#NoCountryForOldMen le poème “Sailing to Byzantium” de Yeats et sa traduction

C’est ici que l’on trouve le texte et la traduction de ce poème où Joël et Ethan Coen ont trouvé (dans le vers du début) l’idée du titre de leur film “No country for old men” (le film est de 2007, le poème de 1926)

http://lezardsdelapoesie.xooit.fr/t647-Yeats-Sailing-to-Byzantium.htm

et aussi:

https://brumes.wordpress.com/2009/10/17/le-poete-et-lartifice-de-leternite/

That is no country for old men. The young

In one another’s arms, birds in the trees

– Those dying generations – at their song,

The salmon-falls, the mackerel-crowded seas,

Fish, flesh, or fowl, commend all summer long

Whatever is begotten, born, and dies.”

“Ce pays-là n’est pas pour les vieillards. Les garçons

Et les filles enlacés, les oiseaux dans les arbres

– Ces générations de la mort – tout à leur chant,

Les saumons bondissants, les mers combles de maquereaux,

Tout ce qui marche, nage ou vole, au long de l’été célèbre

Tout ce qui est engendré, naît et meurt.”

C’est évidemment l’ordre des générations (mourantes aussitôt que nées), le plan vital, ordre de la chair et du sexe, qui est évoqué au début de ce poème. Mais immédiatement vient le plan internel de l’Idée , celui des “monuments de l’intellect” intemporels , internels plutôt qu’éternels , les théories philosophiques et scientifiques, les œuvres d’art universelles:

Ravis par cette musique sensuelle, tous négligent

Les monuments de l’intellect qui ne vieillit pas.

C’est évidemment là le message même de Nikos Kazantzakis dans “La dernière tentation du Christ” : la lutte incessante dans le cœur humain de l’esprit et de la chair, dont la seule issue possible est représentée symboliquement par la crucifixion du Christ. Plus loin dans le poème Yeats parle de “l’artifice de l’éternité ” :

“Ô vous, sages dressés dans les saintes flammes de Dieu

Comme dans l’or d’une mosaïque sur un mur,

Sortez des flammes saintes, venez dans la gyre qui tournoie

Et soyez les maîtres de chant de mon âme.

Réduisez en cendres mon cœur ; malade de désir,

Ligoté à un animal qui se meurt,

Il ignore ce qu’il est ; et recueillez-moi

Dans l’artifice de l’éternité.

Il y a tout dans ces vers extraordinaires : l’âme humaine malade parce que trouée , semblable à une passoire, comme le dit Socrate dans son dialogue avec Calliclès dans le “Gorgias”; le remède à cette maladie, ce sont ici les “sages dressés dans les saintes flammes de Dieu” . J’interprète ces “saintes flammes ” comme le “Buisson ardent” de la Bible : c’est le feu qui ne consume pas, le Présent éternel de l’esprit dont parle Marie-Anne Cochet:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/la-vie-de-lesprit-et-le-present-eternel/
.

« Platon et Spinoza sont nos contemporains car ce qui fut chronologique dans leurs écrits n’est plus que la poussière déposée par le temps sur un tableau de maître.

Nous l’écartons sans peine et contemplons l’éternelle beauté du tableau«.

Par contre si nous regardons une vidéo de Marilyn Monroe, nous contemplons certes la beauté de cette pauvre femme, mais immédiatement nous pensons que cette beauté est maintenant devenue l’aspect moins attirant d’un tas d’ossements, ou bien même de la poussière du temps dans un cercueil : seul un poète comme Baudelaire peut ici comprendre l’éternelle beauté du tableau :

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_baudelaire/une_charogne.html

“Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés”

Au fait que veut dire le vers “Recueillez Moi dans l’artifice de l’éternité” ? N’étant pas médium je ne puis donner que mon interprétation personnelle … l’éternité est selon moi le Présent éternel envisagé avec la compréhension propre au plan vital, c’est à dire comme une durée perpétuellement prolongée.. l’enfer quoi ! C’est pour cette raison que j’ai créé les néologismes “internel” et “internité” pour remplacer “éternel” et “éternité” , qui sont effectivement de l’ordre de l’artifice, du pieux mensonge donc..

********

Mais parlons quand même un peu du film de 2007 “No country for old men ” qui passait dimanche soir sur FRANCE 2.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/No_Country_for_Old_Men

Voici la scène de la fin du film (c’est en anglais mais même les anglais risquent de ne pas comprendre car c’est prononcé, surtout par l’excellent Tommy Lee Jones, avec cet accent texan si particulier qui était aussi celui du Major Kong, le pilote du B 52 dans “Docteur folamour “):

Ce n’est pas pour rien que le film , comme le roman dont il est tiré, se passe vers 1980, époque de transition , de passage : à Reagan et Thatcher pour les anglo-saxons, à Mitterand pour la France, à la mondialisation économique et charnelle et ses effets délétères pour tout le monde. En 1980 vivaient encore les gens nés au début du siècle, qui avaient donc traversé en étant conscients de ce qui arrivait les deux guerres mondiales et ce qui s’était passé après, à savoir en philosophie l’effondrement de l’idéalisme platonicien sous les coups de boutoirs de la déconstruction, de l’existentialisme et du marxisme, avec les conséquences pour la vie humaine : l’impuissance de l’humanité à rompre réellement avec le nazisme et son hégémonie de la race et du plan vital, qui est devenue l’hégémonie de l’économie parce que refuser la philosophie de l’idéalisme cela signifie qu’il n’y a rien au dessus du plan vital, c’est là le véritable athéisme et le véritable esprit libertin, contre lequel déjà luttait Descartes en son temps. J’ajouterai juste que porter comme je le fais, la mathématique et la Science au pinacle, ce n’est pas comme le pensait René Guénon opter pour le “règne de la quantité ” . Guénon dénonçait l’illusion des statistiques ? Moi aussi (ou plus exactement la façon dont elles sont employées par des gens qui n’ont aucune culture ni mathématique ni scientifique ni philosophique). Seule la compréhension scientifique justement peut empêcher le règne du nombre et de la quantité.

Aux USA vivaient aussi vers 1980 quelques centenaires, c’est à dire des gens nés vers 1880 qui avaient vécu la fin de l’époque des westerns et des derniers indiens (en dehors de leurs réserves, ce qui est aussi le sort qui attend les “derniers européens de souche”, vers 2100-2120). Un western crépusculaire comme “La horde sauvage” , qui est aussi un chef d’œuvre de Sam Peckinpah, se passe en 1913 à la frontière du Texas et du Mexique (comme “No country for old men”). Des gens vivant en 1980 avaient été témoins de cette époque crépusculaire. Ce que raconte le film des frères Coen (il doit y avoir une signification ésotérique au fait qu’ils ont enlevé la lettre “h” de Cohen qui veut dire “prêtre consacré” en judaïsme hébraïque) c’est la “rupture” que constituent ces années , disons 1975-1985, dont j’ai déjà parlé à propos de Taxi driver. Une “rupture” , qui a permis l’irruption de la mondialisation , qui résulte , comme le montre Dany Robert-Dufour dans son récent livre:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/26/dany-robert-dufour-la-situation-desesperee-du-present-me-remplit-despoir/

du démantèlement du peu qui avait été réalisé en 1945 dans le sens de ce que Dany Robert-Dufour appelle “esprit de Philadelphie” et “convivialisme ” , et qui est au fond ce que l’esprit chrétien nomme “Agapé-αγαπη” et qu’il oppose à Eros, Dieu du sexe et du plan vital, c’est à dire des “générations mourantes”, si l’on en croit Georg Trakl et W B Yeats .

Et le peu qui avait été réalisé en 1945 n’a pu être démantelé que parce que l’humanité de l’Apocalypse des années 1940 n’a pas eu le courage d’aller jusqu’au bout en s’émancipant totalement du plan vital pour accéder “dans une âme et un esprit libres” au plan internel des Idées. Adorno disait (je crois) : ” après Auschwitz il devrait être interdit de faire de la poésie” (mais pas d’écrire des conneries , à ce que je vois) , aussi me sera t’il permis de dire :” après Auschwitz il devrait être interdit de faire l’amour” enfin disons “les gens, s’ils avaient réellement compris ce qui s’était réellement passé avec le nazisme (et qui recommence avec l’islam et Daesh) auraient renoncé d’eux mêmes au sexe et à l’amour ”

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/04/08/quest-ce-que-le-nazisme/

c’est à dire renoncé à pas grand chose, à l’illusion charnelle qui conduit l’humanité con-sentante à l’abattoir! et en chantant et en jouissant, encore!

Un abattoir qui se manifeste précisément dans le film des frères Coen, où le tueur psychopathe Anton Chigurh (joué par Javier Bardem) , figure du Golem des légendes rabbiniques, abat ses innombrables victimes avec un instrument peut tuer les bœufs dans les abattoirs.

Un abattoir que le shérif Bell, vieillissant et fatigué, ne comprend plus, aussi prend il sa retraite. Et c’est ainsi qu’arrive la très belle scène de la fin, où il raconte à son épouse ses deux rêves de la nuit, tournant tous deux autour du thème de la transmission entre générations:

-dans le premier rêve son père lui transmet une somme d’argent

-dans le second il est à cheval, la nuit, au milieu des collines, il fait froid et il neige, son père, à cheval aussi, le dépasse, portant comme dans l’ancien Temps du feu dans une corne, qui illumine la nuit et ressemble à un croissant de lune. Son père le dépasse et il le perd de vue, mais il sait (comme on sait dans les rêves) qu’il l’attendra au point de bivouac…

“And then I woke up”

Qu’est ce que cela veut dire ? élémentaire, mon cher Watson!

normalement l’humanité doit, si elle ressemble à l’image qu’elle s’est formée d’elle même , se dépasser elle même :c’est à dire que le fils doit aller plus loin que le Père, non pas le remplacer en “niquant maman” mais le dépasser en portant plus loin dans la nuit de la Forêt de l’Etre la “flamme brûlante de l’esprit ” (que Georg Trakl évoque à la fin de Groddek pour dire qu’une “douleur puissante la nourrit aujourd’hui “) . Notre époque cynique, veule et matérialiste comprend cela à sa manière débile, pour constater grâce à ses indicateurs statistiques , discutés lors de “comités de pilotage” et autres partouzes entre bureaucrates en cols blancs , que les générations nouvelles ont désormais un “niveau de vie” moins élevé que la génération précédente . Scandale ! Tempête sous les cravates! heureusement que François Fion, le gentleman en beau costume, est là pour “relever la France ” et relancer la croissance , ce qui mettra fin à ce scandale (la seule chose qui m’inquiète, c’est qu’il y des écolos barbus et chevelus assistés de scientifiques bien rasés et à jeûn pour nous prévenir que toute croissance un peu forte condamnerait la planète :
https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/01/larticle-de-nature-2012-approaching-a-state-shift-in-the-earths-biosphere/ )

Le rêve du shérif dans le film signifie un peu plus que cette régression du niveau de vie aussi chantée par le barde Alain Madelin comme “arrêt de l’ascenseur social” (enfin… sauf pour les enfants Fillon)

Ce qui constitue l’esprit des années 80 (qui sont aussi en FRANCE les années Tapie) c’est que le fils ne dépasse plus le père , c’est le contraire qui se produit .. l’homme régresse vers le singe à vitesse Grand V ..

C’est à dire que le “Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale” de Léon Brunschvicg est rompu.. fallait pas tant regarder Anal Plus!
Nietzsche le disait de manière si belle dans le “Zarathoustra”:

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Première_partie/Le_prologue_de_Zarathoustra

“Lorsque Zarathoustra arriva dans la ville voisine qui se trouvait le plus près des bois, il y rencontra une grande foule rassemblée sur la place publique : car on avait annoncé qu’un danseur de corde allait se faire voir. Et Zarathoustra parla au peuple et lui dit :

Je vous enseigne le Surhumain. L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu’avez-vous fait pour le surmonter ?

Tous les êtres jusqu’à présent ont créé quelque chose au-dessus d’eux, et vous voulez être le reflux de ce grand flot et plutôt retourner à la bête que de surmonter l’homme ?

Qu’est le singe pour l’homme ? Une dérision ou une honte douloureuse. Et c’est ce que doit être l’homme pour le surhumain : une dérision ou une honte douloureuse.

Vous avez tracé le chemin du ver jusqu’à l’homme et il vous est resté beaucoup du ver de terre. Autrefois vous étiez singe et maintenant encore l’homme est plus singe qu’un singe.

Mais le plus sage d’entre vous n’est lui-même qu’une chose disparate, hybride fait d’une plante et d’un fantôme. Cependant vous ai-je dit de devenir fantôme ou plante ?

Voici, je vous enseigne le Surhumain !

Le Surhumain est le sens de la terre. Que votre volonté dise : que le Surhumain soit le sens de la terre.

Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d’espoirs supraterrestres ! Ce sont des empoisonneurs, qu’ils le sachent ou non.”

Seulement évidemment je diffère de Nietzsche , en méprisant la Terre assimilée au “plan vital”, il m’aurait appelé un “empoisonneur” . Soit!

Il disait aussi :
“Ce que l’on peut aimer en l’homme c’est qu’il est transition et perdition” ! Et la fin des “Deux sources de la morale et de la religion” de Bergson, vous vous souvenez ?

“L’univers est une machine à faire des dieux”

Hitler à dû comprendre de travers l’israélite Bergson et confondre les “dieux” avec “les dieux du stade”!!

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