Louis Wolfson : “MA MÈRE, MUSICIENNE, EST MORTE DE MALADIE MALIGNE À MINUIT, MARDI À MERCREDI, AU MILIEU DU MOIS DE MAI MILLE977 AU MOUROIR MEMORIAL À MANHATTAN

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http://www.arte.tv/sites/le-poing-et-la-plume/2012/06/29/louis-wolfson-ma-mere-musicienne-est-morte-de-maladie-maligne-a-minuit-mardi-a-mercredi-au-milieu-du-mois-de-mai-mille977-au-mouroir-memorial-a-manhattan-attila/

J’ai connu l’existence de cet intéressant personnage qu’est Louis Wolfson:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Louis_Wolfson

grâce au livre de Dany Robert-Dufour “La situation désespérée du présent me remplit d’espoir” , il parle de Louis Wolfson page 23, à propos du “trou sans fond” qu’est l’âme humaine, évoqué aussi par Socrate lors de son dialogue avec Calliclès dans le Gorgias, un dialogue sur lequel j’ai trouvé ce cours:

http://pierre.campion2.free.fr/mornejgorgias.htm

De tels sites sont une rédemption pour tous les péchés du Web (pornographie, réseaux sociaux, Islam, blogs anti-Trump, etc…).

Dany Robert-Dufour cite des extraits d’un entretien de Louis Wolfson en 1984 avec le magazine “freudo-lacanien” “L’âne ” , entretien signalé ici:

https://www.fabula.org/actualites/dialogues-schizophoniques-avec-louis-wolfson_68049.php

http://www.ledevoir.com/culture/livres/367232/louis-wolfson-un-cas-rare-clinique-et-litteraire

Voici ces extraits donnés par Robert-Dufour:

“Je connais la vérité ultime..la planète doit être nettoyée. Les hommes sont nés, mais ils sont nés pour mourir et pour avoir des inquiétudes et souffrir et être frustrés , et être victimes de mensonges, victimes de tricheries, souffrir. ça ne rime à presque rien, ça n’en vaut pas la chandelle, comme on dit. Il faut donc la destruction complète de l’humanité, et pas d’exception, tout le monde. Une euthanasie planétaire, un suicide coordonné collectif. Je ne crois pas au suicide individuel. L’homme est un animal collectif, il fait les choses collectivement.

On pourrait faire cette apocalypse rationnellement, si l’on continuait de fabriquer des bombes. On pourrait préprogrammer l’explosion à une certaine date, et ça serait sous une surveillance internationale et réciproque, où l’on ne pourrait pas tricher. Toutes les puissances pourraient vérifier les dispositifs des autres, pour que cela fonctionne au même instant, partout, sur toute la planète, et la population, disons une heure avant, aurait la faculté de prendre des somnifères avec de l’alcool, ou quelque chose pour que cela se passe doucement, la mort douce, sans souffrance”

Cela fait penser à la “machine infernale” (“Doomsday device”) du film de Kubrick “Dr Strangelove”:

Et le diagnostic de Wolfson sur le “jeu qui n’en vaut pas la chandelle” est tout simplement le théorème zéro démontré dans le cadre de la Science Internelle:

“Le plan vital ou monde n’a de sens et de Valeur que par un autre plan radicalement différent, le plan spirituel-internel des Idées”

théorème ainsi nommé en référence au Grand film de Terry Gillam “Le théorème zéro”:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/06/25/le-theoreme-zero-de-terry-gilliam-qohen-leth-cohen-qoheleth/
Film à voir ici en vf (choisir ok.ru):

http://sokrostream.biz/films/zero-theorem-20794.html

“Théorème Zéro” aussi appelé “théorème de Qohelet-L’ecclésiaste” ou de “Qohen Leth” (en référence au nom codé donné pat Terry Gillam à son personnage) ou “théorème de Macbeth” d’après le célèbre monologue shakespearien auquel William Faulkner fait allusion dans son titre “Le bruit et la fureur”

Mais les propos de Louis Wolfson rappellent aussi le monologue d’Hamlet dont on note qu’il se situe de par les termes employés dans un schéma ontologique (être..ne pas être):

http://www.babelmatrix.org/works/en/Shakespeare,_William/Monologue_of_Hamlet/fr/34844-Le_monologue_d_Hamlet

Louis Wolfson est cité par Dany Robert-Dufour après Italo Svevo et son roman “La Conscience de Zeno” (1923) , dont il cite les lignes de la fin :” à la différence des autres maladies, la vie est toujours mortelle”

On trouvera d’autres citations d’Italo Svevo ici, voir notamment celle sur la religion:

http://dicocitations.lemonde.fr/reference_citation/15277/La_Conscience_de_Zeno_1923_.php

Juste avant de parler du roman de Svevo, et de Wolfson, Dany Robert-Dufour cité “Le voyage au bout de la nuit” de Céline

“Je ne croirai plus jamais à ce que les hommes disent, à ce qu’ils pensent. C’est des hommes et d’eux, seulement, qu’il faut avoir peur, toujours.”

Mais je citerai quant à moi une nouvelle fois Brunschvicg pour expliquer pourquoi, si je partage le diagnostic de Wolfson et de Svevo , et le démontre avec le “théorème zéro”, en revanche je n’approuve pas la solution apocalyptique et nucléaire de Wolfson :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

“le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption.

Et les lignes suivantes sont aussi une réponse au pessimisme rationnel de Freud (“Malaise dans la civilisation”) vanté par Dany Robert-Dufour:

L’alternative insoluble de l’optimisme et du pessimisme ne concernera jamais que le centre vital d’intérêt; nous pouvons être et à bon droit inquiets en ce qui nous concerne de notre rapport à l’esprit, mais non inquiets de l’esprit lui même que ne sauraient affecter les défaillances et les échecs, les repentirs et les régressions d’un individu, ou d’une race, ou d’une planète. Le problème est dans le passage , non d’aujourd’hui à demain, mais du présent temporel au présent éternel. Une philosophie de la conscience pure, telle que le traité de Spinoza « De intellectus emendatione » , en a dégagé la méthode, n’a rien à espérer de la vie, à craindre de la mort. L’angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée, est sur un autre plan

Noter que Brunschvicg se situe sur le registre de l’esprit, non sur celui de l’être, comme le monologue d’Hamlet, ou bien Parménide ou la Bhagavad Gîta :

http://paroles-de-sagesses.infini-terre.fr/index.php?bhagavad-gita-adaptation

“Ce qui n’est pas, ne peut venir à l’être,
et ce qui est, ne peut cesser d’être.
Ceux qui ont perçu le principe des choses
connaissent les limites de l’être et du non-être.”

http://sophia.free-h.net/spip.php?breve178

“L’être est et le non-être n’est pas, tel est l’axiome initial. D’où l’on tire que l’être est un ; car s’il était deux, un des deux ne serait pas l’autre ; et n’être pas ne peut se dire de l’être. Indivisible aussi ; car par quoi divisé ? Par un autre être ? Même impossibilité. Un donc, sans semblable, sans parties, tel est l’être. Tout ce qui est, il l’est. Ce qui n’est pas n’est rien ; et donc n’a aucune puissance ”

Or le théorème de la “différence hénologique ” de la Science internelle s’oppose à la philosophie parménidienne en interdisant d’identifier l’être et l’Un , ou encore, selon la formule de Badiou “l’Un n’est pas ” ( et l’être non plus) . Brunschvicg l’explique très clairement au début de “Vraie et fausse conversion”:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

“La première précaution à prendre, quand on aborde le problème de la raison, c’est de ne pas faire de l’éléatisme une solution ; le point de départ devra être, au contraire, la rupture de cette solution apparente par l’argumentation « parricide » du Parménide platonicien. Dans la réalité de l’histoire, c’est contre l’éléatisme, et non par lui, que la philosophie rationaliste s’est développée, du jour où la dialectique a mis en évidence l’impossibilité de maintenir simultanément l’affirmation de l’Un en tant qu’être et de l’Un en tant qu’un. En dépit de l’adage, ens et unum non convertuntur. Il est manifeste, en effet, que le, type des « jugements de relation, » : l’Un est un, est orienté à l’inverse exactement du type des « jugements d’existence » : l’Un est. Les deux types de jugement, sous la forme d’absolu où Platon les considère, se détruisent, non pas par leur opposition réciproque seulement, mais aussi chacun pour soi : « L’Être, ajouté à l’Un, comme un prédicat qui lui serait extérieur et transcendant, introduit la dualité, par suite la contradiction, dans ce qui a pour définition essentielle d’être un, tandis que la relation de l’Unité à l’Un maintient l’affirmation de l’Un dans la sphère de l’implicite et de l’immanent, lui interdit comme une altération de son identité radicale avec soi-même toute manifestation au dehors, toute production de ce qui serait autre que le même, fût-ce la perception, la dénomination, la connaissance même. Conclusion qui se confirme par un système curieux d’équivalence entre la position de l’Être de l’Un et la négation de l’Unité de l’Un, entre la position de l’Unité de l’Un et la négation de l’Être de l’Un . ”

“Quelle que soit la manière dont l’historien du Parménide envisagera la solution proprement platonicienne du problème, il suffira d’apercevoir que telle en a été la position, il y a presque vingt-cinq siècles, pour que le tableau de la pensée humaine soit replacé sur ses bases authentiques. Il ne saurait s’agir de ces variations superficielles sur le thème de l’Un et du Multiple auxquelles se réduisait l’ontologie pluraliste de Renouvier ou de William James. Bien plutôt, il importe de suivre, à l’intérieur même du rationalisme, les conséquences des difficultés que devait successivement mettre au jour la dualité des deux monismes : monisme de l’être et monisme de l’un. Or, ce qui nous a paru ressortir de l’enquête que nous avons menée, tout le long des ouvrages auxquels M. Thibaudet a bien voulu faire allusion, c’est que les difficultés ont été surmontées effectivement par la dissociation, toujours plus claire, plus précise et plus solide, entre les conditions requises pour une métaphysique de l’être, mais qui nécessairement lui manquent, dès son énoncé même, et les conditions qui apportent à une philosophie de l’un la certitude lumineuse du succès. Ce n’est pas assurément diminuer la valeur de l’intelligence que de l’inscrire dans la durée de l’histoire humaine.”

“Nous avons dit, d’une part, que l’interprétation authentique de l’intelligence humaine est aux antipodes d’un éléatisme pris dans la rigueur de son concept initial et par quoi la raison serait stupidement condamnée à la répétition monotone, à l’informe balbutiement, de l’« axiome éternel », — méprise sur la raison dont est sorti à son tour ce mépris de la raison qui est devenu un lieu commun de notre littérature. Or, si c’est un premier fait que l’impulsion a été donnée au progrès du rationalisme par la réflexion platonicienne quand elle a opposé, au sein même du monisme de Parménide, le réalisme de l’être et l’idéalisme de l’un, il y a un second fait qui lui est parallèle. Quand on considère les doctrines issues du Verbe héraclitéen on s’aperçoit que si elles ont, elles aussi posé sur son terrain véritable ce même problème de l’intelligence humaine, c’est qu’une lutte séculaire s’est engagée, à leur intérieur même, entre la spiritualité pure de la pensée et la matérialité des expressions théologiques ou métaphysiques qui, successivement, l’ont incarnée avec l’illusion de lui conférer une apparence d’être. Dans l’histoire de la philosophie occidentale, rien n’est significatif à cet égard, comme l’exégèse stoïcienne de la mythologie, particulièrement en ce qui concerne la fonction médiatrice d’Hermès dans son double personnage de Verbe intime et de Verbe proféré. Mais nous savons, par ailleurs, que le stoïcisme a servi simplement de véhicule à une tradition, figurée dès le VIIe siècle avant Jésus-Christ par des textes hiéroglyphiques, qui reproduisent, du reste, des documents plus anciens. L’étude des représentations cosmogoniques, liées elles-mêmes à l’élaboration d’une « Unité-Trinité : Phtah, Horus, Thot », montre comment déjà « les théologiens distinguaient dans l’œuvre du Verbe la part de la pensée créatrice,qu’ils appellent le cœur, et celle de l’instrument de création, la langue : tout Verbe est d’abord un concept du cœur : pour prendre corps et se réaliser, celui-ci a besoin de la parole ».
Et si l’on reporte à l’œuvre de Philon, avec la connaissance de ses origines et la méditation de son, influence, on se convainc qu’en dépit de la tentation humaine, « trop humaine », des communautés religieuses pour se décerner un brevet d’originalité par rapport aux espèces concurrentes, c’est une même théologie qui s’est produite aux premiers siècles de notre ère, indifféremment gréco-égyptienne, gréco-juive ou gréco-chrétienne.
La dualité du logos traditionnel expliquera donc l’oscillation des doctrines entre deux limites extrêmes qui sont marquées, en ce qui regarde notre sujet, par les deux interprétations du Verbe que nous offrent l’idéalisme mathématique avec Malebranche, le réalisme sociologique avec de Bonald. Mais, si l’on veut sortir de l’impasse, il faut bien renoncer à la confusion systématique de la synthèse et trancher l’alternative. Ou bien, donc, on professera, comme l’a fait de Bonald à la suite des illuminés , le primat de la parole sur la pensée, en revenant à la littéralité sans équivoque et sans compromis de la révélation primitive ; ou bien, sans équivoque non plus et sans compromis, on ira jusqu’au bout de l’idée d’un Verbe qui doit être détaché de toute enveloppe charnelle et de toute expression particulière, puisqu’en toute évidence il se corromprait et se nierait s’il cessait d’être purement intérieur et purement spirituel. En s’orientant dans le second sens, on verra naître de l’histoire et se dégager avec elle ce que Renouvier n’a pu soupçonner : la notion toujours plus claire et plus distincte d’une raison qui est immanente à la durée et qui, hors de toute référence à un privilège de temps ou d’espace, prendra conscience de l’éternité de son principe grâce, précisément, au perpétuel renouvellement de son actualité dans le déploiement infini d’une conquête universelle.”

Et l’humour de ces lignes est vraiment admirable , en même temps qu’il introduit véritablement à la perspective qui est celle de la “Science internelle”:

“Cette exigence de spiritualisme intégral où il n’était pas malaisé, pourtant, d’apercevoir la condition première d’une parfaite sincérité envers soi comme aussi la dernière chance de salut pour une humanité réconciliée du dedans avec elle-même, m’a valu d’être traité de haut par quelques précartésiens du XXe siècle, partisans de ce qu’ils ont décidé, entre eux, d’appeler « métaphysique éternelle ». Notamment, M. Maritain, me plaint, avec une charité superbe, d’avoir rendu la philosophie qui pour moi, dit-il, est l’esprit même, « misérablement tributaire de la science et de son histoire.

Vue des hauteurs du monde intelligible où M. Maritain s’est cru, sans doute, transporté, une tentative d’avance restreinte aux seuls horizons de l’histoire humaine et de la science humaine apparaîtra en effet misérable. Elle est seulement de quelqu’un qui, sans se faire, je présume, d’illusion sur sa faiblesse, a osé néanmoins ce pari sur lui-même de ne payer tribut qu’à la vérité honnêtement, scrupuleusement, vérifiable. Dès lors, en face de l’ontologie qui nous est opposée d’un ton triomphal, il est difficile de ne pas évoquer les Provinciales de Pascal, et ce tableau des « docteurs graves » qui, en même temps qu’ils prononçaient la condamnation officielle du système héliocentrique, ne pouvaient s’empêcher de tourner sans arrêt avec la terre, le doigt levé sur le texte sacré où ils avaient trouvé la proclamation de son immobilité. Est-ce que cette cosmologie du XIIIe siècle, qu’on voudrait faire descendre d’une éternité infaillible, ne se résout pas entièrement, à la lumière si étourdiment dédaignée de la réalité historique, dans les circonstances qui, expliquent la fortune des commentateurs d’Aristote à travers les diverses écoles du Moyen âge ? Le ciel, lieu des anges, siège après la mort des âmes bienheureuses, est sans doute une métaphore ; mais il faut aussi, car on ne fait pas au réalisme sa part, qu’il soit autre chose qu’une métaphore. Toute théologie issue du modèle néo-platonicien est nécessairement une topographie. Et, en effet, ce que saint Thomas ajoute à saint Bonaventure pour soutenir la matière du dogme, c’est l’infrastructure profane du monde surnaturel, c’est l’application aux essences angéliques des cadres astro-biologiques de la métaphysique péripatéticienne. De là des conséquences inéluctables : cette architecture de l’univers, grâce à laquelle on croyait voir, dans la majestueuse cathédrale thomiste, la continuité s’établir entre la théologie dite rationnelle et la théologie révélée, non seulement nous savons qu’elle est une pure fantasmagorie, mais nous pouvons dire quand et comment elle est sortie de la décadence « païenne ». Lorsque les hommes du Moyen âge levaient les yeux au ciel, ils ne doutaient pas que les sphères cristallines ne s’y trouvassent en réalité, non qu’ils les eussent jamais aperçues, ou même qu’ils aient jamais eu le moindre souci de chercher à les contempler. Mais une chose était vraie qui leur tenait lieu de vérité : Platon les avait décrites dans le récit du Timée qu’il avait lui-même présenté comme un jeu qui cependant, presque immédiatement après lui quand le déclin de l’hellénisme se prononça, fut pris grossièrement à la lettre. L’artifice du mythe a été transfiguré en métaphysique éternelle par une « double confusion », que M. Albert Rivaud a magistralement expliquée , « entre la figuration mathématique et le modèle mécanique, puis entre ce modèle et le Ciel lui-même. On arrive ainsi à attribuer l’existence concrète aux sphères cristallines, dont l’ensemble, ingénieusement machiné par Eudoxe et par Callippe, rend compte des mouvements célestes. Pendant près de deux millénaires, on a cru, sur la foi des astronomes grecs, que le Ciel est véritablement formé d’une série de sphères translucides emboîtées les unes dans les autres. »
Quel exemple sera décisif si ce n’est celui-là ? Nous parlons sans ironie, nous exprimons simplement l’évidence, lorsque nous disons de cette métaphysique qui, dans l’inconscience de l’orgueil, s’est rêvée « transcendante au temps », qu’elle est née avec le temps et qu’elle est morte dans le temps. La vision de l’univers qu’elle a projetée dans une éternité illusoire correspond à une époque de transition, sinon de décadence, par rapport à la marche de l’esprit. Elle n’a pu subsister légitimement que durant cette période préscientifique où, sous le nom usurpé de physique, la spéculation se bornait à revêtir d’une terminologie abstraite et en apparence seulement rationnelle le réalisme spontané qui, dans notre société civilisée, apparaît aux psychologues comme celui d’un enfant entre huit et onze ans, « Si Képler, Galilée, Newton (écrivait récemment M, Bertrand Russell ) étaient morts en bas âge, le monde où nous vivons serait beaucoup moins différent qu’il n’est du monde du XVIe siècle. »
Du jour où le monde est devenu vrai pour l’homme, la physique ne signifie plus cette discipline imaginaire à laquelle se référait une métaphysique condamnée, par là même, à se mouvoir dans le plan de l’irréel. Au lieu de superposer aux données de la perception un univers de simple discours, la science dessine l’univers de la réalité. Dès lors, la philosophie change de sens, elle aussi. Elle cesse d’être ce qu’elle était au Moyen âge et encore pendant la Renaissance, tradition de littérature profane ou de philologie sacrée ; elle est réflexion sur le savoir véritable, conscience des normes légitimes de vérité.”

J’ai honte , après de tels sommets de la langue philosophique, de revenir à mes propres formulations, mais le choix a été fait dans la “Science internelle ” de prendre pour mathème de l’être (en tant que notion métaphysique) la catégorie , ou topos, Set, catégorie des ensembles et pour mathème de l’Un la (méta)catégorie CAT de toutes les catégories:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/25/la-metacategorie-cat-de-toutes-les-categories-comme-modele-mathematique-du-monde-des-idees-de-platon/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/22/premiere-pierre-pour-une-nouvelle-science-internelle-mathesis-universalis-lidee-de-lun/

Set et CAT sont des catégories, donc des Idées, non des ensembles, donc ce ne sont pas des étants :ces Idées ne sont pas et c’est là la forme mathématique du “ens et unum non convertuntur” de Brunschvicg.

Il est vrai que la Science internelle est encore balbutiante sur ces sujets (notamment sur celui des relations des Idées à leurs mathèmes) et que plusieurs questions importantes ne sont pas encore tranchées. On pourra m’objecter qu’un ensemble est aussi une catégorie (sans flèches) , donc un étant (ensemble) est aussi une Idée (catégorie) , et d’autre part j’ai décidé de m’inscrire dans le mouvement (infini) de catégorification qui mène aux ∞-catégories, ∞-topoi et
∞-cosmoi. Une Idée est donc une ∞-catégorie, et le “monde des Idées” est donc (ou plutôt a pour mathème) tout ∞-cosmos. Je suis persuadé que c’est la table périodique des n-catégories qui donne la clef de ces apories:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/17/scienceinternelle-7-la-table-periodique-des-n-categories/

Les ensembles sont les 0-catégories, constituant le 1-topos primordial, celui auquel la physique naissante, celle des Galilée, Newton, a eu d’abord affaire (sans connaître ces notions d’ensembles, catégories et topos bien sûr) c’est pour la “Science internelle” le sol à partir duquel s’élève l’Echelle Sainte de Jacob (la table des n-catégories jusqu’aux ∞-catégories et ∞-topoi. Les chercheurs en ce domaine sont donc en train de grimper sur cette Échelle Sainte(c’est maintenant que ça se passe l’histoire de Jacob et de Beith-El (ce qui veut dire “Maison-Dieu”) :

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https://www.universdelabible.net/lire-la-segond-21-en-ligne/ref,Genèse%2035.1-15/

http://www.icones-grecques.com/textes/textes-bibliques/genese28-l-echelle-de-jacob.htm

“Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle.

28:16 Jacob s’éveilla de son sommeil et il dit: Certainement, l’Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas!
28:17 Il eut peur, et dit: Que ce lieu est redoutable! C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux!”

Mais je suis gravement fautif envers Mr Louis Wolfson :cet article lui était consacré et j’ai oublié de parler du premier livre de lui, datant de 1970 et préfacé par Deleuze :”Le schizo et les langues” , ainsi que de sa méthode de traduction, si originale .. je ne peux pas décemment revenir de l’Echelle Sainte et de la Science internelle à lui.. donc je consacrerai encore un article à ce personnage qui a dû beaucoup souffrir..

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