Dany Robert-Dufour : “la situation désespérée du présent me remplit d’espoir”

C’est le nouveau livre de celui qui m’apparaît de plus en plus comme le philosophe français le plus important de l’époque actuelle:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Dany-Robert_Dufour

http://www.editionsbdl.com/fr/books/la-situation-dsespre-du-prsent-me-remplit-despoir/565/

voir aussi le site “Les convivialistes”:

http://www.lesconvivialistes.org/les-convivialistes/ouvrages-publies/252-la-situation-desesperee-du-present-me-remplit-d-espoir-dany-robert-dufour

Car quand Dany Robert-Dufour sous titre son ouvrage :

Face à trois délires politiques mortifère, l’hypothèse convivialiste “:

c’est évidemment un clin d’œil (en forme de provocation hostile) à Alain Badiou et à son “hypothèse communiste”.

Car si les “trois délires politiques mortifères” envisagés sont 1-le délire occidental ultralibéral (émergeant avec Reagan et Thatcher et qui est à la base de la mondialisation) qui avait fait l’objet d’un ouvrage précédent, “Le délire occidental” :

http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Le_délire_occidental-439-1-1-0-1.html

2-le “théo-fascisme” (c’est à dire dans mes termes, moins “mesurés”, l’islam ou islamo-nazisme

Et 3- le discours identitaire qui progresse aujourd’hui partout en Europe en se présentant comme le seul recours possible contre les deux autres,

Dany Robert-Dufour n’oublie pas de critiquer vertement le Grand Récit menteur bolchevique, que l’on reconnaît encore dans “l’hypothèse communiste” qui a abouti aux purges staliniennes, au “Grand bond en avant ” (vers la famine) de Mao et aux khmers rouges.

Oui, et pour en revenir à ce blog (puisque c’est celui sur lequel j’écris ces lignes) il me semble que la thèse centrale de l’Ouvert , dualité entre l’être et l’Esprit, s’origine presqu’autant chez Dany Robert Dufour que chez Léon Brunschvicg :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

puisque ce penseur qui se revendique athée accorde une importance cruciale à la Trinité:

http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo/436398/le-devoir-de-philo-la-trinite-est-apaisante-le-dualisme-polarisant

https://www.monde-diplomatique.fr/2001/02/DUFOUR/7827

http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1992_num_47_1_279033_t1_0119_0000_001

et il ne faudrait pas confondre la pensée de la dualité comme fond du réel qui s’exprime ici avec une “victoire” du binaire, ou pensée du Deux, sur le trinitaire , les commentaires sur Lacuria sont là pour me justifier:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/14/scienceinternelle-6-les-harmonies-de-letre-exprimees-par-les-nombres-de-labbe-lacuria-le-pythagore-francais/

Mais plus encore que “Les mystères de la Trinité” il me semble que du point de vue philosophique c’est “La cité perverse” et son analyse méticuleuse de “la subversion de la métaphysique occidentale”, dont j’avais traité ici sur un ancien blog:

http://mathesis.blogg.org/de-pascal-a-sade-la-subversion-de-la-metaphysique-occidentale-a115764120

qui est l’ouvrage fondamental de Dany Robert Dufour parce qu’il explique comment nous en sommes arrivés au triomphe actuel de la pornographie commerciale et publicitaire (” Just do it!” “Éclate toi!” ) à partir de la décomposition de l’humanisme de l’Occident cartésien décrit par Brunschvicg dans “L’umanisme de l’Occident” justement :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1.html

Répondant ainsi à la question en forme d’aporie que je posais à propos de l’autre ouvrage de Brunschvicg “Le progrès de la conscience dans la philosophie occidentale”:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1.html

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/progres_conscience_t2.html

une question que je posais ici:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/05/brunschvicgprogresconscience-1-lacte-de-naissance-de-la-conscience-en-grece/

s’il y a vraiment “progrès de la conscience”, d’où vient cette débâcle, cette débandade que même des gens comme Michel Onfray remarquent?

Onfray que Dany Robert-Dufour traite dans son livre (sans le nommer, à propos de Freud dont il admire le “pessimisme rationnel”) de bateleur .

Je rajouterai : Onfray est à la philosophie ce que Macron est à la politique…

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L’athéisme d’Onfray, tout encombré des “charlatans des Lumières” (formule de Lacuria au 19 eme siècle) n’est pas du tout semblable à celui de Robert-Dufour
Qui laisse sa place au “plan spirituel” et à l’Idée .

“Nous naissons tous fous” ( et “certains le demeurent” ajoute Samuel Beckett) à cause du phénomène de la néoténie, fondamental chez Dany Robert-Dufour :à la différence de l’animal, le petit bébé humain naît “non fini” et “non finalisé” : il a besoin de l’aide des autres humains pour vivre, se nourrir, apprendre, et finalement plus tard “savoir vivre” . Et c’est sur cette amère constatation que débute “Un homme qui dort” de Georges Pérec :

“Tu te rends compte que tu ne sais pas vivre et tu ne sauras jamais”

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/15/un-homme-qui-dort-1974/

Ce trajet qui nous libère de notre folie constitutive est la culture, qui chez l’être humain et seulement chez lui, grâce au langage, prend la place de la Nature. Correctement orienté et intensifié, grâce à la philosophie et à la Mathesis, ce trajet de la culture devient la voie spirituelle, qui est acheminement de la conscience hors du plan vital vers le plan internel-spirituel. Dans les termes utilisés par Dany Robert-Dufour, cela consiste à renoncer, en le surmontant , au jet pulsionnel continu (“j’fais c’ki me plait”,” je couche avec qui j’ai envie quand j’ai envie et où j’en ai envie” , “si tel objet me plait, je l’achète et tant pis si je n’en ai pas les moyens à la banque” etc.. etc…) pour l’ancienne condition névrotique des civilisations fondées sur des religions à “interdits” , mais bien sûr sans revenir à ces religions qui sont mortes et bien mortes (tuées par la nouvelle religion du “Divin Marché” , celle qui au lieu d’interdire par des commandements négatifs ordonné par des commandements positifs :” DO IT “, “fais le”, “jouis sans entraves” , “achète” , “consomme” et “nique ta mère” …) , parce que sinon le Je devient psychotique : comme disent les Alcooliques anonymes “un verre c’est trop, mille pas assez” mais cela peut s’appliquer à toutes les “choses” que l’on peut “se procurer” en les achetant parce qu’à chaque fois c’est censé être la dernière , l’unique, celle qui donnera enfin le sens de “toute cette histoire racontée par un idiot ” mais comme l’on sait il en faut toujours une autre, supplémentaire…. Folie ! folie du “vouloir toujours plus” , qui ne peut se terminer que très Mal, car comme seule alternative à cet “être toujours plus en ayant ou en consommmant toujours plus ” , qui est l’essence même du délire occidental, il n’y a que “n’être plus rien”: la mort, le Néant .

Du Temps des religions interdictrices, les “sujets” étaient tous névrosés parce qu’ils étaient sommés de refouler une partie de leurs désirs :maintenant avec la nouvelle religion “incitatrice” du Marché, celle qui dit :” vas y!” , “ne te laisse pas inhiber”, “réalise toi” , le sujet névrotique est remplacé par celui atteint de “psychoses narcissiques”, mais le problème est que la jouissance promise n’est pas au rendez vous, il faut toujours un dernier verre, une dernière femme, ou alors si elle se réalise, il n’y a plus de sujet conscient pour jouir, car le sujet est “ravi”, c’est à dire absent .

Dans ces “Grands Récits” , qui ont maintenant été remplacés par les “petits récits” publicitaires, il y avait un Grand Sujet (Dieu, ou bien la Race chez les nazis, ou bien le Prolétariat international) , qui était d’une certaine façon nécessaire à l’économie psychique pour mettre en place les trois A : Altérité, Antériorité, Autorité, sans lesquels selon Lacan le Moi du “petit sujet” devient psychotique , la psychose étant selon Lacan la “forclusion du Nom-du-Père”) . Selon les lacaniens, ou “lacanoides” (ainsi se revendique Dany Robert-Dufour), cette économie est celle du couple : la mère est celle qui dit le “nom de celui qui dit : Non!) ce nom-du-père étant celui de “Papa” , celui qui s’interpose, et se place entre l’enfant et la Mère considérée comme Toute-Puissante par les mentalités archaïques , qui se place entre pour édicter un “inter-dit” , une parole “entre” ( inter = entre) .
Seulement la tragédie est que le remède de la culture peut devenir un poison, pire que le mal : pourquoi? Parce qu’il est fictionnel !le seul problème avec “Notre Père qui êtes aux cieux” c’est que quand il s’agit de faire respecter un “inter-dit”, il n’est pas là :et que ses divers remplaçants (papa dans la famille, ou bien maman d’ailleurs) ou bien la police et les magistrats dans la cité, ne sont pas toujours à la hauteur quand il s’agit de distribuer des taloches ou des coups de matraque ou bien des condamnations :tous, ce sont des petits sujets , humains donc faillibles , et qui peuvent aussi être fous parce que n’ayant pas tous réussi à remplacer la “Nature” par la “culture” accomplie.
Dans les trois À je ne vois que des choses qui sont de l’ordre de l’Idée, et donc l’ancien Grand Sujet (Dieu) peut parfaitement céder la place à l’Idée de Dieu, à condition que celle ci soit correctement formée , assez universelle pour mettre à l’abri tous les petits sujets de la Folie du Divin Marché . Sinon c’est non plus le ou les Je qui peuvent sombrer dans la folie, et Robert-Dufour qui se plaint d’avoir “Mal au Je-Nous” craint que ce ne soit déjà le cas, qu’il y ait déjà des “Nous” qui soient complètement dingues, comme on peut le vérifier tous les jours aux informations ou sur les “réseaux (anti)-sociaux”.
La seule chose avec laquelle je ne sois pas d’accord est cette place accordée par Robert-Dufour aux “fascistes identitaires” , à la même hauteur que les “ultralibéraux” ou les théo-fascistes islamistes” : car on voit bien que , par définition, les “identitaires” ne veulent garder leur propre identité que pour eux, et ne veulent pas l’imposer aux autres. Par contre les “théo-fascistes” veulent soumettre, par définition aussi du projet coranique délirant, tous les peuples à leur Shari’a prétendûment divine , et quand aux mondialistes il veulent que le règne de la marchandise et de la Bourse s’étende partout. Au fond le mondialisme et l’islamisme s’épaulent l’un l’autre, c’est ce que je répète ici depuis toujours, et c’est exactement ce que disait Marine Le Pen dans son discours qui a tellement choqué: je me souviens d’avoir vu sur BFMWC un “responsable ” de l’Express ( Alexis Leroy ou quelque chose comme ça, de toutes façons je préfère oublier ce gugusse) prétendre que Marine Le Pen avait “assimilé les banquiers aux terroristes de DAESH”. À ce niveau de connerie, mieux vaut aller se coucher…
Donc voilà où nous en sommes et la situation est effectivement gravissime ;car si le “projet identitaire” ne peu pas être mis au rang des deux autres (pseudo-universalistes) rien ne dit qu’il soit un recours suffisant contre ces deux délires effectivement mortifères . Seul un véritable universalisme (selon moi, celui de ce que j’appelle la “Science internelle-spirituelle”) pourrait être à même d’y réussir .

“J’ai regardé en Moi même et j’y ai vu le fond de l’Abîme” disait Aragon, comme le rappelle Robert-Dufour, et il a cherché à combler ce trou Béant par l’idée (ou plutôt l’hypothèse) communiste. Seulement Robert-Dufour rappelle aussi que l’âme humaine est profondément malade parce que “trouée” et il cite à ce sujet le dialogue de Socrate avec Calliclès dans le “Gorgias” :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Gorgias_(Platon)

De même, l’auteur anthroposophique (très intéressant) Georg Kuhlewind se demande :” la conscience (humaine) est elle malade? ” Je dirais que la conscience humaine est bel et bien trouée en deux directions, correspondant (peut être ?) à la trappe d’en haut et à la trappe d’en bas du poème de Victor Hugo:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/24/scienceinternelle-14-victor-hugo-la-trappe-den-bas-et-la-trappe-den-haut/

La trappe d’en bas est dirigée vers la Terre (le plan vital) , celle d’en haut vers le Ciel (plan internel), objet des désirs de gloire et de conquête de Nemrod qui a tout conquis sur le plan horizontal , celui de la Terre …seulement le progrès sur la voie spirituelle (“vers le Ciel”) ne peut jamais être l’objet des vains désirs infatués de l’individualité narcissique, la première des conditions pour l’ascension (vers la Liberté) est de s’être libéré des chaînes de l’individualité , qui est prison…

«L’orgueil de ton coeur t’a égaré, Toi qui habites le creux des rochers, Qui t’assieds sur les hauteurs, Et qui dis en toi-même: Qui me précipitera jusqu’à terre? Quand tu placerais ton nid aussi haut que celui de l’aigle, Quand tu le placerais parmi les étoiles, Je t’en précipiterai, dit l’Eternel. »
(Abdias 1:4)

Voici deux liens contenant le dialogue entre Socrate et Calliclès , dans le Gorgias, que signale Dany Robert-Dufour :

http://mecaniqueuniverselle.net/textes-philosophiques/platon-gorgias.php

http://www.philolog.fr/faut-il-satisfaire-tous-ses-desirs-le-debat-socrate-callicles/

Calliclès est du côté de la “trappe d’en bas” , de la Nature, du plan vital, il plaide pour la réalisation de tous nos désirs:

Veux-tu savoir ce que sont le beau et le juste selon la nature ? Hé bien je vais te le dire franchement ! Voici, si on veut vivre comme il faut, on doit laisser aller ses propres passions, si grandes soient-elles, et ne pas les réprimer. Au contraire, il faut être capable de mettre son courage et son intelligence au service de si grandes passions et de les assouvir avec tout ce qu’elles peuvent désirer. Seulement, tout le monde n’est pas capable, j’imagine, de vivre comme cela. C’est pourquoi la masse des gens blâme les hommes qui vivent ainsi, gênée qu’elle est de devoir dissimuler sa propre incapacité à le faire. La masse déclare donc bien haut que le dérèglement – j’en ai déjà parlé – est une vilaine chose. C’est ainsi qu’elle réduit à l’état d’esclaves les hommes dotés d’une plus forte nature que celle des hommes de la masse ; et ces derniers, qui sont eux-mêmes incapables de se procurer les plaisirs qui les combleraient, font la louange de la tempérance et de la justice à cause du manque de courage de leur âme. Car, bien sûr, pour tous les hommes qui, dès le départ, se trouvent dans la situation d’exercer le pouvoir, qu’ils soient nés fils de rois ou que la force de leur nature les ait rendus capables de s’emparer du pouvoir — que ce soit le pouvoir d’un seul homme ou celui d’un groupe d’individus–, oui, pour ces hommes-là, qu’est-ce qui serait plus vilain et plus mauvais que la tempérance et la justice ?

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Quant à Socrate c’est dans ce dialogue qu’il utilise l’image de l’âme comme passoire , ou tonneau percé que l’on ne peut jamais remplir:

” Mais, tout de même, la vie dont tu parles, c’est une vie terrible ! En fait, je ne serais pas étonné si Euripide avait dit la vérité – je cite le vers : « Qui sait si vivre n’est pas mourir et si mourir n’est pas vivre ? » Tu sais, en réalité, nous sommes morts. Je l’ai déjà entendu dire par des hommes qui s’y connaissent : ils soutiennent qu’à présent nous sommes morts, que notre corps est notre tombeau et qu’il existe un lieu dans l’âme, là où sont nos passions, un lieu ainsi fait qu’il se laisse influencer et ballotter d’un côté et de l’autre. Eh bien, ce lieu de l’âme, un homme subtil, Sicilien ou Italien, je crois, qui exprime la chose sous la forme d’un mythe, en a modifié le nom. Etant donné que ce lieu de l’âme dépend de ce qui peut sembler vrai et persuader, il l’a appelé passoire. Par ailleurs, des êtres irréfléchis, il affirme qu’ils n’ont pas été initiés. En effet, chez les hommes qui ne réfléchissent pas, il dit que ce lieu de l’âme, siège des passions, est comme une passoire percée, parce qu’il ne peut rien contrôler ni rien retenir- il exprime ainsi l’impossibilité que ce lieu soit jamais rempli.
Tu vois c’est tout le contraire de ce tu dis, Calliclès. D’ailleurs, un sage fait remarquer que, de tous les êtres qui habitent l’Hadès, le monde des morts – là, il veut parler du monde invisible-, les plus malheureux seraient ceux qui, n’ayant pu être initiés, devraient à l’aide d’une écumoire apporter de l’eau dans une passoire percée. Avec cette écumoire, toujours d’après ce que disait l’homme qui m’a raconté tout cela, c’est l’âme que ce sage voulait désigner. Oui, il comparait l’âme de ces hommes à une écumoire, l’âme des êtres irréfléchis est donc comme une passoire, incapable de rien retenir à cause de son absence de foi et de sa capacité d’oubli.

Mais ne serait ce pas là ce “supplice” dont parle Georges Bataille , cette façon dont “notre vie appelle et refuse la mort” , dans la découverte par les amants d’un “ciel imprévu d’en bas” (la trappe d’en bas ?) formé par les lumières signalant une tombe habitée par un squelette dans “Le bleu du ciel” :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

“Le plaisir serait méprisable s’il n’était ce dépassement atterrant, qui n’est pas réservé à l’extase sexuelle, que les mystiques de différentes religions, qu’avant tout les mystiques chrétiens ont connu de la même façon. L’être nous est donné dans un dépassement intolérable de l’être, non moins intolérable que la mort. Et puisque, dans la mort, en même temps qu’il nous est donné, il nous est retiré, nous devons le chercher dans le sentiment de la mort, dans ces moments intolérables où il nous semble que nous mourons, parce que l’être en nous n’est plus là que par excès, quand la plénitude de l’horreur et celle de la joie coïncident.
Même la pensée (la réflexion) ne s’achève en nous que dans l’excès. Que signifie la vérité, en dehors de la représentation de l’excès, si nous ne voyons ce qui excède la possibilité de voir, ce qu’il est intolérable de voir, comme, dans l’extase, il est intolérable de jouir ? si nous ne pensons ce qui excède la possibilité de penser… ?

Et lorsqu’Aragon déclare qu’il ” a regardé en lui même et contemplé le fond de l’Abîme” , ne parle t’il pas du “ciel d’en bas” et de la trappe d’en bas ?

Mais terminons maintenant sur ce seul remède que voit Dany Robert -Dufour comme cure à notre folie constitutive, à savoir la culture, seconde “Nature” appelée à remplacer la “première Nature” pour l’être humain, seul “animal” à manquer de cette “première Nature” parce qu’il est dirigé non par l’instinct mais par une Raison d’abord individuelle, qui doit être éduquée. Et revenons aussi sur le grave inconvénient de ce remède qui peut entraîner sa transformation en poison : son caractère fictionnel.

J’affirme ici que le trajet envisagé ici, hors du plan vital (par une ascèse de détachement et de “pauvreté en esprit”, rupture avec le “jet pulsionnel” dont parle Dany Robert Dufour))vers le plan internel-spirituel , cet acheminement de la Conscience vers la “Terre promise” de la Liberté qui est le cœur du projet de “Science internelle”, joue bien le même rôle thérapeutique que Robert-Dufour assigne à la culture, mais sans le grave inconvénient signalé.

Car en nous concentrant sur les Idées mathématiques (dans la “Mathesis universalis” ) nous évitons autant que possible le risque que ces idées deviennent folles comme il est arrivé aux idées chrétiennes selon Chesterton, dans notre civilisation post-moderne. Ce risque est celui de ce que nous appelons “déchéance ontologique” et qui a frappé l’Idée de Dieu lorsque Dieu est devenu le “Bon Dieu”.

Voyons cela sur un exemple très simple, celui du cercle, qui est cependant à l’origine de l’Odyssée de la Conscience chez Grothendieck :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/31/la-revelation-mathematique-recue-par-alexandre-grothendieck-au-camp-dinternement-de-rieucros/

Nous ne prétendons pas que le cercle est “réel”, “là dans le monde”, nous disons exactement le contraire:le cercle n’existe pas dans le monde, où l’on ne trouve que des figures circulaires (de manière approchée) mais aucun “cercle parfait”, correspondant exactement à la définition géométrique.

Quelle est l’idée du cercle ? Pas sa figure, encore trop liée à nos sens extérieurs, mais son équation, c’est à dire l’équation du second degré bien connue :

x2 + y2 = R2

Dans un repère orthonormé {x, y} pour un cercle de rayon R ayant pour centre l’origine.

http://homeomath2.imingo.net/cercle1.htm

C’est aussi un ensemble, l’ensemble des points obéissant à l’équation, donc aussi une catégorie (tout ensemble est une catégorie), donc une Idée .

Seulement cette Idée ne connaîtra pas le destin funeste de “déchéance ontologique” qui a frappé L’Idée de Dieu, c’est à dire Dieu lui même, être ravalé au rang d’un étant. Le risque existe certes avec les entités scientifiques dans les versions vulgarisatrices de la Science.
Mais cela ne risque pas d’arriver avec la “Science internelle” dont nous formons le projet, qui se présente comme une conception purement idéaliste de la Science,un Science d’Idées restreinte aux Idées.

L’humanité s’est déjà trouvée, c’est ce que rappelle Robert-Dufour, dans une situation aussi tragique que celle d’aujourd’hui, et elle s’en est sortie, c’était au sortir de la Seconde guerre mondiale, et elle s’en est sortie grâce à ce qu’il appelle “Esprit de Philadelphie” qui fonde la démocratie américaine , à partir du principe d’égale dignité de tous les êtres humains.

Un principe qui a permis en 1945 les réalisations du Conseil national de la Résistance (Sécurité sociale, etc..) , réalisations peu à peu grignotées par l’esprit libéral et la mondialisation (naissant à partir des années 64-65 en relation avec une baisse très visible des indicateurs de productivité en Occident), un mouvement destructeur qui s’est intensifié à partir des années Reagan-Thatcher qui sont en FRANCE, comme par hasard , les années Tapie-Mitterand . Mais le péché originel français, qui est celui du gaullisme ( et pas seulement du “gaullisme immobilier” , celui qui a tué Boulin en 1979) est l’abandon des harkis et des pieds noirs d’Oran , massacrés en 1962 sans que l’armée française , qui était encore présente, ne tente d’empêcher cette monstruosité (le régime gaulliste lui avait ordonné de ne pas bouger et de laisser faire les massacres d’européens et viols d’européennes par les musulmans)

Un péché originel, que nous payons encore aujourd’hui, précédé par le péché pré-originel, si je puis dire, des “crimes de l’épuration”:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2016/12/19/jose-castano-les-crimes-de-lepuration-apres-guerre/

Le principe d’égale dignité de tous les êtres humains, et même vivants, qui est celui de “l’esprit de Philadelphie” , principe qui était aussi celui de Keynes, “vrai gentleman” mort trop tôt en 1946, est effectivement la seule façon de nous en sortir , il s’obtient comme un théorème de la Science internelle, mais à condition de renverser comme je le propose la proposition de Pascal qui est aussi celle du “Livre des XXIV philosophes”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/24/scienceinternelle-13-le-livre-des-xxiv-philosophes-ou-du-dieu-idee-qui-vient-en-24-idees/

“Dieu est une Sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part”

doit être renversée en:

Dieu est une Sphère infinie dont la circonférence est partout et le centre nulle part

car le centre c’est le plan internel de la Valeur, et la périphérie est le plan vital, le monde, le manifesté . Le principe d’égale dignité de tous les êtres est alors géométriquement évident : les points de la périphérie de la Sphère sont par définition à égale distance du centre, qui est le Point Suprême.

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