La scène du concert rock dans “Blow up” de Michelangelo Antonioni (1966)

Cette scène montre le groupe “The Yardbirds”, emblématique de ces années là en Angleterre , le morceau interprété est “Stroll on” . Celui qui détruit sa guitare sur scène , c’est Jeff Beck, né en 1944, il y avait alors aussi Jimmy Page comme autre guitariste, ils n’ont joué ensemble dans ce groupe que pendant quelques mois:

Cette scène exprimé admirablement le désespoir profond qui se dégage du film, caractérisé à sa sortie comme un “polar métaphysique” , désespoir face à l’absurdité de la vie moderne, ce que Dany Robert Dufour appelle “le délire occidental” : c’était la période du “swinging London” , et certains s’en rappellent comme de la “parenthèse enchantée” des années de croissance, d’insouciance et de “libération” sexuelle, avant la pandémie de SIDA.
Pour replacer cette scène dans le scénario du film :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Blow-Up

Thomas le photographe de mode, qui a pris des photos d’un couple dans Maryon Park, s’aperçoit en développant les clichés qu’il a assisté à un meurtre. La jeune femme (Vanessa Redgrave) vient même le relancer à son atelier et lui offre de coucher avec lui s’il lui restitue les négatifs. Thomas refusé;roulant dans Londres, il croit voir la jeune femme dans une file d’attente à un spectacle. Il se gare et court pour tenter de la retrouver pour tirer l’affaire au clair, et c’est alors qu’il parvient dans cette salle où jouent les Yardbirds.

Il existe un excellent article sur ce film, celui du blog “Stalker”:

http://www.juanasensio.com/archive/2007/08/26/blow-up-de-michelangelo-antonioni-par-francis-moury.html

dont j’extrais ceci (à propos de la scène finale de la partie de tennis sans balles):

La célèbre scène finale de mimétisme qui le remet en présence d’un groupe qu’il avait déjà croisé au début du film achève de donner le sens de la «révélation» : la réalité s’est dissoute dans sa représentation. Et si telle représentation intéresse tel groupe, alors elle existe. Sinon, elle ne renvoie à rien.

Les lignes suivantes sont excellentes aussi, même si elles se rapportent à un autre chef d’œuvre d’Antonioni qui date de 1960: “L’avventura”:

Oui, si l’angoisse est déjà prise de conscience. Il y a un existentialisme chez Antonioni, une visée métaphysique appuyée. Qu’on se souvienne simplement de l’argument du premier grand film d’Antonioni, L’Avventura (Italie, 1960) ! On y racontait une disparition qui était peut-être une mort (celle d’Anna) et qui contaminait métaphysiquement l’être et des êtres, en annihilant toute possibilité d’amour pour ceux qui en avaient été témoins, les laissant seuls face à la peur de la mort. Cet argument n’était-il pas, en fin de compte, la stricte inversion de la résurrection du Christ qui est une mort niée, transformée en présence, fondant toute possibilité future d’amour ? Blow Up creuse plus avant encore dans la même direction que L’Avventura dans la mesure où il pose d’emblée une vision de cadavre, une concrète trace de mort, puis de meurtre qui elle-même risque de s’annihiler, de disparaître sauf pour celui qui l’a indirectement révélée. Antonioni était le cinéaste de l’apophatisme : il devient celui de l’aporie. Il joue concrètement avec les notions d’être et de néant d’une manière qui les rend présentes, concrètes, compréhensibles.

Vraiment excellent, comme les tweets de “Stalker”actuellement.

Je maintiens l’interprétation que j’avais donnée ailleurs il y a un certain temps : les agrandissements successifs des clichés par Thomas symbolisent la recherche scientifique actuelle en physique , qui conduit à aller fouiller de plus en plus loin dans l’infiniment petit. On a même réussi à photographier un électron (voir dans le livre “L’atome” de Bernard Pullman). Nous serions ici bien proches des thèses d’Olivier Rey dans “Itinéraire de l’égarement: du rôle de la Science dans l’absurdité contemporaine”. Le Savant qui descend de plus en plus loin dans l’infiniment petit, assisterait, mais sans pouvoir rien y faire (comme Thomas se heurtant à l’indifférence de ses amis) à la “mort de l’Homme” qui était un thème à la mode de ces années 60.
Mais à mon sens, c’est là une vision encore trop naturaliste de ce que font les physiciens :la physique est déjà une ” Science d’idées mathématiques” que j’entends systématiser dans ce que j’appelle ici “Science internelle” . Quant à la mort de l’Homme, l’humanisme de l’Occident célébré par Brunschvicg dans son livre qui porte ce titre (“Écrits philosophiques I :l’humanisme de l’Occident”):

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1.html

Cette pensée de la “mort de l’Homme” ne pourrait avoir qu’un seul sens :l’effondrement de cette philosophie idéaliste et criticiste-mathématisante et de l’humanisme célébré par elle. Or célébrer l’humanisme, de la manière exigeante quant aux normes de vérité dont Brunschvicg le fait, ce n’est certainement pas chanter les Saintes Louanges de l’homme empirique, tel que nous le trouvons là par exemple à Londres dans les années 60. Bien sûr, il est normal de se poser des questions comme : “mais finalement, cette humanité fumeuse de joints du swinging London , c’est là tout ce qu’a pu engendrer ce déplacement dans l’axe de la vie religieuse qu’a été l’émergence de la Science moderne il y a 4 siècles ? tout ça pour ça?” Michel Henry va encore plus loin en 1986 quant il écrit “La barbarie” annonçant la venue rapide d’une barbarie inédite qu’il fait directement dériver de l’objectivité scientifique galiléenne .. eh bien je ne suis pas d’accord, et c’est bien pour répondre à ce genre de questionnements que j’ai lancé le Hashtag #BrunschvicgProgresConscience

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