#ScienceInternelle 4: au fait, et Dieu dans tout ça ?

Comme il fallait s’y attendre , l’attentat horrible perpétré l’autre soir à Berlin par un camion fou, qui ne supportait sans doute pas les frustrations nées de la solitude, ni l’alcool (ou les deux), n’a rien à voir avec l’islam, ce magnifique message de paix, d’amour et de tolérance. Et donc , à supposer que Dieu soit l’auteur du Coran , ce qui ne saurait être sérieusement nié sans tomber dans le péché, qui ne sera jamais pardonné place du Colonel Fabien (ni au bar du Ritz d’ailleurs) d’islamophobie, cet horrible attentat , qui a empêché Hollande de dormir , n’a rien à voir avec Dieu .. puisque Dieu = Allah et qu’Allah est encore plus gentil et sympa que les routiers, ou que Yahweh et Jésus Christ.

On m’excusera de venir “gâcher le pique-nique” comme dit Daniel Dennett au début de “Darwin’s dangerous idea” , mais je ne supporte plus ces salades … j’évoquais récemment l’affaissement spirituel :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/12/19/jose-castano-les-crimes-de-lepuration-apres-guerre/

qui conduit à vingt ans de distance (1942 et 1962) à l’abjection qui rend aveugle les “braves gens” face au malheur des juifs, puis des Harkis et des pieds-noirs (surtout les 5000 ou 6000 “disparus d’Algérie” , ces européens enlevés en 1962 qui ont été déclarés “juridiquement morts ” par les tribunaux français complaisants au pouvoir gaulliste lui même complice du FLN criminel)…

Or ce lâche affaissement , cette abjection sont maintenant, cinquante ans après, généralisés , même s’ils se cachent (mal) sous les oripeaux de la “bonne conscience antiraciste” du “vivre ensemble” et de la “tolérance” (il n’y a même plus de maisons pour celle ci, depuis 1946 je crois). Mais ici, José Castano , encore lui, vient de nouveau se rappeler à notre bon souvenir oublieux et apostrophe directement Monsieur Dupont :

http://jose.castano.over-blog.com/2016/11/repondez-monsieur-dupont.html

Tolérance et apathie sont les dernières vertus d’une société mourante

… d’une humanité mourante, dirais je plutôt.

Je le répète depuis déjà assez longtemps : si nous en sommes là, c’est parce que le problème religieux, ou si l’on veut la “question de Dieu” n’a pas été résolue de manière à ce que l’humanité soit vraiment humaine, et autre chose qu’un conglomérat de larves qui allument des briquets ou des bougies et vont se lamentant :

#PrayForBerlin

ou, pourquoi pas : #JeSuisBerlin. …

Même Farid FILLON s’adresse à ses “amis allemands” et il se prend déjà pour le président , mais des USA : #IchBinEinBerliner

Il ne manque plus que Macron Le neuneu , le “Loup de Wall Street”, pour se laisser pousser une petite moustache et venir vociférer au Reichstag…comme il l’a fait Porte de Versailles à la fin de son discours-fleuve

Quelle triste pantalonnade!

Mais je viens de lire sur Twitter une délicieuse petite histoire que je ne résiste pas à répéter ici :

“– mon fils, je voulais te dire, le Père Noël…

— il existe pas c’est ça ?

— je.. oui c’est ça!

— tu sais quand j’ai compris ça pour Dieu, j’ai compris pour lui aussi…”

Le Père Noël c’est une belle histoire pour les enfants, comme Dieu est une (pas si belle) histoire pour les “adultes” . Alors comment se fait il que nous sachions bien tous que le Père Noël n’existe pas vraiment , alors que pour Dieu le diagnostic négatif ne soit pas aussi définitif et universel? Comme dit Salman Rushdie : ” non seulement Dieu n’est pas mort, mais il est très en colère!”

Le Père Noël, nous savons que ce n’est qu’une histoire parce que c’est nous qui l’avons racontée à nos propres enfants, imitant la façon dont nos propres parents nous l’avaient racontée ! Et nous nous souvenons aussi que c’est nous qui avons mis les cadeaux sous le sapin, comme nous nous souvenons peut être aussi d’un soir de Noël où nous avons mis une cape rouge et une fausse barbe blanche , pour que nos enfants nous voient ainsi déguisés faire semblant de descendre de la cheminée .. ou bien peut être avons nous vu nos parents revêtus d’un tel déguisement et peut être à cette occasion, jugeant que nous étions assez grands désormais , ont ils enlevé leur fausse barbe et leur cape et nous ont ils appris.. ce que nous savions déjà confusément sans doute.
Avec Dieu c’est un peu différent :certes ce sont des histoires, mais racontées dans de vieux livres dont personne ne sait précisément qui les a écrits. Des tas de personnes très lettrées, très éduquées, parlent de ces livres et affirment y découvrir des sens mystérieux . Ceux qui ont écrit ces livres sont morts il y a longtemps, ils ne vont pas revenir pour nous confesser qu’ils ont inventé ces histoires de la Bible ou d’autres livres antiques dits “sacrés” , les Vegas par exemple, et d’ailleurs qui pourrai se flatter d’être la personne individuelle précisé qui a inventé ces récits . En ce qui concerne la Bible en tout cas c’est très compliqué et aucun des “experts ” en ces questions ne s’entend avec les autres pour donner des dates, des noms, des identités précises, et d’ailleurs à quoi cela servirait il ? Et cette situation se reproduit pour tous les peuples qui ont vénéré un ou des dieux .. “ceux qui savent” (ou prétendent savoir) affirment qu’il y a dans le texte biblique une hiérarchie de sens symboliques et pour les Vedas c’est pareil, mais pourquoi cele ne serait il pas vrai de tout un tas d’autres traditions, ou légendes, servant de cadres à un ou à des dieux? Sans compter que beaucoup de traditions sont restées orales, non écrites , et ont disparu avec les peuples qui se les transmettaient oralement….
Ici j’ai tranché dans le vif de ce fouillis, de cette complexité qui risque de nous faire tourner en rond comme les personnages de “La mare au diable” , en affirmant que Dieu n’est pas seulement un labyrinthe d’histoires, symboliques ou mythiques, mais qu’il est une Idée , formée depuis toujours par l’esprit humain parce que répondant à des contraintes, des besoins, des nécessités très réelles et indépendantes de l’époque… ce n’est pas une invention arbitraire ou bien du type de celle du Père Noël qui répond aussi à des besoins précis (comme de réjouir les enfants) , ce n’est pas plus une invention que, disons l’Idée du cercle , qui répond aux besoins de la géométrie et donc de la Science.

Par contre pouvons nous dire que Dieu “existe” , dans le monde, comme existent les humains ou les arbres ? Pas plus que pour le Père Noël, mais il y a une différence : c’est que pour le Père Noël nous savons de façon certaine qu’il ne peu pas exister ainsi, puisque c’est nous qui l’avons inventé pour nos enfants … avec Dieu c’est moins évident, il y a beaucoup de niveaux différents qui se recoupent :symbolique, métaphysique , cosmologique .. au fil du temps, les philosophes s’en sont mêlés et ont créé des arguments savants, comme l’argument ontologique .. nous jugerions ridicule et stupide (ou peut être humoristique ) toute tentative d’un “philosophe” d’écrire un livre pour prouver (aux enfants) que le Père Noël ne peut pas exister , que c’est une impossibilité radicale , compte tenu de nos connaissances scientifiques. Par contre pour Dieu un tel livre , plusieurs même , ont été écrits, ne fût ce que récemment : on peut citer “The God delusion” de Richard Dawkins, ou bien, en plus “hard” :

“Dieu :l’hypothèse erronée ; comment la Science prouve que Dieu n’existe pas” par le physicien Victor Stenger.

Personne d’éduqué ne va affirmer que Dieu existe dans le monde avec un corps comme les humains et pourtant il y a des tas de “croyants” qui ne pensent pas ainsi mais ne vont pas jusqu’à dire que Dieu n’existe pas du tout physiquement , qu’il n’est donc qu’une idée abstraite : c’est qu’ils ont toujours la ressource de se réfugier dans l’imprécision , le flou “artistique” du mystère : ” si , Dieu existe” vous diront ils, “mais pas comme les objets du monde” , ” et vous pouvez le rencontrer intérieurement , sentir sa Présence si vous faites les prières requises, les méditations requises, les exercices spirituels requis ” mais il n’empêche que ces croyants ne diront jamais que Dieu est “purement intérieur” qu’il ne peu en aucune façon intervenir dans le monde, car ce serait nier les mythes de création , ce serait pour beaucoup renoncer à ce qu’ils ont de plus sacré : leur croyance en Dieu Créateur, Omnipotent, omniscient .
Pourquoi affirmons nous ici que ce “Dieu” n’est qu’une illusion malfaisante, dont il faut absolument débarrasser l’humanité ? Parce qu’en lui le duel entre croyance et vérification dont parle Marie Anne Cochet ne peut tourner qu’au détriment de toute vie raisonnable : voir :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/12/18/cochetbrunschvicg-13-la-faillite-du-rationalisme-lorsquil-se-separe-de-lidealisme-et-du-criticisme/

Le duel foncier entre la croyance et la vérification ne cesse malheureusement que rarement après la vérification elle-même. Car, pour l’être d’impulsive affirmation qu’apparaît l’homme à l’observateur de sa vie pensante, la tentation est grande d’ériger chaque vérification en vérité définitive, et ainsi, la croyance, vaincue un instant par le libre travail de l’esprit vérificateur , renaît sournoisement à l’issue du mouvement même qui l’a écartée. Dernier piège qu’il faut déjouer, dernier combat qu’il faut livrer

Un peu comme si l’enfant voulait vérifier que le Père Noël est bien le Père Noël , et tombait sur un de ses proches lui racontant une histoire à dormir Debout , que l’enfant goberait et qu’il se mettait à presque “diviniser” cette personne de son entourage .. en fait, ce que Marie Anne Cochet dit ici, c’est qu’il n’y a pas que le monde qui soit “une machine à faire des dieux” (comme dit Bergson) l’imagination humaine aussi .. quant à la vérification, ces croyants dont je parlais tout à l’heure sont passés maîtres et experts dans l’art de se duper eux même, dans l’art de fabriquer de l’invérifiable, habillé de mots étranges et mystérieux, mais creux.. ..
Ce duel interminable entre croyance et vérification, qui ne cesse jamais parce que l’imagination humaine refuse souvent la voie rationnelle et fabrique de l’invérifiable comme “refuge” , ce duel qui ne peut finir provoque une sorte de “maladie de l’âme” , une langueur qui peut laisser place à la rage et à la violence, une pathologie, à base de crainte et de mal être intérieur … en plus le croyant se sentira obligé de “donner le change” et de cacher son malaise (fait de crainte de voir ses croyances , dont il sait bien qu’il n’a jamais osé les vérifier à fond, démenties ) d’où une nouvelle pathologie, consistant en une scission intérieure, visant à masquer son trouble intérieur, un dédoublement , une sorte de paranoïa.. voir la fin de “Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon”

Mais assez de cette atmosphère d’hôpital, venons en maintenant à la solution au problème religieux que nous proposons ici : Dieu est une Idée , il n’existe donc pas comme “étant dans le monde”, dans la terminologie utilisée ici, Dieu se situe sur le plan internel et hénologique des Idées, ou “plan d’immanence” et non pas sur le plan ontologique vital des étants, ou “monde”, ou “plan de transcendance”. Ce qui s’est passé dans l’histoire des métaphysiques et des religions, c’est ce que Brunschvicg décrit dans l’Introduction au “Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale”:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

4. Ces observations contiennent le secret de l’histoire du pythagorisme. L’homo sapiens, vainqueur de l’homo faber, y est vaincu par l’homo credulus. Grâce aux démonstrations irréprochables de l’arithmétique pythagoricienne, l’humanité a compris qu’elle possédait la capacité de se certifier à elle-même, non pas des vérités qui seraient relatives au caractère de la race ou du climat, subordonnées au crédit des magiciens ou des prêtres, à l’autorité des chefs politiques ou des pédagogues, mais la vérité, nécessairement et universellement vraie. Elle s’est donnée alors à elle-même la promesse d’une rénovation totale dans l’ordre des valeurs morales et religieuses. Or, soit que l’homo sapiens du pythagorisme ait trop présumé de sa force naissante, dans la lutte contre le respect superstitieux du passé, soit qu’il n’ait même pas réussi à engager le combat, on ne saurait douter que le succès de l’arithmétique positive ait, en fin de compte, servi d’argument pour consolider, pour revivifier, à l’aide d’analogies mystérieuses et fantaisistes, les propriétés surnaturelles que l’imagination primitive associe aux combinaisons numériques. La raison, impatiente de déployer en pleine lumière sa vertu intrinsèque et son efficacité, s’est heurtée à ce qui apparaît du dehors comme la révélation d’une Parole Sacrée, témoin « le fameux serment des Pythagoriciens : « Non, je le jure par Celui qui a révélé à notre âme la tétractys (c’est-à-dire le schème décadique formé par la série des quatre premiers nombres) qui a en elle la source et la racine de l’éternelle nature… » Le caractère mystique du Pythagorisme (ajoute M. Robin) se révèle encore par d’autres indices : c’est caché par un rideau, que le Maître parle aux novices, et le fameux : Il l’a dit (αὐτὸς ἔφα) ne signifie pas seulement que sa parole doit être aveuglément crue, mais aussi que son nom sacré ne doit pas être profané »

C’est à dire que la “rénovation totale dans l’ordre des valeurs morales et religieuses” (que nous visons ici dans l’édification de ce que nous appelons une “Science internelle des Idées” , étendant la physique mathématique du plan ontologique au plan des Idées) a vu le jour, mais comme promesse seulement, en Grèce, dans le pythagorisme.

Il y a eu à l’intérieur un schisme entre “acousmatiques” (mystiques, théosophes) et “mathématiciens” qui s’est terminé par la victoire des premiers :dès lors, comme dit Brunschvicg, “le Moyen Âge était fait”.. jusqu’au retour à la spiritualité pure de Platon dans le cartésianisme:

Il est à remarquer que le conflit des tendances n’est pas resté à l’état latent : il y a eu, sans doute vers la fin du Ve siècle, un schisme dans la Société pythagoricienne, et qui a mis aux prises Mathématiciens et Acousmatiques. Ceux-ci (et les expressions dont se sert M. Robin sont tout à fait significatives), « pour conserver à l’Ordre une vie spirituelle, parallèle à celle de l’Orphisme et capable de la même force d’expansion ou de résistance, s’attachèrent avec une passion aveugle à l’élément sacramentel et mystérieux de la révélation, à des rites et à des formules : les Acousmatiques ont voulu être des croyants et des dévots. Les autres, sans abandonner formellement le credo des premiers, en jugèrent l’horizon trop étroit : ils voulurent être, et eux aussi pour le salut spirituel de leur Ordre, des hommes de science. Mais cela n’était possible qu’à la condition de renoncer à l’obligation du secret mystique et de justifier rationnellement des propositions doctrinales. Aux yeux des dévots, ces savants étaient donc des hérétiques. Mais ce sont eux, hommes de la seconde génération pythagorique, qui ont transformé en une école de philosophie l’association religieuse originaire. C’est pourtant celle-ci, réduite à ses rites et à ses dogmes, qui a survécu jusqu’au réveil néo-pythagoricien. »

Au total, ce sont les hommes caractérisés par la première structure mentale, réaliste et ontologique, soumise aux instincts propres au plan vital, qui se sont emparés du “problème religieux”. Et toute tentative de rénovation se heurte à une sorte d’inertie, poids des traditions et des pensées contaminées par les “acousmatiques”:

Sur le terrain de la vie pratique il est sûr qu’il en est autrement. Là, en effet, la prise de conscience sépare deux manières d’agir radicalement contraires : l’une où ce qui vient, soit du dehors, soit du passé, se prolonge par l’inertie de l’impulsion organique ou de la suggestion sociale ; l’autre où l’autonomie de la réflexion vient apporter à l’être raisonnable la liberté de son propre avenir. De leur opposition résultera, non plus un simple décalage dans l’évolution d’un individu ou d’une société, mais une rupture violente d’équilibre, qui risque de mettre en pièces l’ancien tableau des valeurs morales et religieuses, qui entraîne des réactions violentes, comme celle qui aboutit au procès et à la mort de Socrate….

Par contre, Descartes, dès le début des Regulæ ad directionem ingenii, fait dépendre la positivité de la science d’une conception de la sagesse humaine, donnée brusquement dans son unité et dans son universalité, qui par suite exige un renoncement héroïque aux préjugés de l’enfance, aux traditions de l’enseignement, une conversion de l’être tout entier à la lumière de l’intelligence….
…Pour l’analyse du progrès de la conscience occidentale, il est donc essentiel que nous prenions en considération la diversité des plans que cette conscience est appelée à parcourir. Mais nous ne dissimulons pas les difficultés d’une semblable entreprise. C’était déjà une chose assez délicate que de chercher à saisir dans leur connexion réciproque, d’une part, l’œuvre des mathématiciens ou des physiciens, d’autre part la philosophie qui pouvait paraître ou l’avoir inspirée ou en fournir l’interprétation : à chaque étape du progrès scientifique, un système se détache qui prétend en fixer le moment, comme si l’humanité avait jamais atteint le terme définitif de son évolution ; et par là se constitue une succession d’images doctrinales qui se prêtent à tous les raccourcis, à toutes les controverses, et qui se substituent dans la mémoire des siècles au travail complexe de l’esprit scientifique. Du moins, les résultats positifs du savoir se dessinent en traits assez nets et assez précis pour permettre le redressement objectif de l’histoire : d’elle-même la séparation semble s’opérer entre ce qui s’est évaporé par l’action du temps et ce qui demeure au fond du creuset.

si les saints, dans un exposé comme le nôtre, apparaissent dépouillés de leur auréole, ce n’est nullement que leur sainteté y soit mise en question, c’est que l’homogénéité de la matière historique est un postulat de méthode sans lequel l’historien abdiquerait la liberté du jugement. Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme.

L’homogénéité de la matière historique (philosophique , religieuse, scientifique) comme postulat de la méthode, cela signifie que l’on refuse de soumettre la pensée sous la dépendance du langage et de la “culture”, c’est à dire de l’inertie sociale : par exemple à la manière de l’anthroposophie de Rudolf Steiner qui distingue selon les époques des “états de consciences” différents qui rendrait impossible tout jugement rationnel sur les époques du passé lointain ce postulat d’unité est justifié justement par la diversité des plans, et par la prise en compte du fait que le plan spirituel internel des Idées surplombe le plan vital et n’est pas sous sa dépendance…

Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός. Ce problème, s’il devait prendre dans le christianisme une forme de plus en plus aiguë, ne relève à son origine que de la seule philosophie. Notre tâche était d’en établir la portée et d’en expliquer les conséquences d’une façon assez nette et assez vive pour qu’il ne subsiste, dans l’esprit de nos lecteurs, ni obscurité ni incertitude, ou sur l’intention de notre travail, ou sur le sens de leurs propres réactions

J’ai déjà insisté sur l’importance de la pensée d’Albert Lautman , élève de Brunschvicg, comme Jean Cavaillès, qui interprète de manière décisive la pensée de Descartes dans la notion de “montée vers l’Absolu”, voir cet article important sur lui de David Corfield , “philosophe mathématique” dont j’ai aussi perlé dans l’article 3 de ce hashtag :

Lautman et la réalité des mathématiques” par David Corfield :

http://www.erudit.org/revue/PHILOSO/2010/v37/n1/039714ar.html

Où l’on doit s’intéresser notamment au chapitre 1 sur la “montée vers l’Absolu” , cette façon de Lautman considéré par Zalamea comme un précurseur de la théorie des catégories (née en 1945, un an après sa mort), de donner une forme mathématique (à partir de l’algèbre et de la théorie des nombres) à l’argument de Descartes qui prétend prouver l’existence de Dieu en tant qu’Etre parfait à partir du constat de nos imperfections :

S’il y a un chapitre dont je me souviens bien vingt ans plus tard, c’est de La montée vers l’absolu de Lautman. Ici nous trouvons, conjuguées d’une manière brillante, les manifestations dans la philosophie et dans les mathématiques d’une idée concernant l’imperfection et la perfection. Cette idée en deux parties est celle dans laquelle il est affirmé que tout cas d’imperfection présuppose une perfection correspondante, et qu’il est possible de comprendre les attributs de la perfection à travers les défauts de l’entité imparfaite qui lui est associée. La réalisation de cette idée se manifeste en philosophie dans l’argument de Descartes selon lequel nous pouvons connaître l’existence d’un être parfait, ainsi que ses attributs, en prenant conscience de nos propres imperfections. Par exemple, nous doutons parfois au lieu de savoir, ce qui constitue une imperfection, par conséquent nous pouvons affirmer qu’un être parfait est omniscient.

Seulement cet argument , comme la “preuve ontologique ” de l’existence de Dieu , est illégitime, comme l’a démontré Kant , car il consiste à étendre au monde la légalité et la constitution du plan de l’Idée, à mélanger en quelque sorte les deux plans, en niant ainsi l’Ouvert, ou la Dualité des plans : nos imperfections appellent une Perfection, mais en tant qu’Idée (Idée de Perfection qui est l’Idée de Dieu cherchée) pas en tant qu’Etre Parfait. Les recherches mathématiques de Lautman sont d’une importance cruciale, car elles sont comme une “rampe de lancement” pour la “nouvelle science internelle” que nous projetons d’édifier ici .

En mathématiques, les Idées et vérités internelles (théorèmes) appellent, selon des démonstrations rigoureuses, l’existence d’autres Idées, la vérité d’autres théorèmes . Mais il s’agit de l’existence au sens mathématique, (fondée sur la non-contradiction), pas de l’existence dans le monde. Personne n’a jamais prétendu que les entités de l’algèbre abstraite existaient dans le monde, comme les arbres ou les fleurs…

J’ai déjà précisé que toutes les Idées ne sont pas mathématiques, mais que toutes possèdent un “mathème” , terme dû à Lacan :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mathème

un représentant mathématique . L’Idée de Dieu doit être associée à la Perfection non pas comme “arrêt définitif ” qui serait une “mort de la Pensée” mais comme Perfectionnement continuel de la conscience, “progrès de la conscience dans la philosophie occidentale” , “montée vers l’Absolu” , montée de l’âme, de la conscience, vers le plan spirituel-internel des Idées. J’ai déjà cité la Teleiosis d’Hoené Wronski , qui a pour mathème la notion mathématique de congruence des Nombres:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/26/correspondance-de-louvert-avec-les-idees-de-wronski/

Mais Wronski vivait à l’époque de Galois, et n’a d’ailleurs pas pu ou su prendre en marche le train de la totale rénovation de l’algèbre par Galois, qui a abouti à la notion de structures (groupes) puis d’espèces de structures (catégories) . Résumons : la Perfection c’est le perfectionnement continu. Dieu est la condition de possibilité de la “montée vers l’Absolu” de Lautman, qui permet la libération de l’âme humaine vis à vis de l’emprise du plan vital par la montée vers les Idées. Dieu n’est pas ce psychopathe barbu qui hurle ses ordres depuis le Sinaï ; Dieu est Liberté par la Raison. Seule la Raison est émancipatrice. Nous ne pouvons être libres si nous n’avons pas, radicalement immanente à notre conscience, cette Idée de Dieu qu’il s’agit maintenant de dévoiler et révéler. C’est pourquoi l’Idée de Dieu est nécessaire pour que les humains puissent être libres et puissent donner un sens à leur existence (sens qui est l’acheminement de l’âme vers la Perfection) Je place réellement de grands espoirs en la pensée d’Albert Lautman, qui vient un siècle plus tard que Wronski. Je vais consacrer mes vacances à la lecture et à le méditation du livre regroupant ses recherches “Les mathématiques, les Idées et le réel physique” (de Vrin) , ce petit joyau qui traîne dans le fatras de mes livres depuis longtemps: il aura fallu que j’ai l’idée de créer ce blog pour le redécouvrir . En tout cas on risque de ne pas beaucoup me voir sur les pistes, encore moins aux terrasses à boire des vins chauds comme “Jean Claude Dusse de Paris” dans “Les bronzés font du ski” …

J’aurai mieux à faire…

L’Idée de Dieu , c’est à dire Dieu lui même , et la rénovation philosophique et religieuse qui l’accompagne, est vraiment la plus importante pour les recherches engagées ici : il est crucial de ne pas se tromper…

Je souhaite donc aux estimés lectrices et lecteurs de ce blog de bonnes fêtes et… à l’année prochaine. J’espère revenir avec Dieu dans mon sac à dos, ou alors… avec une satanée gueule de bois, si je n’ai pas pu ni su renoncer aux vins chauds… comme “Jean Claude Dusse de Paris”.

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