#BrunschvicgAgesIntelligence 2 le “positivisme” de Comte

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ages_de_intelligence/brunschvicg_ages_intelligence.doc

La philosophie de Comte est considérée par Brunschvicg comme trompeuse , Comte régresse en deçà de la “ligne de partage des Temps” instaurée par le cartésianisme :

https://renatuscartesiusmathesisuniversalis.wordpress.com/descartes-la-ligne-de-demarcation-des-temps/

“On serait tenté de dire que Comte, en proclamant la Loi des trois États — théologique, métaphysique, positif — n’a rien ajouté aux vues fondamentales de Turgot si, préoccupé en réalité d’action sociale plus que de vérité spéculative, il n’avait pas introduit dans le système auquel il a donné le nom de positivisme des idées d’origine et d’orientation bien différentes, au risque de jeter une confusion presque inextricable sur le problème des âges de l’intelligence, clairement défini par les siècles précédents. D’où l’utilité de précautions de vocabulaire et de méthode sur lesquelles il conviendra d’insister si nous voulons donner à notre étude une base solide et une force démonstrative.

La doctrine du progrès, telle que les Encyclopédistes et Condorcet l’avaient rendue populaire, ne sera plus chez Comte qu’une façade derrière laquelle se dissimule l’adhésion au mouvement romantique qui, en France comme en Angleterre et en Allemagne, tendait à ramener vers le Moyen Age la pensée du xixe siècle

Et Comte le fait en niant l’unité de la Science humaine postulée par Descartes au début des “Règles pour la direction de l’esprit”:

“En niant l’unité de la science humaine, en orchestrant tour à tour les deux thèmes du Dr Burdin, pour faire immédiatement succéder, comme si la chose allait de soi, la fantaisie romantique de la synthèse au scrupule classique de l’analyse, Comte contredit au principe du progrès que le xviiie siècle avait posé par la Loi des trois États ; il brise l’élan de spiritualité qui est à la source de la civilisation moderne. Aux antipodes du positivisme de raison, qui fait conscience à l’homme de rien affirmer comme vrai qu’il ne soit en état de vérifier objectivement et que Littré recueille dans l’héritage de Comte comme le legs de Fontenelle et de Turgot, il y a un positivisme d’Église, fondé tout entier sur le sentiment de confiance qu’un homme éprouve (et fait partager) dans la valeur unique de sa pensée et où il puise l’illusion de pouvoir créer la méthode et dicter à l’avance les résultats de disciplines qui ne sont pas encore constituées à l’état de science. La nécessité psychologique qui fait que le soi-disant prophète ne peut emprunter sa figuration de l’avenir qu’aux ombres du passé condamne Auguste Comte à parcourir, mais en sens inverse, en marche arrière, tous les âges de l’histoire, jusqu’à ce que de paradoxe en paradoxe, de préjugé en préjugé, il ressuscite l’état théologique sous la forme la plus grossière du fétichisme. Finalement son œuvre revient à exprimer dans un langage unique deux représentations du monde, deux conceptions de la vie, qui sont diamétralement opposées.”

Et le penseur qui accorde la plus grande importance à l’histoire des sciences manque à l’esprit scientifique en voulant orienter à l’avance l’avenir de ces sciences :

“Encore n’aurait-il pu prendre de façon aussi brusque cette attitude dogmatique et rétrograde sur le terrain de la sociologie s’il ne lui était arrivé déjà de manquer à l’esprit positif dans son interprétation des sciences positives. Il est curieux d’avoir à le constater : le penseur qui a le plus heureusement insisté sur l’importance primordiale de l’histoire des sciences pour interpréter légitimement l’évolution de l’humanité, semble, tout autant que Hegel et parce qu’il est, lui aussi, un théologien ambitieux de soumettre la suite des temps à la loi d’un système préconçu, avoir été privé du sens de ce qu’il y a de radicalement historique dans l’histoire, d’irréductible aux généralités conceptuelles dont on prétend lui imposer le cadre. Chez Comte l’examen des fondements et des ressources de la mathématique et de la physique devient un prétexte pour rétrécir l’horizon du savoir humain. Il ne veut pas regarder — et il voudrait que personne ne regardât — au delà des limites que son éducation ou son parti pris lui ont tracées.”

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