Orgasme et caractère fini de l’existence humaine

L’un des aspects les plus intéressants du livre de Denis Moreau “Mort où est ta victoire?” que je n’ai pas assez développé concerne la proximité de l’orgasme, base fondamentale du plan vital et qui est appelé “petite mort”, et de la mort conçue comme fin de la vie. Denis Moreau cite Georges Bataille, dont les lignes sur le cimetière de Trèves dans “Le bleu du Ciel” pourraient être rappelées ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

Nous étions liés l’un à l’autre, mais nous n’avions plus le moindre espoir. A un tournant du chemin, un vide s’ouvrit au dessous de nous. Étrangement, ce vide n’était pas moins illimité, à nos pieds, que le ciel étoilé sur nos têtes. Une multitude de petites lumières, agitées par le vent, menaient dans la nuit une fête silencieuse, inintelligible. Ces étoiles, ces bougies, étaient par centaines en flammes, sur le sol; le sol où s’alignait la foule des tombes illuminées. Je pris Dorothea par le bras. Nous étions fascinés par cet abîme d’étoiles funèbres. Dorothea se rapprocha de moi. Longuement elle m’embrassa dans la bouche. Elle m’enlaça, me serrant violemment : c’était la première fois depuis longtemps qu’elle se déchaînait. Hâtivement nous fîmes dans la terre labourée, hors du chemin, les dix pas que font les amants. Nous étions toujours au dessus des tombes. Dorothea s’ouvrit, je la dénudai jusqu’au sexe. Elle même elle me dénuda. Nous sommes tombés sur le sol meuble et je m’enfonçai dans son corps humide comme une charrue bien manœuvrée s’enfonce dans la terre. La terre, sous ce corps, était ouverte comme une tombe, son ventre s’ouvrit à moi comme une tombe fraîche. Nous étions frappés de stupeur, faisant l’amour au dessus d’un cimetière étoilé. Chacune des lumières annonçait un squelette dans une tombe, elles formaient ainsi un ciel vacillant, aussi trouble que les mouvements de nos corps mêlés . Il faisait froid, mes mains s’enfonçaient dans la terre: je dégrafait Dorothea, je souillai son linge et sa poitrine de la terre fraîche qui s’était collée à mes doigts. Ses seins, sortis de ses vêtements, étaient d’une blancheur lunaire. Nous nous abandonnions de temps à autre, nous laissant aller à trembler de froid: nos corps tremblaient comme deux rangées de dents claquent l’une dans l’autre.
Le vent fit dans un arbre un bruit sauvage. Je dis en bégayant à Dorothea, je bégayais, je parlais sauvagement :
-…mon squelette.. Tu trembles de froid..tu claques des dents…

Selon Denis Moreau qui s’affirme chrétien (Georges Bataille s’était converti au catholicisme) la conception “moderne” , dans les consciences occidentales, de la “mort comme fin de la vie”, influencée par l’être-pour-la-mort heidegerrien, favorise les conduites immorales au niveau du sexe :elles sont considérées telles, notamment à cause des ruptures de l’engagement pour la fidélité conjugale qu’elles entraînent, par une majorité, même incroyante, des personnes . Selon Denis Moreau ces conduites sexuelles font “éclater la finitude” c’est à dire la croyance en la mort comme “fin de la vie” , qui n’est qu’une croyance, comme celle, chrétienne, à l’existence “post mortem “: mais la croyance chrétienne , que rien ne peut prouver, est “meilleure” que la croyance athée, à cause des conduites plus morales qu’elle engendre. L’alternative est la croyance épicurienne, expliquée dans Lucrèce, selon laquelle “la mort n’est rien pour nous”, puisque tant que nous sommes vivants, elle n’est pas par définition, et que lorsqu’elle est, nous ne sommes plus là pour la constater.
En dehors de “faire l’amour dans les cimetières” et partager la croyance chrétienne ou orthodoxe,ou la spiritualité épicurienne, il existe cependant une troisième voie occidentale, celle de la Science de Socrate et de Malebranche. “Les sciences”, celles de la Révolution épistémologique du 17ème siècle, n’y suffisent pas,quoique sans elles La Science reste une hypothèse, aussi doivent elles être remplacées par La Science Une de Descartes, qui s’identifie à la Lumière du Soleil, à l’intelligence humaine éternelle.
Dans “L’apologie de Socrate” , ce dernier meurt sans aucun regret ni aucune crainte, convaincu qu’il est d’avoir ouvert la voie à une ” Science morale” dont Boutroux se rappellera plus de 20 siècles après :

https://doctrinedelascience.wordpress.com/boutroux-socrate-inventeur-de-la-science-morale/

Dans la conception scientifique, occidentale, qui est appelée à réformer l’islam en l’identifiant à la pensée-selon-l’Un et à le purifier de ses mythe imbéciles:

https://coranmathesisuniversalis.wordpress.com

Le plan vital, le monde est radicalement fini, aussi est il vain de former des “croyances”, ineptes par définition, sur une “existence post mortem heureuse et qui ne finit pas “. Seule le plan internel de l’Idée est Infini, en tant qu’Un,et c’est l’un, en tant qu’unification , que projet d’intelligibilité radicale scientifique, qui permet de “faire éclater la finitude”

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