La cause du “déclin de l’Occident”: avoir fait passer Jésus avant Socrate


Relisons cette page de Léon Brunschvicg, datant de 1929-1930:

https://renatuscartesiusmathesisuniversalis.wordpress.com/lhomme-occidental-lhomme-suivant-descartes/

L’homme occidental n’y est pas décrit comme l’homme blanc, ou l’homme nordico-aryen, ou l’homme chrétien, ou juif, encore moins “judéo-chrétien”…

Non, l’homme occidental est:

l’homme suivant Socrate et suivant Descartes

Et que fait il, cet homme occidental ? Il est

celui qui enveloppe l’humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d’unité morale

“Enveloppe” est un terme spinoziste, que l’on trouve au début de l’Ethique , dans ces lignes qui expliquent ce qu’est la Substance, c’est à dire Dieu:

http://jeanjulien.canalblog.com/archives/2006/04/21/1743732.html

“VI. Per Deum intelligo ens absolute infinitum hoc est substantiam constantem infinitis attributis quorum unumquodque æternam et infinitam essentiam exprimit.

EXPLICATIO : Dico absolute infinitum, non autem in suo genere; quicquid enim in suo genere tantum infinitum est, infinita de eo attributa negare possumus; quod autem absolute infinitum est, ad ejus essentiam pertinet quicquid essentiam exprimit et negationem nullam involvit.

Ethica

VI. Par Dieu, j’entends un être absolument infini, c’est-à-dire une substance consistant en une infinité d’attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie.

Explication : Je dis absolument infini, et non pas seulement infini en son genre ; car de ce qui est infini seulement en son genre, on en peut nier une infinité d’attributs ; mais pour ce qui est absolument infini, tout ce qui exprime une essence et n’enveloppe aucune négation appartient a son essence.”

http://spinoza.fr/lecture-des-definitions-du-de-deo/

“Par cause de soi, j’entends ce dont l’essence enveloppel’existence, autrement dit, ce dont la nature ne peut se concevoir qu’existante.”

“L’Ethique commence par la causalité, et par définir un type très particulier, et éminent, de causalité : la causalité par soi, l’auto-causalité.
Qu’est-ce que causer ? Entrainer/produire l’existence de quelque chose.
« envelopper » : impliquer (involvere) ; rapport de causalité nécessaire entre choses.

A la propriété d’être « cause de soi » un être qui se cause lui-même, qui existe entièrement par soi, entraine de soi seul sa propre existence (sans besoin d’une autre cause) ; causalité interne (auto-causalité) et non externe (hétéro-causalité), causalité absolue (indépendance causale) et non relative. Dans le concept de cause de soi « s’évanouit la distinction de la cause et de l’effet » (Guéroult, I, 42).
S’affirme également dès cette 1e définition l’équivalence entre l’être et le connaître, l’ontologique et l’épistémologique : concevoir/connaître la nature de cette chose c’est immédiatement en concevoir/connaître aussi l’existence.
N’est pas encore démontrée ici l’existence d’une chose qui aurait la propriété d’être cause de soi (ce sera la substance, comme le démontrera la proposition 7).”

Rien dans le monde (le plan vital) n’est cause de soi, tout a une cause à l’extérieur de soi (différente de soi) . Dieu, la Substance , “est en soi et se conçoit par soi” , la Substance est “cause de soi” :donc Dieu n’est pas dans le monde, domaine des étants, il n’est pas un “être” mais une Idée. Ici on objectera sans doute : “mais si une Idée est créée par l’esprit humain” (et je ne l’ai pas nié) “voire par un sujet humain particulier, qui a cette idée” , Dieu, cette Idée de Dieu, n’est pas “cause de soi” . Seulement là on confond les Idées avec des choses, l’Esprit avec sa manifestation dans le monde, dans des processus cérébraux accessibles aux “sciences cognitives”. Tout n’est pas mauvais chez Aristote, il faut en revenir aux quatre types de cause d’Aristote:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Théorie_aristotélicienne_de_la_causalité

On voit bien que cette théorie de la causalité , qui d’ailleurs est élaborée en le livre “Physique” d’Aristote, ne concerne que des étants, des objets du monde, de la Nature (“physique” vient de “phusis” = nature) .

Prenons l’exemple de l’Idée de Dieu comme ∞-catégorie des ∞-catégories t’elle que je l’ai exposée ici:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/16/scienceinternelle-19-recherches-sur-lidee-de-dieu-qui-est-dieu-∞-categorie-des-∞-categories/

J’assume entièrement ce que j’ai dit là même si je comprends que cela peut heurter certaines personnes : mettons que je sois la première personne qui ait eu l’idée d’ exposer l’Idée de Dieu en ces termes, reste que je ne suis pas la cause matérielle de cette Idée puisqu’elle n’a pas de matière, ni la cause formelle (son “essence”, qui est elle même) …

Ensuis je la cause efficiente ? Non, je suis peut être la cause efficiente de l’article qui a été écrit ce jour là , mais il y a d’autres causes efficientes, comme l’ordinateur sur lequel cet article a été écrit, ainsi qu’Internet en général et le site WordPress de blogging en particulier.

Quant à la cause finale , certaines personnes diront peut être que mon “but caché” (“larvatus prodeo”) en écrivant ceci était de m’attaquer aux religions en inventant cette théorie, mais je nie absolument cela, et je suis bien placé pour le Savoir: non, si j’ai écrit cet article, c’est dans le but de bâtir peu à peu cette “Science internelle” dont j’ai eu l’idée ici, en ce blog:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/27/nouvelle-science-internelle-des-idees-comment-proceder/

mais cette idée peut s’identifier, comme je l’ai déjà suggéré , à d’autres idées bien plus anciennes, comme la “mathesis universalis” de Descartes, qui remonte bien avant lui, comme l’a montré David Rabouin dans “Mathesis universalis”, ou bien au Séhélianisme de Wronski.

Toutes ces considérations peuvent s’appliquer à l’Idée de Substance s’expose Spinoza dans “l’Ethique” et qui est Dieu, Idée de Dieu, mais dont Spinoza n’est pas la cause :l’Idée de Dieu comme ∞-catégorie des ∞-catégories :

(∞,1)Cat

https://ncatlab.org/nlab/show/(infinity,1)Cat

https://ncatlab.org/nlab/show/Cat

Peut s’identifier à celle de Spinoza de la manière suivante :on prend pour l’infinité des attributs l’infinité des niveaux k des k-morphismes dans une ∞-catégorie:

https://ncatlab.org/nlab/show/infinity-category

Ainsi l’Attribut Étendue de Dieu s’identifie à l’infinité des 0-morphismes , c’est à dire des objets, dans (∞,1)Cat, l’attribut “Pensée” à l’infinité des 1-morphismes qui relient les objets, etc.. etc.. au total nous avons bien une infinité d’Attributs infinis..

Donc attention à ne pas confondre les Idées avec des “choses qui sont” , c’est un cas particulièrement néfaste de cette “déchéance ontologique ” qui consiste à jeter Dieu du Ciel en terre en le prenant pour un “Dieu qui est ” :Brunschvicg voit là la source de l’athéisme contemporain, c’est à dire du nihilisme .

Donc l’homme occidental enveloppe l’humanité (c’est à dire l’Idée d’humanité) dans son Idéal de réflexion intellectuelle et d’unité morale de même que l’essence de Dieu enveloppe son existence chez Spinoza…

Cela signifie que l’Idéal de l’homme occidental (idéal consistant en réflexion intellectuelle et unité morale) aboutit nécessairement à l’existence d’une humanité vraiment humaine , c’est à dire selon une autre formule de Brunschvicg:

La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l’effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l’humanité de l’idée qu’elle s’est formée d’elle-même….

” L’effort indivisiblement spéculatif et pratique ” évoque la réflexion intellectuelle (spéculatif) et l’unité morale (pratique) qui se retrouve aussi dans les deux premières critiques de Kant :de la Raison pure et de la Raison pratique.

C’est là le fondement même de la doctrine de Socrate: que le Mal (notion morale) est en fait l’erreur dûe à l’ignorance, au mauvais usage de l’intellect.

Mais , si la Science internelle (la philosophie enfin devenue Science rigoureuse, comme le voulait Husserl ) est la “cause finale” de ce blog, quelle est la “cause finale” de la Science? Nous avons vu , en lisant le livre de Paul Jorion:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/05/14/le-remede-socratique-a-la-plaie-eternelle-de-lexistence-humaine/

que c’est Socrate qui a eu l’Idée de la Science comme seule cure possible de l’éternelle plaie humaine, la crainte de la mort . Et que c’est cette Idée qui a permis à Socrate d’affronter la mort avec dignité comme il est raconté dans les trois dialogues de Platon portant sur cet événement et ses conséquences philosophiques : Apologie de Socrate, Criton et Phédon. Trois récits comparables mais infiniment supérieurs aux évangiles et aux écrits de Paul de Tarse.

Socrate est mort et bien mort et toute tentative pour suggérer qu’il est ressuscité après sa mort serait une mauvaise action philosophique, un crime contre l’humanité. Car ce qui vit encore de Socrate et vivra éternellement, “tant qu’il y aura des hommes ” pour lire Platon , c’est son Idée, qui s’identifie à l’Idée de Science et de victoire sur la Mort.

Non, la Mort n’est pas la Maître Absolu:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/12/30/le-maitre-absolu-est-il-labsolu/

parce que Socrate à vécu:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Socrate

et non pas parce que Jésus Christ est mort sur La Croix et ressuscité (selon les balivernes de scribes fourbes et malintentionnés )

On devra admettre que la critique du christianisme entreprise ici n’a rien à voir avec celle des “libertins” ou d’Onfray.
Les actes et paroles et comportements attribués à Socrate dans les oeuvres de Xénophon et Platon sont ils réels? ils sont mieux que cela, ils nous permettent d’avoir un “cap” , une orientation dans la pensée et dans l’existence; ils ne sont pas réels, ils doivent l’être , au nom de l’Idéal de l’homme occidental, de réflexion intellectuelle et d’unité morale, qui enveloppe l’humanité .

Donc, oui, Socrate est cet homme grec qui a vécu, qui n’était pas insensible aux plaisirs que lui apportaient Alcibiade et autres beaux garçons (c’était monnaie courante en Grèce antique) qui aimait boire mais sans jamais être ivre, qui montrait en toutes circonstances et notamment à la guerre un courage et une endurance à toute épreuve, qui supportait vaillamment , ce qui est encore plus difficile, les scènes que lui faisait son insupportable mégère d’épouse, et qui finalement à pu et su regarder la mort en face sans en être aveuglé… grâce à l’Idée de Science qui fonde l’Occident véritable.

Il faut lire Brunschvicg en faisant attention au moindre détail, l’homme occidental est “l’homme suivant Socrate et suivant Descartes” et non pas “suivant Platon et suivant Descartes” . Les dialogue de Platon nous permettent de connaître la vie de Socrate , c’est là leur vertu, mais en définitive c’est Socrate qu’il faut suivre, de même que les chrétiens suivent Jésus-Christ.

Le déclin de l’humanité occidentale vient donc de ce que le christianisme y a pris la place d’une spiritualité bien supérieure :celle de Socrate, qui si elle avait été suivie aurait permis de comprendre que la Science n’a pas pour but de multiplier les inventions comme le Christ a, dans les fables chrétiennes , multiplié les pains ou changé l’eau en vin, mais de vaincre la mort en la regardant en face sans trembler et sans sombrer dans le nihilisme, grâce à l’Idée de Science , supérieure à l’Idée de Dieu (ce qui signifie que la Science est supérieure à Dieu, qu’elle crée) puisqu’elle la précède dans le royaume des cieux, ou Royaume des Idées, et non pas en ne mourant pas , en vivant perpétuellement, ou en ressuscitant sur une croix….

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

Il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir. Rien ici qui ne soit d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l’univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu’une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne….

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