Louis Ferdinand Céline : extraits du “Voyage au bout de la nuit ” (1932)

J’ai retrouvé par hasard le vieil exemplaire du “Livre de poche” où j’ai lu pour la première fois “Voyage au bout de la nuit” , la couverture représente un homme habillé de blanc (comme un malade d’hôpital, ou un infirmier) les deux mains tendues en avant , dans l’obscurité , au dos du livre figure l’avis de Gaëtan Picon :” l’un des cris les plus farouches, les plus insoutenables que l’homme ait jamais poussé” , on peut trouver le texte sur le web, ici en pdf:

http://www.pourlhistoire.com/docu/voyage-celine.pdf

mais voici là encore un passage significatif de “l’esprit” du livre et du style inimitable, de ces “dialogues hallucinés ” propres à Céline.
Voici d’abord, en apéritif, quelques lignes de la Page 280 (de mon vieil exemplaire) qui sont en quelque sorte l’exacte antithèse de la pensée de Brunschvicg , pas étonnant que Céline lui en ait voulu:

le véritable savant met vingt bonnes années en moyenne à effectuer la grande découverte , celle qui consiste à se convaincre que le délire des uns ne fait pas du tout le bonheur des autres et que chacun ici-bas se trouve indisposé par la marotte du voisin.
Le délire scientifique plus raisonné et plus froid que les autres est en même temps le moins tolérable d’entre tous. Mais quand on a conquis quelques facilités pour subsister même assez chichement dans un certain endroit, à l’aide de certaines grimaces, il faut bien persévérer où se résigner à crever comme un cobaye. Les habitudes s’attrapent plus vite que le courage, et surtout l’habitude de bouffer

Ceci s’oppose trait pour trait à ce propos de Brunschvicg (vers la même époque, plus tard même, en 1939):

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l’homme lui-même, le progrès de notre réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l’intelligence et l’amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l’atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l’image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l’effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l’humanité de l’idée qu’elle s’est formée d’elle-même….

…si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.

Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l’égoïsme inhérent à l’instinct naturel,

que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d’humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu’à enrichir le trésor commun !

cette ” attitude d’humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace” dont parle Brunschvicg à la fin , et qui est celle du véritable Savant, elle est la seule qui puisse permettre l’éclosion du communisme véritable, et elle est en même temps celle du chrétien véritable. Mais elle s’appuie sur la “religion” implicite du Savant, qui consiste à renoncer au dieu utilitaire de l’instinct , dieu de l’homo faber, illusion et mensonge vital, pour le “Dieu des philosophes et des Savants”, “aperçu par la Raison désintéressée” . Si l’on cherche à mettre la charrue avant les bœufs , à imposer le communisme avant le changement d’attitude religieuse, qui est la véritable conversion, on déclenche les catastrophes que l’URSS a connues après 1917. Et il n’est pas possible non plus d’imposer le changement d’attitude religieuse qui consiste à renoncer au dieu de l’instinct pour le “Dieu des philosophes et des Savants” : la liberté ne s’obtient pas par la contrainte.. peut être la voie la plus aisée pour parvenir à cette conversion est elle le “théorème zéro ” de la Science internelle: se convaincre absolument et intimement (“internellement”) que le plan vital est Néant, n’a aucune valeur, que c’est “une histoire absurde racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien” et qu’on ne doit placer aucun espoir ni dans la vie ni dans la mort: le seul espoir possible est celui de la conversion véritable , consistant à détourner sa conscience du plan vital pour le plan des Idées, dont Brunschvicg dit aussi que c’est la seule vérité dont “Dieu ait à nous instruire”:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

“…Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi.Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.

Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire….

Le “théorème zéro” , dit “de Macbeth ou de Qohen Leth”:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/06/25/le-theoreme-zero-de-terry-gilliam-qohen-leth-cohen-qoheleth/

est d’ailleurs la seule conclusion qui s’impose du “Voyage au bout de la nuit”, roman profondément nihiliste et désespéré inspiré par la “Grande guerre ” de 1914-1918 et par des oeuvres admirées par Céline, comme “Le feu” d’Henri Barbusse ou “Hôtel du Nord” d’Eugène Dabit.
Mais le second passage, absolument surprenant, du livre que je veux citer se situe pages 413-414 et suivantes (de mon vieil exemplaire) c’est une conversation entre Baryton , le directeur de l’asile d’aliénés (qui deviendra fou plus tard ) et Ferdinand Bardamu à propos de Parapine le ” Russe” ami de Bardamu et qui l’a aidé à se faire embaucher par Baryton:

“Parapine.. voyez vous Ferdinand” me dit il un jour en confidence ” c’est un Russe!…

… Parapine n’est ce pas Ferdinand c’est un garçon que je trouve tout à fait intelligent c’est bien entendu.. mais tout de même il a une intelligence entièrement arbitraire ce garçon là ! Ne trouvez vous pas, Ferdinand ? C’est un garçon d’abord qui ne veut pas s’adapter… cela se remarque tout de suite chez lui ! Il n’est même pas à son aise dans son métier…il n’est même pas à son aise en ce monde! Avouez le! Et en cela il a tort! Tout à fait tort! Puisqu’il souffre!… c’est la preuve! Tenez, moi, regardez comme je m’adapte, Ferdinand! ” (il s’en tapait sur le sternum)” Que demain la Terre se mette à tourner dans l’autre sens.. eh bien moi? Je m’adapterai Ferdinand! Et tout de suite encore!…

… tandis que votre Parapine, lui, dans une aventure semblable, savez vous ce qu’il fera? il en ruminera des amertumes et des projets pendant cent ans encore! J’en suis certain! Je vous le dis.. n’est ce point vrai? Il en perdra son sommeil que la Terre se mette à tourner à l’envers! Il y trouvera je ne sais quelle injustice spéciale.. trop d’injustice! C’est sa manie, d’ailleurs, l’injustice..il m’en parlait énormément, de l’injustice, à l’époque où il daignait me parler encore… et croyez vous qu’il se contentera de pleurnicher ? Ce ne serait que demi-mal! .. Mais non ! Il cherchera tout de suite un truc pour la faire sauter la Terre! Pour se venger Ferdinand! Et le pire, je vais vous dire le pire Ferdinand… mais alors tout à fait entre nous.. le pire c’est qu’il le trouvera le truc!… comme je vous le dis! Ah tenez Ferdinand, essayez de bien retenir ce que je vais vous expliquer.. il existe des fous simples, et puis il existe d’autres fous, ceux que torture la marotte de la civilisation.. il m’est affreux de penser que Parapine est à ranger parmi ceux ci… savez vous ce qu’un jour il m’a dit ? “

” Non Monsieur”
-” Eh bien il m’a dit :

“Entre le pénis et les mathématiques, Monsieur Baryton, il n’existe rien… Rien! C’est le vide!”

Et puis tenez vous encore! Savez vous ce qu’il attend pour me parler à nouveau?
– non, Monsieur Baryton, non, je n’en sais rien du tout..
-il ne vous l’a donc pas raconté ?
– non, pas encore..
– eh bien à moi il me l’a dit..

il attend qu’advienne l’âge des mathématiques… tout simplement ! …il est absolument résolu! Comment trouvez vous cette attitude impertinente à mon égard? Son aîné? Son chef? “

Et Bardamu se met à rire devant tout ce fatras mental et verbal… mais il en faut plus pour désarçonner Baryton l’aliéniste, le directeur d’asile, dont on comprend vite que c’est lui qui est en train de devenir zinzin, tout en ayant raison sur certains points c’est entendu…et ces propos hallucinés continuent encore sur plusieurs pages, dans ce chapitre et au suivant..

Je cours un risque car je ne me souviens absolument pas de ce que fait Parapine (nom révélateur) dans le reste du livre, mais au vu de ce que rapporte de lui Baryton, en exagérant sans doute un peu, il s’agit d’un précurseur de ce blog et de la thèse principale qui le fonde: entre le règne du pénis (du sexe, de la génération , du plan vital) et les mathématiques qui sont l’activité la plus haute de l’esprit, et représentent le plan spirituel, il y a le vide de l’Ouvert.. le Rien.. il n’y a que ces deux là… et la mission divine de l’humanité est de faire en sorte qu’advienne l’âge de l’Esprit triomphant sur le sexe .. ce que Baryton nomme “âge des mathématiques”.. c’est là le but à long terme de la Science internelle.. Rudolf Steiner dit quelque part que dans un avenir éloigné les humains cesseront de se reproduire par la génération sexuelle, mais qu’ils le feront par un “centre ” situé dans la région du larynx .. et de même dans les pensées ésotériques de Louis Lambert chez Balzac on trouve:

https://balzacabsolu.wordpress.com/2016/11/18/premier-fragment-des-pensees-de-louis-lambert/

Aussi, peut-être un jour le sens inverse de l’ET VERBUM CARO FACTUM EST, sera-t-il le résumé d’un nouvel évangile qui dira : ET LA CHAIR SE FERA le VERBE, ELLE DEVIENDRA LA PAROLE de DIEU.

Albert Lautman aimait à citer ce propos de Malebranche :

L’application de l’esprit à Dieu la plus parfaite que l’on puisse imaginer est la mathématique, et la métaphysique ” (Mais Lautman oubliait, comme beaucoup “la métaphysique” qui désigne à mon avis la partie textuelle, non purement mathématique, de ce que j’appelle ici “Science internelle”)

Mais revenons au “Voyage” et à Baryton, ça vaut le détour… il continue à pérorer :

Au cours de ma carrière, vous m’accorderez le crédit d’avoir entendu tout ce qu’on peut entendre, ici ou ailleurs, en fait de chauds ou de froids délires… Rien ne m’a manqué!…

… Eh bien Ferdinand , après consciencieuse analyse, en ce qui concerne Parapine, je me suis trouvé contraint de me tenir sur mes gardes!… de formuler les plus expresses réserves..son extravagance à lui ne ressemble à aucune de celles qui sont inoffensives et courantes.. elle appartient n’a t’il semblé à l’une des rares formes redoutables de l’originalité, une de ces lubies aisément contagieuses: sociales et triomphantes pour tout dire !…

… Rien n’est plus grave que la conviction exagérée.. j’en ai connu bon nombre, moi qui vous parle, Ferdinand, de ces sortes de convaincus, et de diverses provenances encore!ceux qui parlent de justice m’ont semblé en définitive être les plus enragés .. au début, ces justiciers m’ont un peu intéressé je le confesse.. à présent ils m’agace tu, ils m’irritent au possible, ces maniaques..n’est e point votre avis? On découvre chez les hommes je ne sais quelle facilité de transmission de ce côté qui l’épouvante, et chez tous les hommes ..m’entendez vous? Remarquez le Ferdinand! Chez tous! Comme pour l’alcool ou l’érotisme… même prédisposition.. même fatalité! Infiniment répandue.. vous rigolez Ferdinand ? Vous m’effrayez alors à votre Tour! Fragile ! Vulnérable! Inconsistant! Périlleux Ferdinand! Quand je pense que je vous croyais sérieux, moi…

Et ça continue de plus belle au chapitre suivant où Baryton s’en prend à ses confrères les psychiatres , les “aliénistes” , tous aussi fous que leurs malades à l’en croire:

Au temps de mes débuts, donc, Ferdinand, les médecins français se respectaient encore! Ils ne se croyaient pas contraints de battre la campagne comme leurs malades.. histoire de se mettre au diapason, sans doute? Que sais je moi? De leur faire plaisir? Où cela nous conduira t’il ? Je vous le demande?… à force d’être plus astucieux , plus morbides, plus pervers que les persécutés les plus détraqués de nos asiles, de nous vautrer avec une sorte de nouvel orgueil fangeux dans toutes les insanités qu’ils nous présentent, où allons nous? Êtes vous en mesure de me rassurer, Ferdinand, sur le sort de notre raison? Et même du simple bon sens ? À ce train que va t’il nous en rester, du bon sens ? Rien! C’est à prévoir…absolument rien… je puis vous le prédire..c’est évident!
D’abord, Ferdinand, tout n’arrive t’il pas à se valoir en présence d’une intelligence réellement moderne? Plus de blanc! Plus de noir non plus… tout s’effiloche..c’est le nouveau genre! C’est la mode! Pourquoi dès lors ne pas devenir fous nous mêmes ? Tout de suite! Pour commencer! Et nous en vanter encore! Proclamer la grande pagaille spirituelle ! Nous faire de la réclame avec notre démence ! Qui peut nous retenir? Je vous le demande Ferdinand ? Quelques suprêmes et superflus scrupules humains ? Quelles insipides timidités encore? Hein? Tenez, il m’ arrive, Ferdinand, quand j’écoute certains de nos confrères et ceux ci, remarquez le, parmi les plus estimés , les plus recherchés par la clientèle et les académies, de me demander où ils nous mènent !… c’estinfernal en vérité ! Ces forcenés me déroutent, m’angoissent, me diabolisentet surtout me dégoûtent ! Rien qu’à les entendre, nous rapporter au cours d’un de ces congrès modernes, les résultats de leurs recherches familières, je suis pris de blême panique Ferdinand! Ma raison me trahit rien qu’à les écouter…possédés, vicieux, captieux et retors, ces favoris de la psychiatrie récente, à coups d’analyses super-conscientes, nous précipitent aux abîmes.. tout simplement aux abîmes! Un matin, si vous ne réagissez pas, vousles jeunes, Ferdinand, nous allons passer, comprenez moi bien, passer ! À force de nous étirer, de nous sublimer, de nous tracasser l’entendement,

de l’autre côté de l’intelligence, du côté infernal, celui là, du côté dont on ne revient pas !D’ailleurs on dirait qu’ils y sont enfermés, ces supermalins, dans la cave aux damnés, à force de se masturber la jugeote jour après nuit !

Je dis bien jour et nuit parce que vous savez Ferdinand, qu’ils n’arrêtent même plus la nuit de se forniquer à longueur de rêves ces salauds là ! C’est tout dire… et je te creuse! Et je te la dilaté la jugeote! Et je te me la tyrannise…
… on en a plein les mains, Ferdinand, de ce qui reste de l’esprit, on en est tout englué, grotesque, méprisant, puant . Tout va s’écrouler, Ferdinand, tout s’écroule, je vous le prédis, moi le vieux Baryton, et pour dans pas longtemps encore! Et vous verrez cela, vous, Ferdinand, l’immense débandade ! Parce que vous êtes jeune encore ! Vous la verrez! Ah je vous en promets des réjouissances ! Vous y passerez tous chez le voisin! Hop! D’un bon coup de délire en plus! Un de trop! Et groupe! En avant chez le Fou ! Enfin ! Vous serez libérés comme vous dites ! ça vous a trop tentés depuis trop longtemps !pour une audace c’en sera une d’audace! Mais quand vous y serez chez le Fou, mes petits amis, je puis vous assurer que vous y resterez!
Retenez bien ceci, Ferdinand, ce qui est le commencement de la fin de tout, c’est le manque de mesure! La façon dont elle a commencé la grande débandade, je suis bien placé pour vous la raconter.. par les fantaisies de la mesure que ça a commencé ! Par les outrances étrangères !plus de mesure, plus de force! C’était écrit! Alors au néant tout le monde? Pourquoi pas? Tous? C’est entendu! Nous n’y allons pas, d’ailleurs, on y court! C’estune véritable ruée ! Je l’ai vu, moi, l’esprit, Ferdinand , céder peu à peu de son équilibre, et puis se dissoudre dans la grande entreprise des ambitions apocalyptiques! Cela commença vers 1900! C’est une date! À partir de cette époque, ce ne fut plus dans le monde en général et dans la psychiatrie en particulier qu’une course frénétique à qui deviendrait plus pervers, plus salace, plus original, plus dégoûtant, plus créateur, comme ils disent, que le petit copain!..une belle salade!.. ce fut à qui se vouerait au monstre le plus tôt possible, à la Bête sans cœur et sans retenue…

elle nous bouffera tous, la Bête , Ferdinand, c’est entendu et c’est bien fait! La bête ? Une grosse tête qui marche comme elle veut! Ses guerres et ses baves flamboient déjà vers nous et de toutes parts !… nous voici en plein déluge! Tout simplement ! Ah on s’ennuyait paraît il dans le conscient? On ne s’ennuiera plus ! On a commencé par s’enculer , pour changer.. et alors on s’est mis du coup à les éprouver, les “impressions” et les “intuitions”… comme les femmes

Oui, une fameuse Page célinienne.. cela m’avait frappé déjà à la première lecture ! mais à quoi avons nous affaire là ? À quelqu’un de dépassé par son époque, qui doute de la vertu de l’intelligence et de son développement indéfini… et qui croit que cela va mener l’humanité au gouffre…mais c’est exactement le contraire qui est vrai.. c’est le manque d’intelligence devant les défis que nous oppose le monde, à la suite des accumulations de changements dûs aux “progrès techniques ” (eux mêmes résultats de l’activité de l’intelligence dans le lointain passé ) qui nous condamne…
Nous sommes ici au point de choisir entre deux voies : soit le retour aux vieilles traditions, soit suivre l’extraordinaire parole de Brunschvicg, qui renverse d’un seul coup les jérémiades de Baryton et dépasse en l’accomplissant l’Evangile même :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

“Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.

Et celui-là seul est digne de la prononcer,

qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire….

L’intelligence (scientifique ) est ce qui sauvegarde notre rapport à l’Esprit , et non pas ce qui détruit ce rapport : elle est notre seule possibilité de parvenir peut être un jour à l’absolu désintéressement de l’amour …

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