#BrunschvicgVFconversion : philosophie de la vie et philosophie de l’esprit

Le livre de Léon Brunschvicg “De la vraie et de la fausse conversion” est ici:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

et il est sans doute l’un des plus importants puisqu’Eric Rohmer y fait une allusion explicite dans son film le plus philosophique , où les discussions sur Pascal sont incessantes: “Ma Nuit chez Maud” (1969), film sur lequel j’avais écrit cet article:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/05/23/brunschvicgvfconversion-ma-nuit-chez-maud-deric-rohmer-1969/

Voir aussi sur ce chef d’œuvre cinématographique ET philosophique :

http://www.juanasensio.com/archive/2004/05/17/ma-nuit-chez-maud-eric-rohmer.html

Le livre de Brunschvicg s’ouvre de manière inhabituellement tragique, citant Alphonse Darlu qui avait été le professeur de Brunschvicg et avait fondé en 1893 la “Revue de métaphysique et de morale”:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Alphonse_Darlu

En tête du premier numéro de la Revue de Métaphysique et de Morale, Darlu, à qui Xavier Léon avait naturellement confié la charge de définir l’inspiration de son entreprise, écrivait : « Le sol de la société paraît près de se soulever sous l’action de forces aveugles et terribles. Au milieu de ces inquiétudes, entre le positivisme courant qui s’arrête aux faits, et le mysticisme qui conduit aux superstitions, la lumière de la raison est aussi faible, aussi vacillante que jamais . »
Ces lignes avaient suscité la raillerie que l’on pouvait prévoir : comment, pour le redressement moral dont notre troisième République avait alors besoin, et qu’aussi bien, aujourd’hui même, ses dirigeants la condamnent à espérer encore, faire fond sur une lumière dont on commençait par avouer qu’il « est probablement impossible qu’elle éclaire le travail de la foule humaine » ?

Darlu ne parlait pas explicitement de guerre en 1893, mais observait que “le sol de l’Europe était prêt de se soulever sous l’action de forces aveugles et terribles” et que la flamme de la raison , seule boussole de l’humanité , semblait faible et vacillante, sous l’effet de la montée du mysticisme et des spiritualités sectaires, et du poids écrasant du positivisme et de l’empirisme.

Brunschvicg poursuit pour constater que le diagnostic de Darlu s’est réalisé, mais sans que la situation en forme d’impasse de cette époque qui a mené à la catastrophe se soit vraiment modifiée:

Les choses, à les prendre du dehors, ne paraissent guère avoir changé depuis 1893. Le sol de l’Europe s’est, en effet, soulevé dans une convulsion qui a porté le drame au paroxysme, du point de vue d’une philosophie de la vie, attentive à l’avenir de l’animal humain. Mais, pour une philosophie de l’esprit, qui considère avant tout l’être spécifiquement raisonnable, le centre de l’intérêt est ailleurs, non dans le spectacle d’une humanité envisagée en extension, mais dans l’idée de l’homme en compréhension. Or, entre le spectacle et l’idée, jamais le contraste n’a été plus frappant qu’à l’heure actuelle

Il faut avoir le courage de lire et de comprendre ces lignes sans rapetisser leur véritable portée :le thème de “la société du spectacle” de Guy Debord y apparaît avec évidence, ainsi que la scission de l’humanité entre base, qui ” fait le spectacle” (Hanouna et ses dévots, par exemple) et sommet , humanité “en compréhension” fidèle seulement à l’Idée de l’humanité, formée en Grèce antique, à la promesse que s’est donnée à elle même celle ci au sortir du pythagorisme ( avec déjà la scission entre acousmatiques, “fides ex auditu” et mathématiciens ) d’être fidèle à l’image qu’elle s’est donnée d’elle même, celle de “Hérault du Verbe ” et non de “berger de l’être” . Et Brunschvicg dit ailleurs , en parlant de notre époque :

le sommet s’élève , la base s’enfonce

On doit convenir que cette dernière, l’humanité en extension, celle qui fait nombre et se multiplie, est d’une bêtise désespérante. Dernier exemple en date : la découverte au Maroc d’un crâne d’homo sapiens datant de 300000 ans, “reculant donc de 100000 ans la naissance de notre espèce ” (c’est l’expression employée par les journalistes). Comme si “homo sapiens” se réduisait à une forme de crâne ou de squelette!!! Et ils ne se rendent même pas compte que ce genre de thèses est de l’ordre du biologisme racial , nazi, le plus infâme, qu’ils prétendent dénoncer à longueur de journées!!!

Comme la pensée de Brunschvicg, le Sage, l’homme des sommets, est différente et opposée :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

…si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.

Homo sapiens y est défini non pas biologiquement, mais intellectuellement-spirituellement, par opposition à homo faber qui est l’humanité “en extension” , la base qui actuellement s’enfonce…

Seule a du poids et du sens une “philosophie de l’esprit” , une “philosophie de la vie” ne peut que s’enliser dans l’inanité et la contradiction. Aussi dans ces propos de l’immonde Jacques Attali :

https://ripostelaique.com/attali-ose-se-rejouir-de-la-mort-de-la-france-et-de-la-victoire-du-marche-roi.html

N’est ce pas l’apologie de l’euthanasie qui me choque, mais celle de la production et du marché, qui trahissent le grossier matérialisme du bonhomme. Mais cela ne doit pas étonner puisqu’il se dit “socialiste”, l’une des formes du Mal avec le nazisme, le communisme, l’islam, et le capitalisme financier mondialisateur qui réalise, en s’associant à l’Islam, ce que nazisme et communisme n’ont pas pu accomplir: la transformation définitive de l’homme en animal humain, en insecte. Quant à l’euthanasie charitable, je la réclame pour moi même à partir du moment où je serai incapable de penser, de travailler intellectuellement….

La séparation stricte et de plus en plus évidente entre la base qui s’enfonce et le sommet qui s’élève provient évidemment de la complexification du savoir véritable, scientifique, à partir de la fin du 19eme siècle ; Brunschvicg cite Cantor, puis Einstein :

Or, entre le spectacle et l’idée, jamais le contraste n’a été plus frappant qu’à l’heure actuelle. La complexité du savoir, croissant en même temps que la restriction du loisir pour la réflexion, fait qu’un Cantor ou un Einstein a sans doute moins de contemporains que jadis un Descartes ou un Newton. La méditation du petit nombre des contemporains est aussi douloureuse, dans le domaine de la spéculation pure, qu’a pu l’être, durant le cours de la théologie chrétienne, la méditation du petit nombre des élus. Il est nécessaire, pourtant, de nous rendre compte que le problème de la pitié sur la foule ne doit pas être abordé en premier lieu pour se résoudre dans un mouvement d’impatience qu’on dirait généreux. Avant de savoir quelle chance la raison a d’assurer le succès de ses propres normes, d’instaurer l’unité du monde humain dans la paix et dans la liberté, il convient de travailler à mettre en évidence le jugement droit et ferme qu’elle est en état de porter sur le caractère de son progrès intrinsèque.

ce qui lui permet de défendre les chances que possède la Raison de réussir; n’a t’il pas dit ailleurs:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/about/

Toute réflexion inquiète de l’Européen sur l’Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l’empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la Raison occidentale, qui est la Raison tout court, de faire surgir, ainsi que l’ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en chassant les imaginations matérialistes qui sont ce que l’Occident a toujours reçu de l’Orient »

La seule tâche immédiate que l’humanité (occidentale) doit se fixer consiste en la réflexion de la Raison sur elle même, ce qui était déjà le programme de Kant :

il convient de travailler à mettre en évidence le jugement droit et ferme qu’elle est en état de porter sur le caractère de son progrès intrinsèque.

et ce n’est au fond rien d’autre que le propre plan de travail de Brunschvicg, dans son “laboratoire” qui se confond avec la pensée humaine.

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