La crise de la légitimité démocratique : le Prisonnier “FALL OUT” 1 Février 1968

Le dernier épisode de la série “Le prisonnier”, “Dénouement” , 7 ou 17 selon la numérotation:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Prisonnier

peut être vu ici en vf:

https://m.ok.ru/video/48356985441

Il n’est pas difficile de voir que ce feuilleton de la télévision britannique tourne autours des thèmes privilégiés ici : immanence-transcendance, liberté, individualisme,technique, information, géopolitique, crise politique et religieuse mondiale. C’était une série “visionnaire” en quelque sorte, en ce sens qu’on pouvait y lire (au moins à posteriori) tout ce qui allait se passer au cours des décades suivantes, à commencer par les révoltes “abstraites” et générationnelles de la période de 1968 (la série a été diffusée du 1 octobre 1967 au 1 février 1968) qui sont dépeintes dans cet épisode 17 sous l’apparence du “numéro 48″. C’était un peu plus de vingt ans après la fin de la guerre 39-45 , et la vilaine guerre du Vietnam commençait à battre son plein.

Oui il n’aurait pas été difficile d’y lire ” la vérité” sur l’énorme manipulation des populations occidentales dites “développées” qui se donnait libre cours depuis plus de vingt ans et allait continuer encore quelques petites années criminelles. Seulement personne ne l’a fait, ou bien ceux qui ont compris ne l’ont pas crié sur les toits, il était tellement plus facile de considérer cela comme un “délassement” , un feuilleton que l’on regardait le soir en savourant le rôti de bœuf dominical et en se félicitant d’être né à la bonne époque et du bon côté de la frontière , et d’être “libre” de “démissionner” pour trouver un meilleur emploi et de partir en vacances “là où ça nous plaît”, libre aussi d’adhérer au parti politique ou à l’église de notre choix (choix qui était généralement le même que celui des parentspour ce qui est de l’église, et l’exact opposé pour ce qui est du parti politique) . On voyait de Temps en Temps la moustache ridicule d’Hitler vociférant sur l’étrange lucarne lors des documentaires historiques et les “adultes”, ceux qui avaient vécu cette période, échangeaient des clins d’œil :” quand on pense que ces cinglés ont failli gagner… enfin n’y pensons plus, oublions tout ça , tiens sers moi donc encore un verre de vin, ma chérie…” , ou bien ceux qui, depuis 1945 aussi, en Europe occidentale, étaient partisans de l’URSS : “et maintenant ce sont ces salauds d’amerloques qui massacrent à tour de bras, au Vietnam…”. Il fallut attendre encore une dizaine d’années pour que le retour du refoulé de l’extermination des juifs européens fasse son apparition dans les “consciences” occidentales, à l’aide d’un autre feuilleton, américain celui là, “Holocauste”…

Quelle est elle, cette énorme arnaque imposée aux populations, que l’on aurait pu et dû déceler dès cette année 1968 dans “Le prisonnier”? L’arnaque de la bipartition entre “monde libre” (capitaliste, anglo-américain-occidental) et monde “de l’autre côté du Rideau de fer” (communiste, sous influence soviétique) . Ce qui était soigneusement caché derrière ces contes de fées “antifascistes”, c’est que les deux camps, Est et Ouest, qui se glorifiaient tous deux d’avoir permis la victoire sur la Bête Immonde en 1945, n’avaient pas vraiment rompu, ni l’un ni l’autre, avec la Bête, assommée de bombes et muselée certes mais pas éliminée définitivement . Il y a là dessus un grand film, la trilogie d’Axel Corti “Welcome in Vienna” (1986) qui montre que les horreurs furent vite oubliées :la vie reprit ses droits, business as usual , et les plus malins comprirent vite qu’il fallait se placer pour profiter du redécollage… il y a aussi un fameux passage halluciné du “Voyage au bout de la nuit” où un professeur en médecine explique à Ferdinand que “la Bête reviendra toujours”… forcément puisqu’elle est tapie en nous.
Il fallut attendre la fin des années 80 pour que cette arnaque des deux étendards et des deux côtés du rideau de fer s’évanouisse, en cédant la place à une autre encore plus pernicieuse : celle du “nouvel ordre mondial” et de la fin de l’Histoire, soluble dans la démocratie représentative et le marché.

Mais la réalité est que le “village” du feuilleton “Le prisonnier” représentait purement et simplement ce qui s’appela plus tard “le village mondial et planétaire” . La mondialisation par dérégulation des flux financiers, économiques (de produits) et humains s’opérait déjà alors , rendue possible par les progrès fantastiques de l’aviation de transport (eux mêmes rendus possibles par ceux de l’aviation militaire lors de la deuxième guerre mondiale) et “nécessaire” (selon les décideurs économiques acharnés déjà à “aller chercher la croissance avec les dents” pour permettre au “niveau de vie” de s’accroître indéfiniment) par une baisse des indicateurs de productivité décelable sur les courbes dès les années 63-64 me semble t’il… la croissance de rattrapage après les années de guerre atteignait son terme.

Et cinq ans plus tard, en 1973, à l’occasion de la crise pétrolière, ce fut la fin des “Trente glorieuses” et le début de l’explosion du chômage et de la misère , celle qui se manifestait encore autour de Paris au début des années 60 dans les bidonvilles.

Mais bien sûr cette crise de la légitimité démocratique n’est pas principalement économique (ni politique, contrairement à ce que dit Giorgio Agamben, voir l’article d’hier:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/05/brunschvicgprogresconscience-5-giorgio-agamben-le-mystere-du-mal-benoit-xvi-et-la-fin-des-temps/ )

elle le serait si l’homme n’était réellement qu’un animal plus malin et plus cruel que les autres (ce dont il offre toutes les apparences, je le reconnais) et s’il n’y avait que le plan vital, le monde, ordre de la chair et de la satisfaction des besoins ou des envies.

Mais il y a aussi le plan internel-spirituel, ordre de l’Esprit, et cette crise est d’abord “religieuse”, elle concerne le sens de l’aventure humaine, c’est à dire notre rapport à l’Esprit:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/09/la-crise-nest-ni-politique-ni-economique-mais-religieuse-spirituelle-dieu-ne-nous-sauvera-pas-cest-a-nous-de-le-sauver/

Comme dit le ridicule “magistrat en robe rouge et à perruque” dans l’épisode 17:
“La communauté est en jeu”

La page Wikipédia (lien donné au début )choisit l’interprétation psychologique -psychiatrique, c’est à dire restreinte au plan vital:

« Le Prisonnier évoque une forme de psychose schizophrénique, car l’individu lutte contre le système tout en essayant d’y échapper : « Qu’est-ce que c’est ? » et « Qui est-ce ? » sont les deux grandes questions de la peur.
La simple formulation de telles questions implique un tremblement du réel annonçant tous les fantasmes du double, tous les symptômes de la dissociation caractéristique de la schizophrénie : soit de cette décomposition de l’âme par laquelle Maupassant définit justement la peur… Mais c’est aussi un véritable éloge de la fuite.
À la fin de la série, le Numéro 6 s’évade pour rentrer chez lui comme toute personne qui, ayant fini sa journée de travail, retrouve son logement douillet pour se ressourcer. » Cependant, l’œil avisé aura un léger frisson lors de la dernière image de cet épisode qui suggère bien des choses.

Que suggère t’elle cette dernière image , ou ces dernières images? Que “le prisonnier” (l’agent secret qui a démissionné, on ne sait trop pourquoi, peut être voulait il seulement partir en vacances?) rentre chez lui, sur sa porte est marqué le nombre 1..toute cette histoire de village et de ballons “rôdeurs ” n’a été qu’une fantasmagorie, on n’est jamais si bien prisonnier que “chez soi” ou à son bureau, ou lors des sacro-saintes vacances. Quant au numéro 2 il rentre au ministère, salué par un policier , ce doit être une “huile” du gouvernement…

Lors de cette fantasmagorie , le “prisonnier” a passé avec succès les “épreuves” du plan vital , ce qui lui vaut le respect de l’assemblée des masques et le droit de rencontrer le “numéro 1” face à face : il a “réussi dans la vie” passé les épreuves, il est devenu un individu , un citoyen reconnu avec ses “droits”,c’est à dire qu’il est définitivement enfermé dans la prison de l’individualité, ce n’est plus la peine donc de prolonger la fantasmagorie du “village”, il peut rentrer chez lui , d’où il n’était jamais véritablement sorti..

Et cette histoire de “numéro 1” que signifie t’elle? Le numéro 1 est la source de la légitimité ce qui fait que tout cette assemblée de masques et de soldats avec des mitraillettes ne sombre dans la folie et ne s’entretue, ce qui arrive à la fin :c’est que le “prisonnier” le numéro 6 , à osé arracher le premier masque du numéro 1, puis le second qui est un masque de singe :ce qu’il voit alors, c’est lui même, fou…le simulacre , le pot-aux-roses , est révélé et l’ordre d’évacuation est donné ..”la communauté, le vivre-ensemble , est en jeu” … et s’effondre parce qu’elle était fondée sur un gigantesque mensonge.
Ce mensonge est celui de la Transcendance imaginaire comme source de “légitimité et de vérité “, les pages de Léon Brunschvicg dans “Raison et religion” sur les trois oppositions fondamentales ( entre Moi vital et Moi spirituel, entre monde imaginaire ou plan vital ou “Village planétaire” et monde véritable des théories scientifiques, entre dieu humain imaginaire des “religions” sociales et Dieu véritablement divin , Dieu des philosophes et des Savants) permettent de comprendre le dernier mot de cette énigme du “numéro 1”, mensonge humain et vital de la Transcendance:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/08/03/brunschvicgraisonreligion-seconde-opposition-fondamentale-monde-imaginaire-ou-monde-veritable/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/14/brunschvicgraisonreligion-troisieme-opposition-fondamentale-dieu-humain-ou-dieu-divin/

La seule source possible de la légitimité est le plan internel des Idées, qui est le centre qui n’est nulle part de la sphère Infinie de Pascal, il s’agit de l’immanence absolue et radicale qui prend le visage illusoire de la Transcendance parce que , selon le théorème de la Science internelle, garantissant la validité démocratique, tous les êtres humains sont égaux en dignité, situés à égale distance (infinie) de ce “centre qui n’est nulle part ” (il faut renverser la proposition de Pascal et des XXIV Philosophes, encore trop obnubilés par la géométrie intuitive spatiale et non encore catégorique-algébrique):

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/17/scienceinternelle-17-le-principe-democratique-de-legale-dignite-de-tous-les-etres-humains/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/24/scienceinternelle-13-le-livre-des-xxiv-philosophes-ou-du-dieu-idee-qui-vient-en-24-idees/

Je pense même maintenant qu’il faut étendre ce principe d’égale dignité à tous les êtres , animaux vivants compris, c’est une urgence absolue pour la Science car ces faits de tortures infligées aux animaux sont navrants et donnent envie de vomir, mais bien sûr la Science internelle doit “se garder de vouloir être édifiante” , c’est à dire qu’elle doit se garder de tout “wishful thinking”… jusqu’ici elle n’y a pas trop mal réussi…

J’ai lu quelque part que l’acteur et producteur Patrick Mc Goohan s’est expliqué dans une émission d’une demi heure sur le sens de la série. Je n’ai pas vu cette émission , mais quoiqu’il ait pu dire cela n’infirme pas ce qui est dit ici, parce que nous avons affaire à un développement historique nécessaire à partir d’une situation initiale connue qui est le nazisme : si celui ci est bien tel que nous l’avons analysé ici, à savoir un (pseudo)-universalisme mondialiste du plan vital à travers un triomphe planétaire, par la guerre totale, de la technique alliée à la “race” , alors ce Golem (ou Goliath) s’il est vaincu militairement sans être renversé de la seule façon possible , c’est à dire par le règne de ce qui est supérieur au monde, de l’Idée, ne peut que se fendre en deux branches illusoirement séparées et ennemies qui ne sont que deux nouvelles têtes de l’hydre, l’une, à l’Ouest, libérant et déchaînant le progrès technique en un amoncellement d’offre de nouveaux “produits ” , et l’autre, derrière le rideau de fer, utilisant , mais uniquement pour la course ruineuse aux armements , une technoscience aussi perfectionnée , assise sur les merveilleuses découvertes réalisées par les savants européens pendant les quarante premières années du vingtième siècle.. cette illusion de la guerre entre les deux matérialismes, démocratique libéral à l’Ouest et “dialectique” à l’Est ne peut finir que par l’effondrement du côté de la frontière où manquent les “produits” , par épuisement vital de la population et , comme on l’a observé fuite de la partie la plus énergique de la population vers les endroits où il y a beaucoup de “produits” … comme dit l’ambassadeur Russe dans “Docteur Folamour ” : “notre peuple voulait plus de machines à laver et de bas nylon”

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