Claude Sautet : les choses de la vie (1970)

Film tourné en 1969, sorti en 1970:

https://ripostelaique.com/l-esclavage-oublie-celui-des.html

Piccolo avait 44 ans, Romy Schneider 31 ans. Ils tourneront de nouveau pour Sautet dans “Max et les ferrailleurs” (1971) , un chef d’œuvre très sombre.

“Les choses de la vie” est à voir ici:

https://m.ok.ru/dk?st.cmd=movieLayer&st.discId=83690785350&st.retLoc=default&st.discType=MOVIE&st.mvId=83690785350&st.stpos=rec_5&_prevCmd=movieLayer&tkn=1711&__dp=y

Il est étonnant de constater combien les avis sur le sens d’une œuvre peuvent varier. La page Wikipédia dit ceci:

“Il revoit sa vie en accéléré et réalise alors l’importance de ces multiples petites choses de l’existence, « les choses de la vie », ces joies et ces peines qui constituent le bonheur de toute une vie.”

Moi je dirais plutôt l’inverse : face à la disparition totale et brutale de l’être humain dans le néant qu’est la mort (et surtout la mort accidentelle) , disparition signifiée de manière si belle par l’image rêvée de la fin, où Pierre voit, intérieurement, le voilier où sont ses proches s’éloigner de lui tandis qu’il est happé par la mer et coule à pic (et il est infantile de se rassurer par des niaiseries telles que “on se retrouvera au Ciel” c’est même une profanation du véritable sentiment religieux, où l’individualité passagère est comparable aux vagues de la mer, seule l’eau , ce que les Hindous nomment Brahman = atman , demeure) face à cette rafle dans le Néant de ” tout ce qui est ou apparaît” les petites choses de la vie n’ont aucune importance, seul compte ce qui a une valeur de vérité.

Or tout l’art immense de Sautet est de nous faire comprendre que Pierre est déjà mort, il ne sait pas lui même où il en est : ainsi cette scène au petit matin avant l’accident, il a dormi dans sa voiture, il fait quelques pas dans la campagne en fumant une cigarette et en repensant à sa vie qu’il n’arrive pas à mettre en cohérence, et cette réflexion se termine par “il faut que tout ça s’arrête!” Et c’est bien ce qui va arriver une ou deux heures après avec l’accident…il n’est plus à même de décider s’il veut continuer sa vie avec Catherine , il lui écrit une lettre de rupture assis à une terrasse, mais est ce qu’il s’agit d’une décision réelle ou bien dûe , de manière contingente, à ce couple qu’il a pris en auto-stop par qu’ils étaient en panne et qui n’arrête pas de se chamailler alors qu’il conduit. À la poste du village, il se ravise et n’envoie pas la lettre, la rangeant dans la poche de sa veste, et au lieu de cela il laisse un message téléphonique anonyme à Catherine lui disant qu’elle “est attendue le soir à Rennes à tel hôtel ” . Il a donc brusquement changé d’avis , il est pressé d’arriver à Rennes pour se laver et se préparer et c’est justement ce qui causera sa perte: il quitte les auto-stoppeurs en s’excusant d’être pressé, il roule à toute allure pour arriver le plus tôt possible à Rennes et c’est l’accident bête, une bétaillère qui débouche, cale en pleine routé il veut doubler mais un camion arrive en face, il freine brutalement et va s’écraser contre un arbre après avoir heurté les deux véhicules et fait plusieurs tonneaux, enfin il est éjecté dans l’herbe …

Juste avant l’accident il se parle à lui même pour tenter de se persuader qu’il aime Catherine, mais s’agit il d’amour ou bien est il un quadragénaire fatigué par la vie qui a peur de la solitude et se raccroche frénétiquement à une femme de 30 ans avec qui il vit, mais qui lui fait des scènes en lui reprochant son manque d’honnêteté et de courage devant les nécessaires décisions de changer et d’évoluer qu’impose la vie ? Une macroniste avant l’heure en couple avec un filloniste, pourrait on dire.. mais la vie qui connaît la réponse, cette “maladie sans remède” passe la blouse blanche de l’urgentiste et administré le seul médicament possible à ces cas sans issue.. un peu comme dans “Je t’aime je t’aime” d’Alain Resnais, le thème du voyage dans le temps en moins ici:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/16/je-taime-je-taime-alain-resnais-1968/

Mais justement, l’accident de voiture ne peut il pas être considéré comme un accélérateur temporel qui débloque ce qui était bloqué : dans le film de Resnais un passé impossible à faire évoluer vers un avenir en commun, pour un couple qui ne peut ni se séparer ni continuer une vie en commun qui n’est plus supportable et dans le film de Sautet qui date d’un ou deux ans après… un peu le même genre de situation, quoique moins brutalement présentée et surtout sans la machine temporelle, les scientifiques expérimentateurs et les souris blanches… et où la voiture remplace le revolver..

Comme disait Drieu La Rochelle à la fin de “Feu follet” adapté de très belle manière par Louis Malle en 1963:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Feu_follet_(film)

Le revolver … seul moyen qu’a trouvé Alain Leroy l’alcoolique (dans le livre de Drieu il est toxicomane) pour sortir de ces épouvantables “intermittences du cœur”:

https://fr.m.wikiquote.org/wiki/Pierre_Drieu_La_Rochelle

La vie n’allait pas assez vite en moi, je l’accélère. La courbe mollissait, je la redresse. Je suis un homme. Je suis maître de ma peau, je le prouve. […] Un revolver, c’est solide, c’est en acier. C’est un objet. Se heurter enfin à l’objet.

Seulement moi j’en ai trouvé un autre : la pensée “solide” , virile, des “longues chaînes de raisons”.. “la vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie” .. parce que seul un être humain vivant peut penser, méditer..

Je ne conseille pas le suicide pour les raisons que j’ai explicitées à propos de cette pauvre jeune fille de Périscope, Imanol-the-cat .. je repense souvent à elle.. pauvre enfant perdue..

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/12/les-derniers-instants-dimanolthecat-oceane-e/

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/suicide-d-oceane-en-direct-sur-periscope-un-viol-presume-au-coeur-de-l-enquete_1791246.html

Hélas le texte de l’article de départ se trouvait sur “Horreur islamique” , qui a disparu corps et biens..

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/14/pays-bas-une-jeune-femme-de-20-ans-obtient-le-droit-a-leuthanasie-apres-10-ans-de-viols/

Mais il y a aussi l’avis de Jean-Pierre Melville bien sûr, au générique du “Deuxième souffle” (1966)

A sa naissance, il n’est donné à l’homme qu’un seul droit: le choix de sa mort. Mais si ce choix est commandé par le dégoût de sa vie, alors son existence n’aura été que pure dérision

C’est aussi pour cette raison que j’ai supprimé la pensée non solide, prétendue “pensée du cœur” , contaminée par le sentiment et l’instinct , “wishful thinking” , qui à la fin vous pousse à empoigner un revolver, pour “se heurter enfin à l’objet”. expulsé le cœur et ses clairs-obscurs , reste le “château de la pureté ” ,le face-à-face du “pénis et des mathématiques” (” Voyage au bout de la nuit” de Céline)

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/05/04/un-nouveau-theoreme-de-la-scienceinternelle-dit-theoreme-de-louis-ferdinand-celine/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/14/louis-ferdinand-celine-extraits-du-voyage-au-bout-de-la-nuit-1932/

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