#ScienceInternelle 11: comment expliquer le tabou universel de l’inceste ? (Seconde partie)

Ces trois dieux, ou trois Idées de Dieu, en lutte dans la conscience de l’humanité, dont parle cet article :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/24/cochetbrunschvicg-12-trois-types-detres-humains-donc-trois-conceptions-de-dieu-trois-dieux-en-guerre/
on peut les associer au réalisme physique (matière) et biologique (vie), et, pour le plus haut d’entre eux, “Dieu des philosophes et des Savants” , à l’idéalisme rationnel de l’Esprit…ce sont les formulations de Marie Anne Cochet , (meilleure) interprète de la pensée de Léon Brunschvicg :

“Mr Brunschvicg s’exprime ainsi :” Dieu, dans le plan du réalisme physique , sera le Créateur, où tout au moins le Démiurge. Dans le plan du réalisme biologique il sera le Père, ou pour mieux dire l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, , engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils , enfin dans le plan de l’idéalisme rationnel, il est le Deus interior, unité présente à tout acte d’unité, jugement d’intelligence ou sentiment d’amour.
Ainsi la matière aura son Dieu, la vie aura son Dieu, l’esprit a son Dieu. Or, ces trois Dieux sont ils compatibles l’un avec l’autre?
Hélas non! Et comme autrefois les dieux des hordes primitives, ces trois Dieux se heurtent dans les sociétés humaines.
Pour que Dieu soit en Esprit et en Vérité, continue Mr Brunschvicg, il faut d’abord qu’il ne soit qu’en Esprit et en vérité. Croire ou vérifier, l’alternative est inéluctable

Le premier à partir du bas, Dieu-Créateur, dieu de la matière, est le dieu de l’Islam, Idole sanguinaire du fanatisme nazi et de celui de DAESH ;le second, Dieu du réalisme biologique et de la vie, est le dieu du christianisme. Seul le troisième, Dieu de l’idéalisme de l’Esprit, “Dieu des philosophes et des Savants” , est le Dieu véritablement divin que Brunschvicg oppose au Dieu humain des religions d’avant la Science, d’avant la ligne de démarcation des Temps qui est le cartésianisme, “déplacement d’axe de la vie religieuse consistant en l’apparition d’une physique mathématique au 17 éme siècle européen” selon la formulation de Brunschvicg (une physique mathématique qui n’est cependant pas la physique cartésienne, qui s’est fourvoyée, nous le savons maintenant):

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

L’interdit de l’inceste, comme tous ceux du domaine du sexe (porte d’entrée dans la vie) et ceux aussi touchant au meurtre et à l’avortement (portes de sortie de la vie) ne concerne que le second niveau, celui du réalisme biologique: il n’est donc pas Absolu ni absolument universel, il est universel au sens abstrait ensembliste-ontologique:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/universalisme-concret-categorique-ou-abstrait-ensembliste/

c’est à dire qu’il s’étend à l’ensemble des sociétés humaines, mais pas au sens concret -catégorique, au sens où il concernerait la perfection de l’humanité , ce qui est le sens d’un “universel” en théorie des catégories (signifier la perfection d’une certaine propriété), voir :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/18/david-ellerman-concrete-universals-in-category-theory/

Pour que l’interdit de l’inceste soit Absolu, il faudrait qu’il soit issu du plus haut des trois niveaux, celui de l’idéalisme de l’Esprit : mais celui ci ne connaît plus ni différentiation sexuelle, ni sexe, ni génération…

Mathématiquement, les deux niveaux les plus hauts , Dieu de l’Esprit et Dieu de la Vie, correspondent à ce que j’appellerai ici “proto-catégories ” (bien que ce soit des catégories au sens mathématique):

-la catégorie 1 , appelée quelque fois “triviale” ou “dégénérée” comprenant un seul objet et l’unique morphisme-identité associée (il est d’usage de confondre un objet avec le morphisme-identité qui lui est associé, cette catégorie peut donc être considérée comme ne comprenant qu’une seule entité. Elle correspond au nombre 1 de l’Unité chez Lacuria et Martin Etchegoyen, nombre qui par division donne la suite indéfinie-infinie des nombres entiers. C’est le mathèmes du Dieu de l’Esprit, qui est l’Un absolument pur

-la catégorie comprenant deux objets , les deux morphismes-identités associés à chacun de ces objets, et un morphisme reliant ces deux objets que nous appellerons P (comme “Père” ) et F (comme “Fils” ou “Fille”). Le morphisme les reliant, procédant de P à F, peut être considéré comme l’Esprit-Saint et cette catégorie est donc le mathème de la Trinité chrétienne, nous la noterons donc 3:

P → F

Lacuria parle philosophiquement de la Trinité dans ses “Harmonies de l’être”, voir:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/14/scienceinternelle-6-les-harmonies-de-letre-exprimees-par-les-nombres-de-labbe-lacuria-le-pythagore-francais/

Si l’on relit cet ancien article donnant les premières bases de la démonstration du fait que CAT , (méta)catégorie de toutes les catégories est l’Idée de l’Un, mathème du monde spirituel ou monde des Idées de Platon et que Set , catégorie des ensembles, est l’Idée de l’être, mathème du plan ontologique:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/22/premiere-pierre-pour-une-nouvelle-science-internelle-mathesis-universalis-lidee-de-lun/

on note ceci:

Nous avons donc deux cadres mathématiques correspondant aux deux plans : théorie des ensembles pour le plan ontologique et théorie des catégories (obtenue en adjoignant des relations, des flèches à la théorie des ensembles) pour le plan internel. De plus nous ne voulons pas de l’Un séparé , transcendant des théologies parce qu’il s’oppose à l’unité radicalement immanente qui est propre au platonisme de Brunschvicg qui a montré de manière satisfaisante qu’il est “la vérité de la philosophie”. Nous devons donc avoir une idée mathématique du cadre de la théorie des catégories qui satisfasse à cette “condition d’immanence” et qui, par déchéance sur le plan ontologique-ensembliste, devienne le “compte-pour-un” d’un ensemble, l’Un comme opération de Badiou. Il n’y a , comme je l’ai déjà dit ici , qu’une idée mathématique qui satisfasse à tous ces réquisits, c’est le morphisme-identité associé à tout objet de la théorie des catégories, et notamment si cet objet est une catégorie C, il s’agit du foncteur identité :

IdC : C → C

Qui joue le rôle d’élément neutre pour la composition de tous les endofoncteurs de C , c’est à dire les foncteur sont reliant C à C.
Si C est un ensemble , il s’agit de l’application identité de cet ensemble dans lui meme, envoyant un élément de l’ensemble sur lui même.

ce qui signifie que le foncteur identité sur CAT:

IdCAT

qui opère sur la multiplicité infinie de toutes les catégories (y compris les ensembles, qui sont des catégories sans morphismes) prend la place de la catégorie 1 composée d’un seul morphisme-identité que nous avons appelée plus haut Idée de l’Un.

Ceci signifie qu’il y a déjà, à la base de ce que nous appelons “Science Internelle” , déchéance dans la multiplicité de la pure Idée de l’Un, qui est la catégorie 1, le nombre 1 de Lacuria et Etchegoyen.

Il le faut bien si nous voulons élaborer une Science , nous avons besoin pour cela d’avoir à notre disposition les mathématiques, c’est à dire les catégories CAT et Set: la Science n’aurait pas été bien loin si les mathématiciens en étaient resté, par souci de pureté spirituelle, à la “protocatégorie” 1, qu’ils appellent “catégorie triviale”. Il reste que nous avons une seconde source pour affirmer que CAT est le “monde des Idées” de Platon: le travail de 1968 des professeurs David et Marilyn Edwards:

http://alpha.math.uga.edu/~davide/The_Category_of_Categories_as_a_Model_for_the_Platonic_World_of_Forms.pdf

Nous pouvons d’ailleurs mettre notre cadre de pensée sous une forme mathématique rigoureuse en distinguant un premier foncteur entre les catégories 1 et CAT :

UNif: 1 → CAT

qui enverra, comme c’est la propriété des foncteurs, le morphisme-identité de 1 sur le morphisme -identité (le foncteur-identité ) de la catégorie C qui sera la cible du foncteur Unif et étendre ensuite cette unification opérant seulement sur C: IdC à toutes les autres catégories par les foncteurs “horizontaux” entre catégories, c’est à dire les morphismes de CAT.

La multiplicité n’est donc pas dans 1, qui reste l’Unité pure, mais dans CAT.

Nous pouvons faire le même raisonnement avec la catégorie 3 de la Trinité que nous avons définie plus haut comme ayant deux objets P et F et un morphisme entre les deux et définir un foncteur :

3 → CAT

qui enverra P et F sur deux catégories quelconques (objets de CAT) et le morphisme entre P et F sur un foncteur entre ces deux catégories.
Là aussi, ceci signifie que nous faisons “descendre” par la pensée la Trinité “céleste” dans le plan de la multiplicité qui est celui de CAT .

Mais nous voulons garder CAT comme Idée de l’Un et mathème du plan de l’Idée, parce que:
1 CAT est l’exemple paradigmatique de ce que nous avons appelé les “∞-cosmoi” et dont nous avons reconnu qu’ils constituent un cadre mathématique pour la “Science internelle des Idées”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/19/scienceinternelle-8-∞-cosmoi/

2 CAT est l’exemple paradigmatique d’un 2-topos

Tous les ∞-cosmoi offrent la possibilité d’un tel cadre mais CAT doit être privilégiée, comme aussi la (∞,2)-catégorie de toutes les (∞,1)-catégories qui est notée:

(∞,1)Cat

Car l’étude mathématique des ∞-cosmoi en est encore au stade rudimentaire, et ces deux exemples sont les mieux étudiés pour l’instant…
mieux vaut donc choisir une catégorie plus “empirique” par exemple la catégorie Set des ensembles, ou bien n’importe quel ensemble ordonné considéré comme catégorie. Car la relation de descendance entre enfant et parent peut être vue comme une catégorie, il y a une flèche allant de P à F si P est le parent de F. Seulement ces flèches ne se composent pas à l’intérieur de la catégorie; si:

P → F → K

les deux flèches ne se composent pas car P est le grand-parent de K, pas son parent. Par contre si l’existence d’une flèche signifie ” F descend de P” de telles flèches se composent pour exprimer la relation “descendre en ligne directe de”. Nommons G (comme “génération”) une telle catégorie;alors un foncteur :

3 → G

enverra la Trinité “idéelle” de la catégorie 3 sur une relation mondaine de parenté dans la catégorie “empirique” G.
La différence est que dans G, qui représente le “monde”, les flèches signifiant l’engendrement se suivent et s’enchaînent, il n’en est pas de même dans la Trinité :le Père (ou la Mère) n’est pas engendré, le Fils (ou la Fille) n’engendre pas .

S’il y avait rapport incestueux dans la catégorie “empirique” G , cela voudrait dire que le foncteur dont nous parlons envoie la relation (la flèche de P vers F) dans la Trinité envisagée comme catégorie 3, c’est à dire comme Idée, qui est l’Esprit-Saint dont parle Lacuria dans le premier chapitre des “Harmonies de l’être”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/14/scienceinternelle-6-les-harmonies-de-letre-exprimees-par-les-nombres-de-labbe-lacuria-le-pythagore-francais/

en l’identifiant à la Lumière et à l’Union entre le Père et le Fils dans l’Amour Infini du Plan de l’Idée, que cette relation donc est dégradée en relation sexuelle dans le “monde” (que cette relation incestueuse ait lieu entre père et fille ou mère et fils, peu importe;par contre une relation incestueuse entre frère et sœur n’est pas concernée) . Or la relation sexuelle est le symbole même du plan vital qui est le monde, puisqu’il est la condition même du remplacement des générations. Nous aurions donc là, avec un tel foncteur, l’exemple paradigmatique de ce que nous avons appelé “déchéance ontologique” et dont nous avons trouvé comme premier exemple la déchéance de l’Idée de Dieu et sa chute (“du Ciel en Terre” ) du plan de l’Idée sur le plan de l’être . Or c’est là la catastrophe principielle , qui remplace dans la “Science Internelle” le “péché originel” des chrétiens, et qui cause la ruine de l’humanité.
Voilà pourquoi commettre l’inceste “empiriquement” , “dans le monde” , revient à commettre LE crime métaphysique contre l’humanité , qui consiste en la mise en œuvre de cette ruine de la conscience humaine par la déchéance ontologique de l’Idée. Cela consiste réellement à faire en sorte que “le ciel nous tombe sur la tête” c’est à dire que le plan de l’Idée et de l’Amour Sublime qui est l’Esprit Saint soit déchu en relation sexuelle sur le plan du monde. C’est un crime de nature “religieuse” , analogue à celui commis par les Enseignants religieux qui ont fait croire, au fil du temps, à leurs élèves que Dieu est un étant Suprême, un “Grand Architecte” ou “Grand Ingénieur” ou bien une “Puissance supérieure” , “Maître des hommes” : déchéance de l’Idée de Dieu (c’est à dire Dieu)du plan de l’Idée sur le plan de l’être ,”chute dans le Temps”, catastrophe originelle . Crime contre Dieu ET contre l’humanité, pourrait on dire…et cette déchéance spirituelle, se transmet des parents aux enfants, comme le “péché originel” des chrétiens… ne pourrait on pas d’ailleurs identifier les deux, et lâcher un peu la grappe à cette pauvre Ève, “mère de l’humanité ” , et par là même aux femmes , qui dans l’imaginaire collectif occidental sont toujours “accusées ” d’avoir entraîné Adam à la faute, en l’incitant à manger le fruit défendu.. telle serait la solution finale, l’explication définitive de cette fable qui a fait tellement de mal… presqu’autant que la déchéance de l’Idée de Dieu en étant Suprême…
C’est là le “crime contre l’Esprit” (comme aussi l’inceste donc) qui “ne sera pas pardonné” , à cause de sa nature métaphysique justement.

Ces dernières lignes conduisent à relativiser ce que je disais plus haut, que l’Interdit de l’inceste n’est pas “Absolument Absolu” parce qu’il ne concerne que le second niveau et le second dieu, celui de la vie, et pas le niveau le plus haut, celui de “Dieu en Esprit et en Vérité”. Car la Trinité, en tout cas de la façon dont en parle Lacuria, n’est pas limitée au plan de la vie, même si elle parle de Père et de Fils. La relation entre Père et Fils est l’Esprit Saint, et attenter à l’Esprit en le faisant déchoir, comme dans l’inceste, symboliquement au plan vital ou plan du monde, est bien LE crime Absolu, me semble t’il…
On comprend aussi pourquoi l’inceste entre frère et sœur, ou entre cousins, n’est pas concerné :la prohibition de telles relations est uniquement d’origine sociale (du plan vital) elle n’est pas de nature métaphysique parce qu’elle n’entraîne pas de déchéance ontologique de l’Idée de la Trinité (qui n’appartient à aucune “communauté religieuse” pas plus que l’Idée de Dieu). Seul l’inceste père-fille ou mère-fils font l’objet de cet Interdiction de nature métaphysique, qui est expliquée ici rationnellement (c’est à dire métaphysiquement, selon le schéma de l’Ouvert)

Si nous choisissons CAT ou (∞,1)Cat comme mathème du plan de l’Idée, le mathème de cette déchéance ontologique dont nous avons parlé ici sera un foncteur:
CAT → Set

ou

(∞,1)Cat → Set

Des exemples de tels foncteurs sont ce qu’on appelle en mathématiques “foncteurs d’oubli” (“forgetful functors”) parce qu’ils consistent à “oublier” la structure d’une catégorie (qui consiste en ses flèches) en ne gardant que l’ensemble de ses objets.

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