#BrunschvicgProgresConscience 2 : la Sagesse est science

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https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/05/brunschvicgprogresconscience-1-lacte-de-naissance-de-la-conscience-en-grece/

Texte du livre de Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/brunschvicg_progres_conscience_t1.doc#c1_s1

12. Tout l’enseignement de Socrate tiendra dans l’exercice d’une seule fonction : le discernement rationnel. Appliquée directement aux problèmes de l’action, elle inspire directement aussi les manières de réagir. Le jugement de réflexion revêt un caractère moral, ou plus exactement, il fait tout le caractère de la moralité, en se substituant à l’élan spontané de l’instinct ou du désir….
…La sagesse est science (IV, VI, 7), non parce que la sagesse consiste à passer brusquement de la sphère théorique à la sphère pratique, mais parce qu’il n’y a pas lieu à semblable passage, parce que la science elle-même s’est développée sur le terrain de la pratique et non dans l’abstraction de la théorie. De même la vertu est une, non parce que les actions vertueuses doivent se confondre entre elles, mais parce qu’elles ont une base commune, parce qu’elles se ramènent, si diverses qu’en soient les circonstances et par suite les applications, à la décision de ne fonder la conduite que sur le rapport reconnu vrai ou juste. Cette décision seule constitue le bien. Dès lors, entre la science ainsi pratiquée et la vertu ainsi conçue, il ne saurait y avoir d’intermédiaire, car il n’y a pas de différence. Le savoir est vertu ; le mal, c’est l’ignorance ; nul par conséquent n’est méchant volontairement…

…S’être rendu capable de vérité, c’est avoir conquis son âme ; et l’âme est la seule chose à laquelle nous ne puissions renoncer de nous-mêmes. Un homme qui, ayant compris le vrai, voudrait le contraire du vrai, qui laisserait se dissocier en lui une intelligence, paralytique par définition, et une volonté, dont l’essence serait d’être aveugle, un tel homme (qui est pourtant l’homme normal suivant la psychologie des facultés) c’est pour Socrate exactement un fou. L’œuvre de la raison, c’est d’accomplir en nous cette intégrité et cette unité, qui excluent toute distinction entre la réflexion morale et son application à l’action, entre la σωφροσύνη et la σοφία (III, IX, 4), qui assurent ainsi la domination de l’âme sur le corps. La tempérance n’est pas une vertu qui s’ajoute à d’autres vertus ; elle est, bien plutôt, la marque du succès dans l’effort pour entrer en possession de soi-même, c’est le signe de la liberté. (IV, V, 4.)

Le livre commence sur un passage des Essais de Montaigne qui montre que la conscience, véritable laboratoire de la Science internelle, est indissolublement morale et réflexive : savoir c’est savoir qu’on sait …par contre croire c’est souvent “croire que l’on sait” alors que cela devrait se limiter à “savoir qu’on croit”:

Montaigne dit dans les Essais : « Il n’y a que vous qui sçache si vous estes lâche et cruel, ou loyal et dévotieux ; les autres ne vous voient poinct, ils vous devinent par coniectures incertaines ; ils voient non tant vostre nature que vostre art ; par ainsi, ne vous tenez pas à leur sentence, tenez vous à la vostre. » Sur quoi Montaigne ajoute deux citations de Cicéron : tuo tibi judicio est utendum (c’est de votre jugement à vous que vous devez faire usage). Virtutis et vitiorum grave ipsius conscientiæ pondus est : qua sublata, iacent omnia. (Le témoignage que la conscience se rend elle-même est d’un grand poids ; supprimez-la, tout est perdu.)

Texte infiniment précieux pour donner le sentiment immédiat du problème que nous abordons. Non seulement Montaigne décrit, en ce qu’il a de caractéristique, le fait de conscience ; mais il tire aussitôt de cette description un enseignement : puisque nous ne saurions vis-à-vis de nous-mêmes invoquer d’autre témoin que notre propre conscience, à elle seule nous devons nous référer pour agir suivant le véritable discernement des vertus et des vices : c’est-à-dire qu’entre ce qui serait conscience psychologique et ce qui serait conscience morale, aucune séparation radicale n’est tracée. Et c’est là le point qu’il importe de souligner au début de notre travail : nous nous attacherons à l’étude de la conscience en évitant la présupposition qu’il existerait une conscience psychologique et une conscience morale, susceptibles d’être isolées l’une de l’autre à travers l’intimité du moi, de la façon dont sont distingués dans le cœur oreillette et ventricule. L’exclusion du langage des facultés nous met en présence d’une fonction qui est directement saisissable dès le moment et sous la forme où elle se saisit elle-même, à qui, par conséquent, il suffira de se produire pour être assurée de son existence véritable et de sa fécondité.

Brunschvicg cite Boutroux dont le livre “Socrate fondateur de la Science morale peut être lu ici:

https://doctrinedelascience.files.wordpress.com/2015/11/boutroux-socrate.pdf

Socrate, ainsi que l’a montré admirablement Émile Boutroux , tire l’homme de cette impasse en transportant sur le terrain de l’action la discipline intellectuelle de la réflexion, en suscitant la norme à laquelle se reconnaîtront les valeurs de la justice. L’intelligence socratique construit la famille, l’amitié, la patrie, à l’intérieur même d’une conscience dont elle provoque le progrès. Nous sommes naturellement égoïstes ; mais la réflexion nous détache du centre purement individuel de notre désir pour nous faire apercevoir dans la fonction du fils, de l’ami, du citoyen, un rapport dont notre propre individualité n’est que l’un des termes, pour introduire ainsi à la racine de notre volonté une condition de réciprocité, qui est la règle de la justice et le fondement de l’amour. La raison dévoile ainsi ce qui constitue son caractère spécifique et son efficacité. Il est permis de dire que l’enseignement de Socrate se résume dans la découverte de la raison pratique

Il est ainsi répondu à l’avertissement de Rabelais qui sonna longtemps comme le glas pour ceux qui souhaitent que le laboratoire soit aussi un oratoire:

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

S’être rendu capable de vérité, c’est avoir conquis son âme ; et l’âme est la seule chose à laquelle nous ne puissions renoncer de nous-mêmes

à quoi l’on peut ajouter , de “Raison et religion”:

ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière.

Notre âme est là

; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée

En définitive, la vertu est une parce qu’au delà de l’idéal d’unité il n’y a rien, comme le dit André Simha dans son “Manifeste pour l’autonomie”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/22/individuation-universel-et-liberte-le-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/07/brunschvicgintroduction-suite-du-manifeste-pour-lautonomie-dandre-simha/

Notre destinée supérieure étant l’effort perpétuellement renouvelé vers la vérité, c’est par la loi d’unité prescrite par la volonté que non seulement la vérité, mais aussi la beauté et la moralité se produisent dans l’univers. Il n’y a donc aucun progrès, aucune valeur qui ne relève de cette loi suprême :”il n’y a rien à chercher dans l’esprit au delà de l’unité”. C’est le fondement infondé de l’esprit: celui ci n’a pas à chercher la raison de sa volonté d’unité, il est unification

Cette loi d’unité n’est rien d’autre que la loi suprême de Wronski.

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En définitive , il n’y a qu’un seul Dieu non parce que les Prophètes , suivis des armées équipées pour la razzia ou de “forts méchants livres comme le Coran l’ont dit” (Malebranche) l’ont dit mais parce qu’il n’y a qu’une Raison universelle des Esprits, et parce qu’il n’y a donc qu’une seule mathématique, et une seule Science-sagesse : la Science internelle, fondée par Socrate sur l’appel à la conscience de soi, et poursuivie ici grâce aux travaux de Mac Lane, Eilenberg, Ehresmann, Lawvere et Grothendieck , sans oublier Brunschvicg, Cavaillès, et Lautman

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