La sonate des hommes bons

“Le sous-sol” est un texte de Dostoievski qui laisse présager certains destins russes (et allemands) au vingtième siècle.

On trouve ce texte ici :

http://chabrieres.pagesperso-orange.fr/texts/carnetsdusoussol.html

Je l’avais évoqué dans cette page :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/amour-tombe-des-cieux-et-enferme-au-sous-sol-le-plan-vital/

Pour citer ce passage, qui est selon moi, où le pauvre personnage , l’homme qui se décrit des le début comme “malade” , fait sa “confession” à Lisa, la prostituée :

“On ne me laisse pas… je ne puis pas… être bon, ― murmurai-je d’une voix entrecoupée. Et me laissant tomber sur le divan, je sanglotai pendant un quart d’heure dans une crise de véritable hystérie. Lisa se serra contre moi, m’étreignit dans ses bras et parut s’oublier dans cette étreinte”

Eh oui ! Être bon… c’est ce que tout le monde voudrait être… tout en restant soi même… dans la prison de son “individu”: or c’est précisément là ce qui est impossible.

Quant aux différents apôtres, prophètes, fondateurs ou législateurs de sociétés et de “religions” ou de “vivre ensemble”, ils voudraient bien trouver le moyen de créer la “société idéale” où tout le monde serait bon.. quelques uns ont imaginé que c’est précisément la société qui corrompt l’homme ,”né naturellement bon” et comment penser le contraire si l’on croit que c’est la “divine Providence” qui a créé la vie et l’humanité?

Mais n’y avait il pas dans le socialisme cette volonté prométhéenne de “fabriquer” enfin l’homme bon (ou “l’homme nouveau” comme on l’appelait chez les nazis)?

C’est ce que dit au cours du film “la vie des autres” le ministre Hempf lorsqu’il compare les poètes aux “ingénieurs de l’âme ”

Mais lisons la dernière partie de la page consacrée à ce film, à propos de “l’homme bon” HGW XX/7:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Vie_des_autres

“Gerd Wiesler est un agent expérimenté de la Stasi — matricule « HGW XX/7 » — ancien camarade de classe de son supérieur — le lieutenant-colonel Grubitz — sur lequel il a un peu d’influence, par exemple, lorsqu’il lui donne son avis sur Dreyman : Grubitz le désapprouve mais choisit par opportunisme cette position face au ministre Hempf. Il occupe alternativement une place de formateur pour les futurs agents de la Stasi et une place de capitaine froid et taciturne. Son métier est son unique occupation réelle, sa vie privée semble se limiter à des relations avec une prostituée et à des stations, seul, dans un bar. Wiesler est un spécialiste des interrogatoires. Ses méthodes sont dures, inhumaines mais efficaces, il ne donne pas de répit au suspect qu’il interroge, lequel ne peut pas dormir tant qu’il n’a pas avoué, ce qui peut durer 48 heures. Idéaliste, il se bat avec conviction pour un système qu’il croit conforme à son idéal mais dont il va peu à peu découvrir la véritable nature. En se rendant compte qu’un ministre tente de se débarrasser d’un innocent, Georg Dreyman, fidèle soutien de la RDA, dans le seul but de s’attirer les faveurs de sa compagne, Wiesler s’aperçoit du profond décalage entre l’idéal pour lequel il combat, et la réalité du système. Il va alors protéger Dreyman au péril de sa vie. Une scène symbolise le basculement de Wiesler : lorsque dans l’ascenseur menant à son appartement, un petit garçon lui demande si c’est bien « vrai » qu’il est de la Stasi, Wiesler lui demande en retour s’il sait exactement ce qu’est la Stasi ; le garçon lui répond alors « Mon papa dit que ce sont des hommes méchants qui envoient des innocents en prison.» ; par réflexe, Wiesler questionne alors « Et comment s’appelle ton pa… ton ballon ? » ; ainsi, alors qu’il allait demander le nom du père pour mener une enquête, le capitaine est en proie à un profond trouble et finit par demander le nom du ballon, ce qui déclenche les moqueries du gamin … le début de sa transformation est confirmé. Il doute progressivement du bien-fondé de sa mission”

Le Grand mot est làché : c’est un “idéaliste”, qui croit à son idéal le socialisme, c’est à dire qu’il est persuadé que le socialisme va finalement créer une humanité bonne. Et pour que cet idéal s’incarne en un état socialiste sur Terre , il est prêt à tout. Les autres, ses supérieurs, par contre ne sont pas du tout “idéalistes”: Grubitz veut seulement réussir sa carrière, et le ministre Hempf veut anéantir son rival dans le cœur de Christa-Maria, le poète Dreyman.
Donc “vous voyez bien que l’idéalisme mène aussi au pire” me dira t’on…

Sauf que l’idéalisme que je prône ici c’est l’idéalisme philosophique, qui au fond consiste à reconnaître la dualité des plans, vital-psychologique et internel-spirituel, et à reconnaître que le second doit prédominer.

D’ailleurs chez les penseurs “officiels” du socialisme, la philosophie idéaliste était fort déconsidérée et vitupérée comme “décadence petite-bourgeoise”

Croire et agir pour qu’une Idée s’incarne dans le “monde” , que ce soit l’Idée du socialisme, ou l’Idée de Dieu ou l’Idée qui préside à une religion, c’est vouloir ce que j’appelle la “déchéance ontologique” de cette Idée, et cela ne peut mener qu’à des conséquences funestes.

Est ce à dire qu’il ne faut pas agir pour que le monde devienne “un peu meilleur” (restons modestes) ? Certainement pas , et la pièce de Sartre “Les mains sales” :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Les_Mains_sales

est là pour le montrer (ainsi que “Les sequestrés d’Altona” peut être)

Seulement il convient de se méfier des “grands mots” et les révolutionnaires de tout acabit ne s’en sont pas assez méfié: ils ont perdu de vue les Idées à cause du brouillard des mots.Or comme le montre cette excellente vidéo de Natacha Polony, nous sommes devenus prisonniers des mots, comme aveuglés par les mots:

https://mobile.twitter.com/rdinho3/status/845570343599255552/video/1

Advertisements
This entry was posted in Art, Cinéma, Littérature-Poésie, Philosophie and tagged , , . Bookmark the permalink.