Le remède socratique à “la plaie éternelle de l’existence humaine”

J’ai déjà parlé hier du livre de Paul Jorion qui démontre que l’extinction de l’espèce humaine dans un avenir proche (avant la fin du siècle) est probable, et certaine si nous ne changeons pas immédiatement et radicalement notre façon de nous comporter:

Le dernier qui s’en va éteint la lumière

Même diagnostic dans le livre de Dany Robert Dufour :

La situation désespérée du présent me remplit d’espoir

Que j’ai commenté ici:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/02/26/dany-robert-dufour-la-situation-desesperee-du-present-me-remplit-despoir/

Paul Jorion lui adresserait peut être les mêmes reproches que ceux qu’il adresse à Pablo Servigne et Raphaël Stevens :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/05/13/pablo-servigne-et-raphael-stevens-comment-tout-peut-seffondrer/

La seule chose que l’on puisse reprocher à Servigne et Stevens, ce sont leurs dénégations parfois véhémentes quant aux conclusions que le lecteur tire logiquement de ce qu’il vient de lire. Et ce sont ces dénégations, prenant parfois la forme de dénis purs et simples, dont on s’interroge si les auteurs en sont véritablement dupes, qui rendent floue la frontière entre deux options qui s’offrent à nous : « il est encore justifié de retrousser nos manches ! » et « c’est râpé ! »…

…Que penser par exemple d’une exhortation telle celle-ci : « L’effondrement n’est pas la fin mais le début de notre avenir. Nous réinventerons des moyens de faire la fête, des moyens d’être présent au monde et à soi, aux autres et aux êtres qui nous entourent. La fin du monde ? Ce serait trop facile, la planète est là, bruissante de vie, il y a des responsabilités à prendre et un avenir à tracer. Il est temps de passer à l’âge adulte »

et il aurait tort, car Dany Robert Dufour ne se livre à aucun déni , il va jusqu’au bout de sa logique implacable et prévient honnêtement son lecteur que la fin de l’espèce humaine est l’issue la plus probable.. et surtout il n’est guère adepte de

“Festivus Festivus”

“Nous réinventerons des moyens de faire la fête, des moyens d’être présent au monde et à soi, aux autres et aux êtres qui nous entourent. La fin du monde ? Ce serait trop facile” : je reconnais là les accents écœurants que l’on a entendus le 12 juillet 1998 … faire la fête!! et pourquoi pas une orgie ou une saoûlerie collective ?!!!

Mais si Jorion et Robert -Dufour sont d’accord sur le diagnostic, ils le sont aussi sur les causes de ce qui va sans doute arriver : l’âme humaine est profondément malade, “trouée” selon le dialogue entre Socrate et Calliclès dans le “Gorgias”:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Calliclès

que nous remet en mémoire Dany Robert-Dufour:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Gorgias_(Platon)

et il déclare sans ambiguïté page 21 :

“Sachant ce trou sans fond dans l’âme humaine, je ne crois pas que cette ultime chance sera saisie. L’homme malade, troué préférera, pour calmer sa récurrente fringale, tout détruire”

Les manifestants “de gauche” se réjouissant de voir des policiers prendre feu sont une confirmation de ce verdict sans appel.

Paul Jorion fait aussi appel à Socrate, mais par l’intermédiaire de Nietzsche, page 211 et suivantes, Nietzsche selon lequel Socrate et Euripide furent complices pour faire “dérailler la tragédie” , Euripide avalisant le “démon de Socrate” qui est la raison, ou, comme le montrera Aristote un peu plus tard, le “terme moyen” du syllogisme : “mammifère ” est la raison pour laquelle la baleine allaite le baleineau.

Selon Nietzsche, la raison est en fin de compte un leurre: il prend l’exemple d’Hamlet pour conclure que la connaissance tue l’action et la réflexion paralyse celui qui s’y livre : “l’action requiert le mirage de l’illusion” mais il se contredit (c’est ce qui fait son charme” en identifiant l’amour socratique de la connaissance à un mirage : celui “de pouvoir guérir l’éternelle plaie de l’existence”, le caractère de “trou sans fond de l’âme humaine”. Seulement ce mirage ne favorise pas l’action…
Nietzsche attend et espère ce moment où l’esprit scientifique (qui n’est rien d’autre que l’esprit européen s’identifiant à l’esprit socratique remis en vigueur 20 siècles plus tard par Descartes) “atteindra ses limites infranchissables”: il serait alors permis d’espérer une renaissance de la tragédie, fourvoyée chez Euripide à cause du coup de force socratique. Et ce moment, ce serait le “maintenant” de Nietzsche.
L’œuvre de Brunschvicg , s’élançant vers les sommets de l’esprit humain en même temps que Nietzsche, est là pour témoigner de la fausseté de ce jugement, ainsi que celle d’Einstein ou de Grothendieck. Nietzsche parle de l’optimisme scientifique qui remonte à Socrate :

en face de ce pessimisme pratique, Socrate est le premier modèle de l’optimisme théorique, qui attribue à la foi dans la possibilité d’approfondir la nature des choses, au Savoir, à la connaissance, la vertu d’une panacée, et tient l’erreur pour le Mal en soi….

…Socrate nous apparaît comme le premier qui pût non seulement vivre au nom de cet instinct de la Science, mais encore -ce qui est bien plus grand- mourir en ce nom..c’est à cause de cela que l’image de Socrate mourant , de l’homme qui a su s’élever, par le Savoir et la raison, au dessus de la crainte de la mort, est le devise inscrite au portail de la Science, pour rappelerà chacun que l’objectif de la Science est de rendre l’existence intelligible, et par là même justifiée

Or Paul Jorion voit justement dans cette crainte de la mort (qui n’existe chez les modernes que depuis l’affaissement des croyances religieuses) l’origine de cette maladie humaine qui prend la forme de l’incapacité à réagir à la catastrophe prévisible qui se présente maintenant comme une urgence absolue: le Grand Remplacement de l’espèce humaine par les machine intelligentes qu’elle aura créées, qui seront mieux adaptées au nouvel environnement écologique :soit le scénario du film “Terminator”.. ” dans 50 ans nous serons encore là pour assister à ce scénario, dans un siècle, rien n’est moins sûr”

Paul Jorion cité, Page 226, Keynes qui voyait la solution à nos problèmes dans une “religion athée” :parce que seules deux notions de la fraternité , l’aristotélicienne (l’homme social par nature) et la chrétienne (les hommes frères comme enfants du Dieu unique) peuvent renverser la vapeur du moteur qui met en mouvement l’ennemi , qu’il s’appelle ultralibéralisme (qui vient de gagner l’élection française) ou utilitarisme benthamien , cet ennemi qui nous mène à l’Abîme. Seulement le Dieu-qui-est pose un problème en amenant l’humanité à un Abîme aussi certain: parce qu’il est toujours l’Emmanuel (sans aucune vindicte contre notre cher président, simplement “Emmanuel” vient de termes hébraïques qui veulent dire “Gott mit uns” , “Dieu avec nous”) le Dieu qui est de notre côté et donc nous incite à tuer les infidèles, les mécréants, ceux qui obéissent à des injonctions différentes de celle du “Vrai Dieu qui est avec nous”.

Il nous faut donc sortir des pièges religieux du “Dieu étant” , ce qui veut dire :remplacer Jésus par Socrate.

Je ne veux pas faire d’autosatisfaction, mais je vois en Socrate le fondateur de l’esprit européen scientifique, comme Nietzsche, Jorion et Brunschvicg, voir:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/04/brunschvicgprogresconscience-3-le-probleme-socratique-qui-dailleurs-se-manifeste-actuellement-en-france/

Donc le fondateur de la Science internelle… et si ça peut en plus sauver notre espèce menacée d’extinction en permettant l’émergence d’une religion athée (” athée ” non au sens de Brunschvicg pour qui c’est le Dieu qui est” qui mène à l’athéisme, mais au sens de Jorion et de Keynes)… que demander de plus?

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