#ScienceInternelle 6 : “Les harmonies de l’être exprimées par les Nombres ” de l’Abbé Lacuria, le “Pythagore français”

Voir ce blog:

http://lacuria69.blogspot.fr

“Les harmonies de l’être exprimées par les Nombres” est sur Gallica mais aussi en bibliothèque de ce blog que j’avais nommé “Les harmonies de l’Esprit” en référence à cet ouvrage , l’un des plus importants écrits en (belle) langue française depuis Malebranche:

Volume 1:

https://lesharmoniesdelesprit.files.wordpress.com/2015/10/lacuria1.pdf

Volume 2:

https://lesharmoniesdelesprit.files.wordpress.com/2015/10/lacuria2.pdf

La forme utilisée par Lacuria , au moins dans ce titre , est en effet clairement substantialiste, c’est ce qui le distingue de la pensée qui sous-tend ce blog : les Nombres sont des Idées, et l’harmonie qu’ils apportent n’est pas celle de l’Etre mais de l’Esprit.

Je possède une édition originale de 1847, dédicacée par Lacuria lui même à “Mr Hervé” , c’est un exemplaire ayant appartenu à Ely Star qui l’a signé en Septembre 1890 et a écrit dans les marges différentes annotations . J’ai fait des recherches sur Ely Star, il a écrit en 1902 “Les mystères de l’être ” qui est lisible sur Gallica:

http://www.rechercheisidore.fr/search/resource/?uri=ark:/12148/bpt6k49690d

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On trouve aussi cet ouvrage ici :

http://www.iapsop.com/ssoc/1902__star___mysteres_de_l_etre.pdf

Ely Star , de son vrai nom Eugène Jacobs, est né en 1847, l’année même de l’édition originale du livre de Lacuria, et mort en 1942:

https://www.abebooks.fr/rechercher-livre/auteur/star-ely-eugene-jacobs/

Bibliothèque Chacornac,, Paris:, 1902. First edition.. 8vo. Pagination: 960,372p. 1/2 calf, over marbled boards, title & rules gilt, rubbing to spine and at edges. Bookplate of Georg Clausen (the English artist?) on inside front board. Illustrations: Photographic frontispiece of the author, text illustrations. Jacobs (1847-1942) French astrologer, kabbalist and occultist. “Il constitue une précieuse encyclopedia d”Occultisme et il traite savamment de toutes branches.” [Caillet.] Citations: Esoterica 4651. Caillet 5447 “Bel ouvrage”.

Il a donc vécu assez vieux hélas pour assister à la monstrueuse guerre de 1914-1918 et à l’invasion de 1940 : j’espère qu’il n’a pas souffert des persécutions de 1942…l’année de sa mort à 95 ans.
Le livre de Lacuria commence par l’Evangile de Jean, dont le prologue est à lui seul, comme l’a dit fort justement Fichte, un résumé de toute la philosophie, (ou religion du Verbe, soit ce que nous voulons développer ici sous le nom de “Science internelle” ) et par la Trinité , “car par la Trinité seule, la philosophie ou explication universelle des choses peut avoir un point de départ, une règle dans sa marche et un centre d’unité”. Lacuria décèle la Trinité dans les trois mots les plus importants de l’évangile de Jean, : vie, verbe, lumière, qu’il identifie respectivement au Père, au Fils et à l’Esprit.
Il s’appuie sur Schlegel cherchant à se former une Idée de Dieu:
De pures négations comme l’idée de l’infini, ou celle de l’immensité, ou encore celle d’absolu, sont incapables de nous fournir une Idée suffisante de la divinité” Il la reconnaît dans l’idée de vie, vie suprême c’est à dire ayant son principe en elle même, moins caractérisée par l’attribut de l’infini que comme source de toute vie, soit finie soit infinie, une vie lumineuse qui s’éclaire elle même et éclairé toute chose…
“Cette vie, ce verbe, cette lumière forment trois puissances qui se résument en une seule, et peuvent être considérées comme le degré le plus élevé’ de toute existence;c’est en même temps le point suprême de toute Science et le centre de toute foi. La vie est le fond de l’être et la pensée ne peut remonter plus haut”

De telles conceptions , qui se retrouvent chez Fichte et Schlegel, rappellent le “Dieu de la vie” qui selon Marie Anne Cochet est seulement celui des hommes du second groupe humain:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/20/cochetbrunschvicg-11-trois-types-detres-humains-et-trois-sortes-de-jeux/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/24/cochetbrunschvicg-12-trois-types-detres-humains-donc-trois-conceptions-de-dieu-trois-dieux-en-guerre/

et j’opte ici plutôt , concernant l’Evangile, pour “Dieu est Esprit”. Par contre il faut défendre le trinitarisme contre les mensonges agressifs de l’islam, et l’un des physiciens théoriciens promoteurs de l’utilisation de la théorie des topoi en physique, Christopher Isham, le fait très bien, à partir de la “logique de la vérité partielle ” qui est celle des topoi, Woit en parlé ici dans son blog:

http://www.math.columbia.edu/~woit/wordpress/?p=606

“One of the topics that some people at the symposium are working on is that of reformulating quantum mechanics using topos theory, an idea promoted by Chris Isham……The article also describes Isham’s “somewhat mystical view of reality” and the fact that he likes to “take part in interesting meetings on the twilight zone between physics and religion.” At one earlier this year about “God and Physics”, he speculated that “a logic of partial truth might be useful in comprehending the Trinity.””

J’avais lu les thèses d’Isham avec grand intérêt, malheureusement l’article dont parle Woit n’existe plus sur Fqxi:

http://fqxi.org/community/misc/page-not-found/__details/community/articles/download/details/Isham_Christopher.pdf

J’ai trouvé celui ci , qui en rappelle un peu l’esprit, mais sans les topoi:

http://groups.creighton.edu/sjdialogue/documents/articles/michel_radical_monotheism.htm

Pour en revenir à Lacuria et à ses explications éclairantes du chapitre 1:

“Voici donc la Trinité :le Père, qui est vie ou immensité (Infini); le Fils qui est Verbe, ou forme et distinction, variété; le Saint-Esprit qui est lumière et amour , ou unité. Et ces trois personnes ne sont qu’un seul Dieu: on ne peut les concevoir l’une sans l’autre… la lumière pour éclairer suppose la forme, et voilà pourquoi elle n’est pas appelée l’intelligence…mais la forme est elle concevable sans la substance? Non!Elle à son principe dans la vie et ne peut subsister que par elle. La vie de son côté ne peut se concevoir seule, sans réaliser la forme, Elle appelle donc nécessairement la forme, et par là même l’engendre. Mais dans son premier acte elle ne suppose rien, elle est à elle même son principe”

Seule la dernière phrase peut me faire tiquer là dedans…et d’ailleurs la cosmologie moderne s’est développée de façon fort différente, puisque la vie n’y émerge que très tard, et “suppose” l’histoire antérieure du cosmos. En tout cas cette “vie suprême ” postulée par Lacuria est très éloignée de la nôtre , qui n’a pas son principe en elle même, comme nous le savons bien. Quoiqu’il en soit, une force de conviction incroyable émane de ces lignes, avec (si l’on raye les derniers mots et la primauté donnée à la vie donc à l’expérience et à la manifestation empirique du Réel) ce cercle de trois “puissances” s’appelant l’une l’autre, et seule la croissance de la Science internelle , qui ne se préoccupe que d’Idées, donc de Formes, permettra de prendre une orientation définitive, mais fondée en Raison.
C’est au chapitre II que Lacuria parle du nombre 2 et du Verbe, qui est distinction, discrimination, forme, et il distingue justement de façon fort intéressante deux sortes de “langages” : le langage ordinaire, positif parce qu’évoquant des réalités du monde et le “langage des Nombres” , qui “n’exprime que le côté négatif, la limite” .
On a là en germe la distinction de Brunschvicg entre les “logoi” et les “mathemata” qui est systématisée ici dans la distinction entre plan vital -ontologique ou monde et plan des Idées ou Formes. Notons tout de même la différence avec Lacuria:
“Les Nombres n’expriment aucune idée : prenez tous les termes des mathématiques, vous n’en ferez jamais rien sortir de positif; j’en excepté l’unité , le premier terme et celui qui les engendre tous”

Ceci est vrai, si l’on restreint les idées aux représentations d’objets du monde, qui ne peuvent cependant exister qu’en étant distingués de ce qui n’est pas eux.
Au total Dieu se connaît en se distinguant de ce qui n’est pas lui : le non-être, le néant: “voilà le nombre 2, tous les autres Nombres sont possibles maintenant; cependant il n’y a pas de nouvelle substance introduite, car ce qui différencie cette idée, c’est ce qui n’est pas”

La division , par laquelle seront obtenus tous les Nombres, ne peut porter sur la substance,ou l’être qui est indivisible: elle portera donc nécessairement sur le non -être, qui doit être appelé non pas infini, mais indéfini, et sera exprimé par la suite indéfinie des nombres.
Lacuria prend l’exemple d’une feuille de papier, sur laquelle on trace au crayon des figures, que l’on pourra ensuite effacer et changer;”de même, la limite peut se promener et s’étendre à volonté sur la surface de l’être , sans atteindre l’être lui même, qui reste un dans sa substance ” (l’être est représenté par la feuille de papier)
” Cette grande distinction de l’être et du non-être est la source de toutes les distinctions et les renferme toutes” : elle est remplacée dans la pensée post-heideggerrienne par la différence ontologique :

l’être n’est rien d’étant

Nous lui substituons ici ce que nous appelons “différence hénologique” , ou “Ouvert” : différence entre plan ontologique et plan des Idées et nous identifions le premier au domaine mathématique des ensembles, en suivant Badiou : selon le paradoxe de Russell, il n’y a pas d’ensemble de tous les ensembles, par contre il y a une catégorie Set de tous les ensembles, qui sera l’être :l’être n’est donc pas un étant (un ensemble) mais une Idée, une catégorie, appartenant à CAT , (méta)catégorie de toutes les catégories:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/25/la-metacategorie-cat-de-toutes-les-categories-comme-modele-mathematique-du-monde-des-idees-de-platon/

Nous obtenons ainsi comme premier théorème de la Science internelle, par voie mathématique et démonstrative, rien d’autre que la “différence ontologique” :

l’être n’est rien d’étant

Je préfère ma propre voie , celle de la dualité entre plan ontologique et plan internel , à celle de Lacuria de “la distinction entre l’être et le néant” parce que cette dernière mene, comme d’ailleurs certaines “interprétations” de la différence ontologique, à des confusions d’ordre mystique entre l’être et le Néant; de “l’être n’est rien d’étant” on a vite fait de passer à “l’être est le Rien, le Néant”. Words!words!words!

Malebranche nous à bien mis en garde contre ce type de confusions dû à un emploi abusif du langage ordinaire, le premier ordre de langage de Lacuria, voir:

http://intellection.over-blog.com/article-l-inexistence-n-est-pas-le-neant-84318396.html

J’avais il me semble déjà parlé ici de cet article de Charles Singevin : “De l’être à l’un” dans la “revue de métaphysique et de morale” numéro 1 de 1967 que l’on peut lire en s’inscrivant gratuitement sur Jstor:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/04/17/appropriation-et-pensee-ontologique/

https://ledieudesphilosophes.wordpress.com/2013/04/02/charles-singevin-de-letre-a-lun/

article qui éclaire ce genre de dangers de confusions, Page 1-2:

“L’être est l’ultime horizon. Ce que Kant se donnait sous le nom de noumène, de chose en soi, n’est, en somme, que cet horizon.

Mais justement ce n’est pas une chose, ce n’est pas un étant: c’est un rien. Ce qu’il en est de l’être, ce qu’il y a avec l’être, c’est le rien. Et que le rien, dit Heidegger, ne soit pas rien, puisqu’il est l’horizon, cela signifie qu’il y a une présence du non -être, une présence du néant, au fondement de toute manifestation.C’est cette présence du néant qui se révèle, pour ainsi dire en personne, dans une tonalité affective telle que l’angoisse

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