Les yeux de Satan (Child’s play, Sidney Lumet, 1972)

Ce film est pratiquement passé inaperçu, il n’est même pas sorti en France, comme d’ailleurs “The Offence” :(les liens YouTube ne fonctionnent plus hélas):

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/05/26/the-offence-de-sidney-lumet-1972-un-film-qui-a-sa-place-dans-lobscurite/

qui lui a carrément déchaîné les commentaires hostiles, parce que Sean Connery , qui à l’époque symbolisait encore James Bond, le mâle sûr de lui auquel aucune femme ne résiste, y joue avec beaucoup de courage professionnel un inspecteur de police Mal dans sa peau (marié à une femme qu’il n’aime plus), aux prises avec des pulsions pédophiles et justement chargé d’enquêter sur une série de meurtres d’adolescentes., dans une Angleterre crépusculaire, à la sortie de la période “Blow-up” du “swinging London”. Interrogeant un suspect qui perce à jour son trouble intérieur, et se montre ironique, il le tuera lors d’un déchaînement de violence. Ces deux films , qui sont les plus dérangeants de Lumet, viennent après “Le gang Anderson” (1971) et précédent Serpico, plus traditionnel et qui est devenu un film culte.

Ces articles de critique expliqué bien la “situation” du film et en résument l’intrigue, se déroulant dans une école privée chrétienne:

http://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/1936-yeux-de-satan-les

http://www.dvdclassik.com/critique/les-yeux-de-satan-lumet

Le second notamment met le doigt là où ça fait mal :

Child’s Play est de toute manière une étrange projet, un film un peu improbable qui surgit après The Anderson Tapes et The Offence. deux films magistraux portés l’un par une mise en scène au cordeau et l’autre par des expériences formelles passionnantes. Alors qu’aux Etats-Unis la jeunesse se rebelle, Lumet prend étonnamment ses distances. Homme de gauche progressiste, on aurait pu imaginer qu’il allait se faire l’écho de cette contestation profonde de la société américaine mais, bien au contraire, il prend ses distances à la fois avec les différents mouvements qui secouent son pays et avec le cinéma du Nouvel Hollywood qui prend son essor. Pourtant, outre ses positions politiques, certains de ses films laissaient penser qu’il participerait à cette nouvelle donne du cinéma américain

C’est à dire que Sidney Lumet est de gauche, il n’est pas difficile de s’en apercevoir, mais il prend ses distances avec la gauche américaine, qui a abouti au délire universel actuel de l’ antiracisme et du “politically correct”, avec son obsession de la diversité ethnique accompagnée du métissage obligatoire (sans déceler la contradiction flagrante entre les deux) et de la “discrimination positive” , dont Macron (qui bien sûr est “aussi de droite” rires) est le nouvel apôtre, après Sarkozy.

Dans “Les yeux de Satan” la confrontation se situe entre d’une part, Joseph Dobbs (joué par Robert Preston), le représentant des “nouvelles techniques d’éducation” , libérales , anti-autoritaires et mettant l’accent sur la spécificité individuelle de l’élève, à qui rien ne doit être imposé (les aspects raciaux, et ethniques, sont absents du scénario), et d’autre part Jérôme Mailey (excellent James Mason), vieux, amer, “réactionnaire” , peu sympathique, adepte des techniques traditionnelles fondées sur l’autorité, la hiérarchie, et les punitions sévères…

Au milieu se trouve le jeune Paul Reis (Beau Bridges) , ancien élève qui revient comme enseignant de gymnastique: il a d’abord plus le contact avec le si sympathique et libéral et ouvert Joseph Dobbs, et prend Jérôme Mailey , qui accuse Dobbs d’être à l’origine des manifestations de violence qui envahissent l’école, pour un fou paranoïaque. De même la hiérarchie religieuse de l’école prend fait et cause pour Dobbs et tente de pousser Mailey à prendre une retraite anticipée.

À la fin Mailey se suicide, persécuté par Dobbs qui l’abonne à des revues pornographiques pour l’accuser ensuite de perversité pédophile,auprès des supérieurs hiérarchiques religieux qui administrent l’école et Paul Reis, témoin d’une scène terrifiante et à caractère fantastique entre Dobbs et ses élèves, comprend avant d’être tué à son tour que Mailey n’était pas fou et qu’il avait raison : c’est le sympathique Dobbs qui manipule les élèves et les entraîne à la violence en refusant toute répression de leurs instincts vitaux.

Comment ne pas faire le rapprochement avec ce qui se passe en France actuellement, les violences gravissimes dans les lycées de Seine St Denis, encouragées par la gauche à l’occasion de l’affaire “Théo” , là encore prétendûment au nom de l’antiracisme. Il ne manque plus à Hollande, et surtout à son porte-serviette Emmanuel Macron, que les moustaches de Robert Preston pour faire un très acceptable Joseph Dobbs; quant à FILLON, sa façon de “péter les plombs” , sa maladresse à se défendre en font un nouveau “Jérôme Mailey” (sauf qu’il est mieux entouré, et ne se jettera probablement pas par la fenêtre):

les yeux de Satan, ce sont les beaux yeux de Dobbs-Macron

Mais il y a dans le film une scène bien plus terrifiante que celles des violences: c’est cette scène où Dobbs confie à Reis qu’il se représente “Dieu” sous la forme d’une petite flamme fragile qui peut s’éteindre brusquement et laisser place aux ténèbres complètes. Et ce rêve de Dobbs se produit réellement à la fin du film, dans La Chapelle de l’école, où les élèves, après avoir lynché à mort Paul Reis qui avait tout compris, viennent retrouver Dobbs :la petite flamme s’éteint..

Façon pour Sidney Lumet d’exprimer symboliquement que la “crise” mondiale, qui débutait en ces années là , n’est ni économique ni politique, mais religieuse : elle tient à l’échec des religions positives, qui fait que l’humanité, se cabrant devant l’Esprit ( la flamme fragile qui est en nous ) se heurte au mur de l’Etre, en optant pour la mauvaise alternative signalée par Brunschvicg dans “L’idéalisme contemporain”:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/07/scienceinternelle-16-la-creation-nest-pas-celle-de-lunivers-par-dieu-mais-celle-des-idees-par-nous/

““C’est donc à une alternative que nous conduit l’étude de l’idéalisme contemporain:

– 1.) Ou nous nous détachons des idées qui sont en nous pour chercher dans les apparences extérieures de la matière la constitution stable et nécessaire de l’être, nous nous résignons à la destinée inflexible de notre individu, et nous nous consolons avec le rêve dun idéal que nous reléguons dans la sphère de l’imagination ou dans le mystère de l’au delà

– 2). Ou bien nous rendons à nos idées mortes leur vie et leur fécondité, nous comprenons qu’elles se purifient et se développent grâce au labeur perpétuel de l’humanité dans le double progrès de la science et de la moralité, que chaque individu se transforme, à mesure qu’il participe davantage à ce double progrès. Les idées, qui définissent les conditions du vrai et du juste, font à celui qui les recueille et s’abandonne à elles, une âme de vérité et de justice; la philosophie, qui est la science des idées ,doit au monde de telles âmes, et il dépend de nous qu’elle les lui donne »

C’est en reléguant l’idéal dans l’imaginaire ou le mystère d’un au delà fantasmé, alors qu’il se trouve dans la Sphère des Idées, caractérisée par une

certitude absolue

que nous soufflons sur la petite flamme fragile (qui est l’envie de continuer à exister) et risquons de l’éteindre définitivement ( car “l’idéal est la réalité spirituelle, et notre raison de vivre est de créer cet idéal.“)

Alors, oui, nous pourrons dire que “Dieu est mort

Et ce Dieu là ne ressuscite pas plus que les humains..

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