Alain Resnais : Je t’aime je t’aime (1968)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Je_t’aime,_je_t’aime

Un film qui n’a pas eu le succès qu’il mérite à cause des événements de Mai 68, mais qui est selon certains (dont moi) le plus grand de Resnais, à voir ici:

https://ok.ru/videoembed/252506475218

Je parlais dans l’article précédent de la perfection formelle de “L’année dernière à Marienbad” et de la fascination qu’elle exerce sur la conscience du spectateur, mais qu’est elle face au trouble ressenti devant cette tragédie intime que raconte cette histoire aux aspects de science fiction, comme “L’invention de Morel” d’ailleurs. Ce qui est raconté là sous les dehors du “voyage dans le passé” c’est un Amour non seulement impossible mais destructeur pour ce couple: Claude Ridder (joué par Claude Rich) ne peut ni vivre avec Catrine ni sans elle et se suicide . Le retour dans le passé ne peut que finir absorbé dans cette sorte de Maelström qui, comme un trou noir, avale toute lumière. Là aussi nous avons affaire à une sorte de “répétition” fantomatique :le film commence sur le suicide de Claude Ridder, sauvé in extremis par les médecins et choisi par les “scientifiques” pour leur expérience de voyage dans le passé, et il se termine sur le même suicide mais réussi cette fois, dans une sorte de vortex temporel. Il vivait comme un dormeur éveillé , une sorte de “mort dans la vie” , cette vie spectrale est comme reprise, avalée par la mort qui fonce vers elle depuis l’année dernière à Glasgow ou sur la Côte d’Azur, et quant à la machine, elle est de forme fort ronde et féminine et ressemble fort à une sorte de Matrice:

http://www.slate.fr/culture/84077/mort-resnais-je-t-aime-rich

“A côté de moi, l’habilleuse demandait à la maquilleuse: “Qu’est-ce que tu t’es fait pour déjeuner?” L’autre répondait: “J’ai essayé une recette de veau marengo”. Je n’arrivais pas à me concentrer. Puis j’ai entendu la voix d’Alain: “Claude, ça me va. Voulez-vous en faire encore une?” Et, tout d’un coup, m’a saisi la rage contre le veau marengo, ma tristesse de finir ce film. On a refait une prise et une larme m’a rempli un oeil, et a coulé. C’est la prise qui a été retenue. C’est ça le cinéma, c’est un moment.»

Mais au fait, qu’avait elle d’extraordinaire, cette minute à partir de 16h03 le lundi 5 septembre 1966 ?

http://annee1966.unblog.fr/au-jour-le-jour/le-mois-de-septembre-1966/

Notons qu’elle se situe une heure après 15 heures, Or il y a un autre passage du film où Claude Ridder déprime à son bureau : il est 15 heures et il a l’impression que le temps passe pour tout le monde sauf pour lui, assis à ce bureau, contemplant ce ciel insupportable d’après midi où il fait beau. Eh bien à 16h03 ce lundi 5 septembre 1966 il est sous l’eau avec un masque, il sort de l’eau et la femme qui a les seins nus sous son soutien-gorge lui demande :” c’était bien ?” Mais ca c’est juste une péripétie, ce qui compte c’est qu’il est 16h et c’est une heure après 15 h et ce sera éternellement le cas..et donc il n’y a pas à penser qu’il sera éternellement 15 heures, un jour où l’autre, ni un autre genre de baliverne pour occidentaux fatigués…

Laissons pour finir la parole à Deleuze à propos de ce film:

“Dans son livre L’Image-Temps, le philosophe Gilles Deleuze disait lui de Je t’aime, je t’aime qu’il est de ces films qui nous montrent «comment nous habitons le temps, comment nous nous mouvons en lui, dans cette forme qui nous emporte, nous ramasse et nous élargit», citant comme autre exemple le Vertigo d’Hitchcock –c’est dire.”

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