#BrunschvicgProgresConscience 3: le problème socratique… qui d’ailleurs se manifeste actuellement en FRANCE!!!

La suite du texte de Brunschvicg, venant après les lignes que nous avons étudiées la dernière fois:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/12/brunschvicgprogresconscience-2-la-sagesse-est-science/

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1.html

ces lignes, venant au paragraphe 13 de la sous-section I-B, titrée “Le problème socratique” et venant après I-A “Le jugement de réflexion”, semblent correspondre exactement aux aléas de la triste pantalonnade “pseudo-démocratique” actuelle , je viens de m’en rendre compte en regardant BFMWC, et c’est la raison pour laquelle je reviens à ce Hashtag consacré à l’étude du livre magistral de Brunschvicg, le plus important sans doute du vingtième siècle, alors que je comptais avancer dans celle du livre de Jacob Lurie “Higher topos theory”.

Commençons en effet ce paragraphe 13:

13. Nous avons cherché à recueillir en quelque sorte sur la ligne minima de l’histoire, les traits caractéristiques de l’enseignement socratique, tel que la postérité l’a consacré. Il semble que cela suffise pour expliquer l’impression que les contemporains en ont ressentie et qu’ils ont traduite avec une sincérité dont l’accent nous émeut encore à travers les siècles.
Avec Socrate une raison vivante s’est attachée à leur raison et les contraint à se tourner vers soi. Prenant conscience (suivant l’expression significative de l’Alcibiade du Banquet platonicien) qu’ils n’ont rien à lui objecter , ou ils devront fuir Socrate ; ou bien, s’ils s’arrêtent pour écouter la parole qui répond en eux à la parole du maître, les voilà dans un monde nouveau, qui leur révèle la véritable vocation de l’intelligence humaine.

c’est à dire que Socrate oriente la conscience de ses auditeurs, et c’est cela qui est radicalement nouveau et vaut encore, et plus que jamais même, pour notre époque, vers l’intériorité réflexive en ce qu’elle a d’universel, et non vers la simple intériorité psychologique ( en gros : se regarder le nombril en prenant des positions de Zazen ou de yoga) comme la plupart des experts en “coaching” contemporains (qui visent simplement à mieux armer leurs “clients” pour les combats du plan vital, qui deviennent de plus en plus féroces puisque le délire occidental met systématiquement en concurrence vitale les individus).
L’impasse de ce temps là était celle entre les physiologie, sortes d’ancêtres des physiciens, mais sans mathématiques, et les Sophistes, ancêtres des actuels experts en “coaching”: Socrate permet à la conscience grecque de sortir de cette impasse , en l’orientant justement vers l’intériorité de la réflexion, fondant une véritable “Science de la morale” selon l’expression de Boutroux:

https://doctrinedelascience.files.wordpress.com/2015/11/boutroux-socrate.pdf

Les physiologues l’avaient orientée (l’intelligence) vers l’univers physique, et c’est vainement qu’elle s’était flattée d’égaler ses systèmes d’explication à l’ampleur des mythes cosmogoniques. Revenue avec les sophistes sur le domaine pratique, l’intelligence a fait une œuvre, non plus stérile cette fois, mais néfaste, en travaillant pour adapter les moyens au but vers lequel l’âme est poussée instinctivement, sans oser mettre en question le but en tant que but. La raison devient alors quelque chose de servile et de mercenaire ; de quoi le signe le plus manifeste est dans le développement prodigieux, monstrueux, de la rhétorique. Les sophistes ont cultivé l’art de parler, non point pour remonter du langage à la pensée, pour apprendre à douter de l’apparence, à s’élever jusqu’au vrai, mais pour descendre dans la mêlée des ambitions, pour apprendre à se procurer la puissance en persuadant sans vérifier, ce qui est proprement corrompre.
Socrate, ainsi que l’a montré admirablement Émile Boutroux , tire l’homme de cette impasse en transportant sur le terrain de l’action la discipline intellectuelle de la réflexion, en suscitant la norme à laquelle se reconnaîtront les valeurs de la justice. L’intelligence socratique construit la famille, l’amitié, la patrie, à l’intérieur même d’une conscience dont elle provoque le progrès. Nous sommes naturellement égoïstes ; mais la réflexion nous détache du centre purement individuel de notre désir pour nous faire apercevoir dans la fonction du fils, de l’ami, du citoyen, un rapport dont notre propre individualité n’est que l’un des termes, pour introduire ainsi à la racine de notre volonté une condition de réciprocité, qui est la règle de la justice et le fondement de l’amour. La raison dévoile ainsi ce qui constitue son caractère spécifique et son efficacité. Il est permis de dire que l’enseignement de Socrate se résume dans la découverte de la raison pratique.

Les difficultés du socratisme tiennent à ce que ce personnage “vole trop haut” pour la population au sein de laquelle il naît et vit, un peu comme Jésus-Christ peut être ? Et les conséquences en sont pareilles : une sorte de halo démoniaque ou divin l’entoure, ou “une ombre d’inspiration démoniaque” selon les termes de Brunschvicg, et ce sera la même chose pour Apollonius de Tyane:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Apollonios_de_Tyane

et que dire des sages hindous ou orientaux? Je ne suis pas expert en histoire, mais de même que certains (comme Michel Onfray) doutent de l’existence en chair et en os de Jésus-Christ, ne pourrait on pas aussi douter de celle de Socrate ? Dans les deux cas, cela ne diminue en rien la Valeur pour l’humanité de chacun de ces personnages, qui tiennent tous deux du monde des Idées (et c’est la même chose pour Thalès de Milet qui est d’ailleurs appelé “personnage légendaire”:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Thalès

L’Idée qu’incarne Thalès tient toute entière dans l’allégorie de Thalès et de la servante de Thrace , qui symbolise l’opposition entre plan vital et plan internel:

https://leserpentvert.wordpress.com/2010/01/14/le-rire-de-la-servante-de-thrace/

https://alzazou.wordpress.com/2009/12/18/thales-et-le-puits/

Langage moderne assurément, mais qu’il nous paraît convenable d’employer, à double fin en quelque sorte : d’abord pour souligner l’originalité de l’œuvre socratique, mais ensuite pour nous avertir de la distance qui reste à parcourir, des difficultés qu’il devra y avoir à surmonter, avant le moment où la civilisation moderne saura dégager d’une manière claire et distincte la portée de cette œuvre.

14. Les difficultés du socratisme se manifestent, du vivant de Socrate, par ce qui demeure chez lui d’obscur et d’énigmatique aux yeux de ses contemporains et de ses disciples. Autour du sage hellénique, qui se détache dans sa zone de lumière, autour du héros de l’humanisme rationnel, certains traits indiqués par Xénophon et par Platon, amplifiés dans le dialogue apocryphe du Théagès, jettent comme une ombre d’inspiration démoniaque. Et même dans les propos familiers qui nous sont rapportés de lui, ne cessent de transparaître une sorte d’indécision fondamentale, un mélange déconcertant de hardiesse et de modestie : l’élan de la confiance intellectuelle se ralentit brusquement et semble se perdre sous la réaction de l’ironie. L’historien est ainsi amené à se demander si ces singularités ne sont pas liées à une insuffisance de la doctrine, à un écart, peut-être impossible à combler, entre le programme que Socrate traçait à ses auditeurs, et les moyens qu’il mettait à leur disposition.

Mais le problème socratique tient à l’ambiguïté souvent signalée par Brunschvicg entre les deux sens du mot grec “Logos” : raison ou langage, Verbe intérieur ou verbe extérieur, universalité de fait ou de droit, par le haut et dans l’esprit, ou par le bas et dans les mœurs et les usages:

Mais souvent aussi la raison, au lieu d’être la norme nécessaire, d’où surgit une universalité de droit, n’est plus que l’assentiment collectif, l’universalité de fait : « Le général dont parle Socrate ne se rapporte ni au monde matériel, ni même à un monde intelligible : c’est proprement le fonds commun des discours et des actions des hommes . » L’habileté infaillible à persuader les hommes ne tient-elle pas chez Ulysse à ce qu’il savait conduire ses preuves à travers les opinions reçues ? διὰ τῶν δοκούντων τοὶς ἀνθρώποις (IV, VI, 15). Socrate procède à son exemple. Chez lui et conformément à l’usage de la langue grecque, le mot de λόγος, voué par son indétermination même à la plus éclatante et à la plus étonnante des fortunes, signifie à la fois raison et langage. Et cette confusion originelle se traduit au cœur de l’enseignement socratique, par l’impossibilité de trancher l’alternative entre la justice de fait et la justice de droit. L’Entretien avec Hippias chez Xénophon met en présence les deux notions du juste et du légal, tantôt pour les identifier, tantôt au contraire pour les opposer. Car il est vrai que Socrate d’abord définit la justice par la conformité à la loi, telle que les citoyens l’ont arrêtée d’un commun accord, décidant ainsi ce qu’il faut faire et ce qui est défendu Ἆρα τὸ αὐτὸ λέγεις, ὦ Σώκρατες, νόμιμόν τεκαὶ δίκαιον εἶναι ; — Ἔγωγε, ἔφη (IV, IV, 12). Et il est vrai aussi que Socrate invoque ensuite, comme fait l’Antigone de Sophocle, les lois non écrites, la justice idéale qui règne dans tous les pays, qui se manifeste par son universalité, qui apparaît indépendante de la volonté des hommes, de la diversité de leurs langages. (IV, IV, 19.)

Il y a plus. Cette incertitude théorique sur le point capital de son enseignement, elle n’est pas seulement dans le langage de Socrate, elle est aussi dans sa conduite, comme l’attestent les circonstances décisives où il eut à prendre parti vis-à-vis du gouvernement de son pays. Il résiste comme prytane à la volonté du peuple qui prétendait juger en bloc les dix généraux vainqueurs aux Arginuses. Il refuse d’obéir à la réquisition des Trente qui lui prescrivaient d’aller à Salamine pour arrêter Léon qu’ils voulaient mettre à mort. Dans un cas comme dans l’autre, la justification de l’attitude socratique est parfaite ; et c’est pourquoi Platon réunit les deux exemples dans l’Apologie (32). Il est visible néanmoins, d’après le texte même de Platon, que cette justification n’est pas du même ordre : car le désir d’instruire en commun le procès des dix généraux n’est injuste que parce qu’il est illégal, tandis que c’est l’injustice en soi que Socrate repousse dans l’ordre que l’oligarchie des Trente lui a donné. Et dans le Criton Socrate n’accepte-t-il pas de mourir victime d’une condamnation injuste afin de maintenir chez ceux-là dont il se sent responsable, de pouvoir leur recommander comme la conclusion suprême de son enseignement, le respect pour les lois de la patrie ? « Pour les hommes, ce qui doit être estimé le plus c’est la vertu et la justice ainsi que la légalité et les lois. »

Comme je le disais au début, cet écart, ou plutôt cet abîme, entre justice idéale et “lois non écrites” d’une part, et légalitépropre à une société particulière, d’autre part est en train de surgir à nouveau dans notre pays à l’occasion des élections présidentielles sous la forme de la différence entre ce qui est “moral” et ce qui est “légal”. François Fillon n’a semble t’il rien fait d’illégal ou, tout au moins, il a fait ce que font beaucoup de parlementaires, ce qui est d’usage, mais ses appels aux “sacrifices” et au “sens des valeurs morales” ne provoquent plus que l’hilarité générale parce que les Français pensent tout bas (ou disent tout haut) : ” commence par mettre toi même tes maximes en application!”; bref sa campagne devient impossible. Nous sentons bien que même si Jésus-Christ revenait, comme le veulent certaines croyances sectaires, il serait bien embêté et empêtré dans tout ce galimatias et d’ailleurs le “calvaire” subi par le “très chrétien” Fillon ne rappelle t’il pas celui du “fils de Dieu” ? À quand la mise en Croix et la mise au tombeau? Reste à savoir s’il ressuscitera (politiquement et médiatiquement ) au bout de trois jours après la fin de sa campagne, après que tous ses “bons apôtres” l’aient renié “trois fois avant que le coq chante” ( ou avant le premier journal de FRANCE Info au petit matin). En tout cas il y a bien un cadavre qui est en train de ressusciter, c’est celui de Juppé-Lazare. Que l’on excuse ma dérision un peu facile, mais je veux simplement dire que Socrate et sa merveilleuse liberté intérieure, résistant à la fois à ce qui serait appelé de nos jours populisme comme à l’oligarchie des Trente (qui est devenue à notre époque celle des chaînes de télévision), Socrate donc semble mieux à même que le “Fils de Dieu” revenant sur les nuées de régler les problèmes qui se posent aux Français… d’ailleurs Aristophane n’a t’il pas mis en scène Socrate descendant du ciel dans sa pièce qui se nomme justement “Les nuées”? Seulement il aurait affaire à une forte opposition car 25 siècles plus tard les Sophistes sont revenus en force… la morale c’est bien beau, à condition que l’on ne s’en serve pas pour berner les gens, or j’ai la désagréable impression que l’on est en train de nous “prendre pour des cons” (et cela dure depuis un certain temps, 40 ans au bas mot). Comment se fait il que l’affaire FILLON sorte maintenant, juste avant les élections , alors que l’on avait ces informations depuis longtemps? Même question pour l’affaire Le Pen….ou plutôt la prétendue “affaire Le Pen” …

http://ripostelaique.com/fillon-marine-nous-assistons-en-direct-au-deroulement-dun-coup-detat-socialiste.html

http://ripostelaique.com/derriere-les-magouilles-des-juges-le-scooteriste-libidineux.html

http://ripostelaique.com/macron-son-ami-cest-la-finance-donc-il-ny-aura-pas-denquete.html

Tout ceci est particulièrement grave, car ce n’est pas seulement l’élection présidentielle que les “nouveaux Sophistes” (à savoir les “zélites” islamocollabobos) sont en train d’assassiner en direct. Toute une batterie d’indicateurs cohérents nous montrent qu’après 5 ans de hollandisme , les Français sont à bout et veulent l’alternance. Or ce qui se prépare c’est l’accession à la présidence d’un “Hollande bis, en plus jeune” , qui vocifère comme le loup de Wall Street (ce n’est pas Marine Le Pen qui dit cela, c’est Aurélie Filipetti, la “meuf à Montebourg”)

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