Thème de l’inceste : Louis Malle “Le souffle au cœur” (1971)

Dans l’article récent :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/30/scienceinternelle-11-comment-expliquer-le-tabou-universel-de-linceste-seconde-partie/

j’ai donné à l’acte de l’inceste un caractère de gravité extrême, l’appelant un “crime métaphysique contre l’humanité”…un crime contre l’Idée de l’humanité, c’est à dire, ainsi que contre l’Idée de Dieu, qui se confond avec Dieu puisque Dieu n’est pas (un étant) alors que l’Idée de l’humanité ne se confond pas avec l’humanité (qui est la suite des générations humaines qui se succèdent sur Terre) mais il est clair pour moi qu’attenter à l’Idée de l’humanité inflige une grave blessure, même “silencieuse”, à l’humanité elle même.
Or il existe un film de Louis Malle, sorti en 1971, qui met en scène un rapport incestueux entre une mère et son fils:

“Le souffle au cœur”

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Souffle_au_cœur

On peut voir ce film ici, en version française :

https://m.ok.ru/video/35968191091

La scène de l’inceste a lieu dans les dernières minutes du film, dans la chambre d’hôtel que partagent la mère et le fils lors d’une cure thermale. Ce qui est frappant dans cette scène (qui n’a absolument rien de pornographique, sinon la censure qui avait déjà le film dans son collimateur, à cause des autres passages jugés problématiques à l’époque , la scène d’initiation du garçon par une prostituée, notamment,aurait exercé son office ) c’est la légèreté (pour ne pas dire plus) de cette mère, interprétée par Léa Massari , qui, une fois l’acte terminé, dit à son fils , en gros :”je ne veux pas que tu sois malheureux ou que tu aies des remords en pensant à ce moment très grave et très beau qui sera notre secret, connu de Nous deux seulement, et ne se reproduira jamais plus”
Et à son fils qui lui demande “qu’est ce qui va se passer ?” elle répond :” rien, cela doit rester entre nous, notre secret”

et c’est bien ce qui arrive après, dans le film :le garçon , qui n’a pas encore quinze ans, sort de la chambre pour aller “jeter sa gourme” avec une fille de son âge qu’il connaît.. celle ci refuse, il ne se démonte pas, et va en trouver une autre, avec qui il passe le reste de la nuit..puis il retourne à sa chambre, où il retrouve sa mère, ses frères et son père qui l’apostrophe :

“Tu découches, toi maintenant ? Qu’est ce que ça veut dire?” hilarité générale des personnages, et fin du film sur un air de jazz.. si c’est ca un crime contre l’humanité , tout va très bien, madame la marquise!

Seulement ce n’est qu’un film, qui de surcroît fait partie du problème!

C’est bien dans l’esprit de l’époque (celle des années 70 de la “parenthèse enchantée” , au lendemain de 1968 que Louis Malle a traité dans “Milou en mai” une vingtaine d’années plus tard) cette légèreté joyeuse et déculpabilisatrice qui rit de tout et fait tomber les barrières … seulement cinquante ans plus tard les “rebelles” sautillant qui protestaient contre la non mixité des dortoirs et voulaient “jouir sans entraves” (slogan mortifère si l’on y réfléchit bien ) sont devenus , ceux du moins qui ne sont pas morts dans la drogue ou en se jetant sous un train comme Michel Recanati en 1978), les idiots utiles de l’islamisation ou les apôtres de la déchristianisation où même Michel Onfray voit les germes de décadence.
J’ai lu quelque part que Louis Malle avait pris l’idée de son film dans le récit “Ma mère” de Georges Bataille:

http://renardbiblio.canalblog.com/archives/2006/12/22/3491739.html

Seulement nous avons déjà vu ici , à propos du “Bleu du ciel” que Bataille , penseur du tragique , se situe aux antipodes de cet esprit “déculpabilisant”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

“Je tiens d’abord à préciser à quel point sont vaines ces affirmations banales, selon lesquelles l’interdit sexuel est un préjugé, dont il est temps de se défaire. La honte, la pudeur, qui accompagnent le sentiment fort du plaisir, ne seraient elles-mêmes que des preuves d’inintelligence. Autant dire que nous devrions faire table rase et revenir au temps — de l’animalité, de la libre dévoration et de l’indifférence aux immondices. Comme si l’humanité entière ne résultait pas de grands et violents mouvements d’horreur suivie d’attrait, auxquels se lient la sensibilité et l’intelligence. Mais sans vouloir rien opposer au rire dont l’indécence est la cause, il nous est loisible de revenir — en partie — sur une vue que le rire seul introduisit.
C’est le rire en effet qui justifie une forme de condamnation déshonorante. Le rire nous engage dans cette voie où le principe d’une interdiction, de décences nécessaires, inévitables, se change en hypocrisie fermée, en incompréhension de ce qui est en jeu. L’extrême licence liée à la plaisanterie s’accompagne d’un refus de prendre au sérieux — j’entends : au tragique — la vérité de l’érotisme.

et d’ailleurs, ces lignes de “Ma mère” sont elles difficilement superposables au discours de Léa Massari à son fils après l’amour dans “Le souffle au cœur”:

« Laisse moi vaciller avec toi dans cette joie qui est la certitude d’un abîme plus entier, plus violent que tout désir. La volupté où tu sombres est déjà si grande que je puis te parler : elle sera suivie de ta défaillance. A ce moment je partirai, et jamais tu ne reverras celle qui t’attendit, pour ne te donner que son dernier souffle.

Ah, serre les dents, mon fils ! tu ressembles à ta pine, à cette pine ruisselante de rage qui crispe mon désir comme un poignet.

»

Je signale pour finir que l’on peut lire “Le bleu du ciel” ici:

https://monoskop.org/images/6/64/Bataille_Georges_Le_bleu_du_ciel_1957_1971.pdf

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