifique et la ligne de démarcation des Temps qu’est le cartésianisme :

https://renatuscartesiusmathesisuniversalis.wordpress.com/descartes-la-ligne-de-demarcation-des-temps/

Mais, comme nous allons le voir dans les thèses de Mme Cochet, il importe d’éviter tout pessimisme et toute agressivité contre la science occidentale, qui est souvent présente chez les Heidegerriens . Pessimisme qui , comme l’optimisme, n’est qu’un péché contre l’Esprit, comme le dit Brunschvicg :

L’alternative insoluble de l’optimisme et du pessimisme ne concernera jamais que le centre vital d’intérêt; nous pouvons être et à bon droit inquiets en ce qui nous concerne de notre rapport à l’esprit, mais non inquiets de l’esprit lui même que ne sauraient affecter les défaillances et les échecs, les repentirs et les régressions d’un individu, ou d’une race, ou d’une planète

et, concernant l’humanité occidentale :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/about/

Toute réflexion inquiète de l’Européen sur l’Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l’empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la Raison occidentale, qui est la Raison tout court, de faire surgir, ainsi que l’ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en chassant les imaginations matérialistes qui sont ce que l’Occident a toujours reçu de l’Orient »

Voir aussi ce travail sur Husserl et la crise de l’Europe:

http://www.mmisi.org/ma/48_01/smith.pdf

Venons en maintenant au texte de Marie Anne Cochet:

L’univers ressemble à un grand animal sauvage . La science l’a d’abord approché à grand-peine; elle en a fait le tour, mesuré les mouvements. Maintenant elle en capte les élans, en dirige les ondes liquides, sonores et lumineuses, s’unir à elles pour créer avec elles, et toute la Nature semble s’humaniser pour collaborer au geste du savant . Ce savant est un chasseur téméraire!Il poursuit dangereusement des rayons et des forces, brutales et rigides d’abord, apprivoisées peu à peu, dociles parfois , redoutables toujours. Sans doute le monstre à demi-dompté aura des révoltes encore; mais l’adhérence de l’Esprit l’enveloppe d’un réseau serré de relations et d’expériences qui le garderont prisonnier tant que l’homme restera fidèle à cet Esprit qui est sa seule puissance. C’est un des enseignements les plus hauts de la philosophie de L Brunschvicg que cette expérience de l’esprit, saisi à l’œuvre dans la science, et par cette science transformant la conscience, par la consécration qui en résulte, à la fois humble et ardente, à UN destin spirituel, hors duquel l’humanité redescend au régne animal.
Mais la chasse de la science pour modeler l’univers se double d’une autre chasse;la capture des forces physiques se double d’une autre capture, celle du monstre intérieur de la sensation opposant à la création spirituelle l’automatisme de la volupté animale. L’homme n’a rien conquis s’il ne s’est conquis lui même, et l’activité esthétique, modalité d’un jugement purificateur qui métamorphose la jouissance des sens en jouissance spirituelle, est la première activité humaine où l’animalité ne pénètrera jamais.Elle érigé cette demeure inviolable de l’art , cette réalité irréelle, cette négation de matière dans cette affirmation de beauté , à jamais fermée à ce qui n’est pas humain dans l’homme.
Le royaume de l’art à une signification essentielle dans la philosophie de L Brunschvicg., car il détache l’œuvre de toute causalité, de toute nécessité et maintient miraculeusement son unicité

Dans ces dernières lignes on mesure le caractère satanique de l’activité pseudo -artistique d’Andy Warhol (avec ses séries d’objets industriels et commerciaux) ou d’autres “célébrités” de ce que l’on appelle “art contemporain”, comme cet “artiste” qui avait érigé à Paris (Place Vendôme?) un plug anal vert géant obscène et provocateur , ou celui qui avait mis au milieu du parc de Versailles l’une de ses “créations” appelée “Le vagin de la Reine”. Et ces deux individus se sont plaints, lorsque leur “chef d’œuvre” a été détruit pendant la nuit d’un “retour nauséabond à l’ordre moral et aux heures-les-plus-sombres de la rhétorique des années trente” soutenus dans leurs jérémiades par la ministresse de la CUCUL-ture (qui a été depuis remplacée par une autre, tout aussi conne, qui pousserait sans doute elle aussi des cris d’orfraie si un “artiste” consacrait une oeuvre à son vagin) . Mais passons.. on voit en tout cas que l’avertissement de Rabelais n’est pas ignoré, et qu’il est même pris très au sérieux par des gens reconnaissant l’importance cruciale de la Science pour le destin spirituel (non faustien peut être) de l’humanité.

Advertisements
This entry was posted in Cochet-Brunschvicg, DIEU, Europe, Léon Brunschvicg, Ouvert : dualité plan vital-plan spirituel, Philosophie, Physique, Plan vital-plan spirituel, Religions, Science, mathesis, Science-internelle, Théorie des nombres and tagged , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.