2001 odyssée de l’espace et “Premier contact”

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Premier_Contact_(film)

J’ai fait ce commentaire immédiatement après avoir vu “Premier contact” en salle lors de sa sortie en 2016:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/12/16/premier-contact-arrival-2016-excellent-et-important/

Or il existe des analogies avec “2001 odyssée de l’espace” , notamment à propos de l’ambiguïté lexicale entre “arme” et ” outil” qui se je me souviens bien concerne la compréhension par les humains du glyphe des extraterrestres ayant cette signification. Cette ambiguïté est cruciale selon le scénario de “2001 odyssée de l’espace ” pour comprendre l’évolution humaine:

“En fracturant avec un os d’autres os pour accèder à la moëlle et à la cervelle est découvert le premier « engin spatial ». L’outil mis ici en scène permet effectivement de se libérer du rapport contraignant du corps naturel aux lieux et aux autres corps. Il libère ainsi comme d’une première pesanteur, celle qu’impose le cloisonnement naturel de l’espace. L’outil fracasse le cloisonnement que constituent les os du squelette comme la fusée fracassera le cloisonnement que représente la pesanteur terrestre.

L’outil est devenu une arme et a fait une première victime. Peut-on dire que cette victime était un « plus faible »? L’utilisation de l’outil comme arme est plutôt le fait d’un être plus agressif que d’un être plus fort. Au reste la combinaison de l’ingéniosité et de l’agressivité a servi a compensé de fait la faiblesse générale d’une espèce menacée par une crise et vivant dans un environnement dangereux…

…Comme l’os transformé en outil a fracassé le cloisonnement de l’espace d’autres os et permis l’accés à la moëlle et à la cervelle en vue des les consommer, les fusées ont fracassé l’enveloppe de pesanteur qui permet de se tenir au sol terrestre. Mais pour consommer quels délices?”

http://skildy.blog.lemonde.fr/2007/08/17/sur-quelques-plans-de-2001-lodyssee-de-lespace-s-kubrick/

Cette ambiguïté n’est autre que celle du plan vital , par opposition au plan internel de l’Esprit, et concerne les humains, non encore libérés de ce plan par l’accès au plan internel des Idées, selon la citation de Léon Brunschvicg dans ” Raison et religion” :

le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption.

Une autre ambiguïté , ou opposition, propre au film , est celle entre linguistique et Science, représentées respectivement par Louise Banks et le physicien Ian Donnelly. Le film opte clairement pour la première, la primauté du langage et des logoi sur les relations-mathemata de la science, j’ai l’attitude opposée sous l’influence de ces ligne de Brunschvicg:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός.

Ainsi nous sommes en présence de deux structures mentales entièrement différentes correspondant à la dualité entre plan vital gouverné par la Structure mentale des hommes du langages, et plan internel par celle des hommes fidèles à l’Esprit seulement.
Brunschvicg précise d’ailleurs :

“Pour l’analyse du progrès de la conscience occidentale, il est donc essentiel que nous prenions en considération la diversité des plans que cette conscience est appelée à parcourir. ”

Progrès qui se situe entre plan vital et plan internel, entre Structure langagière et Structures relationnelles de la Mathesis.

Mais le film n’appréhende la Science qu’ à travers la Structure mentale du langage . Or la Mathesis n’est pas un langage, elle est la Science transcendantale, qui rend possible l’apparition des sciences particulière. Et ce contrairement à ce qu’affirment Elaine Landry sur la théorie des catégories comme langage des mathématiques :

http://www.math.mcgill.ca/rags/seminar/Landry.html

ou Eugenia Cheng quand elle considère que la “higher category theory” est l’architecture des mathématiques:

http://cheng.staff.shef.ac.uk/misc/4000.pdf

Nous en sommes à ce point de l’histoire du savoir où la Science doit effectuer , en mutant en Science internelle des Idées, la transition entre Raison temporelle,et Raison absolue, comme le disait Wronski il y a un siècle et demi :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/09/13/wronskiscienceinternellemessianismereformeabsolue-4-les-peuples-slaves-sont-appeles-a-prendre-en-charge-le-destin-de-lhumanite/

mais cela réclame un bouleversement métapolitique , les nations modernes civilisées d’Europe et d’Amérique du Nord (dont le Canada) s’effaçant devant les peuples appelés à diriger le développement ultérieur de la civilisation, que ce soit les nations slaves comme le pense Wronski ou la nation d’Israel, nous avons vu qu’il existe une incertitude à ce sujet.

Cette transition constitue le passage du logicisme à l’hyperlogicisme, des sciences à LA Science internelle par une réforme absolue du savoir humain.
Dans “Arrival” le système de signes des extraterrestres est conçu comme un langage, non comme une Science et c’est Louise Banksters la linguiste qui dirige l’équipe rentrant en contact avec les extraterrestres pour savoir ce qu’ils veulent et qui expérimente dans sa vie les effets de ce langage allant dans le sens d’une compréhension nouvelle et non-linéaire du Temps. Cette illumination intellectuelle rappelle les propos de Brunschvicg:

Le problème est dans le passage , non d’aujourd’hui à demain, mais du présent temporel au présent éternel. Une philosophie de la conscience pure, telle que le traité de Spinoza « De intellectus emendatione » , en a dégagé la méthode, n’a rien à espérer de la vie, à craindre de la mort. L’angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée, est sur un autre plan

“Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort….. jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort…”

Mais le scénario de la fin du film est basé non sur une “vision” mais sur un phénomène paranormal ( transmission d’information de l’avenir vers le passé) interdit par la physique relativiste, tout comme d’ailleurs la transmission de matière-énergie de l’avenir vers le passé. C’est l’un des aspects décevants du film qui est dû à son choix de la primauté des sciences molles sur les sciences dures. Ce qui n’était pas le cas du film de Kubrick il y a 50 ans. L’air du temps est au relativisme.

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