John Huston : Let there be Light (1946)

Voir ce film en anglais ici:

(Version restaurée)

ou:

Il s’agit d’un film-choc documentaire, réalisé en 1945 par John Huston (qui était mobilisé depuis 1942) sur le traitement psychiatrique des soldats américains traumatisés par la guerre:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Que_la_lumière_soit_(film,_1980)

J’ai longuement parlé de John Huston dans les articles précédents, à propos notamment du film “Chinatown” de Polanski en 1974, où il a un rôle important, celui de Noah Cross le père incestueux.

Comme Roman Polanski, c’est  un créateur de génie, qui a réalisé plusieurs chefs d’œuvre, comme “Le faucon maltais”, “Key  Largo ” , ou “La nuit de l’iguane”. Sa vie fut “agitée ” :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/John_Huston

“En 1933, ivre au volant de sa voiture, il renverse et tue la femme d’un acteur mexicain. Grâce à son père il parvient à éviter la justice, mais doit s’exiler pendant un temps en Europe”.

Les accusations de Tamar Hodel contre lui (d’avoir tenté de la violer) sont elles fondées ? Je ne suis pas voyant, reste que sa participation régulière aux “soirées” ténébreuses  de son ami le Dr Hodel , personnage sadien suspect principal du meurtre du “Black Dahlia” , réceptions où des filles très jeunes étaient à la disposition des invités , est avérée. Comme disait Thomas Mann :” l’artiste créateur est le frère du fou et du criminel” . Sa tâche est de permettre à la conscience humaine des lecteurs ou spectateurs de s’élever dans le monde spirituel , ce que Marie Anne Cochet appelle le “Présent éternel”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/23/cochetbrunschvicg-7-dissolution-de-lhumanite-dans-lesprit/

Il est donc compréhensible que l’artiste soit affronté au Mal, si celui ci est défini comme la tendance inverse de l’élévation spirituelle , et qu’il y succombe, plus souvent que les autres,  en raison de sa sensibilité exacerbée.

ceci n’est évidemment pas une tentative “d’excuser “, ce qui n’aurait d’ailleurs aucun sens, le comportement “excessif” de certains génies. Je note cependant que Brunschvicg, Grothendieck , Cavaillès ou Lautman (comme par hasard les mathématiciens) n’ont jamais fait l’objet de telles accusations…(bien au contraire , Cavaillès et Lautman ont donné leur vie pour la Résistance au nazisme, ce que n’ont fait ni Sartre, ni Bataille , par contre Huston qui avait 36 ans en 1942 a accompli son devoir de combattant américain, même si cela consistait à réaliser des films documentaires pour les Armées)

les deux derniers films de John Huston, réalisés sans doute alors qu’il sentait sa fin (survenue en 1987) prochaine, sont :

1984: “Under the volcano ” d’après le roman de Malcolm Lowry, un roman prenant pour thème une sorte d’initiation inversée, de “Divine comédie ivre” selon les termes de son auteur, où le Consul termine l’ascension de sa propre vie au sommet d’un volcan avant d’être jeté en bas par ceux qui veulent le tuer (une sorte de milice paramilitaire et para policière qu’il a dérangée) . Tous les événements du livre se passent en une seule journée, le jour des morts (2 novembre) 1938, sous le regard majestueux du volcan, le Popocatepetl:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Au-dessous_du_volcan

 

mais le livre commence exactement un an un an plus tard, le jour des morts 1939, par une conversation entre ce qui s’est passé exactement un an avant :mort du Consul et de sa femme infidèle Yvonne (extraordinaire Jacqueline Bisset dans le film de John Huston) revenue pour sauver leur amour . Or si nous lisons la page Wikipédia ci dessus, nous apprenons ceci , qui introduit le thème de l’inceste  sacrilège dont nous étions partis:

“<b>L’un des changements les plus significatifs qu’il effectue alors concerne le personnage d’Yvonne : dans des versions antérieures, elle était la fille du Consul. À partir de 1940, elle est sa femme infidèle. Une réécriture qui intervient en 1944 change la fin du roman : Yvonne meurt renversée par le cheval que le Consul a lâché à Parian, ce qui est raconté dans le chapitre 12.</b>”

et bien entendu le thème de l’alcoolisme (qui faisait partie de la “légende personnelle” de Lowry plus encore que de celle de Faulkner, auteur de “Sanctuary” autre roman “initiatique inversé” commenté par Malraux comme une “intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier”. Or qu’est d’autre la tragédie grecque que le dernier stade des “Mystères” ?

Malcolm Lowry était obsédé de Kabbale et prétendait que le mot hébreu ” Sod” = secret:

<h1>סוד</h1>

qui désigne le stade le plus haut de compréhension des “mystères” de la Kabbale signifie aussi :

<h1>ivresse (éthylique)</h1>

encore est il plus aisé d’atteindre l’ivresse (pourvu que l’on ait un bon barman) que l’ultime connaissance initiatique , mais je ne place aucune confiance dans la Kabbale, pas plus que dans le whisky ou la téquila ou le mescal.

En tout cas nous retombons avec “Au dessous du volcan” , avant dernier film de John Huston, sur les deux thèmes  liés à Noé et au sacrilège  (le vin et le tabou de la nudité des parents) et donc au personnage “Noah Cross” joué par John Huston dans “Chinatown”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/02/theme-de-linceste-chinatown-de-roman-polanski/

On peut lire (de préférence à jeûn) “Under the volcano ” ici :

http://www.ignaciodarnaude.com/textos_diversos/Lowry,Malcolm,Under%20the%20volcano.pdf

un livre qui commence par une citation de Sophocle (un passage d’Antigone très commenté aussi par Heidegger , mais en changeant l’interprétation de l’humain, d’admirable à inquiétant) puis du “Pilgrim’s progress” de John Bunyan et enfin de Goethe :

“Celui qui toujours s’efforce, celui là nous pouvons le sauver”

Comment le thème du jour des morts, si présent dans “Au dessous du volcan” ne nous rappellerait il pas ces pages du “Bleu du ciel” de Bataille:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

Où Troppman et “Dirty” (Dorothea) “faisant l’amour au dessus des tombes” du cimetière de Trèves découvrent un “ciel imprévu” formé des lumières signalant chaque tombe “habitée ” (par un squelette) :

Hâtivement nous fîmes dans la terre labourée, hors du chemin, les dix pas que font les amants. Nous étions toujours au dessus des tombes. Dorothea s’ouvrit, je la dénudai jusqu’au sexe. Elle même elle me dénuda. Nous sommes tombés sur le sol meuble et je m’enfonçai dans son corps humide comme une charrue bien manœuvrée s’enfonce dans la terre. La terre, sous ce corps, était ouverte comme une tombe, son ventre s’ouvrit à moi comme une tombe fraîche. Nous étions frappés de stupeur, faisant l’amour au dessus d’un cimetière étoilé. Chacune des lumières annonçait un squelette dans une tombe, elles formaient ainsi un ciel vacillant, aussi trouble que les mouvements de nos corps mêlés . Il faisait froid, mes mains s’enfonçaient dans la terre: je dégrafait Dorothea, je souillai son linge et sa poitrine de la terre fraîche qui s’était collée à mes doigts. Ses seins, sortis de ses vêtements, étaient d’une blancheur lunaire. Nous nous abandonnions de temps à autre, nous laissant aller à trembler de froid: nos corps tremblaient comme deux rangées de dents claquent l’une dans l’autre.

Philippe Sollers rappelle opportunément ces paroles de Bataille en 1957 à propos du “Bleu du ciel” :

“En 1957, à propos du Bleu du ciel, Bataille s’explique très clairement : “Le verbe vivre n’est pas tellement bien vu, puisque les mots viveur et faire la vie sont péjoratifs. Si l’on veut être moral, il vaut mieux éviter tout ce qui est vif, car choisir la vie au lieu de se contenter de rester en vie n’est que débauche et gaspillage. A son niveau le plus simple, Le Bleu du ciel inverse cette morale en décrivant un personnage qui se dépense jusqu’à toucher la mort à force de beuveries, de nuits blanches, et de coucheries. Cette dépense, volontaire et systématique, est une méthode qui transforme la perdition en connaissance et découvre le ciel d’en-bas….

Nous ne sommes pas très loin d’ “Under the volcano”

Quant au dernier film de John Huston avant de mourir et de passer “de l’autre côté du vent” , il s’agit d’une adaptation de “Gens de Dublin” de Joyce , dont la dernière nouvelle est “Les morts”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/26/james-joyce-les-morts/

Le film est d’ailleurs une adaptation de cette nouvelle:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Gens_de_Dublin

http://www.cineclubdecaen.com/realisat/huston/gensdedublin.htm

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