#BrunschvicgAgesIntelligence 1: les âges de l’Intelligence

“Les âges de l’intelligence” sont un livre petit par le volume mais de grande importance regroupant une série de conférences données en Sorbonne en 1932-33:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ages_de_intelligence/brunschvicg_ages_intelligence.doc

Et dès l’avant-propos Brunschvicg met en avant de manière fort subtile le thème des générations, si important en ces années précédant la guerre:

“Les chapitres du présent ouvrage résument des leçons faites à la Sorbonne durant l’hiver 1932-1933. Elles avaient pour auditeurs des jeunes gens que nous savons touchés et menacés par le désordre de la société où ils entrent. Ils ont raison de vouloir que demain ne ressemble pas à aujourd’hui ; mais d’autant nous sommes justifiés à souhaiter qu’après-demain ne recommence pas avant-hier.”

Et Brunschvicg caractérise son époque , qui possède ceci en commun avec la nôtre :

“Jamais comme à notre époque il n’a été aussi facile, ni aussi dangereux, de s’habiller richement avec les laissés pour compte de la vérité”

J’écoutais tout à l’heure le discours de l’Archevêque de Rouen à St Étienne du Rouvray : on peut dire que des tels propos sont “richement habillés” , très généreux en apparence , mais ne possèdent aucune dimension de vérité, bien qu’ils prétendent le contraire puisqu’ils s’exercent à partir d’une posture “religieuse” qui ne fait que reprendre l’idéologie du “vivre-ensemble” et de l’unité, de la fausse unité puisque l’on ne peut unir un message de haine (celui du Coran) avec une posture faisant l’apologie naïve de la diversité (mais lorsque l’islam est en majorité large, celui qui refuse de s’y convertir est tué) .

“Le monde aurait été sauvé plus d’une fois si la qualité des âmes pouvait dispenser de la qualité des idées. Il est sans doute à regretter, il n’est assurément pas à méconnaître, que la première vertu soit d’ordre strictement intellectuel, qu’elle consiste à surmonter l’orgueil dogmatique d’où procèdent les privilèges imaginaires d’une personne ou d’un peuple, d’un culte ou d’une génération.”

Je ne mets pas en doute la qualité des âmes telles que celles de l’Archevêque de Rouen ou des personnages généreux (en apparence ) et “richement habillés” mais avec les défroques du mensonge de la diversité et du “vivre ensemble”.Je doute simplement de la qualité intellectuelle de tels personnages ( et ceci est vrai pour les politiques présents à St Étienne du Rouvray, dont la sincérité, la qualité de l’âme, peut être mise en doute).

Les époques d’avant la Science, d’avant la ligne de démarcation du cartésianisme, d’avant ou en dehors du 17 éme siècle européen , sont celles de la décrépitude et des “sociétés inférieures ” , non européennes. Mais “après demain” risque de ressembler furieusement à “avant hier” car sous couvert de relativisme :

https://ripostelaique.com/le-relativisme-syndrome-de-stockholm-des-elites-francaises.html

https://ripostelaique.com/le-relativisme-culturel-et-la.html

“Le Discours de la Méthode conserve le souvenir de la stupéfaction dans laquelle l’écolier de La Flèche avait été jeté par des maîtres assurément respectables, mais dont les cheveux avaient blanchi sans que l’esprit ait mûri. Sortes d’« automates » dressés à répéter en écho les leçons d’autrefois, ils se flattaient de saisir l’être à travers un jeu de généralités verbales, s’enchantant eux-mêmes d’une perpétuelle pétition de principes.”

Ceci concerne non pas seulement des “peuples du Nord” qui voudraient conserver à tout prix leur “identité” (égoïstement aux yeux de Mgr l’Archevêque de Rouen )mais l’Homme Universel de Pascal , c’est à dire toute l’humanité :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/04/26/adam-lhomme-universel-de-pascal-et-le-nouvel-adam/

“Cette rupture entre les deux rythmes de durée — temps biologique qui est vieillissement inévitable et décadence finale, temps spirituel qui est redressement incessant, progrès continu -Blaise Pascal l’a dégagée dans un fragment posthume de Préface, où il développe avec une vigueur inoubliable l’aphorisme baconien Antiquitas saeculi, juventus mundi . « Ceux que nous appelons Anciens étaient véritablement nouveaux en toutes choses, et formaient l’enfance des hommes proprement ; et comme nous avons joint à leurs connaissances l’expérience des siècles qui les ont suivis, c’est en nous que l’on peut trouver cette antiquité que nous révérons dans les autres . »
Sans doute Pascal restreint au domaine profane la nécessité du progrès pour cet « homme universel » que constitue à ses yeux l’espèce entière, considérée dans l’ensemble de ses âges successifs. En ce qui touche la religion, au contraire, il professe, suivant l’enseignement de l’Évangile, que « la Sagesse nous envoie à l’enfance » . Mais le xviiie siècle, recevant à travers Malebranche et Fontenelle la pensée de Pascal, l’étend à l’unité indivisible de la civilisation ; et en même temps il la précise. Le mouvement par lequel l’esprit humain échappe à la fatalité d’usure et de déchéance qui pèse sur toute vie individuelle, consiste, non pas seulement dans une accumulation quantitative de découvertes, mais dans une transformation de qualité, dans un sens de plus en plus scrupuleux et affiné des conditions de la vérité. A cet égard la page classique de Turgot pousse aussi loin que possible l’analyse de l’histoire : « Avant de connaître la liaison des effets physiques entre eux, il n’y eut rien de plus naturel que de supposer qu’ils étaient produits par des êtres intelligents, invisibles et semblables à nous ; car à quoi auraient-ils ressemblé ?… Quand les philosophes eurent reconnu l’absurdité de ces fables, sans avoir acquis néanmoins de vraies lumières sur l’histoire naturelle, ils imaginèrent d’expliquer les causes des phénomènes par des expressions abstraites, comme essences et facultés, expressions qui cependant n’expliquaient rien… Ce ne fut que bien plus tard, en observant l’action mécanique que les corps ont les uns sur les autres, qu’on tira de cette mécanique d’autres hypothèses que les mathématiques purent développer et l’expérience vérifier . »”

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