#CochetBrunschvicg 11 : trois types d’êtres humains et trois sortes de jeux

L’une des vertus cardinales du livre de Marie-Anne Cochet :

“Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg” (Bruxelles, 1937) c’est d’approfondir la distinction opérée par Brunschvicg (dans “La modalité du jugement”) entre philosophie comme connaissance intégrale, connaissance de l’esprit par l’esprit, aux sciences, connaissances où l’esprit trouve son objet en DEHORS de lui même :

https://horreurislamique.wordpress.com/2013/08/05/sciences-et-connaissance-objective-philosophie-et-connaissance-integrale/

https://horreurislamique.wordpress.com/2015/03/01/brunschvicgcochet-1-la-connaissance-integrale/

« imaginer que l’intelligence du philosophe travaille en dehors d’elle même, qu’elle reçoit d’une réalité étrangère à l’esprit les chocs qui l’excitent, c’est passer du domaine philosophique au domaine scientifique; car la science, elle, a besoin d’un objet déterminé en dehors d’elle.
La philosophie n’a pas à réfléchir les objets sur lesquels travaille le savant, mais le mouvement de l’esprit qui appréhende, déterminé, fixé et au dernier terme, où la science touche à sa racine spirituelle, DISSOUT son objet.

Le mouvement de l’esprit, s’exerçant à l’occasion d’un choc, d’une résistance, telle est l’unique matière qui sollicite l’action de la connaissance intégrale, ce qui fait qu’en raison directe du développement des sciences, la philosophie, loin d’être remplacée par elles, y trouve le champ privilégié de sa réflexion que ne peut atteindre aucune science particulière .
Mais d’où vient cette résistance, que sont ces chocs qui ébranlent le rythme spirituel? Nous ne tomberons pas ici dans le piège enfantin du “pourquoi”, mais observerons comment ces chocs se produisent et ces résistances s’instaurent.

Cette observation permet à Marie Anne Cochet de “discriminer” (mot devenu de nos jours plus obscène que ceux employés en son temps par le marquis de Sade, et c’est bien pour cette raison que j’éprouve une certaine jouissance à l’utiliser) trois types différents d’humanité, qui rappellent les trois gunas ou qualités fondamentales de certaines philosophies hindoues (il faut ici employer le pluriel, car c’est la diversité qui caractérise la pensée de l’Inde, qui n’est absolument pas monolithique): s’attrape, rajas et tamas qui sont décrites ici:

http://www.taodhara.net/Sattva-Rajas-et-Tamas-les-trois-Gunas-ou-qualites-fondamentales-49.html

En gros nous pouvons classer en trois catégories les espèces de réactions aux chocs et séparer en trois groupes aussi les individus humains:
1) les hommes-animaux qui réagissent sous le signe de la sensibilité (tamas)
2) les hommes sociaux qui réagissent sous le signe de l’intérêt individuel (rajas)
3) les hommes-humains qui réagissent sous le signe de l’Esprit (sattva, racine de l’intelligence)

Mais attention! La tragédie de l’Inde, à part les conquêtes islamiques qu’elle a subies et les horribles massacres qui les ont accompagnées, est la formation de castes, et nous devons nous abstenir de toute forme de pensée qui nous entraînerait dans ce travers. Les trois types d’humanité spécifiées ci dessus sont liées aux mouvements de l’esprit qui réagit aux chocs, donc au plan spirituel, non au plan vital-psychologique, et ne se transmettent donc pas par la génération , comme c’est le cas pour les caractéristiques raciales ou de castes. Ce ne sont pas non plus les “races de l’esprit” dont parle Julius Evola, dont la pensée sur ce sujet est d’ailleurs fort embrouillée car lorsqu’il parle d’une “lumière du Nord” propre aux “races nordiques supérieures” et d’une “Lumière du Sud” , je ne vois pas très bien la différence entre les “races de l’Esprit” et les “races” tout court. Mais je m’arrête car je ne veux point être confondu avec ces imbéciles qui se disent “antiracistes” mais sont en fait les pires des racistes, obsédés qu’ils sont par des discriminations imaginaires liées à la couleur de peau. Ces idiots ont maintenant une nouvelle et honteuse bannière :la

Trumpophobie

(on m’excusera pour l’invention de ce néologisme, je n’ai pas pu m’en empêcher, voulant ainsi me moquer de ceux et celles qui ont toujours à la bouche le terme d’islamophobie)

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Pour en revenir aux spiritualités de l’Inde, je remarque que la distinction entre trois types de “yoga” (“union”) c’est à dire de voies spirituelles : karma-yoga, bhakti-yoga, et jnana-yoga, ressemble fort à une façon d’introduire le plan vital dans le plan spirituel. La “conversion spirituelle” débattue ici est tout entière du côté de la “connaissance” (jnana) et de l’activité intellectuelle, par contre “bhakti” (dévotion, croyance) et “karma” (action dans le monde naturel) se situent dans le plan vital, et les associer à un yoga, à une voie spirituelle, revient à la confusion entre plan vital et plan spirituel. Mais le texte de Marie Anne Cochet se poursuit (page 34-35) en distinguant trois sortes de jeu, en lien avec les trois catégories d’êtres humains:

examinons les réactions de ces trois groupes dans l’activité libre du jeu. Nous retrouvons immédiatement les trois groupes eux mêmes dans la classification des jeux.
1) les jeux de hasard: un joueur de dés se croit sous l’emprise de la chance, du destin, et il y répond par la superstition et la magie;

2) les jeux mixtes : un joueur de bridge exploite et corrige la chance des cartes, il dirige son jeu vers son intérêt individuel;

3) les jeux intellectuels, dont le type parfait est le jeu des échecs:les joueur travaille à l’intérieur d’un cadre de règles strictes et librement promulguées. Son adversaire observé les mêmes règles. Chacun des actes du joueur reçoit le choc d’un acte de même nature, l’esprit joue avec lui même. Il ne lui est opposé que ses propres démarches, suggéré que ses propres problèmes , et son activité se féconde des stimulations de son ordre interne. Il gagne encore en perdant , puisqu’il a reçu des appels nouveaux, auxquels il apprendra à répondre, il perd en gagnant puisque son savoir ne s’est pas enrichi d’une connaissance nouvelle. Entre chaque coup, l’intervalle est rempli de la partie tout entière, unifiée par la pensée; l’esprit fonctionne dans son pouvoir spécifique d’intégration et ne reçoit d’autres chocs que ceux des limites, qu’il a lui même, et librement, instituées.
Les trois types d’humanité que représentent ces joueurs coexistent et se heurtent continuellement. Ce sont des hommes d’âge intellectuel différent. Le joueur de dés est ignorant et superstitieux; il emploie des fétiches et raisonne dans le vide. Il bouche par ses croyances magiques toute possibilité de connaissance. Le joueur de bridge développe une technique en vue d’un résultat individuel;il est pragmatique. Mais le joueur d’échecs joue à l’intérieur de lui même; son activité se satisfait d’un exercice désintéressé, sans autre but que son propre développement. La passion guide le premier joueur;l’utilitarisme dirige le second; la réflexion pure éclaire le troisième. Le résultat du premier est attribué à un pouvoir occulte de chance ou de magie; celui du second à l’habileté technique;mais le résultat du troisième est un progrès de connaissance, qui trouve sa joie en lui même

Pourtant, les hommes étant ce qu’ils sont, on organise des compétitions de jeu d’échec, où la récompense consiste en argent ou en célébrité. Dans un autre ordre d’idées, cela n’étonnera personne qu’un “religieux” saoudien ait lancé une fatma contre le jeu d’échecs, contre l’Esprit même. Cela ne peut nous étonner puisque l’Islam est l’exemple typique d’une pseudo-religion anti-spirituelle , au service des passions du plan vital : cruauté, perversité, sexe (souvent pédophile) et domination:

http://www.lefigaro.fr/international/2016/01/21/01003-20160121ARTFIG00336-un-religieux-saoudien-lance-une-fatwa-sur-les-echecs.php

S’il est exact que le Coran interdit les jeux de hasard (je n’ai pas vérifié si c’st exact) cela prouve simplement l’imbécilité de l’islam : la solution à l’ignorance et à la superstition n’est pas dans l’interdiction de l’ignorance ( pas plus que la solution au problème du viol n’est dans l’interdiction de toute sexualité) mais dans l’éducation véritable, philosophique, artistique et scientifique. Cette imbécilité musulmane est aussi amplement prouvée par les accusations de ce Grand Mufti , selon lequel “le jeu d’échec provoquerait haine et hostilité entre les joueurs”. Si tel est le cas, cela prouve simplement que ces joueurs n’ont rien compris à l’essence du jeu d’échec expliqué plus haut par Mme Cochet. D’autre part il semble que ce Mufti confonde le jeu d’échec avec un jeu de hasard, ce qui n’est pas le cas de tous les musulmans selon l’article du Figaro. Bref…

Il existe un autre jeu qui intéresse beaucoup les mathématiciens et qui partage la Nature intellectuelle et spirituelle du jeu d’échec, c’est le jeu de GO. Là encore il oppose deux joueurs différents (c’est quand même un jeu) mais au fond c’est là aussi l’esprit qui joue avec lui même. L’écrivain japonais Yasunari Kawabata a écrit un roman sur ce thème, un véritable chef d’œuvre :” Le maître ou le tournoi de Go “:

http://bibliographie.jeudego.org/le_maitre_ou_le_tournoi_de_go_de_yasunari_kawabata.php

Ou le combat entre les deux joueurs est transformé en celui entre deux conceptions , traditionnelle et moderniste, du monde.

Tout ceci nous enseigne que si les thèses de Mme Cochet sont vraies, il ne faut pas leur donner une portée absolue : dans la réalité humaine qui est celle du plan vital, il existe des joueurs d’échec ou de GO qui sont capables de cupidité ou de bassesse individuelle, ou de passion pour la victoire sur leurs concurrents. Le plan spirituel n’est pas le “Dieu tout puissant” des métaphysiques religieuses, il ne saurait venir à bout facilement des “péchés” du plan vital qui tournent TOUS autour de l’égocentrisme. Il peut simplement “infiltrer” sa lumière dans le monde, à l’usage de ceux qui seront assez lucides pour se guider eux mêmes à cette lumière. De même, l’observation de nombreux scientifiques tels qu’ils sont permet de relativiser les observations de Brunschvicg sur le “Savant guidé par la seule Raison désintéressée”. Et Brunschvicg le savait très bien, lui qui oppose à tout bout de champ “l’homme en compréhension” (l’idée de l’Homme ) et “l’homme en extension” ( l’homme empirique, tel qu’il est réellement, statistiquement parlant tout au moins).
Mais c’est à autre jeu, imaginé par Herman Hesse, que je voudrais faire allusion pour finir :

http://www.castalie.fr/article-92111.html

Pour en saisir la portée, que savons-nous de ce Jeu ? A l’origine, c’est un exercice idéal :
Qu’adviendrait-il si, un jour, la science, le sens du beau et celui du bien se fondaient en un concert harmonieux ? Qu’arriverait-il si cette synthèse devenait un merveilleux instrument de travail, une nouvelle algèbre, une chimie spirituelle qui permettrait de combiner, par exemple, des lois astronomiques avec une phrase de Bach et un verset de la Bible, pour en déduire de nouvelles notions qui serviraient à leur tour de tremplin à d’autres opérations de l’esprit ? (H. Hesse)

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https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Jeu_des_perles_de_verre

J’avais moi même écrit cette page il y a longtemps, où j’évoquais les relations de la Mathesis universalis et du jeu des perles de verre , voire assimilais les deux :

http://mathesis.blogg.org/mathesis-universalis-sive-amor-dei-intellectualis-un-jeu-de-perles-de–p1002230

sauf que l’Idée de Herman Hesse , qui date de 1943, n’a pas eu de réalisation historique, alors que celle de la Mathesis universalis a donné lieu à des conceptions aussi différentes que celle de Descartes ou Leibniz.

Le “jeu des perles de verre” me semble au plus haut point exemplifier ce “jeu de l’esprit avec lui même ” dont parle Mme Cochet. Et j’aimerais l’associer à cette idée d’une nouvelle science “internelle” que j’ai eue ici, une science étendant la science classique du monde des objets, étants et événements au plan des Idées. Les Idées universelles seraient les “pions” que manipulent chacun des joueurs, comme au jeu d’échec ou de go. Ces Idées seraient prise partout, dans toutes les disciplines de connaissance créés par l’esprit humain au fil du Temps. Une Idée répondrait à une autre Idée, comme aux échecs un coup (le déplacement d’une pièce) à un autre coup. Le but serait universel, non individuel, il serait de s’élever dans le plan spirituel (dont j’ai déjà dit qu’il est orienté entre un Haut et un Bas) d’Idée en Idée, permettant ainsi à la conscience des joueurs (qui ne seraient plus limités au nombre de deux) comme à celle des spectateurs de la partie de s’élever à une compréhension plus haute du monde de l’Esprit. Idée à creuser….

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