Yves Bonnefoy :ce qui alarma Paul Celan

Tres belle parole de Bonnefoy sur “La poésie, cet accès à soi qui se fait accès aux autres” dans ce petit ouvrage dédié à son ami Paul Celan après le suicide de ce dernier fin avril 1970:

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/09/ce-qui-alarma-p.html

Il y rappelle la terrible affaire (prouvée ensuite fausse) qui mina la fin de vie de Paul Celan : l’accusation de plagiat par Claire Goll , veuve du poète Yvan Goll. Tous trois étaient des réfugiés juifs qui avaient fui le nazisme:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Claire_Goll

Claire Goll est née de parents prussiens aristocrates et juifs en 1890. Face à une mère d’une extrême violence, Claire Goll avoue avoir tenté de la tuer à l’âge de douze ans. Également au sujet du décès de sa mère dans un camp de concentration, elle exprime à l’occasion d’une émission littéraire animée par Bernard Pivot son indifférence, ajoutant : « C’était pendant vingt ans, – avant tout le monde, – que j’ai été dans un camp de concentration. Et la première nazie que j’ai connue, c’était ma mère. » Son frère, qui avait subi la même violence que sa sœur, s’est suicidé à seize ans.

Je ne vois là hélas qu’accumulation d’horreurs et de souffrances insensées…. à cette lumière ténébreuse l’appréciation d’Yves Bonnefoy prend tout son sens :

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/09/ce-qui-alarma-p.html

“Paul voulait redoubler d’une relation ouverte et pleine à tout être, et donc à soi, sa dénonciation de ces idéologies antisémites ou autres qui ne sont, aussi bien, sous leurs dehors théoriques, qu’une détestation de la vie confiante. Il le voulait et pouvait rêver le pouvoir, puisqu’il y avait la poésie, cet accès à soi qui se fait accès aux autres »”

venant après ces notations alarmantes et désespérantes:

“Ce qui alarma Paul Celan fut donc la claire perception que cette accusation de plagiat impliquait en fait en premier lieu que ni ceux qui l’attaquaient mais pas plus ceux qui le défendaient ne comprenaient vraiment ce qu’était la poésie ; et que par conséquent ni les uns ni les autres ne le considéraient comme poète. Il était en proie à la négation de son identité de poète qui était le fondement même de sa vie : « l’accusation de plagiat n’allait pas simplement déconsidérer Paul Celan, elle avait pour effet, voulu ou non, conscient ou pas, de le dépouiller devant ses lecteurs d’un rapport à soi qui était pourtant sa vie même »”

“Et Yves Bonnefoy de se fonder sur cette crainte de Paul Celan pour montrer qu’il y a tout lieu de l’éprouver aujourd’hui. Crainte « aussi et surtout que la poésie, la poésie comme telle, la poésie comme elle a existé à travers les siècles, ne fût plus perçue ou vécue que par très peu de personnes dans la société d’à présent ». Tous, même les défenseurs les plus évidents et les plus informés de Celan sont passés à côté de cette vérité. Les dernières pages de ce mince mais si profond essai sont une méditation sur le sens et le rapport du sens à la mort, à la finitude. Notre société, dit en substance Bonnefoy, nie la mort et ne tient pas les autres « pour un absolu »

On trouve ici d’autres précisions sur le calvaire vécu par Paul Celan et son épouse (depuis 1952) Gisèle de Lestrange :

http://www.terresdecrivains.com/Paul-Celan-1920-1970-a-Paris-1948

“A partir de 1962, des crises de délire lui valent des internements répétés. Crises renforcées par la campagne de calomnie menée contre lui, par Claire Goll, veuve du poète Yvan Goll.”

Il avait rencontré Heidegger en 1967.

Les derniers temps, il s’était séparé de sa femme après “un épisode grave” (de violence) et était venu habiter seul au 6 Avenue Émile Zola, dans un appartement qu’il n’a jamais meublé , situé non loin du Pont Mirabeau:

http://winteranthology.com/?vol=3&author=flaherty&title=celan-breath

On ne peut que présumer (d’après un ancien poème) la date (nuit du 19 au 20 avril ? ) et les circonstances de sa mort :

“Fin avril 1970, il se jette dans la Seine et son corps est retrouvé à 10 kms en aval de Paris, le 1er mai. Dans sa poche, deux billets inutilisés pour une représentation d’En attendant Godot.
On présume que le lieu de son suicide est le pont Mirabeau. Reconstruction poétique liée au souvenir d’Apollinaire ? Peut-être ? Mais aussi parce que dans un poème ancien, on trouve ces vers prémonitoires :
« De la dalle,
du pont, d’où,
il a rebondi
trépassé dans la vie, volant
de ses propres blessures, – du Pont Mirabeau
».

Claire Goll a écrit “La poursuite du vent”:

http://www.needcompany.org/ckfinder/userfiles/files/Dossiers/CG_persdossier_FR_March08.pdf

“Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem.
13
J’ai appliqué mon coeur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux : c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme.
14
J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil ; et voici, tout est vanité et poursuite du vent.
15
Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.
16
J’ai dit en mon coeur : Voici, j’ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon coeur a vu beaucoup de sagesse et de science.
17
J’ai appliqué mon coeur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie ; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent.
18
Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.”

Mais les mots hébreux de Qohelet-L’ecclésiaste traduits par “poursuite du vent” peuvent aussi se traduire par

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft3101.htm

affliction de l’esprit” (et non pas “pâture de vent ” comme sur Mechon-Mamre ci dessus, ce qui n’a aucun sens ):

רַעְיוֹן רוּחַ

= affliction de l’esprit

Certes le mot Ruah רוּחַ= souffle peut signifier “vent ” , mais il veut dire d’abord “esprit”

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