Louis Malle : le feu follet (1963, vf)

Un film bouleversant et “sérieux”, tiré d’un petit livre ” sérieux”, plus qu’on ne pourrait le croire (un livre en tout cas qui ne doit pas tomber entre toutes les mains, et en particulier entre des mains trop jeunes) écrit avant guerre (forcément) par Drieu La Rochelle qui finalement s’est suicidé, à la fin de la guerre, mais ce n’était pas pour fuir ses “responsabilités” , qui étaient lourdes, il en avait eu l’obsession toute sa vie, parce que la “prison” de l’individualité , le “Moi pratique ” réel est plus étroite que celle de l’homme universel, de l’idéalité de l’Ichheit Uberhaupt , ou de l’Atman, comme s’en rendait compte ce connaisseur des Upanishads , on le voit dans “Les chiens de paille” où Constant fait une plus belle fin (mais ces mots ont ils encore un sens s’agissant de la fin?) qu’Alain et le Matthieu de Sartre, définitivement un pauvre type, fin apocalyptique qui est celle de la France , dûe à un bombardier anglais et non pas aux grenades de Constant, qui pratique ainsi une dernière fois le “non-agir”, involontaire forcément, et que l’on peut lire dans la seconde partie de cet article, en compagnie de Yeats et de Salman Rushdie:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/30/cochetbrunschvicg-9-temps-et-liberte/

Ce lien dit des choses fort justes, d’ailleurs un tel connaisseur de la littérature ne peut guère se tromper:

http://www.juanasensio.com/files/drieu_et_la_mort_pdf_zone.pdf

Le film de Louis Malle est ici :

https://m.ok.ru/dk?st.cmd=movieLayer&st.discId=193505200726&st.retLoc=default&st.discType=MOVIE&st.mvId=193505200726&st.stpos=rec_2&_prevCmd=movieLayer&tkn=1885#lst#

Dans le livre de Dieu La Rochelle, Alain Leroy (joué par Maurice Ronnet) était un toxicomane, mais Louis Malle en a fait un alcoolique en cure de désintoxication. La scène de la “rechute” , dans un café boulevard Saint Germain, est terrifiante : ainsi des tragédies intimes se nouent au cœur du quotidien le plus banal.

Par contre je n’aime pas la fin, où l’on comprend que le problème de cet “homme couvert de femmes” , ( en 1963, Maurice Ronet avait 30-35 ans) ce sont les femmes justement… l’impossible espérance “de l’Amour qui s’élèverait un jour” des ruines du plan vital

“Le traitement ça consiste à vous faire boire, boire, boire…”

“Et c’est dur ?”

” si j’avais su, je ne l’aurais pas fait…”

“Et maintenant ?”

“maintenant ? Rien.. rien… ”

Tout, c’est rien..

“Le traitement ça consiste à vous faire vivre, vivre, vivre..”

La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie…

ou plus exactement :

Le moi pratique, réel, a ceci d’indépassable avec toutes ses étroitesses et médiocrités qu’il sert au progrès moral, en étant dépassé justement, nié, oublié.. mais cette ascèse ne s’accomplit pas vraiment en multipliant les verres de scotch, ou les galipettes avec des professionnelles, ou de riches américaines, ni en se tirant UNE balle..

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