#BrunschvicgProgresConscience 5 : Giorgio Agamben :le mystère du Mal, Benoît XVI et la fin des Temps

Le livre de Brunschvicg “Le Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale”, en deux volumes:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1.html

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/progres_conscience_t2.html

livre dont l’étude méditative fait l’objet de ce Hashtag , est vraiment un Grand Livre, absolument universel, et si jamais je passais à la chronique quotidienne (tous les matins à dix heures) de France-Info appelée “Moi Président” je ferais pour ma part cette proposition pour “redresser la France”: “Moi Président, l’étude de ce livre de Brunschvicg serait au programme dans les lycées et collèges , le plus tôt possible, sans attendre la classe de philosophie”
Si jamais dans les prochaines années l’humanité menacée de destruction devait quitter définitivement la planète pour une autre de refuge et ne pouvait emporter qu’un seul livre , ce devrait être celui là… car les théories scientifiques nous pourrons toujours les recréer, mais un livre comme celui là dans ce qu’il a à la fois d’unique , de singulier, et d’universel (couvrant tout le champ de la philosophie occidentale, c’est à dire de la philosophie, depuis la Grèce antique ) il serait impossible de le refaire.
Je parle dans le titre du livre de Giorgio Agamben :”Le mystère du Mal; Benoît XVI et la fin des temps ” (Bayard) qui a attiré mon attention et que j’ai acheté hier. Or cet ouvrage , écrit par “l’un des philosophes contemporains les plus novateurs” , semble consister purement et simplement en le développement des thèmes traités par Brunschvicg à propos du “problème socratique” et du gouffre entre universalité de fait et universalité de droit , légalité et légitimité, passage du livre de Brunschvicg qui est abordé dans l’article 3 de ce hashtag :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/04/brunschvicgprogresconscience-3-le-probleme-socratique-qui-dailleurs-se-manifeste-actuellement-en-france/

dont j’extrais ces lignes, qui sont de Brunschvicg au paragraphe 14:

““Mais souvent aussi la raison, au lieu d’être la norme nécessaire, d’où surgit une universalité de droit, n’est plus que l’assentiment collectif, l’universalité de fait : « Le général dont parle Socrate ne se rapporte ni au monde matériel, ni même à un monde intelligible : c’est proprement le fonds commun des discours et des actions des hommes . » L’habileté infaillible à persuader les hommes ne tient-elle pas chez Ulysse à ce qu’il savait conduire ses preuves à travers les opinions reçues ? διὰ τῶν δοκούντων τοὶς ἀνθρώποις (IV, VI, 15). Socrate procède à son exemple. Chez lui et conformément à l’usage de la langue grecque, le mot de λόγος, voué par son indétermination même à la plus éclatante et à la plus étonnante des fortunes, signifie à la fois raison et langage. Et cette confusion originelle se traduit au cœur de l’enseignement socratique, par l’impossibilité de trancher l’alternative entre la justice de fait et la justice de droit. L’Entretien avec Hippias chez Xénophon met en présence les deux notions du juste et du légal, tantôt pour les identifier, tantôt au contraire pour les opposer. Car il est vrai que Socrate d’abord définit la justice par la conformité à la loi, telle que les citoyens l’ont arrêtée d’un commun accord, décidant ainsi ce qu’il faut faire et ce qui est défendu Ἆρα τὸ αὐτὸ λέγεις, ὦ Σώκρατες, νόμιμόν τεκαὶ δίκαιον εἶναι ; — Ἔγωγε, ἔφη (IV, IV, 12). Et il est vrai aussi que Socrate invoque ensuite, comme fait l’Antigone de Sophocle, les lois non écrites, la justice idéale qui règne dans tous les pays, qui se manifeste par son universalité, qui apparaît indépendante de la volonté des hommes, de la diversité de leurs langages. (IV, IV, 19.)”

Or que lisons nous Page 11du texte de Giorgio Agamben au chapitre 1: “Le mystère de l’Eglise” ? Ceci , à propos de la crise (” Krisis” = jugement … dernier ?) que traverse notre époque et qui n’est pas seulement économique ou politique, voir:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/09/la-crise-nest-ni-politique-ni-economique-mais-religieuse-spirituelle-dieu-ne-nous-sauvera-pas-cest-a-nous-de-le-sauver/

si la crise que notre société traverse en ce moment est si profonde et si grave, c’est parce qu’elle ne met pas seulement en question la légalité des institutions, mais aussi leur légitimité: pas seulement, comme on le répète trop souvent, les règles et les modalités de l’exercice du pouvoir, mais le principe même qui le fonde et le légitime

Et Giorgio Agamben ajoute ceci, qui jette une lumière crue et violente sur ce qui se passe en FRANCE en ce moment:

Les pouvoirs et les institutions ne sont pas aujourd’hui délégitimés parce qu’ils sont tombés dans l’illégalité ; c’est plutôt le contraire qui est vrai : si l’illégalité est aussi répandue et généralisée, c’est parce que les pouvoirs ont perdu toute conscience de leur légitimité. Aussi est il vain de croire que l’on peut affronter la crise de nos sociétés par l’action – certainement nécessaire-du pouvoir judiciaire: une crise qui frappe la légitimité ne peut être résolue sur le seul plan du droit. L’hypertrophie du droit qui prétend légiférer sur tout, trahit même, par un excès de légalité formelle, la perte de toute légitimité substantielle. Comme le montre l’irrépressible processus de décadence dans lequel sont entrées nos institutions démocratiques, la tentative de la modernité pour faire coïncider légalité et légitimité, en tentant d’assurer à l’aide du droit positif la légitimité d’un pouvoir, est totalement insuffisante. Les institutions d’une société ne restent vivantes que si les deux principes ,( qui , dans notre tradition, ont aussi reçu le nom de droit naturel et de droit positif, de pouvoir spirituel et de pouvoir temporel, ou à Rome, d’auctoritas et de potestas) restent présents et agissent en elles sans jamais prétendre coïncider
Nous observons dans ces dernières lignes une mise en évidence du principe de laïcité, qui est au fondement même de l’Occident chrétien, mais qui découle de ce que nous appelons ici l’Ouvert et qui est donc absolument universel, tenant à l’essence même du divin et de l’humain:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/a-propos-de-ce-blog-plan-vital-et-plan-spirituel-dans-leur-dualite-qui-est-louvert/

Pour mettre les points sur les “i” ce principe de laïcité , qui est explicité dans l’Evangile par le célèbre “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”(ce qui signifie “discriminez bien entre plan vital et plan spirituel-internel des Idées”) ce principe doit s’appliquer partout, pas seulement en Europe. En Israel le “mouvement hébreu de libération” (analogue de “Riposte laïque” ) s’en occupe :

http://ripostelaique.com/israel-une-riposte-laique-est-en-marche.html

Reste le monde musulman, qui ne doit pas nous duper avec des faux-semblants (comme la Turquie prétendument “laïque”) : c’est notre mission sacrée et divine d’Européens spirituels (c’est à dire d’héritiers du platonisme) que d’imposer partout, y compris en “Terre d’Islam” (qui n’est musulmane que suite aux conquêtes guerrières mahométanes) ce principe de laïcité , au moyen d’une “Guerre d’Idées” qui pourra si nécessaire devenir une guerre tout court :tous les dispositifs préliminaires de cette future et ultime Croisade sont déjà en place, avec TRUMP aux USA, POUTINE en Russie, Netanyahu en Israel. Ne manque plus que l’Europe , c’est pourquoi les prochaines élections en FRANCE sont si importantes. Le Frexit est absolument nécessaire du point de vue de la Science pour mettre à bas cette “fausse Europe” lâche et servile, asservie aux intérêts économiques et financiers, qui sera toujours incapable de se lancer dans cette Croisade universelle pour imposer partout le principe de laïcité, base de toute vie religieuse véritable.

Il y a encore bien d’autre choses cruciales dans le livre de Giorgio Agamben ( qui ne fait que 90 pages) qui prend son point de départ dans la tentative de comprendre le “Grand Refus” du Pape Benoît XVI en “situant cette décision” du Pape qui fut l’un des plus grands de tous les Temps “dans son contexte théologique et ecclésiologique propre”.

Cette décision de renoncer à sa charge de Benoît XVI , pour laquelle il a invoqué une “diminution de la vigueur du corps” et une “infirmité de sa personne” ne fut nullement un acte de lâcheté, mais bien au contraire d’un courage qui “revêt de nos jours un sens et une valeur exemplaires”. Giorgio Agamben la relie à celle de même nature et motivée de la même façon du pape Célestin V:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Célestin_V

et d’ailleurs Benoît XVI lui même s’est rendu le 4 juillet 2009 sur la tombe de Célestin V à Sulmone pour y déposer son “pallium” reçu au moment de son investiture.
Selon Agamben, “des sources anciennes nous informent que la vraie raison du renoncement de Célestin V était à chercher dans son mépris pour les actes de prévarication et de simonie de la cour”.
Mais Giorgio Agamben ajoute ceci, pages 12-13, qui est très important et nous reporte à l’esprit même du livre de Brunschvicg sur “Le progrès de la conscience”:

chaque fois que l’on évoque la distinction entre légitimité et légalité, il convient de préciser que l’on n’entend pas ainsi, selon une tradition qui définit la pensée dite réactionnaire, que la légitimité soit un principe substantiel hiérarchiquement supérieur , dont la légalité juridico-politique ne serait qu’un épiphénomène ou un effet. Pour nous au contraire légalité et légitimité sont les deux partie d’une même achine politique qui non seulement ne doivent jamais être rabattues l’une sur l’autre mais doivent aussi rester en quelques manières opérantes pour que la machine puisse fonctionner. Si l’Eglise revendique un pouvoir spirituel auquel le pouvoir temporel de l’Empire ou des États devrait rester subordonné, comme cela s’est produit s’est produit dans l’Europe médiévale ou si, comme ce fut le cas dans les états totalitaires du XX éme siècle, la légitimité prétend se passer de la légalité, alors la machine politique tourne à vide avec des résultats désastreux;si, d’autre part, comme cela se passe dans les démocraties modernes, le principe légitimant de la souveraineté populaire se réduit au moment électoral et se résout en règles procédurales juridiquement préétablies , la légitimité risque de se dissoudre dans la légalité et la machine politique est également paralysée

En fait la Science internelle et sa base théorique dans l’Ouvert, dualité vital-spirituel ne suit ni Agamben, dont la pensée consiste à rabattre la dualité métaphysique de l’Ouvert sur le politique, c’est à dire le plan vital, ni la pensée “réactionnaire” d’un Joseph de Maître ou d’un René Guénon. Nous pouvons nous recommander de Socrate, dont la “Science morale” louée par Boutroux se trouve au fondement de la Science internelle, notamment quand Socrate l’admirable patriote accepte avec joie de mourir pour pouvoir recommander à ses disciples de ne jamais sortir de la légalité :

Il y a plus. Cette incertitude théorique sur le point capital de son enseignement, elle n’est pas seulement dans le langage de Socrate, elle est aussi dans sa conduite, comme l’attestent les circonstances décisives où il eut à prendre parti vis-à-vis du gouvernement de son pays. Il résiste comme prytane à la volonté du peuple qui prétendait juger en bloc les dix généraux vainqueurs aux Arginuses. Il refuse d’obéir à la réquisition des Trente qui lui prescrivaient d’aller à Salamine pour arrêter Léon qu’ils voulaient mettre à mort. Dans un cas comme dans l’autre, la justification de l’attitude socratique est parfaite ; et c’est pourquoi Platon réunit les deux exemples dans l’Apologie (32). Il est visible néanmoins, d’après le texte même de Platon, que cette justification n’est pas du même ordre : car le désir d’instruire en commun le procès des dix généraux n’est injuste que parce qu’il est illégal, tandis que c’est l’injustice en soi que Socrate repousse dans l’ordre que l’oligarchie des Trente lui a donné. Et dans le Criton Socrate n’accepte-t-il pas de mourir victime d’une condamnation injuste afin de maintenir chez ceux-là dont il se sent responsable, de pouvoir leur recommander comme la conclusion suprême de son enseignement, le respect pour les lois de la patrie ? « Pour les hommes, ce qui doit être estimé le plus c’est la vertu et la justice ainsi que la légalité et les lois. »

La Science ne doit jamais servir de prétexte pour se placer “au dessus des autres” et en dehors de la légalité et de la société , en invoquant une légitimité supérieure et divine pour justifier des actes illégaux (c’est ce que font les terroristes musulmans, en se revendiquant non de la Science mais du Coran). Mais en fait la Science internelle donne un cadre explicatif à la dualité dont les rudiments se trouvent dans la doctrine des deux Verbes, intérieur et extérieur, (qui se trouve dans l’Introduction au “Progrès de la conscience”) chez Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός. Ce problème, s’il devait prendre dans le christianisme une forme de plus en plus aiguë, ne relève à son origine que de la seule philosophie. Notre tâche était d’en établir la portée et d’en expliquer les conséquences d’une façon assez nette et assez vive pour qu’il ne subsiste, dans l’esprit de nos lecteurs, ni obscurité ni incertitude, ou sur l’intention de notre travail, ou sur le sens de leurs propres réactions

Cette dualité se retrouve , au fondement de la Science internelle, dans les deux types d’universels, abstrait -ensembliste et concret-catégorique, mis en évidence par David Ellerman:

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/deux-universalismes-concret-categorique-henologique-et-abstrait-ensembliste-ontologique/

C’est là le fondement scientifique de l’écart entre légalité (universel de fait) et légitimité (universel de droit) . La légitimité n’a plus à être fondée dans une “Transcendance” :c’est là une nouvelle conquête de la Science internelle, qui pourra être formalisée dans un nouveau théorème, venant après le théorème zéro et celui de la différence hénologique:

Le plan internel de l’Idée est immanence absolue

sans oublier le “théorème ” fondant la démocratie, d’égale dignité de tous les êtres humains (voire vivants), hélas soumis à la même dégradation ontologique que l’Idée de Dieu, la plus haute de toutes:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/18/scienceinternelle-18-la-degradation-vitale-politique-ontologique-du-principe-degale-dignite-de-tous-les-etres-humains/

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